Mt Shirane (Japon): Hausse du niveau d’alerte // The alert level has been raised

L’Agence météorologique japonaise (JMA) a relevé le niveau d’alerte du Mont Shirane (est du Japon) de 1 à 2 le 22 avril 2018 afin d’interdire l’accès aux zones proches du cratère. Depuis samedi soir, le nombre de séismes d’origine volcanique dans le cratère Yugama a augmenté et une légère inflation de l’édifice a été observée, avec le risque d’une éruption à plus ou moins long terme.
Le Mont Shirane fait partie du complexe volcanique Kusatsu-Shirane situé dans les préfectures de Gunma et de Nagano.
À la suite de l’annonce de la JMA, un tronçon de 8,5 km de la route 292, une route nationale panoramique reliant les deux préfectures, a été fermé, ce qui affectera probablement le tourisme dans la région. .
Source: JMA, The Japan Times..

—————————————-

The Japan Meteorological Agency (JMA) raised the alert level for Mount Shirane (eastern Japan) from 1 to Level 2 on April 22nd, 2018 in order to ban entry into areas near the mountain’s crater. Since Saturday evening, the number of volcanic earthquakes at the Yugama crater has increased and a slight crustal movement has been observed, indicating an increased eruption possibility.

Mount Shirane is part a volcanic complex located in Gunma and Nagano prefectures collectively called Mount Kusatsu-Shirane.

In the wake of JMA’s announcement, an 8.5-km-long stretch of Route 292, a scenic national road connecting the two prefectures has been closed, which is likely to affect tourism in the region. .

Source : JMA, The Japan Times.

Vue du cratère du Mt Shirane (Crédit photo: Franck Gueffier)

Lac de lave de l’Halema’uma’u (Hawaii): Débordement imminent? // Halema’uma’u (Hawaii): Imminent overflow of the lava lake?

La tendance au gonflement de la zone sommitale du Kilauea Volcano a ralenti le 21 avril dans l’après-midi, s’est presque stabilisée le 22 avril au matin, puis a recommencé à augmenter légèrement. La conséquence est que le niveau du lac de lave dans l’Overlook Crater de l’Halema’uma’u est toujours très élevé, à peine quelques mètres sous la lèvre. Mesurée le 21 avril dans l’après-midi, la lave se trouvait à environ 6 mètres sous cette même lèvre, soit une hausse d’environ 4 mètres par rapport à la veille. Les images de la webcam montrent qu’un petit débordement sur le plancher sud du cratère s’est produit vers minuit.
Source: HVO.

————————————

The inflationary tilt on the summit area of Kilauea Volcano slowed on April 21st in the afternoon, nearly levelled off on April 22nd in the morning, then started increasing again very slightly. The consequence is that the level of the lava lake within Halema’uma’u’s Overlook Crater is still very high, barely a few metres beneath the rim. When measured on April 21st in the afternoon, lava was about 6 metres below the rim, a rise of about 4 metres from the day before. Webcam images show that a small overflow along the south crater rim occurred about midnight.

Source: HVO.

Le lac de lave de l’Halema’uma’u le 22 avril 2018 au matin (Source: Webcam HVO)

Tourbières et changement climatique // Peatlands and climate change

Dans une note publiée le 21 août 2016, j’ai expliqué le rôle important joué par les tourbières des latitudes nordiques dans le cadre du réchauffement climatique (https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/08/21/les-tourbieres-et-le-rechauffement-climatique-peat-bogs-and-global-warming/)

Plusieurs articles récemment parus dans la presse s’attardent sur le rôle essentiel joué par les tourbières du bassin du Congo dans la partie centrale de l’Afrique.

Les forêts du Bassin du Congo représentent le second plus grand massif de forêts tropicales au monde, après l’Amazonie. Elles s’étendent sur une superficie de près de 228 millions d’hectares, couvrant le Congo, le Cameroun, la Centrafrique, la Guinée Equatoriale, la RDC et le Gabon. Considéré comme le deuxième poumon du monde, le Bassin du Congo occupe 26% de la surface des forêts tropicales de la planète; il abrite une biodiversité exceptionnelle et des peuples uniques. Ces forêts sont essentielles à la survie de l’humanité. Elles génèrent l’oxygène et tiennent également un rôle important dans la stabilité climatique. En effet, elles permettent la formation de tourbières. Sans forêt, pas de tourbières.

Un énorme puits de carbone, contenant 30 milliards de tonnes de dioxyde de carbone piégé dans une tourbière, dans la partie centrale du Bassin du Congo, a été découvert récemment. L’information a été publiée en février 2017, dans la revue Nature. Ce stock de carbone piégé équivaut à trois ans d’émissions mondiales liées aux énergies fossiles, ou à vingt années des émissions des Etats-Unis liées aux énergies fossiles ou autant que l’ensemble du carbone stocké au-dessus du sol dans les 228 millions d’hectares des forêts du Bassin du Congo.

Selon les analyses isotopiques menées par des chercheurs de l’université de Leeds, la tourbe a commencé à s’y accumuler il y a 10 600 ans. Elle forme désormais une couche épaisse de 2,4 mètres en moyenne (jusqu’à 5,9 mètres par endroits), sur une superficie de 145 500 km2.

Le problème, c’est que les forêts du Bassin du Congo sont soumises à des pressions croissantes qui pourraient, à terme, entraîner une très forte dégradation et accroître la pauvreté de la population, très nombreuse, qui dépend encore étroitement des ressources spontanées qu’offre la forêt. La transformation des tourbières à des fins agricoles, pétrolières ou minières aurait des conséquences environnementales très lourdes. Au Congo, la forêt est d’abord une ressource exploitée : le bois est coupé puis vendu. Un mètre cube peut se vendre plus de 100 euros, soit près d’un mois de salaire moyen dans le pays. Le plus grand danger pour les tourbières vient de l’exploitation industrielle, car l’État congolais vend sa forêt, et une partie empiète déjà sur les tourbières. Théoriquement, l’attribution de nouvelles concessions forestières est suspendue depuis 2002. Mais trois permis viennent d’être accordés à des entreprises chinoises dont deux se trouvent, elles aussi, sur les tourbières. L’enjeu est d’arriver à intéresser les habitants de la région, les transformer en gardiens de la tourbière, car c’est bien une partie de notre avenir qui se joue en ce moment sur les rives du bassin du Congo.

Le changement climatique est devenu l’un des défis environnementaux les plus importants auxquels est confronté notre temps. Dans un contexte où des efforts croissants sont déployés et des initiatives encouragées pour la réduction des émissions des gaz à effet de serre, la publication de la revue Nature a suscité un débat considérable et des intérêts entre les secteurs et à travers les frontières. C’est dans ce contexte qu’une équipe d’experts de l’ONU Environnement s’est rendue à Brazzaville et à Kinshasa, pour discuter de ces dernières découvertes et de leurs implications avec des autorités gouvernementales ainsi que d’autres parties prenantes. Les discussions ont permis aux partenaires d’identifier des actions gagnant-gagnant liées à la conservation et à la gestion durable des tourbières du Bassin du Congo.

Sources : Agence d’Information d’Afrique Centrale (ADIAC) & France Info.

——————————————-

In a post published on August 21st, 2016, I explained the important role played by the peatlands in northern latitudes in the context of global warming (https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/08/21/les-tourbieres-et- the-warming-climate-peat-bogs-and-global-warming /)

Several recent articles in the press focus on the key role played by peat bogs in the Congo Basin in central Africa.

The Congo Basin forests are the second largest tropical forest in the world after the Amazon. They cover an area of ​​nearly 228 million hectares, covering Congo, Cameroon, the Central African Republic, Equatorial Guinea, DRC and Gabon. Considered the second largest lung in the world, the Congo Basin occupies 26% of the surface of the world’s tropical forests and is home to exceptional biodiversity and unique peoples. These forests are essential to the survival of humanity. They generate oxygen and also play an important role in climate stability. Indeed, they allow the formation of peat bogs. Without forests, no peat bogs.
A huge carbon sink, containing 30 billion tonnes of carbon dioxide trapped in a peat bog in the central part of the Congo Basin, was recently discovered. The information was published in February 2017, in the journal Nature. This trapped carbon stock equates to three years of global fossil fuel emissions, or twenty years of US fossil fuel emissions, or as much as all of the carbon stored above the ground in the 228 million hectares of Congo Basin forests.
According to isotope analyzes carried out by researchers at the University of Leeds, peat began to accumulate there 10 600 years ago. It now forms a thick layer of 2.4 meters on average (up to 5.9 meters in places) over an area of ​​145,500 square kilometres.
But the forests of the Congo Basin are under increasing pressure that could eventually lead to a very serious degradation and increase the poverty of the population, which is still very much dependent on the spontaneous resources offered by the forest. The transformation of peatlands for agricultural, oil or mining purposes would have very serious environmental consequences. In Congo, the forest is primarily an exploited resource: the wood is cut and then sold. One cubic metre can sell more than 100 euros, or nearly a month’s average salary in the country. The greatest danger to peat bogs comes from industrial logging, as the Congolese state sells its forest, and some of it is already encroaching on peat bogs. Theoretically, the allocation of new forest concessions has been suspended since 2002. But three permits have just been granted to Chinese companies, two of which are also located on peat bogs. The challenge is to get the inhabitants of the region interested, to turn them into the guardians of the peat bog, because this is a part of our future that is being played right now on the banks of the Congo Basin.
Climate change has become one of the most important environmental challenges. In a context of increasing efforts and encouraged initiatives to reduce greenhouse gas emissions, Nature‘s publication has sparked considerable debate and interest across sectors and across borders. It is in this context that a team of UN Environment experts visited Brazzaville and Kinshasa to discuss these latest findings and their implications with government authorities and other stakeholders. The discussions enabled the partners to identify win-win actions related to the conservation and sustainable management of peat bogs in the Congo Basin.
Sources: Central African Information Agency (ADIAC) & France Info.

Tourbière dans l’Arctique (Photo: C. Grandpey)

Eruption en vue sur le Kilauea (Hawaii) ? // Will an eruption occur on Kilauea Volcano (Hawaii) ?

Au cours des dernières années, les scientifiques ont mis au point des modèles et des systèmes de plus en plus perfectionnés pour essayer de comprendre le fonctionnement des volcans. Le but ultime est, bien sûr, de pouvoir prévoir les éruptions. Malgré des avancées significatives, les volcanologues doivent se contenter d’analyser les données du moment et les comparer à des schémas et des éruptions du passé pour essayer de prévoir quand et sous quelle forme un volcan entrera en éruption.. La tâche est très difficile et les prévisions fiables ne sont pas pour demain.
Une évolution de l’activité a récemment été observée sur le Pu’uO’o. Depuis la mi-mars 2018, les inclinomètres et les capteurs GPS indiquent un gonflement rapide du cône. De petites coulées de lave se sont également répandues sur le plancher du cratère. Les images des webcams montrent que le plancher se soulève lentement, comme un piston ; il s’est soulevé de plusieurs mètres au cours des dernières semaines, et encore ces derniers jours.
De plus, le niveau de la lave dans le petit lac situé dans la partie ouest du cratère du Pu’uO’o est monté d’au moins 7 mètres depuis le 27 mars 2018. Le lac  de lave est maintenant « perché » au-dessus du plancher et des débordements ont progressivement fait s’élever la lèvre de cette petite bouche active.

Ces changements sont le signe d’une montée en pression la chambre magmatique sous le Pu’uO’o. Si l’inflation et le récent soulèvement du plancher du cratère sont des événements assez inhabituels au vu de l’activité récente, ils ne sont pas exceptionnels. Une telle situation s’est produite à deux reprises au cours des cinq dernières années – en juin 2014 et mai 2016 – ainsi que dans les premières années de l’éruption, notamment en 2011. En 2014 et 2016, la hausse de pression de l’édifice volcanique s’est soldée par l’ouverture d’une nouvelle bouche sur le flanc du Pu’uO’o. Le 27 juin 2014, l’ouverture de la nouvelle bouche a marqué le début de la «coulée du 27 juin» et celle du 24 mai 2016 a marqué le début de la « coulée 61g » encore active aujourd’hui.
En supposant que la situation se traduise par l’ouverture d’un nouvelle bouche sur ou à proximité du Pu’uO’o, la question est de savoir à quel endroit elle apparaîtra ! Malheureusement, les volcanologues ne sont pas en mesure d’apporter une réponse fiable. La question est pourtant importante car le risque lié à l’ouverture d’une telle bouche dépendra en grande partie de son emplacement et de la durée de l’activité.
S’agissant de la « coulée du 27 juin », la bouche active s’est ouverte sur le flanc nord-est du Pu’uO’o et a envoyé des coulées de lave dans la partie nord de l’East Rift Zone. Pendant plusieurs mois, les coulées de lave ont avancé vers Pahoa et ont constitué une menace pour les zones habitées.
La bouche qui a donné naissance à la coulée 61g s’est ouverte à environ 400 mètres à l’est de la bouche du 27 juin, avec des coulées de lave qui se sont dirigées au sud du Pu’uO’o, en restant la plupart du temps dans le Parc National des Volcans d’Hawaï. Ces coulées n’ont pas constitué une menace pour les zones habitées.
Lorsque la lave s’échappe des flancs du Pu’uO’o, il existe un danger réel sur les zones situées juste autour du cône. Le 3 août 2011, le plancher du Pu’uO’o s’est effondré et la lave a percé le flanc du cône. Une coulée s’est dirigée à grande vitesse vers le sud-ouest. La lave avançait à la vitesse d’une personne en train de courir. Cet événement montre pourquoi les zones autour du Pu’uO’o restent fermées au public.
Même si la situation actuelle indique que des changements pourraient se produire sur le Pu’uO’o dans les semaines à venir, rien ne dit que la hausse pression observée au niveau du cône aura pour conséquence l’ouverture d’une nouvelle bouche. Il est possible que l’inflation observée en ce moment reste sans suite.
Source: USGS / HVO.

Il ne fait guère de doute que le système d’alimentation du Kilauea est actuellement sous pression (niveau remarquablement haut du lac de lave dans l’Halema’uma’u, soulèvement du plancher du Pu’uO’o). Malgré cela, la quantité de lave évacuée par le coulée 61g est relativement modeste. Il ne serait pas surprenant qu’une fracture s’ouvre le long de l’East Rift Zone comme cela est arrivé il y a quelques années.

—————————————

In recent years, scientists have made significant improvements in developing sophisticated models of how volcanoes work. The ultimate goal is to develop models that allow us to forecast new activity. Despite these advances, scientists can only look at current monitoring data and compare it to past patterns and similar eruptions to anticipate when and how a volcano may erupt in the future. The task is very difficult and reliable predictions are still far away.

A clear pattern of activity has recently developed at Pu’uO’o. Since mid-March 2018, tiltmeters and GPS instruments have indicated a rapid inflation at the vent. Small lava flows have also erupted on the crater floor. Webcam images are showing that the main crater floor is slowly uplifting like a piston, pushed up at least several metres in recent weeks, and again in recent days.

Additionally, the lava pond level in the small crater west of the main Pu’uO’o crater, has risen at least 7 metres since March 27th. The pond is now “perched” above the floor of the west pit, where overflows have incrementally built up the pond rim.

These changes indicate building pressure in the magma chamber beneath Pu’uO’o. While inflation and uplift of the crater floor are unusual compared to recent activity, it is not unprecedented. This pattern occurred two other times in the past five years – in June 2014 and May 2016 – as well as in earlier years of the eruption, most notably in 2011. In each of the two most recent cases, the building pressure culminated in the opening of a new vent on the flank of the Pu’uO’o cone. The June 27th, 2014, vent marked the beginning of the “June 27th flow,” and the May 24th, 2016, vent marked the beginning of the ongoing episode 61g lava flow.

Assuming that the current changes result in a new vent opening on or around Pu’uO’o, the main question is, “where exactly will the vent appear?” Unfortunately, scientists are not able to determine with certainty where a new vent might open. But, it’s an important question, because the accompanying hazard will largely depend on the location and duration of the vent.

With the June 27th flow, the vent opened on the northeast flank of Pu’uO’o and sent lava flows down the north side of the East Rift Zone. Over the course of many months, these lava flows advanced toward Pahoa, eventually posing a threat to residential areas.

The 61g vent opened about 400 metres east of the June 27th vent, sending lava flows to the south of Pu’uO’o, often within Hawaii Volcanoes National Park. These ongoing flows have not posed a threat to nearby communities.

When lava bursts through the flank of Pu’uO’o, areas immediately around the cone are extremely dangerous. On August 3rd, 2011, the Pu’uO’o crater floor collapsed and lava breached the flank of the cone, sending a fast-moving lava flow to the southwest. Lava was travelling at speeds faster than a person can run. The August 2011 event is a reminder of why areas on and around Pu’uO’o remain closed to the public.

While current circumstances indicate an increased likelihood of changes at Pu’uo’o in the coming weeks, there is no guarantee that the current buildup in pressure within the cone will lead to the opening of a new vent. It is possible that the current inflationary trend could end with no result.

Source: USGS / HVO.

There is little doubt that Kilauea’s feeding system is currently under pressure (remarkably high level of the lava lake within Halema’uma’u, uplift of the Pu’uO’o floor). Despite this, the amount of lava evacuated by the 61g flow is relatively modest. It would not be surprising to see a fracture open along the East Rift Zone as happened a few years ago.

Lac « perché » dans la bouche ouest du Pu’uO’o. Il arrive que le lac déborde et que la lave se répande sur le plancher du cratère (Crédit photo: USGS / HVO)