Kilauea (Hawaii) : l’activité mouvementée de l’Halema’uma’u // Halema’uma’u’s eventful activity

La lave a fait sa réapparition sur le Kilauea, dans le cratère de l’Halema’uma’u, le 29 septembre 2021, mais ce n’est pas la première fois que l’on observe de la lave dans ce cratère qui a subi des changements à répétition au cours des deux derniers siècles.
Avant 1924, la taille et la forme du lac de lave dans l’Halema’uma’u changeaient fréquemment et la lave se répandait généralement sur le plancher de la caldeira du Kilauea.
Après l’effondrement de l’Halema’uma’u en 1924, le contour du cratère est resté en l’état jusqu’en 2018. Des lacs de lave éphémères allaient et venaient, en particulier dans les années 1950 et 1960, et ont connu leur apogée avec le lac de lave qui a occupé le cratère entre 2008 et 2018.
Le changement récent le plus important au sommet du Kilauea s’est produit en 2018 lorsque le plancher de l’Halema’uma’u s’est effondré de 500 mètres, avec une augmentation du volume de la caldeira de près d’un kilomètre cube. L’éruption de 2018 et l’effondrement du sommet du Kilauea ont mis fin à une période d’activité continue qui avait persisté pendant des décennies.
Une période de calme relatif a suivi les événements de 2018. Elle a pris fin avec le retour de l’activité éruptive au sommet du Kilauea en décembre 2020.
Le Kilauea est entré en éruption le 20 décembre 2020. La lave s’est déversée dans la pièce d’eau au fond de l’Halema’uma’u à partir de bouches qui se sont ouvertes sur les parois du cratère. Le lac s’est vaporisé en quelques heures. L’éruption a formé un nouveau lac de lave qui est resté présent durant cinq mois. Le lac de lave a rempli 226 m du cratère de l’Halema’uma’u avec 41 millions de mètres cubes de lave.
Le Kilauea est de nouveau entré en éruption le 29 septembre 2021. Des bouches se sont ouvertes au centre de l’ancien lac de lave et sur les parois de l’Halema’uma’u. Un nouveau lac de lave a commencé à se former, à s’élever et a continué de remplir le cratère. En ce moment, la lave est émise par une bouche unique et elle a ajouté 30 millions de mètres cubes au volume du lac.
La lave a maintenant rempli Halema’uma’u jusqu’à moitié de la hauteur laissée par l’effondrement de 2018. Le lac de lave a une profondeur de 282 m, mais il n’y a aucun risque de remplissage et de débordement. Les 71 millions de mètres cubes de lave qui se sont accumulés au cours de l’année écoulée représentent moins de 10% du volume de 1 kilomètre cube qui s’est effondré en 2018.
De grands volumes de lave sont nécessaires pour faire s’élever d’un mètre le niveau du lac de lave. En effet, la largeur du cratère augmente au fur et à mesure que l’on s’élève. En ce moment, plus de 670 000 mètres cubes de lave sont nécessaires pour faire s’élever la surface d’un mètre ; au vu du débit effusif actuel, cela prend environ deux jours.
Une question est de savoir si cette période de remplissage annonce une autre période dominée par des éruptions sommitales, comme cela a été observé avant 1924, ou si c’est le prélude à une activité éruptive dans la zone de rift, comme cela s’est produit après la présence de lacs de lave au sommet du Kilauea dans les années 1950 et 1960.
Source : USGS/HVO.

———————————————-

Lava reappeared within Kilauea’s Halema’uma’u Crater on September 29th, 2021 but this is not the first time lava has been seen in the crater which has undergone repeated changes during the past two centuries.

Prior to 1924, the size and shape of the Halemaʻumaʻu lava lake changed frequently and lava commonly spilled out across the floor of Kīlauea caldera.

After the 1924 collapse of Halemaʻumaʻu, the outline of the crater remained constant until 2018. Ephemeral lava lakes came and went, especially during the 1950s and 1960s, and culminated with the 2008–2018 lava lake.

The most significant recent change at Kīlauea’s summit occurred in 2018 when the floor of Halemaʻumaʻu crater collapsed 500 meters and the volume of the caldera increased by almost a cubic kilometer. The 2018 eruption and summit collapse of Kīlauea ended a period of continuous flank and summit activity that had persisted for decades.

A period of quiet uncertainty followed the 2018 events. This ended with the return of eruptive activity at Kīlauea’s summit in December 2020.

Kīlauea erupted on December 20th, 2020. Lava poured from vents on the walls of Halemaʻumaʻu crater into the water lake, which boiled away in a matter of hours. The eruption formed a new lava lake and lasted for five months. The lava lake filled in 226 m of Halemaʻumaʻu crater with 41 million cubic meters of lava.

Kīlauea erupted again on September 29th, 2021. Vents opened in the center of the older lava lake and on the walls of Halamaʻumaʻu. The lava lake began to rise and continue to fill the crater. Lava is currently erupting from a single vent and has added a total of 30 million cubic meters to the volume of the lava lake.

Lava has now refilled Halamaʻumaʻu more than half the distance it collapsed in 2018. The lava lake is 282 m deep, but Halemaʻumaʻu is in no danger of filling and overflowing anytime soon. The 71 million cubic meters of lava that has erupted in the past year account for less than 10 percent of the 1 cubic kilometer volume that collapsed in 2018.

Greater volumes of lava are needed for each increase of one meter of lake level rise because the width of the crater increases with elevation. At this point, more than 670,000 cubic meters of lava needs to erupt to raise the surface 1 meter; at the current eruption rate, this takes about two days.

An important question for HVO scientists is whether this period of refilling is a prelude to an era dominated by summit eruptions, similar to pre-1924 activity, or whether it is the prelude to increased rift zone activity, like what followed the summit lava lakes of the 1950s and 1960s.

Source: USGS / HVO.

Lac de lave dans l’Halema’uma’u en 2016 (Crédit photo : HVO)

 

Graphique montrant les différents niveaux de l’Halema’uma’u en suivant une ligne de l’ouest (gauche) à l’est (droite). [Source: USGS].

La Soufrière de St Vincent: Une éruption et des questions // St Vincent’s La Soufriere: An eruption and questions

Le dôme de lave continue de croître dans le cratère de La Soufrière. Il représente en ce moment environ les trois quarts de la hauteur du dôme de 1979. La croissance se poursuit en direction de l’est et l’ouest du cratère, dans le fossé qui entoure le dôme de 1979.

On observe des émissions de gaz à partir de plusieurs zones du dôme de 1979, mais aussi au niveau de plusieurs fissures qui se sont ouvertes dans le plancher du cratère. Les dégâts subis par la végétation sont importants dans les parois intérieures est, sud et ouest du cratère.

Les émissions de gaz et de vapeur sont visibles depuis l’Observatoire de Belmont. Les personnes vivant dans des zones proches du volcan doivent s’attendre à de fortes odeurs de soufre en fonction de l’orientation du vent.

Le niveau d’alerte reste à Orange. Aucun ordre d’évacuation n’a été émis. Le public doit s’abstenir de visiter La Soufrière.

°°°°°°°°°°

Les habitants de St Vincent, mais aussi par les scientifiques qui travaillent sur La Soufrière se demandent si le nouveau dôme peut déborder de la lèvre du cratère. En l’état actuel des choses,  il y aura des signes avant-coureurs si une telle situation devait se produire. Grâce aux vols d’observation et aux caméras de surveillance, les scientifiques disent qu’ils sauront quand la lave sera sur le point de déborder du cratère.

Le 4 janvier 2021, le volume du dôme était estimé à environ 700 000 m3. Si la vitesse de croissance actuelle se poursuit, il faudra environ six mois et demi pour que le dôme recouvre la totalité du cratère. Le 12 janvier 2021, le nouveau dôme se développait à raison d’environ 1,5 m3 par seconde.

Une autre question est souvent posée: Si l’éruption devient explosive, y a-t-il un risque de tsunami? Bien que les tsunamis ne soient pas exceptionnels dans les Caraïbes orientales, l’UWI tient à rassurer le public et explique que le risque d’un tsunami, en ce moment, est très faible.

Les tsunamis volcaniques sont généralement causés par l’entrée d’une masse importante de matériaux dans un lac, dans la mer ou un océan. L’événement déplace alors un volume d’eau important. Lors d’éruptions volcaniques, les pans entiers d’un volcan peuvent s’effondrer, soit à cause de l’éruption, soit parce qu’un grand volume de matériaux disparaît dans l’eau. [NDLR : C’est ce qui s’est passé à Stromboli (Sicile) le 31 décembre 2002 avec l’effondrement d’une énorme partie sous-marine de la Sciara del Fuoco.]

En ce qui concerne La Soufrière, les scientifiques de l’UWI ne pensent pas qu’un effondrement des flancs du volcan se produira. En conséquence, le risque de tsunami est faible.

Source : Presse locale.

———————————————-

The dome continues to grow within the crater of La Soufriere volcano. It is now about three quarters the height of the pre-existing 1979 dome. The growth continues with lateral spreading of material towards the east and west along the moat areas surrounding the 1979 dome.

Gas emissions are observed from several areas of the 1979 dome as well as the crater floor through several cracks which have developed.

Damage to the vegetation is extensive within the eastern, southern, and western parts of the inner crater walls.

Gas and steam emissions can still be observed from the Belmont Observatory. Persons living in areas close to the volcano should expect strong sulphur smells, depending on changes in wind direction.

The alert level remains at Orange. No evacuation order has been issued. The public should refrain from visiting the La Soufrière Volcano.

°°°°°°°°°°

The main question asked by St Vincent’s residents, but also by the scientists currently working on the La Soufriere volcano is: Can the new dome overtop the existing crater rim? For the time being, there will be ample warning if this were to occur. With continuing observation flights and the monitoring cameras, scientists say they will know when it is going to spill over.

As of January 4th, 2021, the volume of the dome was estimated at about 700,000m3. If the current effusion rate continues, it will take it about six and a half months to cross the crater rim. As of January 12th, 2021, the new dome was growing at an approximate rate of 1.5 m3 per second.

Another question is : If the eruption becomes explosive, is there a risk of a tsunami? Although tsunamis are no stranger to the Eastern Caribbean, UWI want to reassure the public and explain that the threat of a tsunami, at this time, is very unlikely.

Volcanic tsunamis are generally caused by a large mass entering a body of water (a lake, sea, or ocean) and displacing a significant volume of water. In volcanic eruptions, large parts of a volcano can fail – either because of the explosive eruption or a large volume of loose material falling into the water. [Personal note: This is what happened at Stromboli (Sicily) on December 31st, 2002 with the collapse of a huge submarine chunk of the Sciara del Fuoco.]

As far as La Soufriere is concerned, UWI scientists don’t think a flank collapse will happen. Therefore, the possibility of a tsunami is not very high.

Source : Local news media.

Vue du dôme le 14 janvier 2021 (Crédit photo : UWI)

Merapi (Indonésie)

Le dôme de lave du Merapi continue de croître et a atteint un volume estimé à 453 000 mètres cubes le 16 janvier 2019, avec une vitesse de croissance de 2 300 mètres cubes par jour. Il existe de nombreux effondrements qui déclenchent des chutes de blocs incandescents.
Le niveau d’alerte du Merapi est maintenu à 2, sur une échelle à quatre niveaux. Les habitants doivent éviter de mener des activités dans un rayon de trois kilomètres du sommet.
Source: Antara News.

————————————————

The lava dome of Mount Merapi keeps growing and has now reached a volume estimated at 453,000 cubic metres on January 16th, 2019, with the growth rate of 2,300 cubic metres per day. There are numerous dome collapses that trigger incandescent rockfalls.

The alert level for Mt Merapi is kept at 2, on a four-level scale. Residents should avoid conducting activities within a three-kilometre radius of the summit.

Source: Antara News.

Source: BPPTKG

Le Laki contre l’Holuhraun ! // Laki vs. Holuhraun!

drapeau francaisAlors que l’éruption dans l’Holuhraun se poursuit sans montrer de signes de faiblesse (voir mes notes précédentes), des voix se font entendre pour établir une comparaison avec l’éruption du Laki en 1783. Toutefois, pour le moment, l’éruption de l’Holuhraun paraît bien petite à côté de celle de son homologue du 18ème siècle.
L’éruption du Laki s’est étendue sur une période de huit mois, entre le 8 juin 1783, et 7 février 1784. Elle a commencé le long d’une fissure où se sont ouverts 130 cratères avec des explosions phréatomagmatiques. Cet événement se situe au niveau 6 (sur 8) sur l’Indice d’Explosivité Volcanique (VEI). A titre de comparaison, l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010 a été évaluée à 3 sur le VEI.
L’éruption du Laki a généré quelque 14 km3 de lave, et le volume total de téphras s’élève à 0,91 km3. On estime que les fontaines de lave ont atteint des hauteurs entre 800 et 1400 mètres.
Les gaz émis – dont 8 millions de tonnes de fluorure d’hydrogène et 120 millions de tonnes de dioxyde de soufre – ont causé la mort de plus de 50 pour cent du cheptel islandais et entraîné une famine qui a tué environ le quart de la population islandaise. L’éruption du Laki a provoqué une chute des températures, en particulier dans l’hémisphère Nord, avec d’énormes pertes de récoltes en Europe. Elle a peut-être été l’une des causes de la Révolution française de 1789.

Comme je l’ai écrit plus haut, l’éruption de l’Holuhraun paraît minuscule en comparaison, au moins pour le moment. (Rappelez-vous que H. Sigurdsson a prédit que l’éruption se terminerait le 4 mars 2015!).
Après une augmentation de l’activité sismique au niveau du Bárðarbunga et la formation d’un dyke intrusif, l’éruption a commencé le long d’une fissure déjà existante dans l’Holuhraun le 29 août 2014 et n’a pas cessé depuis ce jour-là. L’éruption a ouvert trois bouches le long de la fissure, ce qui est bien peu à côté des 130 cratères du Laki. Aucune activité explosive n’a été observée, ce qui est bien différent de l’activité explosive de VEI 6 du Laki. De plus, l’éruption de l’Holuhraun a émis très peu de cendre et de téphras alors que le Laki en avait éjecté un volume de 0,9 km3 en 1783 et l’Eyjafjallajökull 0,1 km3 en 2010.
Alors que les fontaines de lave du Laki ont probablement atteint une hauteur de 1400 mètres, celles de l’Holuhraun se sont contentées d’une centaine de mètres.
En outre, pendant les huit mois de l’éruption du Laki, on estime que 120 millions de tonnes de SO2 ont été émises, soit 15 millions de tonnes par mois en moyenne. Au cours du premier mois de l’éruption de l’Holuhraun, la moyenne des émissions de SO2 par jour a atteint 20 000 tonnes, soit l’équivalent de 600 000 tonnes pour un mois.
La lave qui s’est épanchée dans l’Holuhraun représente actuellement un volume d’environ un kilomètre cube, ce qui en fait la plus grande éruption en Islande depuis l’éruption du Laki. Ce volume est cinq à six fois supérieur à celui de l’Eyjafjallajökull en 2010. Cependant, l’éruption du Laki est très loin devant avec 14 km3, soit 14 fois l’éruption de l’Holuhraun!
Source: Iceland Review.

 —————————————————————-

drapeau anglaisAs the Holuhraun eruption is continuing without abating (see my previous notes), voices are heard making a comparison with the Laki eruption in 1783. However, for the time being, the eruption in Holuhraun looks tiny compared with the one that occurred in the 18th century.

The Laki eruption took place over an eight-month period between June 8th, 1783, and February 7th, 1784. It began along a fissure with 130 craters that opened with phreatomagmatic explosions. This event is rated as 6 (out of 8) on the Volcanic Explosivity Index (VEI).  For comparison, the 2001 eruption of Eyjafjallajökull is rated as 3 on VEI.

The Laki eruption produced an estimated 14 km3 of lava, and the total volume of tephra emitted was 0.91 km3. Lava fountains were estimated to have reached heights of 800 to 1,400 metres.

The gases emitted, including an estimated 8 million tons of hydrogen fluoride and 120 million tons of sulphur dioxide, caused the death of over 50 percent of Iceland’s livestock, leading to a famine killing approximately 25 percent of the country’s inhabitants. The Laki eruption caused a drop in global temperatures over the Northern Hemisphere, with huge crop failures in Europe. It may have been one of the causes of the French Revolution in 1789.

As I put it before, the Holuhraun eruption looks tiny in comparison, at least for the moment. (Remember that H. Sigurdsson has predicted it would come to an end on March 4th 2015!).

Following increased seismic activity in Bárðarbunga volcano and the formation of an intrusive dike, the eruption began in an already-existing fissure in Holuhraun on August 29th, 2014 and has not stopped since that day. The eruption began in three craters along a fissure, compared to the 130 craters of Laki, with no explosive activity, compared to the VEI 6 explosion of Laki. Hardly any tephra, or ash, has been emitted in the Holuhraun eruption, compared to the 0.9 km3 ejecta volume of Laki in 1783 and 0.1 km3 ejecta volume of Eyjafjallajökull in 2010..

While the highest lava fountains in Laki are estimated to have reached a height of 1,400 metres, lava fountains in Holuhraun have reached approximately 100 metres.

Besides, during the eight months of the Laki eruption, an estimated 120 million tons of SO2 were emitted, or 15 million tons per month on average. In the first month of the Holuhraun eruption, the average daily SO2 emission was20,000 tons,  which is the equivalent of 600,000 tons in one month.

The lava ejected in Holuhraunhas a current volume of one cubic kilometre,  which makes it the largest eruption in Iceland since the Laki eruption and five to six times bigger than the 2010 Eyjafjallajökull eruption in terms of volume of lava. However, the Laki eruption is still 14 times bigger than the Holuhraun eruption, as it ejected an estimated 14 km3 of lava !

Source: Iceland Review.

Laki-blog

Le Laki a mis la barre très haut et il est peu probable que l’éruption dans l’Holuhraun déverse un volume de lave aussi considérable qu’en 1783-1784.  (Photo:  C.  Grandpey)