Le Mont Hood (Oregon) sous haute surveillance // Mount Hood to be closely monitored

drapeau francaisDans une note rédigée le 21 février 2014, j’indiquais que, dans une étude parue dans la revue Nature, des chercheurs de l’Université d’Oregon avaient conclu que la lave émise lors des dernières éruptions du Mont Hood, il y a 1500 ans et 220 ans, était restée stockée 100 000 ans sous le volcan. Les scientifiques avaient également analysé les cristaux à l’intérieur de la lave afin de connaître la température du magma qui lui avait donné naissance. Il en ressortait que le magma est resté à une température de 750°C, voire un peu moins. C’est donc au moment où le magma connaît une hausse de température que le volcan entre en éruption.

Au vu des résultats de cette étude, l’USGS et l’Observatoire Volcanologique des Cascades ont demandé à installer dans les meilleurs délais quatre stations de surveillance sur les hautes pentes du Mont Hood. Bien qu’il ne soit pas en éruption, le volcan rappelle qu’il est actif avec de fréquents séismes et des émissions de gaz et de vapeur dans la zone de Crater Rock, près du sommet. Ces stations amélioreraient la capacité des scientifiques à détecter les moindres signaux de réveil du volcan et permettraient de déterminer s’il représente une menace d’éruption imminente.
En 2005, l’USGS a qualifié le Mont Hood de volcan présentant « une très forte menace», en raison de son histoire éruptive, de l’activité actuelle et de la proximité des zones habitées. Le Mont Hood se dresse à environ 80 kilomètres à l’est de Portland.

Source : The Oregonian.

 ———————————————-

drapeau anglaisIn a note written on February 21st 2014, I indicated that in a study published in the journal Nature University of Oregon researchers could determine that the lava from Mt. Hood’s last two eruptions – 220 years ago and 1,500 years ago – had been stored for up to 100,000 years beneath the volcano. The scientists also analyzed crystals that formed in the lava to determine how hot the magma had been for most of that time. The results show that magma has remained at or below 750°C. So it is only when the magma gets warmer than this that Mt. Hood will erupt.

After taking the results of this study into account, the U.S. Geological Survey and the Cascades Volcano Observatory have asked to install soon four volcano monitoring stations on the upper flanks of Mount Hood. Scientists say that although it’s not erupting, Mount Hood signals that it is an active volcano. The peak produces frequent earthquakes, and steam and volcanic gases are emitted in the area around Crater Rock near the summit. The stations would enhance scientists’ ability to detect subtle signals beneath the volcano and help determine whether it poses any threat of imminent eruption.

In 2005, the USGS designated Mount Hood as a “very high threat” volcano, due to its history of eruptions, current activity and closeness to downstream communities. The mountain is about 80 kilometres east of Portland.

Source : The Oregonian.

Hood-blog-2

Photo:  C.  Grandpey

Aujourd’hui « Lire à Limoges »

« Lire à Limoges« , c’est du 10 au 12 avril sous un chapiteau installé sur le Champ de Juillet.

Comme je l’ai indiqué précédemment, je serai présent aujourd’hui toute la journée sur le stand de la librairie CULTURA pour la dédicace de Dans les Pas de l’Ours, Terres de Feu et Mémoires Volcaniques.

Couv-ours-blog

Il y a 200 ans, le Tambora explosait… // 200 years ago, Tambora exploded…

drapeau francaisL’Homme aime beaucoup célébrer les anniversaires des événements naturels. Je fais partie de ceux qui attirent l’attention du public sur ces dates symboliques car c’est une façon de rappeler que la Nature a un pouvoir de destruction colossal. Notre mémoire a trop souvent tendance à oublier les événements du passé de sorte que nous sommes souvent pris au dépourvu quand des cataclysmes se produisent. Je conclus en général mes conférences en exprimant ma crainte de voir se réveiller  un jour un super volcan comme le Yellowstone ou le Tambora. J’insiste sur le fait que notre civilisation moderne basée – entre autres – sur le transport aérien, l’Internet et les communications par satellite sortirait durement affaiblie d’un tel cataclysme.

On parle souvent des éruptions du Krakatau, de la Montagne Pelée ou du Mont St Helens, mais celle Tambora (sur l’île de Sumbawa en Indonésie) leur donne des dimensions lilliputiennes car l’événement a affecté la planète toute entière. Une telle éruption est heureusement très rare et c’est bien là le problème. Au 21ème siècle, nous n’avons aucun point de repère sur les dégâts que les super volcans sont susceptibles de causer et il nous est donc très difficile de nous y préparer. Il est également très difficile de motiver des populations à affronter un événement qu’elles n’ont jamais connu ou dont elles n’ont que vaguement entendu parler. Nous ne connaissons les effets de l’éruption du Tambora qu’à travers les analyses de dépôts de matériaux qu’ont pu effectuer les géologues ou les carottes de glace polaire analysées par les glaciologues.

Le volcan est entré en éruption les 10 et 11 avril 1815 – il y a donc tout juste 200 ans, avec une explosion qui a décapité son sommet, lui faisant perdre 1500 mètres de hauteur. Elle a probablement tué (directement et indirectement) quelque 60 000 personnes dans ce qui est aujourd’hui l’Indonésie et transformé l’été en hiver dans tout l’hémisphère nord. Les gaz riches en SO2 émis par le volcan ont généré des aérosols sulfatés dans l’atmosphère, bloquant la lumière du soleil et entraînant « une année sans été », avec son cortège de récoltes ruinées et donc de famines dans toute l’Europe et dans la partie orientale du continent nord-américain. Les scientifiques pensent que la température globale a baissé de plus de 1°C dans l’hémisphère nord. On estime à 150 – 170 kilomètres cubes le volume de matériaux émis pendant l’éruption. Ces chiffres sont à comparer avec l’éruption du Mont St Helens aux Etats-Unis en 1980 (1 km3 de matériaux émis), ou celle du Pinatubo en 1991 aux Philippines (5 km3 de matériaux émis).

A noter que l’éruption du Tambora a influencé des peintres comme l’Anglais Turner qui fit apparaître sur ses toiles les somptueux couchers de soleil. Lord Byron écrivit le poème Darkness qui fait en référence à cet événement.

Des études récentes effectuées par les scientifiques ont indiqué qu’il y a 74 000 ans l’éruption du volcan Toba (Ile de Sumatra, Indonésie) avait peut-être été encore plus violente que celle du Tambora, avec des nuages de cendre qui se sont répandus sur 3000 kilomètres, jusque sur la chaîne de l’Himalaya. L’éruption a laissé derrière elle un cratère de 100 kilomètres sur soixante occupé aujourd’hui par le Lac Toba.

Quel sera la prochain super volcan à entrer en éruption ? Nul ne le sait. On a vu la panique déclenchée dans le trafic aérien par l’éruption de l’Eyjafjallajökull (Islande) en 2010. Elle paraîtra ridicule à côté des désordres globaux que causera le réveil du Yellowstone…ou d’un autre.

 ————————————————-

drapeau anglaisMan loves celebrating the anniversaries of natural events. I am one of those who attract public attention to these symbolic dates because they are a reminder that Nature has a tremendous destructive power. Our memory too often tends to forget the events of the past so that we are often caught off guard when disasters do occur. I usually conclude my conferences by expressing my fear of the eruption some day of a super volcano such as Yellowstone or Tambora. I insist on the fact that our modern civilization based – among others – on air travel, the Internet and satellite communications would be severely weakened by such a cataclysm.
We often speak of the eruptions of Krakatoa, the Montagne Pelée or Mount St Helens, but Tambora (on the island of Sumbawa in Indonesia) gives them Lilliputian dimensions because the event affected the entire planet. This kind of eruption is fortunately very rare and that is the problem. In the 21st century, we have no reference to the damage that super volcanoes are likely to cause, so it is very difficult to prepare ourselves. It is also very difficult to motivate people to confront an event they have never witnessed or they only have vaguely heard of. We only know the effects of the Tambora eruption through the analysis of deposits carried out by geologists or the polar ice cores analyzed by glaciologists.
The volcano began erupting on 10 and 11 April 1815 – 200 years ago, with an explosion that decapitated the top, causing it to lose 1,500 meters in height. It probably killed (directly and indirectly) approximately 60,000 people in what is now Indonesia and turned summer into winter across the northern hemisphere. SO2 rich gases emitted by the volcano generated sulphate aerosols in the atmosphere, blocking sunlight and causing a « year without a summer, » with its ruined crops and ensuing famines throughout Europe and the eastern part of the North American continent. Scientists believe that the global temperature dropped by more than 1 ° C in the northern hemisphere. An estimated volume of 150 to 170 cubic kilometers of materials was emitted during the eruption. These figures should be compared with the eruption of Mount St Helens in the US in 1980 (1 km3 of emitted materials), or that of Mount Pinatubo in the Philippines in 1991 (5 km3 of materials).
It is interesting to note that the eruption of Tambora influenced painters like Turner who showed th gorgeous sunsets on his canvases. Lord Byron wrote the poem Darkness that refers to this event.
Recent studies by scientists indicated that the eruption of Toba (Sumatra Island, Indonesia) 74,000 years ago may have been even more violent than that of Tambora, with ash clouds that spread over 3000 km, as far as the Himalayas. The eruption has left a crater 100 by 60 kilometers now occupied by Lake Toba.
What will be the next super volcano to erupt? No one knows. We saw the panic triggered in air traffic by the eruption of Eyjafjallajökull (Iceland) in 2010. It will look ridiculous compared to the mess caused by the eruption of Yellowstone … or another.

Tambora-blog

Caldeira sommitale du Tambora  (Crédit photo:  NASA)

Histoires de systèmes d’alerte en Alaska et au Chili // Stories of warning systems in Alaska and Chile

drapeau francaisDans une note écrite le 20 février 2015, j’indiquais que l’Augustine était probablement la plus grande menace de tsunami pour la ville d’Homer située à 100 km du volcan, et pour la partie sud de la Péninsule du Kenai. La dernière éruption de l’Augustine en 2006 a généré un panache de cendre et émis suffisamment de lave pour rehausser encore davantage le sommet du volcan. Ce sommet domine des pentes abruptes et c’est lui qui, en s’effondrant, pourrait déclencher un tsunami. En 1883 – avant que la ville d’Homer soit construite – une éruption a fait glisser le versant nord de l’Augustine dans Cook Inlet et généré une vague de 9 mètres de hauteur qui a fini sa course dans le village de Nanwalek. Les scientifiques ont par ailleurs trouvé des preuves d’effondrements similaires remontant à des milliers d’années.

C’est la raison pour laquelle des sirènes ont été installées à Homer et dans les quelques villages qui pourraient être exposés à un tsunami. Pendant plusieurs jours, les médias ont annoncé que le mercredi 25 mars aurait lieu un test du système d’alerte aux tsunamis sur les régions côtières de l’Alaska. Comme dans beaucoup d’endroits dans le monde, les gens sont habitués à entendre ici un test des sirènes une fois par mois, le mercredi à 13 heures. Cependant, le 25 mars, l’essai était censé être un peu différent. Les sirènes devaient hurler plus tôt et soi-disant « avec plus de réalisme » dans le cadre de la Semaine de Prévention des Tsunamis.
Les sirènes retentirent à 10h25 du matin, relayées par tous les haut-parleurs qui se trouvent dans les zones basses, le long du littoral d’Homer. On entendit une voix annoncer: « Une alerte au tsunami a été émise pour ce secteur. Ecoutez votre station de radio locale pour plus de détails ». Le message a été répété trois fois. Il n’a jamais été précisé qu’il s’agissait d’un test.
Sept minutes après les sirènes, un animateur a interrompu en direct les programmes de radio et indiqué aux auditeurs que les sirènes « signalaient des tests » et qu’il n’y avait « pas de danger pour le moment. »
Deux minutes s’écoulèrent avant qu’une voix à peine audible venue des haut-parleurs annonce à Homer que le test était « conforme ».
Beaucoup de gens à Homer ne sont pas certains que le test ait été effectué avec suffisamment de sérieux et ait eu un impact sur la population dans son ensemble. Beaucoup de personnes ont fait remarquer que les tsunamis ne sont pas des plaisanteries et que le test de prévention aurait dû être mieux géré par toutes les parties concernées. Ces personnes espèrent que des leçons ont été tirées et que les gens qui entendront les sirènes à l’avenir ne penseront pas qu’il s’agit toujours de tests. Il ne faudrait jamais oublier que le tsunami qui a accompagné le séisme de 1964 en Alaska a tué 115 habitants dans cet Etat et a fait disparaître le rivage de plusieurs localités.
Au niveau local, il y a eu au moins un raté, quand une alerte au tsunami destinée aux Aléoutiennes a retenti à Homer en 2011. Selon le journal local Homer News, « des centaines de personnes qui se trouvaient sur la jetée d’Homer (le Spit) et dans les zones basses de la ville ont quitté les lieux ». La police a sillonné la ville pour prévenir la population que l’alerte était une erreur.

Le danger occasionné par un tsunami augmente avec la proximité de sa source par rapport à la côte. S’il se déclenche à des centaines de kilomètres, on aura le temps de prendre rapidement des mesures d’évacuation, à condition que la population ait été bien préparée à une telle éventualité. En 1964, le tsunami a démarré près de la côte. L’épicentre du séisme qui l’a provoqué a été localisé à seulement 90 km à l’ouest de Valdez et 120 km à l’est d’Anchorage, à une profondeur de 25 km. Il y a eu 131 morts (115 en Alaska, 16 dans l’Oregon et la Californie). Le nombre de victimes a été extrêmement faible pour un séisme de cette ampleur (M 9,2) en raison de la faible densité de population, le moment de la journée, le fait que c’était un jour férié (le Vendredi Saint), et le type de matériau (principalement le bois) utilisé pour construire de nombreux bâtiments. Aujourd’hui serait bien différent.
D’après un article paru dans l’Alaska Dispatch News.

°°°°°°°°°°°°°°°

De la même manière, les habitants de la ville chilienne de Pucon ont déclaré avoir ressenti une grande confusion quand les sirènes de la ville ont retenti dimanche dernier. La ville est située à proximité du Villarrica et le maire a ordonné aux pompiers d’actionner les sirènes pour que les gens comprennent que le volcan représente « une menace persistante ». Dans le même temps, le niveau d’alerte volcanique n’avait pas changé.
On pouvait voir des nuages de cendre s’élever du cratère pendant le week-end. Quand les sirènes de la ville ont hurlé dimanche après-midi, de nombreux habitants ont pensé que c’était un signal d’évacuer la ville.
Des commentaires ont été affichés sur Facebook accusant le maire d’avoir « causé une peur inutile» parmi les 22 000 habitants de la ville. En effet, le protocole officiel dit que les sirènes doivent être actionnées pour évacuer les gens, et pas comme mesure préventive.
Source: BBC News.

 ————————————————–

drapeau anglaisIn a note written on February 20th 2015, I indicated that the most serious tsunami threat for Homer and the southern flank of the Kenai Peninsula in Alaska might be Augustine Volcano, 110 km to the west. Augustine last erupted in 2006, sending up an ash cloud and emitting enough lava to build a new summit. It’s this summit enhancement on steep slopes that makes the volcano vulnerable to collapse. In 1883 – before Homer’s founding – an eruption caused its north side to slide into Cook Inlet, sending a 9-metre wave into the village of Nanwalek. Scientists have found evidence of similar collapses going back thousands of years.

This is the reason why sirens have been set up in Homer and the few villages that might be exposed to a tsunami. For several days various news media reported that on Wednesday, March 25th, there would be a test of the tsunami warning system in coastal Alaska. Like in many places of the world, people are accustomed to sirens once a month here, on Wednesdays at 1 p.m., always with the key word “test.” However, the March 25th test was supposed to be a little different. The sirens were to hoot at an earlier time and supposedly “with more realism” as part of Tsunami Preparedness Week.

The sirens sounded at 10:25 in the morning, echoing from the multiple speakers in Homer’s low-lying areas. A voice said: “A tsunami warning has been issued for this area. Tune to a local radio station for details.” The message was repeated three times. There was no mention of a test.

Seven minutes after the sirens, a live announcer interrupted the radio programmes to tell listeners that the sirens were “just testing warnings” and there was “no danger present at the moment.”

Two more minutes passed before a barely audible voice came over the tsunami speakers to say the test was “complete”.

Many people in Homer were not sure the test was serious enough and had any effect on the population at large. Many said tsunamis are no joke, and that a preparedness test could have been better managed by all involved. They hope that lessons were learned and that people hearing sirens in the future won’t assume they’re always tests. They should never forget that the tsunami accompanying Alaska’s 1964 earthquake killed 115 Alaskans and wiped out the entire waterfronts of several communities.

Locally, there was at least one false alarm from the system, when a tsunami warning meant for the Aleutians sounded in Homer in 2011. According to the Homer News, “hundreds of people on the Homer Spit and in low-lying areas evacuated.” Police fanned out around town to alert people that the warning was in error.

The danger of a tsunami increases with the proximity of its source to the coast. Should it start hundreds of kilometres away, there will be time to take rapid evacuation measures, provided the population has been well prepared to such an event.  In 1964, the tsunami was triggered close to the coast. The epicentre of the earthquake that caused it was only 90 km west of Valdez and 120 km east of Anchorage, at a depth of 25 km. The number of deaths totalled 131; 115 in Alaska and 16 in Oregon and California. The death toll was extremely low for a quake of this magnitude (M 9.2) due to low population density, the time of day and the fact that it was a holiday, and the type of material (mostly wood) used to construct many buildings. Today would be different.

After an article in the Alaska Dispatch News.

°°°°°°°°°°°°°°°°

In the same way, residents of the Chilean town of Pucon said they felt confused when the town’s sirens went off on Sunday. The town is located near the Villarrica volcano and the mayor of the town ordered firefighters to ring the sirens to alert people « to the continued threat ». Meantime, the volcanic alert level had not changed.

Ash could be seen rising from the crater during the weekend, so when the town’s sirens rang on Sunday afternoon, many residents said they thought it was a signal to evacuate the town.

Comments were posted on Facebook criticising the mayor for « spreading fear » among the town’s 22,000 residents. Indeed, the official protocol says that the sirens ring to evacuate people, not as a preventive measure.

Source: BBC News.

Augustine-flancs

Les flancs pentus de l’Augustine contribueraient au déclenchement d’un tsunami.

Evacuation-blog

En théorie, tout est prêt pour l’évacuation des populations menacées.

(Photos:  C.  Grandpey)