Hawaii : L’affaissement du sommet du Kilauea // The slumping of the Kilauea summit

Au sommet du Kilauea, le cratère de l’Halema’uma’u s’est transformé de manière incroyable depuis le début du mois de mai 2018. Avec les affaissements et les effondrements successifs, sa profondeur a plus que triplé et son diamètre a plus que doublé. La sismicité est très forte. Avant le mois de mai, on enregistrait en général chaque jour une dizaine de séismes au sommet du volcan. A la fin du mois de juin 2018, on enregistre quotidiennement quelque 600 secousses ! Beaucoup de ces séismes sont suffisamment forts pour être ressentis par la population et certains peuvent causer des dégâts. La situation est préoccupante, en particulier dans le village de Volcano et ses environs.
La cause des effondrements et de la forte sismicité est assez facile à comprendre. Pour être bref, le plancher rigide de la caldeira réagit à l’évacuation du magma qui se trouvait dans le réservoir peu profond sous le sommet. En même temps que ce magma se déverse dans la l’East Rift Zone et sort par des fractures dans la subdivision de Leilani Estates, il fait s’effondrer le plancher du cratère qui servait de plafond à la chambre magmatique. De petits séismes se produisent lorsque le plancher du cratère s’affaisse. Les événements explosifs se déclenchent lorsque le plancher de la caldeira ne peut plus supporter son propre poids et commence à s’effondrer. Les effondrements majeurs peuvent provoquer des explosions et générer des panaches de cendre qui s’élèvent au-dessus du cratère. L’énergie dégagée par de tels événements peut être équivalente à des séismes de M 5.3.
Les analyses de données provenant d’inclinomètres, de stations GPS, de sismomètres, de mesures de gaz, d’observations satellitaires et visuelles sont en cours, et plusieurs hypothèses sont susceptibles d’expliquer les événements qui se déroulent au sommet. L’idée admise généralement est que les effondrements successifs sous la caldeira agissent comme un piston sur un système magmatique dépressurisé. Ce processus d’effondrement culmine avec un séisme qui peut être assez fort pour être ressenti par les habitants de la région. Il peut également provoquer une explosion au cours de laquelle les gaz propulsent la cendre dans l’atmosphère. Après un événement significatif d’effondrement accompagné d’une explosion, les contraintes sur les fractures autour de Halema’uma’u se relâchent temporairement, ce qui entraîne une baisse de la sismicité. Plusieurs heures plus tard, les contraintes augmentent à nouveau sur les failles autour de l’Halema’uma’u et la sismicité repart à la hausse pour atteindre un niveau constant qui persiste plusieurs heures avant l’effondrement suivant accompagné d’une explosion.
Les événements d’effondrement + explosion génèrent des panaches qui sont devenus progressivement plus pauvres en cendre et qui ne s’élèvent plus qu’à quelques centaines de mètres au-dessus du cratère. Cela contraste avec la séquence éruptive du 16 au 26 mai, époque où l’Overlook Crater dans l’Halema’uma’u était une bouche ouverte, de sorte que des panaches de cendre volumineux pouvaient s’élever dans l’air lors de chaque effondrement et de chaque explosion.
Depuis le 21 juin, les habitants de la zone sommitale du Kilauea indiquent qu’ils ressentent des secousses plus fortes au moment des événements d’effondrement et des explosions. Il est possible qu’un nouvel effondrement partiel du réservoir magmatique peu profond ait eu lieu, ce qui a pu en modifier la géométrie ainsi que les caractéristiques des ondes sismiques qui ont maintenant davantage de hautes fréquences (et des longueurs d’onde plus courtes) que les gens peuvent ressentir plus intensément.
Bien sûr, personne ne sait quand l’éruption va s’arrêter. Même après son terme, il n’est pas impossible que la sismicité continue d’affecter la zone sommitale, le temps que l’ensemble de la caldeira se stabilise.
Source: USGS / HVO.

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At the summit of Kilauea Volcano, Halema’uma’u Crater has changed dramatically since early May 2018. With the successive sinkings and collapses, the depth of the crater has more than tripled and the diameter has more than doubled. Seismicity is very high. Before May, about 10 earthquakes per day were usually recorded at the summit. As of late June 2018, there are about 600 earthquakes on a daily basis. Many of these earthquakes are strong enough to be felt, and some can be damaging. They are causing concern, especially in Volcano Village and its surroundings.

The cause of the collapses and the elevated seismicity are fairly easy to understand. To put it shortly, the rigid rock of the caldera floor is responding to the steady withdrawal of magma from a shallow reservoir beneath the summit. As magma drains into the East Rift Zone to erupt from fissures in the Leilani Estates subdivision, it slowly pulls away support of the rock above it. Small earthquakes occur as the crater floor sags. The collapse/explosion events are triggered when the caldera floor can no longer support its own weight and drops downward. Large collapses can produce explosions and ash plumes that rise above the crater. The energy released by such events can be equivalent to M 5.3 earthquakes.

Analyses of data from tiltmeters, GPS stations, seismometers, gas measurements, satellite and visual observations are ongoing, and several hypotheses could explain the processes occurring at the summit. A leading concept is that incremental collapses beneath the caldera act as a piston dropping on top of a depressurized magmatic system. This collapse process culminates in a large earthquake that may be strong enough to be felt by residents in the area. It also can produce an explosion in which gas drives ash into the atmosphere. After a large collapse/explosion event, the stress on the faults around Halema’uma’u is temporarily reduced, resulting in fewer earthquakes. Several hours later, stress increases on the faults around Halema’uma’u and earthquake rates increase and grow to a constant level that continues for several hours before the next collapse/explosion event.

The collapse/explosion events generate plumes that have become progressively more ash-poor and now rise only a few thousand feet above the crater. This is in contrast to the eruptive sequence from May 16-26, when the vent within Halema’uma’u Crater was open so ash plumes could rise into the air during each collapse/explosion event.

Since June 21st, nearby residents have reported feeling stronger, more intense shaking from the collapse/explosion events. It is possible that another partial collapse of the shallow magma reservoir occurred, also changing subsurface geometry. This changed the character of the seismic waves, which now have more high frequencies (shorter wavelengths) that people may feel more intensely.

Of course, nobody knows when the eruption will stop. Even after it stops, seismicity may continue to affect the summit area, time for the whole caldera to become more stable.

Source: USGS / HVO.

Le cratère de l’Halema’uma’u le 18 juin 2018

(Crédit photo: USGS)

Telica (Nicaragua)

Selon l’INETER, une explosion d’intensité moyenne s’est produite sur le Telica dans la matinée du 21 juin 2018. Le volcan a élis un panache de gaz et de cendre jusqu’à 500 mètres au-dessus du cratère. Les matériaux éjectés par l’éruption ont arrosé les abords du cratère et des retombées de cendre ont été observées dans les localités voisines. Le volcan laisse maintenant échapper des panaches de gaz qui ne représentent pas un danger pour la population. L’INETER indique toutefois que de nouvelles explosions sont probables.
La dernière activité éruptive du Telica a débuté le 23 septembre 2015 et s’est terminée le 11 mai 2016. On lui a attribué un indice d’explosivité volcanique (VEI) de 2.
Source: INETER, The Watchers.

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According to INETER, a moderate explosion occurred at Telica in the morning of June 21st, 2018. The volcano ejected a plume of gas and ash up to 500 metres above the crater. The erupted material fell near the crater and ashfall was observed in nearby communities. The volcano is now emitting gases, but they do not represent a danger for the population. INETER indicates that more explosions are likely.

Telica’s last eruptive activity started on September 23rd, 2015, and ended on May 11th, 2016. It was given a Volcanic Explosivity Index (VEI) of 2.

Source: INETER, The Watchers.

Séquence éruptive sur le Telica (Crédit photo: INETER)

Fuego (Guatemala): Explosions et lahars

L’INSIVUMEH et la CONRED indiquent qu’au cours des derniers jours, de puissants lahars à haute température continuaient à dévaler les flancs du Fuego, accompagnés d’une forte odeur de soufre. Ils étaient générés par les fortes pluies qui ont remobilisé les dépôts de coulées pyroclastiques du 3 juin. Les lahars ont emprunté les ravines Cenizas, Las Lajas, Mineral, Santa Teresa, El Gobernador et Taniluyá. Ils mesuraient entre 20 et 45 mètres de large, jusqu’à 3 mètres d’épaisseur et charriaient souvent des blocs jusqu’à 3 mètres de diamètre, des troncs d’arbres et des branches. Le 14 juin, les lahars ont perturbé les communications dans plusieurs communautés, nécessitant l’assistance de l’armée.
En ce qui concerne l’activité volcanique entre le 16 et le 19 juin, jusqu’à sept explosions par heure produisaient des panaches de cendre s’élevant jusqu’à 1,2 km au-dessus du cratère. Des explosions ont été entendues jusqu’à 10 km de distance. Des avalanches de matériaux sont descendues dans les ravines Santa Teresa, Las Lajas et Cenizas, produisant des panaches de cendre et des retombées dans plusieurs localités. Selon la CONRED, en date du 19 juin, le nombre de personnes tuées par les coulées pyroclastiques du 3 juin était de 110 ; 197 autres sont portées disparues. En outre, 12 823 personnes ont été évacuées.
Source: INSIVUMEH, CONRED.

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INSIVUMEH and CONRED report that in the past few days strong lahars were often hot, steaming, and had a sulphur odour. They were generated from heavy rains and the recent accumulation of pyroclastic-flow deposits from the 3 June events. Lahars descended the Cenizas, Las Lajas, Mineral, Santa Teresa, El Gobernador, and Taniluyá drainages. They were 20-45 metres wide, as deep as 3 metres, and often carried blocks up to 3 metres in diameter, tree trunks, and branches. On 14 June lahars disrupted communication in several communities, requiring assistance from the Army.

As far as volcanic activity is concerned, between june 16th and 19th, as many as seven explosions per hour produced ash plumes that rose as high as 1.2 km above the crater. Some explosions were heard as far as 10 km away. Avalanches of material descended the Santa Teresa, Las Lajas, and Cenizas drainages, producing ash plumes, and ashfall in several municipalities. According to CONRED, as of 19 June, the number of people confirmed to have died due to the 3 June pyroclastic flows remained at 110, and 197 more were missing. In addition, 12,823 people had been evacuated.

Source: INSIVUMEH, CONRED.

Crédit photo: INSIVUMEH

Guatemala & Hawaii: Mort et destruction // Death and destruction

Au Guatemala, les autorités ont mis fin à la recherche des personnes ensevelies par l’éruption du Fuego il y a deux semaines. Les recherches ont été suspendues à San Miguel Los Lotes et El Rodeo car la zone est « inhabitable » et à haut risque. Des pompiers volontaires continuent de chercher deux collègues disparus dans le département de Sacatepequez. Les autorités indiquent qu’il y a 110 décès confirmés suite à l’éruption du 3 juin et 197 personnes sont portées disparues.
L’INSIVUMEH indique que le volcan continue de gronder et émet des colonnes de cendre pouvant atteindre 5 km d’altitude.
12 refuges sont opérationnels dans la ville d’Escuintla où ils accueillent près de 2 800 personnes dont les maisons ont été recouvertes par la cendre, tandis que plus de 770 personnes sont hébergées dans des abris dans les environs.

Sur la Grande Ile d’Hawaii, de grandes quantités de lave continuent de sortir de la Fracture n° 8 et se dirigent vers l’océan où elles génèrent un volumineux panache de brume volcanique qui a envahi une grande partie de l’île au cours des dernières heures. Selon la Protection Civile, la lave a détruit 533 maisons. Un centre d’aide à la population sinistrée, situé dans le gymnase d’un lycée, ainsi que deux centre d’hébergement sont ouverts au public.
Des événements explosifs se produisent régulièrement au sommet du Kilauea et entraînent une sismicité élevée. Un événement de magnitude M 5.3 a encore été enregistré le 17 juin au matin. La déflation du sommet provoque l’affaissement de la lèvre et des parois de l’Halema’uma’u.

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In Guatemala, authorities have ended the search for people buried by the eruption of Fuego Volcano two weeks ago. Searches have been suspended in San Miguel Los Lotes and El Rodeo because the area is « uninhabitable » and high risk. Volunteer firefighters continue to look for two missing colleagues in the Sacatepequez department. Officials say there are 110 confirmed deaths from the June 3 eruption while 197 people are listed as missing.
INSIVUMEH indicates that the volcano is still rumbling, shooting columns of ash nearly 5 kilometres into the sky.

12 shelters are operational in the town of Escuintla for nearly 2,800 people displaced from homes that were swallowed by ash and dirt, while more than 770 people are staying in shelters in nearby areas.

On Hawaii Big Island, lava is still profusely coming out of Fissure 8 and flowing down to the ocean, generating a voluminous plume of volcanic haze that invaded a large area of the island in the past hours. According to the Civil Defense, lava has also destroyed 533 homes. A disaster recovery center, located inside a high school gym, and two shelters are open to the public.

Explosive events occur regularly at the summit with elevated seismicity. An M 5.3 earthquake was still recorded on June 17th in the morning. The subsidence at the summit is causing the rim and walls of Halema‘uma‘u to slump inward.

L’éruption du Fuego (Crédit photo: CONRED)

Fontaines de lave dans la Fracture n° 8 (Crédit photo: USGS)