Les gaz de l’éruption islandaise // The gases of the Icelandic eruption

drapeau francaisCela fait maintenant plus de cinq mois que les météorologues islandais et le Scientific Advisory Board (conseil consultatif scientifique) diffusent des mises à jour quotidiennes sur le déplacement des panaches de gaz nocifs émis par l’éruption dans l’Holuhraun. Les gaz majoritaires sont le dioxyde de soufre (SO2) et le dioxyde de carbone (CO2). Les autres gaz représentent des quantités beaucoup plus faibles. Le SO2 – qui provoque des problèmes respiratoires et oculaires, ainsi que des maux de gorge – est responsable de la plupart des problèmes de santé liés à l’éruption. Le CO2 peut représenter un danger pour les scientifiques qui travaillent à proximité du site éruptif.
Les émissions de gaz actuelles sont les plus dangereuses que l’Islande ait connues depuis plus de 200 ans, avec l’éruption du Laki en 1783. Afin d’évaluer ces émissions, les autorités islandaises ont installé 27 capteurs automatiques de SO2 à travers le pays, associés à d’autres appareils de mesure portables, dont certains sont fixés à des véhicules de police. Selon la direction du vent, les panaches de SO2 peuvent affecter n’importe quelle région du pays, avec des pointes dépassant parfois 2000 µg / m3 en différents endroits tout au long de la journée. L’Agence pour l’Environnement a indiqué que 350 µg / m3 pour une période d’une heure et 125 µg / m3 pour une période de 24 heures étaient les limites d’exposition acceptables au dioxyde de soufre. Lorsque la concentration augmente, des alertes sont diffusées via Facebook et par SMS. Les Islandais sont alors invités à éviter les sorties et les activités physiques. Des niveaux supérieurs à 600 µg / m3 sont considérés comme dangereux pour les personnes qui ont des problèmes de santé et sont donc plus susceptibles d’éprouver des problèmes respiratoires. Dans ce cas, elles sont invitées à rester à l’intérieur avec les fenêtres fermées.
Toutefois, la principale préoccupation est sur le long terme avec des effets mal connus de l’exposition à de faibles quantités de SO2. Un aspect inquiétant du SO2 est sa réaction avec l’eau qui le fait se transformer en acide sulfurique (H2SO4), beaucoup plus difficile et plus coûteux à contrôler. L’acide sulfurique persiste sur de plus longues périodes de temps que le SO2, et aussi plus loin du centre éruptif, comme ce fut le cas pendant l’éruption du Laki en 1783, avec quelque 20 000 morts en Grande-Bretagne.
Les panaches de SO2 ont parfois atteint Reykjavik sur la côte ouest, mais c’est la partie orientale de l’Islande qui a été la plus fortement exposée à des concentrations de gaz élevées. Les écoles ont parfois été fermées et les ventes de médicaments contre l’asthme ont grimpé en flèche. Le 11 janvier, un appareil portable a relevé 7,800 µg / m3 à 80 km à l’est de l’éruption.
Les agriculteurs de l’est de l’Islande sont inquiets eux aussi. Leur bétail pourrait se retrouver affecté à long terme car les animaux sont restés confinés pendant longtemps à l’intérieur de structures où la circulation de l’air n’est pas bonne. Il ne serait pas surprenant que les plus jeunes bêtes se retrouvent avec des problèmes de santé, tels que des faiblesses respiratoires. En outre, avec le printemps, d’autres effets secondaires de l’éruption pourraient apparaître. L’acide sulfurique est actuellement mélangé à la neige. C’est seulement au moment de la fonte printanière que l’on saura à quel point le H2SO4 a affecté l’eau, le sol et la végétation.
Source: Al Jazeera.

A noter la présence de nouvelles webcams: http://webcams.mogt.is/

 ———————————————

drapeau anglaisFor the past five months, Icelandic weather forecasters and the Scientific Advisory Board have included daily updates on the movement of noxious gas plumes emitted by the ongoing Holuhraun volcanic eruption. Most of the gas is sulphur dioxide (SO2) and carbon dioxide ((CO2). The other gases occur in much lower quantities. SO2, which causes respiratory, eye and throat problems, is responsible for most of the eruption-related health issues. CO2 can be dangerous to the scientists who work near the volcano itself.

The current gas emissions are the most dangerous the country has experienced in more than 200 years, since the Laki eruption in 1783.With volcanic gas emissions at such high levels, Icelandic authorities have installed 27 automatic monitors around the country that measure SO2, along with portable meters, some of which are attached to police vehicles. Depending on wind conditions, SO2 fumes can get blown around and affect the entire country, sometimes exceeding 2,000 µg/m3 at different points throughout a day. The Environment Agency set 350 µg/m3 for a one-hour period and 125 µg/m3 for a 24-hour period as acceptable exposure limits to sulphur dioxide. When the concentration rises, advisories are posted online, via Facebook and by SMS, and Icelanders are advised to avoid going outdoors and engaging in physical activity. Levels more than 600µg/m3 are considered dangerous for people who have existing health conditions and are more likely to experience respiratory problems. At these levels, such people are advised to stay indoors with the windows closed.

However, the main concern is about the longer-term and lesser-known affects of exposure to low levels of SO2. A worrying aspect of SO2 is when it reacts with water and turns into sulphuric acid (H2SO4) that becomes far harder and more expensive to monitor. H2SO4 becomes apparent over a longer time period than SO2 and typically further from the centre of the eruption, like during 1783 Laki eruption that killed an estimated 20,000 people in Britain.

Occasionally, SO2 plumes have reached Reykjavik on the west coast. But eastern Iceland has been particularly exposed to high gas concentrations. Schools have sometimes been closed and sales of asthma drugs have spiked in the country’s east. On January 11th, a portable meter picked up a reading of  7,800 µg/m3 about 80 km east of the eruption.

Farmers in eastern Iceland are now worried their livestock could wind up with long-term damage, as they have been holed up inside the sheds with poor air circulation. It wouldn’t come as a surprise if the youngest sheep ended up with some health problems, such as weaker lungs. Besides, with springtime, other side effects of the eruption could become apparent. Sulphuric acid is currently stored in the snow. It is only when the snow melts in the spring that H2SO4 will affect the water, soil and vegetation.

Source: Al Jazeera.

New webcams to see the eruption: http://webcams.mogt.is/

Gaz-Islande

Nuages de gaz de l’éruption dans l’Holuhraun  (Crédit photo:  Peter Hartree / Wikipedia)

Une réflexion au sujet de « Les gaz de l’éruption islandaise // The gases of the Icelandic eruption »

  1. Bonjour Claude,

    D’accord :
    Il est indéniable que le soufre sous son état gazeux est un poison et notamment pour l’homme, lorsqu’il est inhalé en concentration élevée. L’éruption de l’Haluhraun en produit certes une grande quantité, mais on est loin des émissions dues à l’éruption du Laki en 1783 (120 Millions de tonnes). D’ailleurs, vos articles récents nous ont déjà édifiés sur ce sujet.
    Cependant, le soufre est un élément très bien utilisé par la nature, y compris par la constitution des acides aminés et ne constitue pas à long termes une menace très sérieuse pour la vie sur terre. En se combinant avec l’eau, il constitue cependant un réel danger pour l’aviation civile, dont les moteurs craignent un peu l’effet corrosif de l’acide sulfurique.

    Pas d’accord :
    Le rapprochement avec le Laki, nécessiterait une précision quand à la nocivité des gaz émis. En 1783, c’est la production de fluorure d’hydrogène (8 millions de tonnes) plus que celle du SO2, qui à causé la catastrophe humaine que l’on connait. (Et aussi la combinaison des deux)
    En effet, le fluorure d’hydrogène est un poison violent qui affecte les organes digestifs des êtres vivants jusqu’à l’intoxication mortelle. Il est de plus très soluble dans l’eau, et donc très facilement assimilé par l’homme et l’animal. La transformation du fluor dans la nature est très longue (O18 entre autre), mais en présence d’acide sulfurique produit facilement le fluorure d’hydrogène mortel.
    Or, actuellement, je n’ai pas eu connaissance de la présence de ce gaz en Islande. Suis-je mal informé ?

    C’était juste pour dire, mais ai-je eu raison de la dire ?

    Bien cordialement
    Pierre Chabat

    J'aime

    1. Bonjour,
      L’éruption actuelle dans l’Holuhraun émet effectivement beaucoup moins de gaz que celle du Laki en 1783, qui reste une référence en la matière. Il est vrai aussi, comme vous le faites remarquer, que c’est ingestion du fluor qui a tué l’essentiel du cheptel islandais à cette époque. En 2014-2015, je n’ai jamais vu le mot « fluor » (« fluorine » en anglais) mentionné dans les rapports scientifiques. Les dégâts de ce côté devraient donc être beaucoup moins importants. S’agissant du SO2, autant que je sache, c’est ce gaz qui a entraîné des dommages collatéraux et qui est responsable des morts en Grande Bretagne et ailleurs en Europe. Il sera intéressant de voir quelles seront les conséquences cette fois-ci, en particulier dans l’est de l’Islande, même s’il est difficile d’affirmer avec certitude, dans certains cas, que c’est bien ce gaz qui a tué. C’est vrai que le soufre proprement dit peut avoir des effets bénéfiques et que les quantités de SO2 accumulées dans la neige ne seront pas colossales. Il sera néanmoins intéressant de suivre attentivement la situation pendant le printemps et l’été 2015. Amitiés.

      J'aime

  2. Bonjour et bravo pour la mine d’informations que contient ce site,

    Me déconseillerez-vous de trekker deux ou trois semaines dans les fjords de l’Est en juillet, comme j’en ai pour l’instant l’intention?

    Très cordialement, Bolli

    J'aime

    1. Bonjour,
      Sauf évolution très défavorable de l’éruption, je ne pense pas qu’un séjour de quelques jours dans la zone des fjords de l’est pose un problème. Le danger concerne les habitants qui résident de manière permanente dans la région. De plus, le vent ne pousse pas les nuages de gaz tout le temps vers l’est. Un problème pourrait apparaître si vous êtes asthmatique, donc avec des voies respiratoires fragilisées. Reste aussi à savoir si l’éruption sera toujours présente en juillet! Très cordialement.

      J'aime

Répondre à Pierre Chabat Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.