Vulcano (Iles Eoliennes) toujours dans l’attente // Vulcano (Aeolian Islands) is still waiting…

La réunion en visioconférence du 20 décembre, à laquelle participaient l’INGV, la Protection civile, l’ARPA et l’Ispra n’a pas abouti à une décision définitive. Les participants ont décidé une « prolongation » de quelques jours de l’ordonnance qui interdit aux habitants de Vulcano Porto de dormir chez eux, sauf ceux ayant des chambres à l’étage. Ce nouveau délai permettra d’effectuer des mesures complémentaires du CO2 au sol dans 10 habitations à l’aide d’équipements spéciaux qui doivent arriver aujourd’hui sur l’île.

Source: presse sicilienne.

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The videoconference meeting on December 20th, in which INGV, Civil Protection, ARPA and Ispra participated, did not result in a final decision. The participants decided on an « extension » of a few days of the ordinance which prohibits the inhabitants of Vulcano Porto from sleeping in their homes, except those with rooms upstairs. This new deadline will make it possible to carry out additional measurements of CO2 on the ground in 10 homes using special equipment which is due to arrive on the island today.
Source: Sicilian press.

Photo: C. Grandpey

La situation à Vulcano (Iles Eoliennes) entre 1983 et 2003 (1ère partie)

En mai 2005, suite à plusieurs visites à caractère scientifique sur l’île de Vulcano, en particulier entre 1983 et 2003, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). Il est intéressant de comparer ce que l’écrivais à l’époque avec la situation actuelle.

Pour rappel, en décembre 2021, les touristes n’ont pas le droit de débarquer sur l’île de Vulcano dont le niveau d’alerte a été relevé suite à des signes d’agitation du volcan. Les habitants autour du port ne sont pas autorisés à rester chez eux entre 11 heures du soir et 6 heures du matin à cause des émissions de CO2 qui pourraient menacer leur santé pendant leur sommeil. De plus, on enregistre une hausse de la température et des modifications de la composition chimique des fumerolles au niveau du cratère de La Fossa.

Dans les années 1990, on pouvait accéder facilement et librement à la lèvre du cratère. Je mettais toutefois en garde les personnes asthmatiques qui pourraient être incommodées par les fumerolles. Si la lèvre du cratère était accessible à tous, la descente au fond était formellement déconseillée, Je précisais que l’absence de vent pouvait favoriser certains jours l’accumulation de gaz, en particulier de CO2. Au début des années 90, il m’est arrivé de trouver des cadavres de petits rongeurs qui n’avaient pas survécu à son inhalation. J’ajoutais qu’il serait très imprudent de vouloir bivouaquer au fond du cratère, tout comme il est déconseillé (et interdit par décret) de camper dans l’île car certains secteurs – le terrain de football en particulier – étaient déjà concernés par des émanations de CO2 à cette époque.

Au cours des années 1990-2000, le champ fumerollien a eu tendance à se déplacer vers le fond du cratère et à délaisser la lèvre ouest où il se trouvait initialement. La comparaison des photos ne laissait aucun doute sur cette évolution.

S’agissant des fumerolles, j’expliquais qu’il fallait être très prudent pour interpréter leur densité, que ce soit à Vulcano ou sur un autre volcan. Avant de tirer des conclusions, il faut contrôler le degré d’hygrométrie de l’air ambiant, tout en sachant qu’à certaines périodes de l’année (printemps et automne en particulier), on peut avoir de brusques variation d’humidité sur un laps de temps très bref. Ainsi, dans les années 90, on aurait pu être tenté d’associer le panache vu à distance (depuis Vulcanello par exemple) à un regain de chaleur du cratère, tant le panache était dense. Une mesure concomitante de la température des fumerolles ne montrait pas la moindre hausse. C’est à partir de cette époque que j’ai toujours noté le degré d’hygrométrie et l’heure de prise de vue au dos des photos de la Fossa.

S’agissant des gaz qui s’échappent des évents fumerolliens, leur composition est restée relativement stable au cours des années 1980-1990. Les analyses citées par Maurice Krafft dans le Guide des Volcans d’Europe résume assez bien la situation :

CO2 : 92% ; SO2 : 4% ; N2 : 3% ; O2 : 0,3% ; H: 0,2% ; CO : 0,5%

Les prélèvements de gaz que j’ai réalisés dans les années 1990, et qui ont été analysés par le laboratoire du CNRS d’Orléans, ont confirmé les résultats obtenus quelques semaines auparavant par l’Institut des Fluides de Palerme et ne révélaient rien de vraiment inquiétant. Sans oublier la vapeur d’eau qui constitue environ 95% du volume total de la fumerolle.

Les températures ont beaucoup varié au travers des décennies, avec cependant des pics remarquables qui n’ont pas manqué d’inquiéter les scientifiques. Ainsi, le 27 Avril 1993, il a été relevé une température de 687°C dans le cratère de La Fossa et la rumeur disait même qu’une incandescence était visible dans les fractures qui déchirent l’intérieur du cratère. Comme souvent dans de telle situations où l’être humain s’inquiète devant un phénomène naturel, il s’agissait d’une fausse nouvelle et mes deux visites nocturnes n’ont rien révélé d’anormal. Il n’empêche qu’un tel phénomène demande la plus grande vigilance et une erreur de diagnostic pourrait s’avérer catastrophique à la veille de la saison touristique.

D’autre part, aucun événement sismique digne d’intérêt n’avait émaillé les tambours de l’Observatoire Géophysique de Lipari.

Aucun gonflement de l’édifice volcanique n’avait été détecté non plus.

La conclusion logique était donc qu’il ne fallait pas affoler la population. Ce fut une bonne décision puisque la seule hausse de température fut sans conséquence et le thermomètre perdit rapidement des degrés dans les semaines et les mois qui suivirent.

Photos : C. Grandpey

Nouvelles de Sicile

Le sauvetage d’un randonneur qui savait chuté dans un ravin (canelone) du côté de la Schiena dell’Asino, sur le versant sud de l’Etna, à 2246 m d’altitude, s’est terminée par un drame en fin d’après-midi le 28 novembre 2021. Les opérations de secours pour remonter l’homme qui souffrait probablement d’une fracture de la jambe avaient été rendues délicates par la neige, de fortes rafales de vent glacial, du brouillard et des températures en dessous de zéro. Pour une raison non encore précisée, un membre du Secours alpin et spéléologique sicilien (Sass) est décédé au cours de l’opération de sauvetage. Mort pour éviter la mort des autres. Bien triste nouvelle.

Par ailleurs, on observe une hausse de la sismicité en mer, dans l’ouest de la Sicile. Un séisme de M 2,5 a été enregistré dans le détroit de Messine le 29 novembre 2021 6h06 à une profondeur de 6 kilomètres. D’autres secousses ont été enregistrées ce matin dans les îles Éoliennes,avec des événements compris entre M 2,7 et M 3,2, à des profondeurs comprises entre 38 et 78 kilomètres.
Le 28 novembre un séisme de M 4,3 a été enregistré dans le secteur d’Alicudi. Trois autres secousses étaient trop faibles pour être ressenties par la population. Une quatrième avait une magnitude de M 3,8 à 34 km de profondeur.

Sources: La Sicilia, INGV.

Photo: C. Grandpey

Quelques détails supplémentaires sur les restrictions à Vulcano (Iles Eoliennes) // Some additional details about the restrictions at Vulcano (Aeolian Islands)

Comme je l’ai indiqué précédemment, de nouvelles mesures ont été mises en place pour des raisons de sécurité à Vulcano, suite à l’intensification des émissions gazeuses, en particulier de CO2. Le président de la région Sicile a indiqué que la situation « évoluait rapidement », au point qu’il a décrété l’état d’urgence sur l’île. Les émissions de dioxyde de carbone, qui ont commencé l’été dernier d’abord du sommet du volcan, puis sur certaines terres au niveau de la mer, ont atteint des limites de sécurité avec des concentrations qui atteignent 480 tonnes par jour alors que la norme est de 80 tonnes. A partir du 22 novembre 2021, les 250 habitants de la zone portuaire, soit environ la moitié de la population de l’ensemble de l’île, ne pourront pas dormir chez eux. Ils devront quitter leur domicile entre 23heures et 6 heures du matin. Ils pourront ensuite vaquer normalement à leurs occupations. Cette décision est assez logique car le CO2 est un gaz lourd et des personnes allongées à quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol pour dormir peuvent être mises en danger par ce gaz inodore et mortel. Des chats ont péri sur l’île après avoir inhalé du CO2.

C’est pourquoi le maire de Lipari – dont dépend administrativement Vulcano – a publié, après avoir consulté les scientifiques sur place, une ordonnance décrétant de nouvelles restrictions pour une durée d’un mois. A l’issue de cette période, les nouvelles analyses effectuées sur l’île indiqueront si de nouvelles mesures doivent être prises.
Avec la nouvelle ordonnance, les touristes ne pourront plus débarquer sur l’île. Seuls les navetteurs seront acceptés. Comme indiqué plus haut, les habitants de la zone portuaire ne pourront pas dormir chez eux Les frais d’hébergement, en hôtel par exemple, seront pris en charge par la commune de Lipari.
Le maire a en revanche démenti la décision d’évacuer l’île à court terme, mais a annoncé que les analyses des gaz dans les airs et dans le sol seront intensifiés dans toutes les zones de l’île. De nouveaux équipements seront installés par l’INGV. En attendant, il a été décidé de maintenir la garde médicale ouverte 24 heures sur 24.

L’alerte volcanique reste à la couleur Jaune à Vulcano. C’est le niveau «Vigilance», mais la Protection Civile a demandé qu’il soit porté à « Orange », c’est-à-dire « alerte précoce » .
Source : Presse italienne.

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As I indicated previously, new measures have been taken for safety reasons at Vulcano, following the intensification of gaseous emissions, in particular CO2. The president of the Sicily region indicated that the situation « was evolving rapidly », to the point that he declared a state of emergency on the island. Carbon dioxide emissions, which started last summer first from the top of the volcano and then in some areas at sea level, have reached safety limits with concentrations reaching 480 tons per day whereas the standard is 80 tons. From November 22, 2021, the 250 inhabitants of the port area, or about half of the population of the entire island, will not be allowed to sleep at home. They will have to leave their home between 11 p.m. and 6 a.m. They can then go about their business normally. This decision is quite logical because CO2 is a heavy gas and people lying a few tens of centimeters above the ground to sleep can be endangered by this odorless and deadly gas. Cats have perished on the island after inhaling CO2.
This is why the mayor of Lipari – on which Vulcano depends administratively – published, after consulting the scientists, an ordinance decreeing new restrictions for a period of one month. At the end of this period, new analyzes carried out on the island will indicate whether new measures need to be taken.
With the new ordinance, tourists will no longer be allowed to disembark on the island. Only commuters will be accepted. As indicated above, the inhabitants of the port area will not be allowed to sleep at home. Accommodation costs, in hotels for example, will be covered by the municipality of Lipari.
The mayor, however, denied the decision to evacuate the island in the short term, but announced that analyzes of gases in the air and in the ground will be intensified in all areas of the island. New equipment will be installed by INGV. In the meantime, it has been decided to keep the medical guard open 24 hours a day.
The volcanic alert remains Yellow in Vulcano. It is the “Watch” level, but Civil Protection has requested that it be increased to “Orange”, or “early warning”.
Source: Italian news media.

Photo: C. Grandpey