Bilan éruptif de l’année 2020 – (3) mai, juin et juillet

Voici les événements éruptifs les plus marquants des mois de mai, juin et juillet 2020 :

Mai 2020

Le 15 mai, l’INGV indique que l’activité s’est intensifiée au niveau du Nouveau Cratère SE de l’Etna au cours des derniers jours

En mai, la couleur du niveau d’alerte est Jaune sur 3 volcans surveillés par l’Alaska Volcano Observatory (AVO) : Shishaldin Semisopochnoi, Great Sitkin.

Le 16 mai, une puissante séquence éruptive a lieu sur le Semeru (Indonésie) avec un panache de cendre qui montre jusqu’à 14 km d’altitude.

Un bref épisode éruptif est observé ce même jour sur le Mont Ibu (île de Halmahera / Indonésie)..
La couleur de l’alerte aérienne passe au Rouge sur les deux volcans.

22 mai : Des explosions phréatiques sont toujours observées sur le Rincón de la Vieja (Costa Rica).

Un essaim sismique incluant une douzaine d’événements est enregistré dans la région de West Yellowstone, près du Parc National de Yellowstone le 29 mai. La secousse la plus forte a une magnitude de M 3,1. Les autres se situent entre M 1,6 et M 3,1, à une profondeur d’environ 5 km. On a déjà enregistré 34 séismes dans la région au cours du mois d’avril. Les essaims sismiques sont relativement fréquents dans la région et en général dus à l’activité hydrothermale.

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Juin 2020

Le 1er juin, un épisode éruptif est observé sur le Cleveland (Aléoutiennes / Alaska). Il détruit le dôme de lave qui s’était formé en janvier 2019 et avacue une grande quantité de matériaux du cratère sommital. Des coulées de débris parcourent environ 2,9 km le long du flanc E et plus de 2,7 km le long du flanc N. Aucune activité significative n’est observée les jours suivants.

Un séisme longue période est enregistré sous le Nevados de Chillán (Chili) le 6 juin. Le  panache de cendres qui a accompagné cet événement monte à plus de 760 m au-dessus de la bouche éruptive. Des coulées pyroclastiques dévalent les flancs NW, N, E et SE du volcan.

Un fort épisode éruptif est observé sur le Sangay (Equateur) le 9 juin, avec une colonne de cendres qui s’élève jusqu’à 7 km d’altitude. Des retombées de cendres sont observées dans plusieurs provinces et le trafic aérien est perturbé. Plusieurs routes sont fermées en raison de l’épaisse couche de cendre. Les habitants de la région, en particulier à Guayaquil,  sont invités à porter des masques pour éviter les problèmes respiratoires et continuer à se protéger contre le coronavirus. En mars et avril, l’épidémie a été particulièrement sévère; les services de santé ont été débordés et il a fallu récupérer les personnes décédées à l’intérieur des habitations. Par bonheur, la situation s’est bien améliorée. L’Instituto Geofisico indique que des coulées pyroclastiques ont dévalé le flanc sud-est du volcan. Le 9 juin au soir, le nuage de cendres s’étire sur 400 km

L’activité reste soutenue en juin sur l’île volcanique Nishinoshima (Japon), avec de grandes coulées de lave et des panaches de cendre émis par le cône central. Il est demandé aux pêcheurs de rester en dehors de la zone d’exclusion d’un rayon de 2,6 km autour de l’île.

Le 18 juin, le Met Office islandais (IMO) indique que le volcan Grímsvötn pourrait entrer en éruption à court terme, d’ici quelques semaines ou quelques mois. A ce jour, aucune éruption ne s’est produite !

Un essaim sismique d’une intensité encore jamais observée est enregistré en Islande sur la zone de fracture de Tjörnes (TFZ), avec des événements au-dessus de M 5,0. Un séisme fort et superficiel enregistré par l’USGS avec une magnitude de M 6.0 et de M 5.7 par l’IMO secoue la zone à 19h07 UTC le 21 juin L’épicentre est situé à 50 km au NNE de Siglufjörður (1190 habitants) et 101 km N d’Akureyri (17693 habitants). L’hypocentre est localisé à une profondeur de 10 km, comme la plupart des événements précédents. Plus de 2000 secousses ont été enregistrées depuis le 19 juin 2020.

Le volume du dôme de lave du Merapi (Indonésie) dépasse d’environ 600 m le sommet du volcan. Son volume était estimé à 200 000 mètres cubes le 13 juin. La morphologie du cratère sommital a légèrement changé après l’éruption du 21 juin. Quelque 19 000 mètres cubes ont disparu de la partie sud-ouest du sommet, probablement à proximité ou en bordure du cratère. Le niveau d’alerte reste à 2

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Juillet 2020

Le volcan de l’île Nishinoshima (Japon) est toujours très actif. La JMA indique qu’une colonne de cendres s’élève à 8 300 m au-dessus du niveau de la mer le 4 juillet. C’est la plus haute colonne de cendres observée depuis 2013.
Comme précédemment, l’activité volcanique se caractérise par de fréquentes explosions et coulées de lave. Les coulées de lave avancent sur le versant sud-ouest et entrent dans la mer.

Le SERNAGEOMIN indique que la lave a commencé à percer la lèvre du cratère Nicanor du Nevados de Chillán (Chili) le 27 juin avant de s’écouler sur une quarantaine de mètres le long du flanc N le 1er juillet. Une explosion le 6 juillet génère un panache de gaz et de cendres qui s’élève à 1,2 km au-dessus du cratère. Le niveau d’alerte reste à la couleur Jaune.

Une nouvelle éruption débute sur le Raung (Ile de Java / Indonésie) à 13h53 (heure locale) le 16 juillet. La dernière éruption avait eu lieu entre les mois de février et août 2015. Selon l’observatoire volcanologique du Raung, l’éruption initiale a duré 56 secondes, avec des panaches de cendre qui sont montés jusqu’à 6 km d’altitude. En conséquence, la couleur de l’alerte aérienne passe à l’Orange. Des vols en provenance et à destination de Bali et d’aéroports régionaux sont annulés à cause de la menace de la cendre.

Le 19 juillet, deux fortes explosions secouent le Stromboli vers 5 heures du matin et provoquent un mouvement d’angoisse parmi la population qui garde à l’esprit les événements explosifs des derniers moi, avec un mort le 3 Juillet 2019, un randonneur qui gravissait le volcan côté Ginostra. Selon l’INGV, les deux explosions ont été moins intenses que celle du 3 juillet 2019.

Panache de cendre sur l’île Nishinoshima (Crédit photo: Japan Coast Guard)

Les sargasses perturbent le Vendée Globe !

J’ai alerté à plusieurs reprises sur la présence de vastes bancs de sargasses aux Antilles et sur le risque sanitaire pour la population quand ces algues viennent s’échouer sur le rivage.

Ces grandes algues brunes, de plus en plus abondantes à cause du réchauffement des eaux océaniques, ont posé de sérieux problèmes à certains navigateurs du Vendée Globe au moment où ils avançaient à hauteur de l’arc antillais à l’ouest et des îles du Cap Vert à l’est. :

Clément Giraud à bord du bateau Compagnie du Lit – Jiliti raconte : « Il y a encore beaucoup d’algues, des sargasses. Je ne fais que relever l’hydrogénérateur. Je les voyais bien sur les plages aux Antilles quand j’étais petit, mais je ne les voyais pas en autant de quantité. Je dois souvent arrêter le bateau, il faut à chaque fois enlever les algues coincées dans tous les appendices. Il y en a partout, le bateau ressemble à une poissonnerie, ça sent très fort. C’est des guirlandes de Noël sur les filières. »

De son côté, Benjamin Dutreux qui barre OMIA-Water Family a été, lui aussi, confronté aux sargasses : « Le jour va se lever dans quatre heures environ, mais le gros problème en fait, ce sont les sargasses ! Il y en a partout et je passe mon temps à les enlever de l’hydrogénérateur… Je verrais mieux de jour, mais c’est vraiment un gros problème : peut-être que j’ai traversé une zone où il y en a beaucoup, mais là, c’est impressionnant. Je fais des marches arrière… et je m’inquiète de mon hydrogénérateur parce que mon moteur est mal en point : c’est pour cela que ces algues me gênent beaucoup parce que mon énergie vient essentiellement de cet accessoire indispensable… »

Echouage de sargasses à la Martinique (Photo : C. Grandpey)

Bilan éruptif de l’année 2020 – (2) février, mars et avril

Février 2020 a débuté avec un débordement de lave sur la partie nord de la terrasse cratèrique du Stromboli (Sicile) Cependant, le débordement s’est limité à la zone sommitale.

Le 10 février, la première éruption de l’année 2020 débute en fin de matinée (heure locale) sur le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion), avec des coulées sur le flanc Est du volcan, un peu en dessous du cratère Jean..

L’éruption s’essouffle rapidement. Le 15 fevrier le tremor chute rapidement à partir de 14 heures. Seul subsiste un tremor résiduel qui annonce la fin des hostilités. L’éruption est officiellement déclarée terminée le 16 février 2020 à 14h12

Le 14 février, le PHIVOLCS indique qu’il a abaissé le niveau d’alerte du Taal (Philippines) de 3 à 2 suite au déclin de l’activité éruptive.

Le 21 février, ce n’est pas l’activité éruptive du Tungurahua qui inquiète les autorités équatoriennes, mais le risque d’effondrement d’un flanc du volcan. En fait, aucun événement majeur de ce type ne sera observé par la suite.

Le VSI indique fin février que le volume du dôme de lave au sommet du Merapi (Indonésie) a diminué à la suite d’un épisode explosif survenu le 13 février. L’événement a produit un panache de cendre de 2 km de hauteur. Le volume du dôme la veille de l’événement était estimé à 407 000 mètres cubes, puis (le 19 février) à 291 000 mètres cubes. Le niveau d’alerte reste à 2.

Une brève augmentation de la sismicité est observée sur le Ruapehu (Nouvelle-Zélande). les 22 et 23 février.

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Mars 2020

Le Merapi (Indonésie) connaît un nouvel épisode éruptif le 3 mars avec une colonne de cendre qui monte à 6 000 – 10 000 mètres de hauteur L’éruption déclenche également des coulées pyroclastiques qui parcourent jusqu’à 2 kilomètres sur les pentes du volcan. Des retombées de cendre sont observées dans plusieurs localités.

La 11 mars  le PHIVOLCS fait passer le niveau d’alerte du Kanlaon (Philippines) de 0 à 1.

S’agissant de l’Etna (Sicile), l’INGV signale en mars une activité éruptive continue dans la Voragine (VOR), le nouveau cratère Sud-Est (NSEC) et le cratère Nord-Est (NEC)

En mars, l’activité éruptive se poursuit au niveau du cratère central sur l’île de Nishinoshima (Japon), avec un panache de cendres qui s’élève jusqu’à 1 km de hauteur. Les matériaux éjectés par le cratère retombent jusqu’à la base du cône. La lave entre également dans la mer. La zone d’exclusion marine présente un rayon d’environ 2,6 km autour de l’île.

Au cours du mois de mars, ltempérature du lac du cratère du Ruapehu (Nouvelle-Zélande) passe de 24°C à 40°C suite à une hausse de la sismicité sous le volcan. Le niveau d’alerte volcanique reste à 1 mais les autorités recommandent de ne pas s’approcher à moins de 400 m du lac.

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Avril 2020

Après une brève crise sismique superficielle le matin du 2 avril 2020, entre 8h15 et 8h51 (heure locale), le tremor volcanique annonce, à partir de 12h20, une nouvelle éruption du Piton de la Fournaise. La source du tremor est localisée sur le flanc Est, à l’intérieur de l’Enclos. Un survol confirme l’ouverture d’une fissure sur ce flanc, à environ 1,7 km du centre du cratère Dolomieu aux alentours de 1900 m d’altitude. Cette fissure se situe en léger contrebas de l’éruption du 10-16 février 2020. Lors du survol, les fontaines de lave ne dépassent pas 30 mètres de hauteur. .

Le 6 avril  L’OVPF indique qu’une forte chute de l’intensité du tremor est observée vers 13h30 (heure locale), annonçant la fin de l’éruption du Piton de la Fournaise. De fortes quantités de cheveux de Pelé sont observées dans les secteurs situés au nord du volcan, notamment dans le secteur de La Plaine des Cafres

Le 11 avril, plusieurs témoins indiquent que l’Anak Krakatau a connu un épisode éruptif dans la soirée du 10 avril, avec un volumineux panache de cendres et de matériaux incandescents qui a atteint  500 mètres de hauteur.

Le matin du 15 avril, un glissement de terrain est observé sur la Sciara del Fuoco du Stromboli (Sicile). L’événement et a duré une vingtaine de minutes

Le 19 avril en tout début de matinée sur l’Etna, une fontaine de lave est visible sur la webcam thermique de la Montagnola et un panache de cendre sort du sommet du volcan. Dans le même temps, le tremor montre une hausse soudaine. La couleur de l’alerte aérienne passe au Rouge avant d’être ramenée à l’Orange vers midi. L’événement avait pour siège le secteur du Cratère Sud-Est, et plus précisément la « selle » entre l’ancien et le nouveau cratère SE. Le panache de cendre s’est élevé à environ 5 km au-dessus du niveau de la mer avant de dériver vers l’est. De petites retombées sont signalées à Zafferana Etnea. La situation redevient normale les heures suivantes.

Le 20 avril, le KVERT indique qu’une éruption explosive est en cours sur le Klyuchevskoy (Kamchatka). Le 18 avril 2020, une coulée de lave a été observée sur le flanc sud-est du volcan.

De puissantes éruptions sont observées au niveau du cratère Minamidake du Sakurajima (Japon). L’une d’elles, le 27 avril, génère un panache de cendres qui s’élève à plus de 3000 mètres au-dessus du cratère et projette des blocs jusqu’à 600 – 900 mètres de hauteur.

Fin avril, dDes explosions phréatiques sont toujours observées sur le Rincón de la Vieja (Costa Rica). Elles produisent généralement des panaches de vapeur et de gaz qui s’élèvent à 300-500 m au-dessus du cratère.

Piton de la Fournaise (Crédit photo : Christian Holveck)

Les volcans et forêts de la Montagne Pelée, les pitons du nord de Martinique bientôt au patrimoine mondial de l’Unesco ?

Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer et Bérangère Abba, Secrétaire d’État, chargée de la Biodiversité ont annoncé officiellement le 5 février 2021 la candidature des volcans et forêts de la Montagne Pelée et des pitons du nord de Martinique à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Cette candidature est portée par la Collectivité Territoriale de Martinique et le Parc naturel régional de la Martinique. La décision est attendue lors de la 45ème session du Comité du patrimoine mondial en juillet 2022.

Selon le ministre des Outre-mer, « au-delà du territoire du nord de l’île, cette candidature constitue un formidable levier de valorisation et d’attractivité pour la Martinique, et une opportunité de coopération régionale avec les îles voisines. ».

Le bien naturel des volcans et forêts de la montagne Pelée et des pitons du nord de la Martinique s’étend sur 15 000 hectares et couvre les deux massifs volcaniques et forestiers du nord de l’île.

La Montagne Pelée témoigne d’un évènement majeur dans l’histoire de la volcanologie, à savoir l’éruption du 8 mai 1902, une référence mondiale pour l’étude des sciences de la terre. Les pitons de Carbet forment, quant à eux, une expression remarquable d’un phénomène géologique très rare au niveau mondial.

Après le label national Forêt d’Exception obtenu le 4 juillet 2019, les volcans et forêts de la Montagne Pelée et des pitons du nord de la Martinique visent la reconnaissance internationale avec l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial. La candidature répond aux priorités de la Convention du patrimoine mondial qui encourage les inscriptions de biens naturels dans des régions encore peu représentées comme les Caraïbes.

Source : Martinique La 1ère.

Espérons que cette candidature rencontrera le succès qu’elle mérite. La Chaîne des Puys et ses volcans éteints (ou en sommeil ?) a fini par être inscrite sur la Liste du patrimoine mondial à sa troisième tentative, ce que n’ont pas manqué de faire remarquer des amis martiniquais, avec un certain sourire…

Photo : C. Grandpey