Réchauffement climatique : la menace des lacs glaciaires // Global warming : the threat of glacial lakes

Une nouvelle étude basée sur des données satellitaires révèle que le volume des lacs formés par la fonte des glaciers dans le monde a bondi de 50% en 30 ans en raison du changement climatique.
On sait que toutes les eaux de fonte n’atteignent pas immédiatement les océans, mais jusqu’à présent, on était incapable d’estimer le volume d’eau stocké dans les lacs ou les nappes phréatiques.

La nouvelle étude, publiée dans Nature Climate Change, permettra aux scientifiques et aux gouvernements d’identifier les dangers potentiels pour les localités situées en aval de ces lacs souvent instables. Cela améliorera également la précision des estimations de l’élévation du niveau des océans grâce à une meilleure compréhension de la manière et de la rapidité avec laquelle l’eau de fonte des glaciers parvient à la mer.
Des études antérieures ont montré qu’entre 1994 et 2017 les glaciers dans le monde, en particulier dans les régions de haute montagne, ont perdu environ 6,5 trillions (1018) de tonnes. Au cours du dernier siècle, 35% de l’élévation du niveau des océans dans le monde provenait de la fonte des glaciers. Les autres principales sources de cette hausse sont les calottes glaciaires et l’expansion de l’eau des océans à mesure qu’elle se réchauffe.
La température moyenne de la surface de la Terre a augmenté de 1°C depuis l’époque préindustrielle, mais les régions de haute montagne sur la planète se sont réchauffées deux fois plus vite, ce qui a accéléré la fonte des glaciers.
Contrairement aux lacs traditionnels, les lacs glaciaires sont instables parce qu’ils sont souvent retenus par des moraines instables composées de glace ou de sédiments. Lorsque l’eau accumulée éventre ces fragiles retenues, des inondations catastrophiques peuvent se produire en aval. Connu sous le nom de crue ou débâcle glaciaire, ce type d’inondation a été responsable de milliers de morts au cours du siècle dernier, ainsi que de la destruction de villages, d’infrastructures et de bétail. L’événement le plus récent est l’inondation provoquée par la libération d’un lac glaciaire ; elle a traversé la vallée de la Hunza au Pakistan en mai 2020. En janvier de cette même année, le Programme de développement des Nations Unies a estimé que plus de 3000 lacs glaciaires se sont formés dans la région de l’Hindu Kush-Himalayan, et 33 constituent une menace imminente pour sept millions de personnes.
La nouvelle étude, basée sur 250 000 relevés fournis pat le satellite Landsat de la NASA, estime le volume actuel de l’ensemble des lacs glaciaires à plus de 150 kilomètres cubes, ce qui équivaut à un tiers du volume du lac Érié aux États-Unis ou à deux fois le volume du lac Léman.
Source: The Japan Times.

———————————————

 A new study based on satellite data has revealed that the volume of lakes formed as glaciers melt around the world due to climate change has jumped by 50 percent in 30 years.

It is known that not all meltwater is making it into the oceans immediately, but until now there were no data to estimate how much was being stored in lakes or groundwater.

The new study, published in Nature Climate Change, will help scientists and governments identify potential hazards to communities downstream of these often unstable lakes. It will also improve the accuracy of sea level rise estimates through better understanding of how – and how quickly – water shed by glaciers makes it to the sea.

Previous research has shown that between 1994 and 2017, the world’s glaciers, especially in high-mountain regions, shed about 6.5 trillion tons in mass. In the past 100 years, 35 percent of global sea-level rises came from glacier melting. The other main sources of sea level rise are ice sheets and the expansion of ocean water as it warms.

Earth’s average surface temperature has risen 1 degree Celsius since preindustrial times, but high-mountain regions around the world have warmed at twice that pace, accelerating glacier melt.

Unlike normal lakes, glacier lakes are unstable because they are often dammed by ice or sediment composed of loose rock and debris. When accumulating water bursts through these accidental barriers, massive flooding can occur downstream. Known as glacial lake outbursts, this kind of flooding has been responsible for thousands of deaths in the last century, as well as the destruction of villages, infrastructure and livestock. The most recent recorded incident was a glacial lake outburst that washed through the Hunza Valley in Pakistan in May 2020. In January, the U.N. Development Program estimated that more than 3,000 glacial lakes have formed in the Hindu Kush-Himalayan region, with 33 posing an imminent threat that could impact as many as seven million people.

The new study, based on 250,000 scenes from NASA’s Landsat satellite missions, estimates current glacial lake volume at more than 150 cubic kilometres, which equivalent to one-third the volume of Lake Erie in the United States or twice the volume of Lake Geneva.

Source : The Japan Times.

Au Pérou, en décembre 1941, un énorme pan de glacier est tombé dans le lac Palcacocha, provoquant la rupture de la moraine qui retenait le lac. La vague a emporté un autre lac sur son passage, transportant des blocs de glace, des rochers et de la boue vers la vallée de la rivière Santa. En 15 minutes, la coulée de boue a atteint Huaraz. 400 m³ de débris ont enseveli plusieurs quartiers et tué entre 1 800 et 7 000 habitants. (Crédit photo : Wkipedia)

35 nouveaux lacs alpins !

Un nouveau livre intitulé « Les lacs de Savoie : du Bourget aux lacs nouveau-nés », écrit par le naturaliste Jean-Pierre Martinot, le glaciologue Hugo Mansoux et illustré avec les photos de Philippe Béranger, nous apprend que 35 nouveaux lacs sont apparus en Savoie ces quarante dernières années. L’ouvrage met ainsi en lumière un aspect du réchauffement climatique resté relativement discret en France, mais bien connu dans d’autres contrées de la planète, et souvent à une plus grande échelle.

La naissance de ces nouveaux lacs alpins est directement liée à la hausse des températures et elle est facile à comprendre. Ces plans d’eau se trouvent tous en altitude, la majorité en Haute-Maurienne, à proximité de glaciers qui fondent et reculent inéluctablement chaque année. L’un des exemples les plus marquants est celui du lac de l’Arpont, dans le magnifique parc national de la Vanoise. Au début des années 1980, le glacier empiétait encore sur la moitié du lac, à 2670 mètres d’altitude. A présent il a  reculé de plusieurs centaines de mètres et le lac est totalement libéré des glaces

Les auteurs de l’ouvrage nous expliquent que ces jeunes lacs de montagne se forment de deux manières : soit en remplissant une cavité formée dans la roche par l’abrasion du glacier : soit par un effet barrage, c’est-à-dire que des pierres charriées sur le front du glacier s’accumulent et donnent naissance à une retenue d’eau naturelle une fois que la glace a fondu. Ce phénomène n’est pas nouveau puisque nombre de lacs de montagne existants se sont formés ainsi il y a des milliers d’années. Ce qui est préoccupant, c’est l’accélération de l’apparition de nouveaux lacs depuis le milieu du 20ème siècle. Ils se formaient autrefois sur des siècles, mais apparaissent désormais en quelques dizaines d’années.

Source : Presse régionale et nationale.

Comme je l’ai écrit plus haut, de tels lacs se forment ailleurs dans le monde suite à la fonte des glaciers. C’est ce qui se passe dans l’Himalaya et plus particulièrement au Népal où l’on observe de plus en plus de « lacs tueurs. » L’eau de fonte s’accumule souvent devant la partie frontale des glaciers où elle est retenue par de fragiles moraines. Avec le temps, la pression exercée par l’eau risque d’éventrer ces barrages naturels et d’envoyer des torrents d’eau dans les vallées, avec un très gros risque pour les villages qui s’y trouvent. On a recensé des menaces identiques dans la Cordillère des Andes péruvienne. Certains de ces lacs instables sont équipés de capteurs censés alerter les autorités en cas de rupture de la digue morainique.

En France, le glacier de Tête Rousse (Haute-Savoie) recèle en son sein une énorme poche d’eau, à 3200 mètres d’altitude. En 2010, les autorités ont décidé de mettre en place une spectaculaire opération de pompage pour éviter une catastrophe. Tout le monde avait en tête le drame du 12 juillet 1892 quand une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes avait enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes. Vous trouverez la description de cet événement sur cette page de mon blog : https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/04/23/saint-gervais-haute-savoie-toujours-sous-la-menace-du-glacier-de-tete-rousse/

Au Pérou, le lac Palcacocha menace la ville d’Huaraz [Crédit photo : Wikipedia]

Des algues vertes dans les lacs de montagne aux Etats Unis // Green algae in U.S. mountain lakes

Un nouveau rapport rédigé par des chercheurs de la Colorado State University et publié dans la revue Proceedings B de la British Royal Society, nous informe que sous l’effet du réchauffement climatique les lacs de montagne ont pris une couleur verte dans l’ouest des États-Unis avec une prolifération d’algues jamais observée dans le passé. La concentration d’algues dans deux lacs de montagne isolés a plus que doublé au cours des 70 dernières années.
Le rapport souligne les effets potentiellement néfastes du changement climatique sur les écosystèmes vierges et éloignés des sources de pollution. Les chercheurs expliquent que même pour les lacs relativement éloignés de ces sources et situés dans des zones protégées, l’empreinte de la perturbation de la Nature par l’homme est évidente. Le réchauffement rapide des environnements de haute altitude a entraîné une accélération de la prolifération des algues vertes qui, jusqu’à récemment, se trouvaient en faible quantité dans ces lacs.
L’équipe de scientifiques a examiné les concentrations d’algues dans les lacs d’une chaîne de montagnes située à une centaine de kilomètres de Denver (Colorado). Pour ce faire , les chercheurs ont utilisé un carottier par gravité pour collecter des échantillons de sédiments sans endommager le lit du lac.
En se référant à des mesures remontant aux années 1950, ils ont détecté des «changements spectaculaires» avec des proliférations d’algues vertes – les chlorophytes – qui se développent habituellement dans des univers plus chauds. Les algues documentées dans l’étude se trouvent généralement dans des zones très polluées, telles que celles où se produit le  ruissellement d’origine agricole, et non dans les environnements de montagne vierges. Les scientifiques pensent que les transformations observées dans deux lacs du Colorado ne sont probablement pas un phénomène isolé.
Selon les chercheurs de la Colorado State University, les conclusions de leur rapport ne sont pas une preuve irréfutable des effets du réchauffement climatique, mais elles montrent que le phénomène provoque l’accumulation excessive de nutriments tels que le phosphore et l’azote qui favorisent la prolifération des algues. [NDLR : un tel phénomène vient d’être observé dans la Caraïbe avec l’arrivée d’un nuage de particules de sable et de polluants en provenance du Sahara, susceptible de favoriser le développement des bancs de sargasses]
Dans les lacs et les océans, la prolifération d’algues est un véritable problème car elles nuisent à la faune en cas d’ingestion et elles déstabilisent les environnements aquatiques en bloquant la lumière du soleil. De plus, la prolifération d’algues en eau douce et en eau de mer a un impact économique négatif énorme car elle affecte la pêche, le tourisme et la santé.
Source: Colorado State University.

Ce rapport n’est pas une surprise. Il a été prouvé que les environnements à très haute altitude dans l’Himalaya sont pollués par la suie générée par l’écobuage en Inde et ailleurs en Asie. Ces particules noires accélèrent la fonte des glaciers. En France, plusieurs études ont été menées pour analyser l’impact des microplastiques sur les lacs de montagne.

———————————————-

 A new report by researchers at Colorado State University, published in the British Royal Society journal Proceedings B informs us that global warming is turning clear mountain lakes green in the western United States because of an increase in algae blooms never seen before. The concentration of algae in two remote mountain lakes more than doubled in the past 70 years.

The report highlights the potentially harmful effects of climate change on pristine and remote ecosystems. The researchers explain that even in relatively remote lakes located in protected areas, the fingerprint of human perturbation of Earth System is evident. Rapid warming of high elevation environments has resulted in the rapid acceleration and dominance of green algae, which until recently were found in low abundance in these lakes.

The team of scientists examined algae concentrations in lakes in a mountain range about 100 kilometres from Denver (Colorado), using a tool called a gravity corer to collect sediment cores without damaging the lakebed.

Drawing on measurements going back to the 1950s, they found « dramatic changes » in algal abundance in the form of green algal blooms called chlorophytes, which thrive in warmer temperatures. The amounts of algae documented in the study would more typically be found in highly polluted areas, such as those prone to agricultural run-off, and not in pristine mountain environments. The scientists think that the changes observed in two lakes in Colorado are probably not an isolated phenomenon.

According to the Colorado State University researchers, the results are not a smoking gun, but point to climate change as driving the excess accumulation of nutrients such as phosphorus and nitrogen that cause algal blooms.

In lakes and oceans, algae blooms are a real problem because they sicken wildlife if ingested and destabilise aquatic environments by blocking out sunlight. What is more, fresh water and marine algae blooms have a huge negative economic impact, affecting fisheries, tourism and human health.

Source : Colorado State University.

This report does not come as a surprise. It has been proved that environments at very high altitudes in the Himalayas are polluted by the soot emitted by agricultural fires in India and elsewhere in Asia when farmers burn crop residue. This black carbon accelerated the melting of the glaciers. In France, several studies have been conducted to analyse the impact of microplastics on mountain lakes.

Crédit photo: Colorado State University

L’accélération de la fonte des glaciers au Groenland // Acceleration of glacier melting in Greenland

Comme je l’ai expliqué dans des notes précédentes, lorsque la glace fond au Groenland durant l’été, des milliers de lacs apparaissent à la surface. Beaucoup de ces lacs se vidangent en quelques heures, créant de vastes ouvertures à la base de la glace qui se trouve parfois à un kilomètre de profondeur. L’eau de fonte continue à s’engouffrer dans ces fractures pendant le reste de la saison de fonte, en donnant naissance à certaines des plus grandes cascades du monde.
Une équipe de glaciologues du Scott Polar Institute de l’Université de Cambridge a utilisé un drone pour observer la rapide fracturation et la vidange d’un lac de fonte sur la calotte glaciaire du Groenland. Le phénomène deviendra probablement de plus en plus fréquent en raison du réchauffement climatique. L’étude a été publiée dans les Proceedings de la National Academy of Sciences.
Les chercheurs ont fait leurs observations en juillet 2018 auprès d’un lac de fonte sur le Store Glacier, dans le nord-ouest du Groenland. Quelques jours après leur arrivée sur site, en l’espace de cinq heures, les deux tiers du lac, soit environ 5 millions de litres d’eau, ont disparu de la surface et se sont engouffrés dans une fracture. Les photographies aériennes obtenues à l’aide d’un drone avant et après la vidange du lac montrent une zone ovale bleu foncé qui rétrécit pour devenir une zone circulaire bleu clair, de petite taille, et moins profonde. (voir image ci-dessous).
Le Store Glacier avance à raison de 600 mètres par an. Les glaciologues ont constaté que la vidange soudaine du lac augmentait temporairement la vitesse de progression du glacier de deux à cinq mètres par jour. Comme je l’ai déjà expliqué, l’eau qui s’infiltre et glisse sous la glace joue un rôle de lubrifiant qui contribue à accélérer la vitesse du glacier sur son substrat rocheux.
Un phénomène encore plus surprenant et jamais observé jusqu’à présent est que cette eau qui ruisselle sous le Store Glacier le fait se soulever de 55 centimètres ! Cela signifie qu’une rivière de glace d’un kilomètre se soulève de plus de 50 centimètres sous l’effet de pressions énormes !

La fonte de la glace et la vidange de lacs de surface de plus en plus grands se sont accélérées ces dernières années en raison du réchauffement de la planète. Cela signifie que les glaciers avancent de plus en plus vite dans la mer et leur vêlage contribue encore davantage à la hausse du niveau des océans.
Source: Université de Cambridge.

———————————————-

As I explained in previous posts, when the ice melts during the summer in Greenland, thousands of lakes appear at the surface. Many of the lakes drain in just a few hours, creating vast openings at the base of the ice, up to a kilometre deep. Meltwater from surface streams continues to flow down them for the rest of the melt season, creating some of the world’s largest waterfalls.

A group of glaciologists from the Scott Polar Institute at the University of Cambridge used a drone to observe the rapid fracturing and draining of a lake on the Greenland ice sheet, a phenomenon that may become more frequent as a result of climate change. Their study has been published in the Proceedings of the National Academy of Sciences.

The researchers made their observations at the Store Glacier in northwest Greenland in July 2018. A few days after their arrival, over the course of five hours, two-thirds of the lakes or roughly 5 million litres of water disappeared from the surface through a fracture. Aerial photography captured by the drone from before and after showed a dark blue oval shrink into a smaller, shallower and lighter blue circle. (see image below).

The Store Glacier advances at a rate of 600 metres per year. The glaciologists found that the sudden drainage of the lake temporarily increased the glacier’s speed from two to five metres per day. As I put it before, the water that falls under the ice served as a lubricant and contributes to accelerating the speed of the glacier on its bedrock..

Even more surprising was that this bed of water lifted the glacier’s height by 55 centimetres, a phenomenon which had not been detected up to now. This means that a kilometre of ice is lifted up half a metre, which involves huge pressures.

The melting of the ice and the draining of the larger and larger surface lakes has accelerated in the last years because of global warming. This means that the melting of the glaciers that end up in the ocean is accelerating too, contributing the rise of level of the oceans.

Source: University of Cambridge.

Vue d’un lac de surface au Groenland avant et après sa vidange (Source: University of Cambridge)

La menace des lacs de fonte glaciaire au Népal // The threat of glacial melt lakes in Nepal

On peut lire actuellement dans la presse des articles faisant état d’une menace pour les hautes vallées du Népal suite à la fonte et au recul des glaciers sous l’effet du réchauffement climatique. J’ai développé ce problème dans le chapitre de mon dernier livre « Glaciers en péril » consacré à l’Himalaya.

Avec le réchauffement climatique, la fonte et le recul des glaciers népalais entraînent la formation de lacs glaciaires toujours plus nombreux. L’eau de fonte s’accumule derrière des moraines qui peuvent se rompre à tout moment sous la pression de cette eau. Ces masses liquides sont susceptibles de dévaler les montagnes et provoquer des inondations dévastatrices.

Le risque est d’autant plus élevé que le Népal est situé sur une ligne de faille tectonique, comme est venu le rappeler le séisme de magnitude M 7,8 qui a fait plus de 9000 morts en avril 2015.

Cela peut paraître surprenant, mais le Népal est l’un des pays les plus vulnérables et les plus affectés par le changement climatique. Il subit en particulier la pollution en provenance de l’Inde et on relève dans la neige et la glace des traces importantes de carbone noir.

Le site web Science et Avenir donne l’exemple d’un village situé en contrebas du lac glaciaire Imja qui s’est formé à seulement 10 kilomètres au sud de l’Everest. Là où l’on n’observait que quelques mares de glace fondue dans les années 1980, le lac s’étire aujourd’hui sur près de deux kilomètres. Plus de 12 000 personnes vivent dans les 50 kilomètres en aval de cette pièce d’eau dont la vidange brutale pourrait déclencher des torrents capables d’atteindre les plaines du sud du pays. Le lac est donc une épée de Damoclès au-dessus de la tête des gens qui habitent dans cette région.

On a recensé 1466 lacs glaciaires au Népal en 2014, dont 21 potentiellement dangereux. On estime qu’il y en a aujourd’hui plus de 2000. La hausse des températures amplifie le phénomène en accentuant la fonte des glaciers. Le Népal en a perdu près d’un quart entre 1997 et 2010. Ceux qui se trouvent en haute altitude résistent encore bien, mais ceux qui sont situés en moyenne et basse altitude fondent rapidement.

Il y a deux ans, les habitants de la région du lac Imja ont poussé un soupir de soulagement lorsque les autorités ont fait baisser le niveau de ses eaux de 3,40 mètres grâce à un canal et mis en place un système d’alerte. Aujourd’hui, toute eau qui s’accumule est drainée. Imja est le second lac glaciaire à être équipé de la sorte. En 2000, le Népal avait déjà fait baisser le niveau du Tsho Rolpa dans le nord-est du pays. Tous les lacs d’altitude nés de la fonte des glaciers ne peuvent pas être mis en sécurité car leur accès est difficile et le processus de mise en sécurité est coûteux.

————————————————–

There are currently reports in the press about a threat to the high valleys of Nepal due to the melting and retreat of glaciers as a result of global warming. I developed this problem in the chapter of my latest book « Glaciers en péril » devoted to the Himalayas..
With global warming, the melting and retreating Nepali glaciers are leading to the formation of ever larger glacial lakes. Indeed, meltwater accumulates behind moraines that can break open under the pressure of this water. These liquid masses are likely to rush down the mountains and cause devastating floods.
The risk is even higher as Nepal is located on a tectonic fault line, as evidenced by the M 7.8 earthquake which killed more than 9,000 people in April 2015.
This may seem surprising, but Nepal is one of the most vulnerable countries and the most affected by climate change. In particular, it is subject to pollution from India and there are significant traces of black carbon in the snow and ice.
The Science et Avenir website gives the example of a village located below Imja Glacier Lake, which was formed just 10 kilometres south of Mt Everest. From a few pools of melted ice in the 1980s, the lake now stretches over nearly two kilometres. More than 12,000 people live within 50 kilometres downslope of this body of water whose sudden drainage could release torrents capable of reaching the plains to the south of the country. The lake is therefore a sword of Damocles above the heads of the people who live in this region.
There were 1,466 glacial lakes in Nepal in 2014, of which 21 were potentially dangerous. It is estimated that there are more than 2,000 today. The rise in temperatures amplifies the phenomenon by increasing the melting of glaciers. Nepal lost nearly a quarter of them between 1997 and 2010. Those at high altitude are still resilient, but those at low and medium altitudes are melting rapidly.
Two years ago, the people in the Lake Imja region breathed a sigh of relief when the authorities lowered the water level by 3.40 metres through a canal and set up an alert system. . Today, any water that accumulates is drained. Imja is the second glacial lake to be equipped in this way. In 2000, Nepal had already lowered the level of Tsho Rolpa in the north-east of the country. All high altitude lakes filled by melting glaciers can not be secured because access to them is difficult and the process of securing is expensive.

Vue du lac Imja au Népal (Crédit photo: Daniel Alton Byers / Wikipedia)

Début du chapitre consacré à l’Himalaya dans le livre « Glaciers en péril »…. :

Alpes françaises : Les effets du réchauffement climatique (suite)

L’été 2018 n’en finit pas de s’éterniser. Nous sommes officiellement en automne depuis un mois, mais les températures ne cessent de battre des records. La région Rhône-Alpes est l’une de celles où les effets du réchauffement climatique sont le plus visibles car elle recèle un nombre important de glaciers et de lacs. L’Ain, la Drôme, l’Isère, la Haute-Savoie et une partie de la Savoie sont concernés par des restrictions liées à l’eau, de la simple alerte à l’alerte renforcée, jusqu’à l’état de crise dans la moitié du département de l’Ain.

Les glaciers souffrent énormément, et sans les importantes précipitations neigeuses de l’hiver dernier qui ont retardé leur fonte, les glaciers auraient connu une ablation record. Par exemple, le glacier d’Argentière a perdu 1,5 m d’eau soit 1,7 m de masse glaciaire en 2018. C’est bien au-dessus de la moyenne de 1,4 m observée depuis 2003, date à partir de laquelle le rythme de la fonte annuelle entamée dans les années 1980 a doublé. J’ai visité le glacier d’Argentière en septembre 2017 et  2018. Quand on se trouve devant le front du glacier, on est impressionné par l’empreinte laissée en aval par le glacier en se retirant.

La Mer de Glace continue à fondre inexorablement. Le plus grand glacier français a perdu jusqu’à 16 cm d’épaisseur par jour au mois d’août !

Les stations de ski ne devraient pas tarder a subir les effets du dérèglement climatique et il se pourraient bien que les canons à neige soient vite inutilisables à cause des températures trop élevées ou, tout simplement, du manque d’eau. Ainsi, aux Deux Alpes, le lac de Puy Salié (50 000 mètres cubes d’eau) qui s’est formé au pied du glacier du mont de Lans s’est vidangé et n’a pas eu le temps de permettre la production de neige de culture pour ouvrir aux skieurs à la Toussaint.

Je ne reviendrai pas sur la situation catastrophique du lac d’Annecy dont le niveau ne cesse de baisser, engendrant les problèmes que j’ai évoqués précédemment.

Source : Le Dauphiné Libéré.

Voici quelques vues du Glacier d’Argentière en septembre 2018:

Photos: C. Grandpey

La fonte du Groenland en photos // Photos of Greenland’s melting

La fonte du Groenland est visible au niveau des glaciers qui se fracturent et vêlent de plus en plus d’icebergs. Elle se produit aussi à la surface de la banquise où sont apparues des taches bleues qui trahissent des lacs de glace fondue qui sont de plus en plus nombreux et s’agrandissent chaque année. Chaque été, ils apparaissent aussi davantage à l’intérieur des terres et à de plus hautes altitudes que par le passé. Au travers de ses photos, le photographe aérien allemand Timo Lieber dévoile un paysage inattendu du Groenland.

Le projet photographique de Timo Lieber est intitulé Thaw (« fonte », en anglais). A la croisée de la photographie artistique et de la science, il est le fruit d’une collaboration entre le photographe et une équipe de glaciologues. Leur objectif est d’alerter sur la rapide et inquiétante fonte de la calotte glaciaire qui recouvre le Groenland, la plus importante de l’hémisphère Nord.

Timo Lieber explique que « dans ce paysage immaculé, dépouillé au strict minimum de couleurs et de formes, l’impact dramatique du changement climatique est plus manifeste que dans n’importe quelle autre partie du monde […] Cela fait peur à voir de ses propres yeux. Même depuis mon avion de ligne, lors de mon arrivée au Groenland, on pouvait déjà voir le bleu des lacs. On s’attend à un paysage complètement blanc, mais en fait, ce n’est pas du tout le cas ». C’est exactement ce que je me suis dit en survolant le Groenland en septembre 2016 alors que je me rendais en Alaska.

Même si elles traitent d’un sujet grave, les photos de Timo Lieber n’en restent pas moins belles. « Je n’essaie pas d’embellir le problème lui-même », confie Timo Lieber. « Je veux que les gens qui voient ces images se posent cette question : ‘Qu’est-ce qu’il y a derrière toute cette beauté ?' »

Le portfolio groenlandais de Timo Lieber est visible à cette adresse.

http://www.timolieber.com/thaw/view/thaw-1/

Source : France Info.

—————————————-

The melting of Greenland can be seen at the glaciers which fracture and calve more and more icebergs. It also occurs on the surface of the ice sheet, where blue spots have appeared, betraying melt lakes which are increasingly numerous and growing every year. Each summer, they also appear more inland and at higher altitudes than in the past. Through his photos, the German aerial photographer Timo Lieber unveils an unexpected landscape of Greenland.
The photographic project of Timo Lieber is entitled « Thaw ». At the crossroads of artistic photography and science, it is the fruit of a collaboration between the photographer and a team of glaciologists. Their objective is to alert to the rapid and worrying melting of the ice sheet covering Greenland, the largest in the northern hemisphere.
Timo Lieber explains that « in this immaculate landscape, stripped to the bare minimum of colours and shapes, the dramatic impact of climate change is more evident than in any other part of the world … It’s scary to be seen with one’s own eyes. Even from my airliner, when I arrived in Greenland, I could already see the blue of the lakes.We expect a completely white landscape, but in fact it is not at all the case ». That is exactly what I said to myself while flying over Greenland in September 2016.
Even if they deal with a serious subject, Timo Lieber’s photos remain no less beautiful. « I’m not trying to embellish the problem itself, » says Lieber. « I want people who see these images to ask themselves, ‘What’s behind all this beauty?' »
Tom Lieber’s Greenland portfolio can be seen at this address:
http://www.timolieber.com/thaw/view/thaw-1/

Source: France Info.

Photo: C. Grandpey