Appel pour les associations Haroun Tazieff

Tazieffien convaincu, je me permets de relayer un message diffusé par Frédéric Lavachery, fils du célèbre volcanologue. Voici quelques extraits de son message:

Quatre associations « Haroun Tazieff » travaillent l’héritage scientifique et culturel de l’explorateur qui a ouvert la voie à la volcanologie moderne au milieu du siècle dernier. Toutes filles de la volonté de France Tazieff de ne pas laisser l’oubli ensevelir l’œuvre de son mari, elles ont besoin d’être soutenues.

Leur coordination est assurée par la plus ancienne d’entre elles, le Centre Haroun Tazieff pour les Sciences de la Terre (CHT), créé en 2008 à Arette, en Pyrénées Atlantiques, village emblématique de l’épopée Tazieff. Elle s’est formée autour du fils d’Haroun Tazieff, Frédéric Lavachery, auquel France avait demandé peu avant de mourir de l’aider à réaliser ce projet.

Les autres associations du projet sont, dans l’ordre de leur création :

– Le Pôle Haroun Tazieff en Vivarais-Velay (PHTVV), Il a repris les actions pédagogiques et de recherche du CHT sur le territoire volcanique de la Haute-Loire et de l’Ardèche.

– L’Atelier d’Archives Haroun Tazieff (AAHT) pour la sauvegarde, l’inventaire et la restauration de centaines de bobines tournées pendant 40 ans sur les volcans actifs du Globe.

– L’Unité de Recherche Internationale Transdisciplinaire Tazieff-Goma (URITTAZ-Goma), pour former ses chercheurs à l’œuvre de Tazieff et explorer les nouveaux horizons de l’anthropologie du volcanisme ouverts à la suite de la découverte par Frédéric Lavachery, entre 2013 et 2015, de très probables représentations de volcans en éruptions dans les fresques préhistoriques de la grotte Chauvet, en Ardèche.

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Vous pouvez contribuer fortement à la réalisation du « projet général Tazieff » en diffusant cet appel ou adhérant à l’une ou à plusieurs des « associations Tazieff » par une cotisation annuelle unique de 20 euros. Tout versement de cotisation supérieur à 50 euros fera de vous un « membre bienfaiteur » de nos associations.

Contact : frederic.lavachery@wanadoo.fr (06 67 11 38 80).

Les chèques peuvent être adressés au Centre Haroun Tazieff : Les Ouches, 43430 Chaudeyrolles.

Virements sur le compte du Centre Haroun Tazieff :

IBAN : FR76 14506 01800 72810463563 89

BIC : AGRIFR845

La fonte des glaciers alpins (suite)

Les glaciers de la Meije.

Je rentre d’un séjour dans les Alpes où je voulais voir l’évolution de la fonte des glaciers. En ce mois de septembre 2021, j’avais opté pour les glaciers du massif de la Meije et en particulier celui de la Girose dont un projet de prolongement du téléphérique actuel enflamme le village de La Grave, bien connu de ceux qui, comme moi, ont escaladé à vélo le Col du Lautaret avant de s’attaquer au mythique col du Galibier.

Ma dernière visite dans ce secteur des Hautes Alpes remontait à 2017, année où j’étais également allé explorer les superbes ophiolites du Chenaillet, pas très loin du col du Montgenèvre.

Pour observer l’ensemble des glaciers de la Meije, je me suis hissé au village du Chazelet qui offre un superbe panorama sur la massif. Sans être vraiment surpris, j’ai pu constater que les différentes langues de glace, que ce soit celles du Tabuchet, de la Meije ou du Rateau, continuent leur implacable recul, s’amincissent et raccourcissent à vue d’oeil. Au train où vont les choses, il n’y aura plus trace de glace sur la roche dans un très proche avenir.

 

Je me suis ensuite rendu à La Grave où j’ai pris le téléphérique des Glaciers de la Meije qui, en deux étapes et en déboursant 30 euros aller-retour atteint 3200 mètres d’altitude et fait débarquer les passagers en bordure du glacier de la Girose.

N’ayant jamais effectué cette excursion dans le passé, je ne peux pas établir de comparaison, mais les employés du site avec lesquels j’ai discuté m’ont montré le niveau que la glace atteignait il y a seulement deux décennies. J’ai aussi compris que l’expression « réchauffement climatique » était assez tabou dans la région. Il est bien évident que s’il arrête de faire froid, la neige va devenir de la pluie et l’or blanc va faire cruellement défaut.

Cette volonté d’ignorer le réchauffement climatique et la perspective d’hivers sans neige trouve son couronnement dans un projet qualifié de pharaonique par certains. Il consisterait à prolonger le téléphérique actuel en lui faisant effectuer un bond au-dessus du glacier de la Girose, jusqu’au Dôme de la Lauze à 3500 m d’altitude.

Ce projet fracture en ce moment le village de La Grave. Certains pensent qu’il est nécessaire à la survie de la station – en permettant de rejoindre le domaine de ski des Deux-Alpes, si mes sources sont exactes – tandis que d’autres sont persuadés qu’il va dénaturer la montagne. A l’heure actuelle, le chantier a été retardé car l’administration demande des études complémentaires, et il ne devrait pas reprendre avant 2022.

Pour en revenir à la fonte des glaciers, il faut lui associer le dégel du permafrost qui, comme je l’ai souvent souligné, scelle les roches en profondeur à haute altitude et les empêche de s’effondrer. J’ai déjà mentionné les effondrements des Drus en 2005 et de l’arête des Cosmiques en 2018. Il ne faudrait pas oublier celui qui a eu lieu dans le Parc des Ecrins, à La Meije, en août 2018 et plus récemment dans l’impressionnante face nord de l’Olan le 1er septembre 2019. La Meije quant à elle, a connu son plus spectaculaire effondrement en 1964. Mais le réchauffement climatique a causé de nouveaux déboires depuis cette époque. En 2017, le refuge du Promontoire a reçu de plein fouet plusieurs blocs qui se sont détachés de l’amont. En 2018, c’est une partie du pic du Glacier Carré qui s’est effondrée sur le glacier éponyme, réduisant à néant le cheminement de la voie normale.

Source: Parc National des Ecrins

En conclusion, le réchauffement climatique poursuit son œuvre de destruction dans les Alpes. Certaines années, comme 2021, peuvent paraître moins catastrophiques car les canicules ont été moins sévères, mais c’est l’évolution globale du climat qu’il faut prendre en compte et elle n’est pas bonne.

Evettes, Grand Motte, Pisaillas.

Les conditions météo étant optimales en ce début du mois de septembre, j’ai décidé de prolonger mon séjour alpin en basculant côté Maurienne, après avoir franchi les cols du Montgenèvre et du Mont Cenis.

Il y a une vingtaine d’années, j’avais emprunté le sentier qui part du parking de l’Ecot, près du superbe village de Bonneval-sur-Arc, pour atteindre le Cirque des Evettes. Le glacier du même nom se trouvait alors au fond de cette vaste combe et une longue marche très agréable permettait d’atteindre son front. Aujourd’hui c’est fini. Tout comme ses voisins, le glacier est remonté dans la montagne. On se rend parfaitement compte de ce recul glaciaire depuis les premières rampes du col de l’Iseran.

Il n’y a pas si longtemps, le sommet du col de l’Iseran (2770m) était très fréquenté par les adeptes du ski d’été. Tout près, le glacier du Pisaillas permettait de garder le contact avec la neige. Aujourd’hui c’est terminé. Il ne reste plus qu’une maigre langue de glace sous la Pointe du Montet. L’année 2021 a été une exception. La météo pourrie du mois de juillet a permis un enneigement correct et les skieurs ont pu pratiquer leur sport favori jusqu’à la mi-août.

J’ai déjà expliqué sur ce blog (voir ma note du 30 septembre 2019) les problèmes rencontrés sur le glacier de la Grande Motte à Tignes. En septembre 2019, une étude montrait qu’en certains endroits, il y avait encore 60 mètres de glace, mais que le glacier s’amincissait énormément. En l’espace de 20 ans, il a perdu entre 25 et 30 mètres d’épaisseur. Il perd 1,5 mètre d’épaisseur par an. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, les stations de ski de basse et moyenne altitude vont d’ores et déjà devoir diversifier leurs activités, avec le risque d’être confrontées à de sérieuses difficultés si elles ne le font pas.

Je suis surpris par le nombre incroyable d’enneigeurs sur les pentes des montagnes. Des retenues collinaires permettent en général de les alimenter, sans utiliser le réseau d’eau à usage domestique, mais est-ce une bonne option ? Pour que ces canons à neige fonctionnent correctement, il faut une température suffisamment basse, ce qui est loin d’être gagné avec le réchauffement climatique actuel !

Photos: C. Grandpey

 

Fagradalsfjall (Islande): retour de la lave ! // Lava is back !

! 11 septembre – 23 heures: Après plusieurs jours de pause, l’éruption vient de reprendre sur la Péninsule de Reykjanes. Vers 19h15 (heure locale), plusieurs bouches se sont ouvertes au sud du cratère actif. La lave a commencé à s’étaler autour de ces bouches. L’incandescence est ensuite réapparue à l’intérieur du cratère, signe du retour de la lave. Reste à savoir comment va évoluer la situation. Le tremor éruptif semble reprendre de la vigueur lui aussi. Rendez-vous demain matin pour les dernières nouvelles. Voici une vidéo de cet événement:

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12 septembre – 7 heures: L’éruption de Fagradalsfjall continue. La lave continue à s’écouler en aval du cratère actif où l’incandescence est toujours présente. Plus que l’ouverture de nouvelles bouches, il semble que la lave emprunte d’anciens tunnels et s’échappe par des lucarnes dans leur voûte. La pression ne semble pas très forte dans les conduits et l’activité éruptive n’est pas très intense. Le tremor amorce un déclin ce matin. Allons nous assister de nouveau à une activité éruptive à répétition? Personne n’a la réponse!

Vue du site éruptif le 12 septembre au matin (capture écran webcam)

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11 September – 11:00 pm: After a few days’ pause, the eruption has just resumed on the Reykjanes Peninsula. At around 7:15 p.m. (local time), a new vent opened south of the active crater. Lava began to spread around this vent. Then, incandescence reappeared inside the crater, a sign that lava was back inside. It remains to be seen how the situation will develop. The eruptive tremor seems to gain strength. See you tomorrow morning for the latest news.

See above a video of this event.

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12 September – 7 am: The eruption of Fagradalsfjall continues. Lava keeps flowing downslope of the active crater where incandescence is still present. More than the opening of new vents, it seems that lava is travelling along ancient tunnels and squirting through skylights in their vault. The pressure does not appear to be very strong in the ducts and the eruptive activity is not very intense. The tremor is declining this morning. Are we going to witness repeated eruptive activity again? Nobody has the answer!

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Voici quelques captures d’écran montrant la reprise de l’éruption et le sursaut du tremor :

Captures écran webcam

Source: IMO

 

 

 

 

 

 

Eruption islandaise: et maintenant? // Icelandic eruption: what next?

La situation est actuellement très calme sur le volcan Fagradalsafjall sur la péninsule de Reykjanes. L’éruption qui a débuté le 19 mars 2021 marque une pause depuis le 2 septembre et aucune nouvelle activité n’a été observée depuis ce jour. Le cratère ne fait que dégazer tranquillement. A noter que l’activité éruptive avait diminué dans les jours qui ont précédé la pause actuelle.

Source: IMO

Capture image webcam

Cette pause peut être due à un blocage dans les conduits d’alimentation. Elle peut aussi être due à une migration du magma qui a trouvé une autre voie dans les profondeurs de la Terre. De telles migrations magmatiques ne sont pas exceptionnelles en Islande ; l’une d’elles, très spectaculaire, a été observée lors de l’éruption de 2014. En conséquence, la sismicité doit être soigneusement surveillée pour voir si une telle migration est en cours. La pause actuelle peut également signifier que l’éruption est terminée, ce qui serait une mauvaise nouvelle pour le tourisme en Islande, même si l’été est maintenant terminé. Les aurores boréales vont bientôt faire leur apparition dans le ciel. Le mariage de la lave avec leurs magnifiques couleurs serait un grand spectacle ! Un bref aperçu a pu être observé le 7 septembre au-dessus de Reykjavik, avant de disparaître dans les nuages.

Photo: C. Grandpey

Comme je l’ai écrit précédemment, l’Askja montre actuellement des signes d’activité avec une inflation du sol détectée dans la région. Cependant, le Met Office islandais explique qu’il n’y a aucune indication d’une éruption à court terme, même si le niveau d’alerte a été élevé à « Incertitude » et la couleur de l’alerte aérienne est passée du Vert au Jaune.

Cratère Viti sur l’Askja (Photo: C. Grandpey)

Le Met Office explique également que les volcans actifs en Islande se caractérisent souvent par des périodes d’inactivité qui peuvent durer des années ou des décennies, avec des intervalles marqués par une forte sismicité, une activité géothermale et des périodes d’inflation. Dans la plupart des cas, les intrusions magmatiques ne débouchent par sur des éruptions.
Le Met Office dit qu’il est très difficile de prévoir comment la situation évoluera, que ce soit sur l’Askja ou le Fagradalsfjall, mais la situation continuera à être étroitement surveillée.

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The situation is currently very quiet at Fagradalsafjall volcano on the Reykjanes Peninsula.The eruption that started on March 19th, 2021 has paused since September 2nd and no new activity has been observed since that day. The crater is currently only slightly degassing. It should be noted that eruptive activity had decreased in the days that preceded the current pause.

The pause may be due to some sort of blockage in the feeding conduits. It may also be due to a migration of magma which has found another route underground. Such magmatic migtations are not unusual in Iceland; a dramatic one was observed during the 2014 eruption. As a consequence, seismicity should be carefully monitored to see if such a migration is taking place. The current pause might also mean that the eruption is over, which would be bad news for tourism in the country, even though summer is now over. But northern lights will soon appear in the sky. The marriage of lava with aurora borealis would be a great show!

As I put it before, Askja is currently showing some signs of activity with ground inflation detected in the region. However, the Icelandic Met Office explains that there is no indication of an eruption in the short term, even though the alert level has been raised to « Uncertainty » and the aviation colour code has been elevated from Green to Yellow.

The Met Office also explains that active volcanoes in Iceland are often characterized by periods of inactivity, lasting years to decades, with intervals of enhanced seismicity, geothermal activity, and inflation. In most cases, magmatic intrusions do not culminate into an eruption.

The Met Office says it is very difficult to anticipate how the situation will evolve both on Askja and Fagradalsfjall, but it will continue to monitor the situation.