Svartsengi (Islande) : accumulation de magma et inflation continuent // Svartsengi (Iceland) : Magma accumulation and inflation continue

Le Met Office islandais indiquait le 13 juillet 2024 que l’accumulation de magma sous Svartsengi était de huit millions de mètres cubes et que l’apport était constant. Les dernières mesures (2 juillet 2024) révélaient que 4 à 6 millions de mètres cubes de magma s’étaient accumulés dans la chambre magmatique. Les scientifiques du Met Office concluent qu’une intrusion magmatique, une éruption, ou les deux, pourraient se produire dans trois à six semaines, mais il est difficile de dire quand cela se produira. Cependant, il a été remarqué qu’à chaque éruption, un plus grand volume de magma est mobilisé pour que la suivante démarre.
Près de 260 séismes ont été enregistrés sur la péninsule de Reykjanes au cours de la semaine dernière, dont 20 au niveau de la dernière intrusion magmatique. L’événement le plus significatif avait une magnitude de M1,3, à l’ouest de Grindavík. La plupart des séismes se sont produits autour du lac Kleifarvatn ; une quarantaine a été détectée à l’est du lac et une soixantaine à l’ouest et au sud-ouest du lac.
Source : MetOffice.

Image de l’inflation à Svartsengi le 14 juillet 2024 (Source: Met Office)

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The Icelandic Met Office indicated onJuly 13th, 2024 that magma accumulation under Svartsengi was eight million cubic metres and the inflow was steady. In the last measurements (July 2nd, 2024), 4 to 6 million cubic meters of magma had accumulated in the magma chamber. The measurements tend to show that magma intrusions, volcanic eruptions or both might start in three to six weeks, but Met Office scientists say it is difficult to estimate when that will happen. However, it has been noticed that with each eruption, a larger volume of magma is needed for the next one to start.

Almost 260 earthquakes have been measured on the Reykjanes peninsula in the past week, 20 of them at the magma intrusion. The largest one had a magnitude M1.3, west of Grindavík. Most earthquakes were measured around Kleifarvatn, more than 40 east of the lake and more than 60 west and southwest of the lake.

Source : Met Office.

Nouvelle hausse d’activité sur le Kilauea (Hawaii) // New increase in activity at Kilauea Volcano (Hawaii)

Dans un bulletin spécial, le HVO indique que le Kilauea n’est pas en éruption, mais qu’un essaim sismique a commencé au sommet dans l’après-midi du 27 juin 2024 avec des événements de M 2,9 et M 3,4. Les 300 séismes enregistrés le 28 juin représentent plus de 3 fois le niveau de sismicité d’il y a plusieurs jours.
L’inflation dans la zone sommitale et l’Upper Rift Zone continue d’être modérée, comme c’est le cas depuis la fin de l’éruption du 3 juin. A noter que cette inflation a toutefois ralenti. Les inclinomètres installés dans la caldeira au nord-ouest du sommet et à Sand Hill au sud-ouest du sommet ont enregistré environ 1 microradian d’inflation en 24 heures.
Le HVO ajoute que « toute hausse significative de la sismicité et/ou de la déformation [de l’édifice volcanique] pourrait entraîner une nouvelle éruption dans ou à proximité de la région sommitale, mais il n’y a aucun signe d’éruption imminente pour le moment.[…] Il n’est pas possible de dire si cette hausse de l’activité du Kilauea entraînera une intrusion ou une éruption dans un avenir proche, ou si elle se poursuivra simplement sous la forme d’une hausse de l’activité sismique.»

Vue de l’éruption fissurale du 3 juin 2024 (Crédit photo: HVO)

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In a special update, HVO indicates that Kilauea is not erupting, but a sesimic swarm began at the summit in the afternoon of June 27th, 2024 with M 2.9 and M 3.4 quakes. The 300 quakes recorded on June 28th are more than 3 times the seismic rate from several days ago.

Inflation in the summit and upper rift zones continue to be moderately elevated, which as has been persistent since the end of the June 3rd eruption, but rates have slowed. Tiltmeters at the caldera northwest of the summit and Sand Hill southwest of the summit each recorded approximately 1 microradian of net inflation in 24 hours.

HVO adds that « any substantial increases in seismicity and/or deformation could result in a new eruption within or near the summit region, but there are no signs of an imminent eruption at this time. […] It’s not possible to say whether this increase in activity at Kilauea will lead to an intrusion or eruption in the near future, or simply continue as seismic unrest. »

Hydroélectricité et risques naturels en Inde // Hydroelectricity and natural hazards in India

J’ai écrit dans plusieurs notes sur ce blog que l’Himalaya est le château d’eau de l’Asie. La neige et les glaciers fournissent de l’eau à 270 millions de personnes en Asie du Sud. L’Himalaya est donc une source d’eau douce vitale qui s’étend sur 2 400 kilomètres dans une zone qui comprend les plus hauts sommets du monde.

Source: NASA

Cependant, le réchauffement climatique fait reculer les glaciers et les climatologues avertissent que le niveau des rivières commencera à baisser vers 2050. Avec ses nombreux cours d’eau, la région devrait être en mesure de fournir une grande quantité d’ énergie hydroélectrique. Pourtant, seuls 20 % de ce potentiel estimé à 500 GW sont actuellement exploités.

L’immense chaîne de l’Himalaya, avec ses glaciers et ses grands cours d’eau, traverse l’Inde, le Pakistan, le Népal, l’Afghanistan, la Chine et le Bhoutan. La partie indienne de l’Himalaya couvre environ 16,2 % de la superficie du pays et forme sa frontière nord.
Le potentiel hydroélectrique exploitable en Inde a été estimé à environ 84 GW. L’essentiel se concentre dans les États de l’Arunachal Pradesh, de l’Himachal Pradesh et du Jammu-et-Cachemire, ainsi que dans l’État septentrional de l’Uttar Pradesh.
L’Himachal Pradesh possède un fort potentiel de production d’énergie hydroélectrique grâce à la fonte des glaciers et des lacs gelés. L’État héberge la plus grande capacité hydroélectrique installée en Inde, avec plus de 10 500 MW. Le gouvernement prévoit de doubler cette capacité, même si 97 % de la superficie de l’Himachal Pradesh est sujette aux glissements de terrain.

Centale hydroélectrique dans l’Himachal Pradesh (Crédit photo: Electrical India)

Bien que l’hydroélectricité offre des avantages autres que la production d’électricité en assurant la régulation du débit des rivières, l’irrigation et l’eau potable, les risques associés au développement de cette source d’énergie dans l’Himalaya sont plus importants que les avantages.
En effet, les glaciers de l’Himalaya fondent de plus en plus vite en raison du réchauffement climatique, avec l’apparition de grands lacs glaciaires retenus par de fragiles moraines. Ces moraines peuvent s’éventrer et provoquer d’énormes crues soudaines. Une étude de 2019 a révélé que plus de 5 000 lacs glaciaires dans la région étaient susceptibles de déclencher des inondations importantes qui pourraient avoir des conséquences sociétales catastrophiques.

Lac glaciaire dans l’Himalaya (Crédit photo: Planetary Science institute)

Un autre risque découle des effets du réchauffement climatique dans la région. On observe de plus en plus de précipitations extrêmes qui peuvent détruire les infrastructures hydroélectriques et inonder les villages.
De plus, l’Himalaya est soumis à une instabilité géologique et présente un sérieux risque de séismes. De tels événements peuvent briser des barrages et provoquer des inondations soudaines qui détruisent les routes, les habitations et les terres agricoles. Lors du séisme de 2015 au Népal, plus de 30 projets hydroélectriques ont subi des dégâts, principalement suite à des glissements de terrain. Cette catastrophe naturelle a provoqué la perte de 34 % de la capacité hydroélectrique installée dans le pays.

Glissement de terrain dans l’Himachal Pradesh (Crédit photo: India Today)

Les grands projets d’infrastructures tels que les centrales hydroélectriques sont également en grande partie responsables de la disparition des sources dans la région. Les statistiques gouvernementales montrent que la moitié des sources dans l’Himalaya indien se sont taries, avec de graves pénuries d’eau dans des milliers de villages.
De même, en Inde, trois projets hydroélectriques dans l’État himalayen de l’Uttarakhand ont subi des dommages lors d’inondations et de glissements de terrain en 2013 et 2021. Ces trois projets font partie de sept projets hydroélectriques en cours de construction auxquels le gouvernement indien a récemment donné le feu vert. Suite à cette approbation gouvernementale, un groupe de plus de 60 scientifiques, hommes politiques, environnementalistes et autres citoyens en proie à l’inquiétude ont écrit une lettre ouverte au Premier ministre indien. Ils ont demandé son intervention pour arrêter tout autre projet hydroélectrique dans l’Himalaya. Ils ont souligné que de tels projets étaient « voués à être détruits ou gravement endommagés » par des événements naturels.
Source : The Times of India et autres médias d’information internationaux.

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As I put it in several posts, the Himalayas are the water tower of Asia. The snow and the glaciers provide water to 270 million people in South Asia. The Himalayas are a vital freshwater source covering 2,400 kilometres in an area that includes the world’s highest peaks. However, global warming is shrinking the glaciers, and the river level will begin to decrease around 2050. The region has become a hydropower hotspot. However, only 20% of the estimated 500-GW potential is currently tapped.

The immense mountain range of the Himalayas, which includes glaciers and large rivers, passes through India, Pakistan, Nepal, Afghanistan, China and Bhutan. The Indian part of the Himalayas covers about 16.2% of the country’s area and forms its northern boundary.

Exploitable hydropower potential in India has been estimated at about 84 GW. The bulk of this potential lies in the fragile Indian Himalayan states of Arunachal Pradesh, Himachal Pradesh and Jammu and Kashmir, as well as the northern state of Uttar Pradesh.

Himachal Pradesh has a potential for hydropower generation due to the thawing of glaciers and frozen lakes. The state is home to India’s highest installed hydropower capacity of over 10,500 MW. The government plans to double this capacity, even though an estimated 97% of Himachal Pradesh’s geographical area is prone to landslides.

While hydropower offers benefits beyond electricity generation by providing flood control, irrigation support and clean drinking water, the risks associated with developing this energy source in the Himalayas outweigh the benefits.

Indeed, glaciers in the Himalayas are increasingly melting due to climate change and creating big glacier lakes. These lakes can burst and cause huge flash floods. A 2019 study found that more than 5,000 glacier lakes in the region were at risk of extensive flooding and could cause catastrophic societal impacts.

Another risk stems from the changing weather patterns in the region, leading to more extreme rainfall events which can ruin hydropower infrastructure and flood villages.

Additionally, the Himalayas are plagued by geological instability and are at serious risk from earthquakes. Such disasters can fracture dams and release sudden floods that ruin roads, homes and agricultural land. During the 2015 Nepal earthquakes, more than 30 hydropower projects underwent damage, mostly by landslides. This natural disaster caused the loss of 34% of the country’s installed hydropower capacity.

Big infrastructure projects such as hydropower stations are also largely responsible for springs dying in the region. Government statistics show that half of the springs in the Indian Himalayas have dried up, resulting in acute water shortages across thousands of villages.

Similarly, in India, three hydropower projects in the Himalayan state of Uttarakhand suffered damage from floods and landslides in 2013 and 2021.These are among seven under-construction hydropower projects that India’s government recently allowed to restart. Following this approval, a group of more than 60 concerned scientists, politicians, environmentalists and other citizens wrote an open letter to the Indian Prime Minister. They requested his intervention in stopping any more hydroelectric projects in the Himalayas. They highlighted that such projects were “bound to be destroyed or extensively damaged” by natural events.

Source : The Times of India and other international news media.

Islande : le rapport officiel du Met Office // Iceland : the Met Office’s official report

Après les désaccords entre les volcanologues islandais et la confusion que cette situation a générée ces derniers jours, je pense qu’il est utile de se référer aux rapports du Met Office pour avoir une bonne idée de la situation sur la péninsule de Reykjanes,
D’un point de sue sismique, 80 événements ont été enregistrés au niveau de la chambre magmatique sous le secteur de Svartsengi au cours des derniers jours. C’est à peu près le même nombre qu’avant le week-end. On a relevé moins de séismes ce week-end, mais les vents violents qui ont soufflé ont considérablement réduit la sensibilité des appareils dans la zone. Il est donc fort probable que l’activité soit restée inchangée tout le week-end.
S’agissant de la déformation du sol, il y a encore des signes d’inflation et rien n’indique que l’accumulation de magma ait ralenti depuis avant le week-end. Les données de déformation montrent un soulèvement continu du sol dans le secteur de Svartsengi, ce qui indique que le magma continue de s’accumuler en profondeur. Les modélisations estiment qu’environ 18 millions de mètres cubes se sont accumulés depuis le 16 mars 2024, date du début de la dernière éruption. Le volume total de magma accumulé est désormais supérieur à celui des derniers événements. Cela signifie que la pression dans le système continue d’augmenter et on peut donc en déduire qu’il existe un risque réel de nouvelle éruption. Il est toutefois difficile de dire quand il se produira, mais le précurseur pourrait être très court.

La prochaine éruption – si éruption il y a – se produira-t-elle le long de la chaîne de cratères de Sundhnúkur? Personne ne le sait.  (Crédit photo : Hörður Kristleifsson)

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After the disagreements between Icelandic volcanologissts and the confusion this disorder has created during the past days, I think it is useful to refer to the Met Office’s reports to assess the situation on the Reykjanes Peninsula,

A total of 80 earthquakes have been recorded in the magma chamber beneath Svartsengi in the last day. This is about the same number as was measured in the area before the weekend. Fewer earthquakes were measured this weekend, but a considerable windstorm reduced the sensitivity of the measurements in the area. It is therefore most likely that activity was similar all weekend.

There are still signs of inflation, and there is no evidence that magma accumulation has slowed since before the weekend. Deformation data shows continued uplift in the Svartsengi area, indicating that magma continues to accumulate at depth. Model calculations estimate that about 18 million cubic meters have accumulated there since March 16th 2024 when the last eruption began. The total volume of magma accumulated is more now than in recent previous events. This means that pressure in the system continues to increase and therefore it can be concluded that there are still considerable odds of a new eruption. The timing of the event is however quite uncertain, but the precursor could be very short.