Hawaii : La nouvelle coulée ne menace pas d’habitations // The new lava flow does not threaten populated areas

drapeau-francaisLa lave du Kilauea continue d’entrer dans l’océan à Kamokuna où elle est acheminée par un réseau de tunnels. Depuis le 21 novembre, une coulée secondaire – issue de la coulée 61g – est également active près du Pu’u O’o et elle avance en ce moment lentement vers l’est, à raison d’une dizaine de mètres par jour. La lave recouvre d’anciennes coulées produites par la 61 g. Au vu de la pente, sa trajectoire la plus probable la conduirait vers l’océan. Au cours des 15 derniers jours, la lave a parcouru environ 640 mètres. Le front de coulée se trouve à environ 10,6 kilomètres de l’océan, si l’on prend en compte la pente la plus forte. Compte tenu de la vitesse d’écoulement, le HVO a estimé qu’il faudrait à la lave quelque 260 jours pour atteindre l’océan, en sachant que le débit peut augmenter, baisser, voire s’arrêter complètement. Aucune zone habitée n’est actuellement menacée par cette coulée.

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drapeau-anglaisLava from Kilauea volcano continues to enter the ocean at Kamokuna where it is being fed by lava tubes. A newer branch of the 61g lava flow is also active near Pu’u O’o and is advancing slowly to the east. This small breakout appeared near the vent on November 21st. Lava is mostly covering cooled flows from earlier episodes of the 61g flow. The current path of steepest descent would take it to the ocean. In the past 15 days, it has travelled about 640 metres which calculates to an average advance rate of about 40 metres per day. The leading edge of the flow is about 10.6 kilometres from the ocean, as measured along the most likely path of steepest descent. Given the flow’s current rate of advance, HVO estimated it would take it about 260 days to reach the ocean. During that time, the flow could continue as is, slowly advancing, or its advance rate could increase or decrease, or the flow could stop altogether before ever reaching the ocean. No populated areas or infrastructure are currently being threatened by the flow.

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Source: USGS / HVO.

Effondrement d’un glacier au Tibet // Glacial collapse in Tibet

drapeau-francaisEn juillet 2016, plus de 70 millions de mètres cubes de glace et de roches ont dégringolé du Glacier Aru, dans l’ouest du Tibet. L’avalanche n’a duré que cinq minutes. Les dégâts ont été très importants. Par endroits, les dépôts de glace avaient 10 mètres d’épaisseur. L’avalanche a recouvert une surface de 10 kilomètres carrés. Elle a frappé au passage le village de Dungru, tuant neuf éleveurs. Plus de 100 yaks ont péri, ainsi que 350 moutons. La NASA, qui a diffusé des images satellitaires de la catastrophe, a expliqué que l’effondrement était l’un des plus importants de l’histoire.

L’événement a tout d’abord étonné les climatologues, mais une équipe internationale de scientifiques a désigné le coupable probable: une accumulation inhabituelle d’eau de fonte sous le glacier, provoquée par des températures exceptionnellement chaudes.
Les glaciers avancent habituellement de quelques mètres, même si la vitesse de progression est parfois plus spectaculaire. Ainsi, en 2002, une section de 2,5 km du Glacier Kolka en Russie a parcouru 18 km en six minutes, tuant plus d’une centaine de personnes. Les scientifiques ont d’abord pensé que le Glacier Aru s’était comporté comme son homologue russe. Cependant, les glaciers qui avancent de cette manière ont tendance à être longs et larges alors que le Glacier Aru est un petit glacier accroché à la montagne. De plus, ces avancées glaciaires sont cycliques alors que l’histoire du Glacier Aru ne donne aucune indication d’un tel comportement.
Les climatologues pensent que le Glacier Aru adhère normalement à son substratum grâce à des températures inférieures à zéro, ce qui en fait un type de glacier « à base froide.» Ces glaciers sont généralement assez stables, grâce à de faibles précipitations locales, des températures froides et un déplacement lent. Le glacier tibétain est le premier exemple de l’effondrement brutal d’un glacier à base froide dans une région non volcanique.
En se référant aux données GPS et à la modélisation mathématique, couplées aux données climatiques de la région, les chercheurs émettent l’hypothèse que le Glacier Aru avait commencé à devenir un glacier « polythermique », c’est-à-dire avec une association de glace dont la température est inférieure à zéro et de glace portée à son point de fonte. Il est donc possible que l’eau de fonte se soit accumulée à la base du glacier, formant un lubrifiant qui a favorisé son avancée et son effondrement rapides.

La cause de la fonte, si elle existe, reste inconnue, mais les chercheurs ont remarqué que la région est en cours de réchauffement. La station météorologique la plus proche du glacier a révélé que la température a augmenté de 2 degrés Celsius pendant les 50 dernières années. Un tel réchauffement peut sembler insignifiant, mais il est suffisant pour que la neige fondue s’infiltre sous le glacier. La station météorologique a également enregistré des niveaux élevés de précipitations dans les 40 jours précédant l’avalanche. Cela signifie que ce glacier à base froide a réagi au réchauffement climatique.
L’effondrement du Glacier Aru soulève des inquiétudes car de tels événements sont susceptibles de se reproduire et peuvent représenter un danger réel pour les habitants de cette région. Si le réchauffement climatique est la cause principale de l’effondrement du Glacier Aru, il est fort à parier que ce ne sera pas le dernier.
Source: The Washington Post.

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drapeau-anglaisIn July 2016, at least 70 million cubic metres of glacial ice and rock plummeted from the Aru Glacier in western Tibet. The avalanche lasted no longer than five minutes. The devastation within such a short time was immense. In places, the ice deposits ran 10 metres deep. The avalanche buried 10 square kilometres. Debris struck Dungru village, killing nine herders. More than 100 yaks perished, as did 350 sheep. NASA, which documented the debris field via satellite, described the collapse as one of the largest recorded avalanches in history.

The collapse, at first, left climatologists perplexed, but an international team of scientists has fingered the most likely culprit: an unusual slick of meltwater beneath the glacier, created by unusually warm temperatures.

Certain glaciers surge, usually advancing a matter of metres in short bursts of speed, although the surge may sometimes be more dramatic. In 2002, a 2.5 km-long section of the Kolka Glacier in Russia broke free, travelling 18 km in six minutes and killing more than a hundred people. Scientists first thought the Aru Glacier was acting like its Russian precursor. However, glaciers that surge tend to be lengthy and wide whereas the Aru Glacier was a small, frigid glacier that clung to the mountaintop. Moreover, glacial surges are cyclical. There was no indication the Aru Glacier had surged in remote sensing data.

Climatologists had assumed the Aru Glacier was frozen to mountain bedrock at sub-zero temperatures, making it a type of glacier known as « cold-based. » Such glaciers are usually quite stable, with low local precipitation, low glacier movement and cold temperatures. The Tibetan Glacier is the first known occurrence of an unexpected, instantaneous collapse of a cold-based glacier in a nonvolcanic region.

Based on GPS imagery and mathematical modeling, coupled with the climate data in the region, the researchers hypothesize the Aru Glacier had begun the process of becoming a polythermal glacier, that is, a mixture of sub-zero ice as well as ice warmed to the melting point. It was possible that meltwater pooled at the bottom of the glacier, forming a lubricant that enabled the swift collapse.

The source of the meltwater, if it existed, remained unknown, but researchers noted that the area has steadily warmed. The weather station closest to the glacier reported the temperature increased 2 degrees Celsius over 50 years. Such warming may seem insubstantial, but it was enough for melted snow to seep below the glacier. The weather station also recorded high levels of precipitation in the 40 days leading up to the avalanche. This means the cold-based glacier responded to the climate warming.

This situation at the Aru Glacier raises concerns that future events are possible and may pose risks for inhabitants of this region. If the climate warming in the region is the primary cause of the Aru Glacier collapse, then it will not be the last one.

Source: The Washington Post.

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Le Glacier Aru avant et après l’effondrement (Crédit photo: NASA)

Axial Seamount (suite / continued)

drapeau-francaisDepuis de nombreuses années, les scientifiques américains de la Scripps Institution of Oceanography (Université de Californie à San Diego) étudient l’Axial Seamount, un volcan sous-marin situé à environ 400 km au large de la côte de l’Oregon, sur la dorsale Juan de Fuca (voir mes notes des 11 et 23 août 2011, 17 août 2013 et 4 août 2014). Ce volcan présente une structure complexe et ses origines sont encore mal comprises.

Dans une note rédigée le 3 mai 2015, j’expliquais qu’à partir du jeudi 23 avril 2015, les capteurs récemment mis en place dans le secteur de l’Axial avaient enregistré 8000 petits séismes sur une période de 24 heures. La caldeira, qui avait gonflé sous la poussée d’une montée de magma, s’était ensuite effondrée rapidement. Les scientifiques se sont demandés si une éruption avait effectivement eu lieu, avec écoulement de la lave sur le plancher océanique.

Une étude effectuée par des chercheurs de l’Université de Washington et publiée la semaine dernière dans la revue Science montre comment l’Axial Seamount s’est comporté au cours de son éruption du printemps 2015. L’étude apporte de nouveaux éléments sur le comportement des volcans situés en zone d’accrétion, là où deux plaques océaniques se séparent. L’étude fournit également les premières analyses des relevés sismiques, des mouvements des fonds marins et des roches émises lors de l’éruption d’avril 2015 au large de la côte de l’Oregon.
L’étude s’appuie sur des données recueillies par le Cabled Array, un observatoire financé par la National Science Foundation, qui dispose d’une connexion électrique et informatique sur le plancher océanique. Achevé quelques mois avant l’éruption, le Cabled Array fournit de nouveaux outils pour comprendre le volcanisme de notre planète
Le sommet de l’Axial Seamount se trouve à environ 1 360 mètres sous la surface de l’océan. Sa situation sous-marine présente certains avantages. En effet, la croûte océanique n’a, en moyenne, que 6 km d’épaisseur, soit environ cinq fois moins que la croûte continentale qui se trouve sous les volcans terrestres. De plus, la chambre magmatique est moins profonde et la roche dure de la croûte océanique génère des images sismiques plus nettes.
L’observatoire Cabled Array est un véritable progrès pour étudier les volcans sous-marins. L’analyse des signaux avant et pendant l’éruption d’avril 2015 a montré un nombre croissant de petits séismes, avec parfois plusieurs milliers d’événements par jour. Les données sismiques ont également montré une profonde influence des marées, avec six fois plus de séismes pendant les marées basses que pendant les marées hautes au moment où le volcan allait entrer en éruption. Une fois que la lave est sortie, elle a commencé à suivre le dyke nouvellement formé à l’intérieur de la caldeira qui mesure 3 km de large sur 8 km de long. Les deux éruptions précédentes avaient envoyé la lave vers le sud du cratère rectangulaire du volcan alors que la dernière éruption l’a envoyée vers le nord. L’analyse sismique montre qu’avant l’éruption, la lave avançait le long de fractures annulaires à l’extérieur de la caldeira. Un nouveau dyke s’est alors formé, tout d’abord en empruntant une fracture sous le versant est de la caldeira. La lave s’est ensuite déplacée vers l’ouest et a suivi une ligne au nord de la caldeira, jusqu’à environ 15 km au nord du volcan, en produisant des milliers de petites explosions en cours de route. L’activité s’est poursuivie tout au long du mois de mai, puis la lave a cessé de couler et les signaux sismiques ont disparu. Un mois plus tard, on n’enregistrait plus qu’une vingtaine de séismes par jour.
L’Axial Seamount n’a pas montré de nouvelle activité sismique, bien qu’il soit probablement entré dans une nouvelle phase pré-éruptive. Les éruptions se produisent généralement tous les dix ans. L’observatoire Cabled Array sur l’Axial Seamount est conçu pour fonctionner pendant au moins 25 ans.

Source: The Seattle Times.

Voici une petite vidéo montrant l’installation d’un sismomètre sur l’Axial Seamount:

https://youtu.be/z8jtMmdAgeA

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drapeau-anglaisFor quite a long time, US scientists at Scripps Institution of Oceanography at UC San Diego and their colleagues have been studying Axial Seamount, an undersea volcano located about 400 km off the Oregon coast, at the Juan de Fuca Ridge (see my notes of August 11th and 23rd 2011, August 17th 2013 and August 4th 2014). The seamount is geologically complex, and its origins are still poorly understood.

In a note released on May 3rd 2015, I explained that, beginning Thursday, April 23rd 2015, the sensors recently set up in the seamount area had recorded 8,000 small earthquakes in a 24-hour period. The volcano’s caldera, which had been swelling rapidly from an influx of magma, had collapsed like a deflated balloon. Scientists were debating whether to describe what transpired as an eruption, which means lava flowed onto the seafloor.

A University of Washington study published last week in Science shows how the volcano behaved during its spring 2015 eruption, revealing new clues about the behaviour of volcanoes where two ocean plates are moving apart. The new network allowed to see in incredible detail where the faults are, and which were active during the eruption The new study provides the first formal analyses of the seismic vibrations, seafloor movements and rock created during the April 2015 eruption off the Oregon coast.

The study is based on data collected by the Cabled Array, a National Science Foundation-funded observatory that brings electrical power and internet to the seafloor. Completed just months before the eruption, it provides new tools to understand Earth’s volcanism.

Axial Seamount rises above the seafloor with its summit about 1,360 metres below the ocean’s surface. Axial’s submarine location has some advantages. Typical ocean crust is just 6 km thick, roughly five times thinner than the crust that lies below land-based volcanoes. The magma chamber is not buried as deeply, and the hard rock of ocean crust generates crisper seismic images.

The Cabled Array observatory is a real progress to study submarine volcanoes. Analysis of vibrations leading up to and during the April 2015 eruption showed an increasing number of small earthquakes, up to thousands a day, in the previous months. The vibrations also showed strong tidal triggering, with six times as many earthquakes during low tides as high tides while the volcano approached its eruption. Once lava emerged, movement began along a newly formed dike inside the 3-km-wide by 8-km-long caldera. The two previous eruptions had sent lava south of the volcano’s rectangular crater. The last eruption produced lava to the north. The seismic analysis shows that before the eruption, the movement was on the outward-dipping ring fault. Then a new dike formed, initially following a fault below the eastern wall of the caldera. It then moved to the west and followed a line north of the caldera to about 15 km north of the volcano, with thousands of small explosions on the way. The activity continued throughout May, then lava stopped flowing and the seismic vibrations shut off. Within a month afterward the earthquakes dropped to just 20 per day.

Axial Seamount has not yet started to produce more earthquakes as it gradually rebuilds toward another eruption, which typically happen every decade or so. The observatory centered on Axial Volcano is designed to operate for at least 25 years.

Source : The Seattle Times.

Here is a short video showing a seismometer being installed on Axial Seamount:

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Système de surveillance de l’Axial Seamount (Source: University of Washington)

Surveillance sismique du Katla (Islande) // Katla’s seismic monitoring (Iceland)

Un séisme de M 3.4 a été enregistré sur le Katla à 13 h 41 le 14 décembre 2016, à une profondeur de 0,1 km. Comme les événements précédents, il n’était probablement pas lié à une ascension du magma, mais plutôt au mouvement des fluides hydrothermaux sous le volcan. Aucune réplique ne s’est produite.
Fin novembre, un groupe de scientifiques a remplacé un certain nombre d’appareils de mesure au bord de la caldeira du Katla. Vous pourrez les voir au travail en cliquant sur le lien ci-dessous. C’est mieux si vous comprenez l’islandais, mais la vidéo offre des vues intéressantes du volcan.
http://www.ruv.is/frett/katla-i-gjorgaeslu

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An M 3.4 earthquake was registered on Katla volcano at 1:41 pm on December 14th 2016, at a depth of 0.1 km.Like the previous events it was probably not linked to any magma ascent, but rather to the movement of hydrothermal fluids beneath the volcano. No afttershocks have occurred.

Late in November, a group of scientists replaced a number of meters on the edge of the volcano’s caldera. You can watch them install the equipment by clicking on this link. It is better if you understand the Icelandic language, but the video offers interesting views of the volcano.

http://www.ruv.is/frett/katla-i-gjorgaeslu