Yellowstone (1) : le passé du super volcan // Yellowstone (1) : the past of the super volcano

Dans le dernier épisode de ses Yellowstone Caldera Chronicles, l’Observatoire Volcanologique de Yellowstone explique au public à quoi ressemblait Yellowstone avant que l’activité volcanique recouvre d’immenses étendues d’épaisses coulées de lave et de cendres.
Pour ce faire, les géologues ont examiné les zones bordant la région de Yellowstone, les chaînes de montagnes, les types de roches et les failles qui composent des secteurs comme la Chaîne Teton et Jackson Hole, et comme le chaînon Gallatin (Gallantin Range) et la Paradise Valley.
Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, il y a environ 4 à 7 millions d’années, le point chaud de Yellowstone se trouvait sous le sud-est de l’Idaho où il alimentait les éruptions du champ volcanique Heise. Plusieurs grandes caldeiras ont été formées par des explosions majeures qui ont répandu des cendres sur le paysage jusqu’à Jackson Hole et la zone qui est aujourd’hui Yellowstone.
Le paysage prévolcanique de Yellowstone était principalement constitué de zones de haute altitude et il n’y avait pas de bassin comme c’est le cas aujourd’hui. Au lieu de cela, des chaînes de montagnes s’étendaient principalement du nord-nord-ouest au sud-sud-est. Les chaînes de montagnes Gallatin et Madison actuelles au nord étaient probablement reliées à la chaîne Teton et à d’autres montagnes au sud, formant des ensembles de chaînes continues qui étaient toutes délimitées par de grandes failles. Des chaînes délimitées par des failles comme celles-ci sont courantes dans tout l’ouest des États-Unis aujourd’hui. Elles font partie de la province Basin and Range, qui s’étend de l’est de la Californie à l’ouest du Wyoming et du Montana.
On peut voir les preuves de ces anciennes chaînes de montagnes continues dans les cartes montrant l’agencement des séismes et des bouches éruptives. Les cartes montrent plusieurs bandes de sismicité du nord-nord-ouest au sud-sud-est sous la caldeira de Yellowstone. Elles délimitent peut-être les failles encore existantes qui contrôlaient les chaînes de montagnes qui ont été détruites lorsque de grandes éruptions explosives ont commencé dans la région de Yellowstone.

Carte des séismes à Yellowstone entre 1973 et 2023. On remarquera dans la partie sud du Parc national de Yellowstone une série de bandes sismiques orientées nord-nord-ouest / sud-sud-est. Il se peut que ces alignements reflètent des failles associées à des chaînes de montagnes qui ont été détruites lors de la formation de la caldeira de Yellowstone il y a 631 000 ans.

Il existe également plusieurs alignements de points d’émission de lave rhyolitique orientés plus ou moins du nord-nord-ouest au sud-sud-est, actifs après la formation de la caldeira de Yellowstone, en particulier il y a environ 160 000 à 70 000 ans. Tout comme les schémas montrant les séismes, les alignements de bouches éruptives pourraient également avoir été contrôlés par les failles préexistantes associées aux chaînes de montagnes détruites.

Carte géologique de la caldeira de Yellowstone montrant les emplacements et les âges des éruptions de rhyolite les plus récentes. On remarquera deux séries d’alignements de bouches éruptives nord-nord-ouest / sud-sud-est. Il se peut qu’ils reflètent des orientations de failles sous-jacentes associées à des chaînes de montagnes qui ont disparu lors de la formation de la caldeira de Yellowstone il y a environ 631 000 ans.

Étant donné qu’il y avait des montagnes dans toute la région de Yellowstone avant les grandes explosions, l’érosion a été un processus déterminant. Les hautes chaînes de montagnes ont été progressivement érodées et les sédiments qui se sont détachés de ces sommets se sont accumulés dans les vallées à la base des chaînes. Certains de ces sédiments existent encore aujourd’hui; ils sont recouverts d’épaisses couvertures de cendres provenant des éruptions qui ont formé la caldeira de Yellowstone.
Les premières éruptions volcaniques de la région de Yellowstone ont commencé il y a au moins 2,2 millions d’années. La première des trois grandes éruptions ayant donné naissance à une caldeira s’est produite il y a 2,08 millions d’années; elle a répandu d’épaisses couches de cendres sur une très grande surface et modifié considérablement le paysage.
L’Observatoire Volcanologique de Yellowstone indique qu’aujourd’hui, de nombreux visiteurs du Parc national approchent la région par le nord, le sud ou l’ouest. Les géologues conseillent à ces personnes de prendre un moment pour apprécier le paysage qu’elles traversent. Ces zones illustrent aujourd’hui à quoi ressemblait Yellowstone il y a quelques millions d’années.

Voici le lien menant à l’article. Vous y trouverez les cartes avec une résolution plus élevée :
https://www.usgs.gov/observatories/yvo/news/what-did-yellowstone-look-it-became-wonderland

Source : USGS / YVO.

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In the latest episode of its Yellowstone Caldera Chronicles, the Yellowstone Volcano Observatory explains the public what Yellowstone looked like before volcanic activity covered huge swaths of land with thick lava and ash flows.

The geologists have looked at the characteristics of the areas bordering the Yellowstone region, at the mountain ranges, rock types, and faults that make up areas like the Tetons and Jackson Hole, and like the Gallatins and Paradise Valley.

As I explained in a previous post, during about 4–7  million years ago, the Yellowstone hotspot was located under southeastern Idaho, feeding eruptions occurring from the Heise volcanic field. That sequence included multiple large calderas that formed via major explosions, spreading ash across the landscape, including Jackson Hole and the area that is now Yellowstone.

The pre-volcanic Yellowstone landscape was mostly made of high-elevation areas and there was no basin present like there is today.  Instead, mountain ranges ran mostly north-northwest to south-southeast. Today’s Gallatin and Madison ranges in the north were probably connected to the Tetons and other mountains to the south, forming sets of continuous ranges that were all bounded by large faults.  Fault-bounded ranges like these are common throughout the western USA today. They are part of the Basin and Range province, which extends from eastern California to western Wyoming and Montana.

We can see the evidence for these formerly continuous mountain ranges in patterns of earthquakes and eruptive vents.  Seismicity maps show several north-northwest to south-southeast bands of earthquakes beneath Yellowstone Caldera, possibly delineating the still-existing faults that controlled the mountain ranges that were blown apart when large explosive eruptions began in the Yellowstone region. (see map above)

There are also several roughly north-northwest to south-southeast alignments of vents for rhyolite lava flows that erupted after Yellowstone Caldera formed, especially during about 160,000 to 70,000 years ago.  Just like patterns of earthquakes, the vent alignments might also have been controlled by the preexisting faults associated with the destroyed mountain ranges. (see map above)

Because there were mountains throughout the Yellowstone region before the big explosions, erosion was an important process.  The high mountain ranges were gradually being ground down, and sediments eroded from these peaks accumulated in valleys at the bases of the ranges.  Some of these sediments still exist today, capped by thick blankets of ash from caldera-forming eruptions of the Yellowstone system.

The first volcanic eruptions from the Yellowstone region began at least 2.2 million years ago, and the first of three great caldera-forming eruptions occurred 2.08 million years ago, spreading thick ash over a very large area and dramatically altering the landscape.

The Yellowstone Volcano Observatory indicates that today, many visitors to Yellowstone National Park approach the area from the north, south, or west. Geologists advise these persons to take a moment to appreciate the landscape they are traversing.  Those areas today exemplify what Yellowstone used to look like a few million years ago.

Here is the link leading to the article. You will find the maps with a higher resolution :

https://www.usgs.gov/observatories/yvo/news/what-did-yellowstone-look-it-became-wonderland

Source : USGS / YVO.

Et si une super éruption se produisait aujourd’hui ? // What if a super eruption occurred today ?

Dans la conclusion de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », j’explique que ce que je crains le plus aujourd’hui, c’est l’éruption d’un super volcan, autrement dit une éruption qui produirait plus de 1 000 kilomètres cubes de matériaux. Il existe des exemples de telles éruptions dans le passé : Long Valley et Yellowstone aux États-Unis, Taupo en Nouvelle-Zélande ou Toba en Indonésie. Sans aller aussi loin dans le volume de matériaux émis, une éruption comme celle du Tambora en 1815 serait une catastrophe pour notre société moderne.

Image satellite de la région du Toba (Source: NASA)

L’éruption du Tambora en avril 1815 est la plus puissante observée dans l’histoire moderne. Elle a atteint le niveau 7 sur l’indice d’explosivité volcanique (VEI). Les panaches éruptifs ont atteint une altitude de plus de 40 kilomètres. L’éruption a expulsé 100 kilomètres cubes de cendres, de ponces et d’aérosols ainsi que 60 mégatonnes de soufre. Avec les aérosols de SO2 dans l’atmosphère, moins de lumière solaire a atteint la surface de la Terre, et l’année 1816 a été appelée « l’année sans été » car la température moyenne de la planète a diminué de 0,53 °C. L’éruption initiale a tué 10 000 habitants. Les décès régionaux dus à la famine et aux maladies ont totalisé 80 000 personnes. La production agricole a été réduite et la famine a frappé le monde. Une pandémie de choléra a balayé le monde, faisant d’innombrables victimes.

Timbre indonésien commémorant les 200 ans de l’éruption de 1815.

Des siècles plus tard, la menace d’une éruption similaire reste présente. Les scientifiques affirment qu’une éruption majeure est inévitable, la seule question est de savoir quand elle se produira.
Selon un climatologue de l’Université de Genève, les preuves géologiques indiquent une probabilité de un sur six qu’une éruption volcanique dévastatrice se produise au cours de ce siècle. Cette fois, cependant, les conséquences seraient bien plus graves qu’en 1815. Le monde est désormais beaucoup plus peuplé et aux prises avec une crise climatique qui s’aggrave. Le climatologue a déclaré que l’humanité ne dispose actuellement d’aucun plan spécifique pour faire face à un événement aussi catastrophique.
Les éruptions volcaniques libèrent un mélange de matériaux et de gaz, notamment du dioxyde de carbone (CO2), qui réchauffe la planète. Cependant, la quantité de dioxyde de carbone émise par les volcans est nettement inférieure à celle produite par les activités humaines telles que la combustion de combustibles fossiles. Si le dioxyde de carbone est une préoccupation, les scientifiques se concentrent davantage sur l’impact d’un autre gaz volcanique : le dioxyde de soufre (SO2). Une puissante éruption volcanique peut éjecter du dioxyde de soufre de la basse atmosphère (la troposphère) vers la haute atmosphère (la stratosphère). Dans la stratosphère, le SO2 se transforme en minuscules particules d’aérosol qui renvoient la lumière du soleil dans l’espace, ce qui refroidit la Terre. Ces particules peuvent persister dans l’atmosphère pendant plusieurs années, comme on l’a vu à l’occasion de l’éruption du Pinatubo en 1991.
À l’heure actuelle, une éruption volcanique majeure présenterait des risques importants à court et à long terme. Environ 800 millions de personnes vivent à proximité de volcans actifs et sont confrontées à des conséquences potentiellement dévastatrices, y compris la destruction de villes entières. Par exemple, les Champs Phlégréens près de Naples, en Italie, pourraient constituer une menace grave pour le million d’habitants qui vivent autour du site volcanique.
Même une légère baisse de la température globale d’un degré Celsius peut avoir de graves conséquences régionales. Parmi les impacts, il y aurait des perturbations dans l’agriculture, une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes et des perturbations sociétales à grande échelle. On imagine facilement l’impact qu’aurait une éruption du Yellowstone sur les Grandes Plaines des États Unis, le grenier à blé de ce pays.
Une éruption majeure, similaire à celle du Tambora, pourrait entraîner des pertes économiques de plus de 3,6 billions de dollars au cours de la première année de l’éruption. Contrairement à ce que pensent certains scientifiques, l’effet de refroidissement temporaire d’une éruption volcanique n’atténuerait pas les impacts permanents du réchauffement climatique. La planète finirait par revenir à sa tendance de réchauffement d’avant l’éruption.
Le site de la prochaine éruption majeure reste un mystère ; elle est susceptible de se produire n’importe où sur Terre. Les zones particulièrement exposées comprennent les régions volcaniques actives comme l’Indonésie et le Parc national de Yellowstone aux États-Unis.

Une chose est sûre: l’homme n’est pas en mesure d’empêcher ces méga éruptions. Certes, grâce aux progrès de la technologie, nous sommes mieux armés pour prévoir le déclenchement d’un tel événement. Une nouvelle éruption de la Montagne Pelée (Martinique) sera forcément moins meurtrière, mais la Montagne Pelée n’arrive pas à la cheville du Yellowstone en matière de puissance volcanique.

Prévoir une éruption ne signifie pas être capable d’y faire face. La surveillance de l’activité volcanique est essentielle, mais il faut voir plus loin. Les scientifiques nous expliquent qu’il faudrait planifier une telle catastrophe, mettre en place des plans d’évacuation des populations, ainsi que des protocoles de crise pour garantir un approvisionnement en nourriture et en eau potable. De telles mesures devraient être envisagées à l’échelle mondiale, en coordonnant les efforts entre les États. Quand on voit l’inefficacité des COP pour lutter contre le réchauffement climatique, la partie est loin d’être gagnée en matière de gestion d’une éruption cataclysmale.

Source : Interesting Engineering via Yahoo News.

Yellowstone site de la prochaine super éruption? (Photo: C. Grandpey)

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In the conclusion of my conference « Volcanoes and volcanic hazards », I explain that what I fear most today is the eruption of a supervolcano. This means an eruption that produced more than 1,000cubic kilometers of materials. We have examples of such eruptions in the past : Long Valley and Yellowstone in the United States, Taupo in New Zealand, or Toba in Indonesia. Without going that far, an eruption like Tambora in 1815 would be a disaster for our modern society.

The Tambora eruption in April of 1815 is the largest observed eruption in recorded history. It reached level 7 on the volcanic explosivity index (VEI). Plumes from the eruption eached an altitude of more than 40 kilometers. The eruption expelled 100 cubic kilometers of ash, pumice, and aerosols into the air along with 60 megatons of sulfur. With the SO2 aerosols in the atmosphere,less sunlight reached Earth’s surface, and the year 1816 was called the “year without a summer” because the average global temperature was reduced by 0.53° C. The initial eruption killed 10,000 locals. Regional deaths due to starvation and disease totaled 80,000 people. In agriculture, crop production failed, and famine gripped the world. A cholera pandemic swept across the globe, claiming countless lives.

Centuries later, the threat of another similar eruption looms. Scientists assert that a massive eruption is inevitable, the question is solely when it will occur.

According to a climate expert at the University of Geneva, geological evidence indicates a 1-in-6 probability of a devastating volcanic eruption occurring within this century. This time, however, the consequences would be far more dire than in 1815. The world is now significantly more populated and grappling with the escalating climate crisis. The climatologist stated that humanity currently lacks any specific plan to address such a catastrophic event.

Volcanic eruptions release a mixture of materials, including planet-warming carbon dioxide (CO2). However, the amount of carbon dioxide emitted by volcanoes is significantly less than that produced by human activities such as burning fossil fuels. While carbon dioxide is a concern, scientists are more focused on the impact of another volcanic gas: sulfur dioxide (SO2). A powerful volcanic eruption can eject sulfur dioxide from the lower atmosphere (the troposphere) into the upper atmosphere (the stratosphere). Up in the stratosphere, SO2 turns into tiny aerosol particles that bounce sunlight back out into space, which makes the Earth cooler. These particles can persist in the atmosphere for several years.

In today’s time, a massive volcanic eruption would pose significant immediate and long-term risks. Roughly 800 million people reside within proximity to active volcanoes, facing the potential for devastating consequences, including the destruction of entire cities. For instance, the Phlegraean Fields near Naples, Italy, show signs of activity and could pose a severe threat to the one million inhabitants around the volcanic site.

Even a minor global temperature drop of 1 degree Celsius can have severe regional consequences. These impacts could include disruptions to agriculture, increased extreme weather events, and widespread societal disruption

A major eruption, similar to Tambora, could result in economic losses of over $3.6 trillion in the first year of the eruption. Contrary to what some scientists think, the temporary cooling effect of a volcanic eruption would not mitigate the ongoing impacts of global warming. The planet would eventually return to its pre-eruption warming trend.

The location of the next massive eruption remains uncertain, with the potential for it to occur anywhere on Earth. Areas of particular concern include volcanically active regions like Indonesia and Yellowstone National Park in the US.

One thing is certain: we are not able to prevent these mega eruptions. Of course, thanks to advances in technology, we are better equipped to predict the triggering of such an event. A new eruption of Mount Pelée (Martinique) will necessarily be less deadly, but Mount Pelée does not come close to Yellowstone in terms of volcanic power.

Predicting an eruption does not mean being able to deal with it. Monitoring volcanic activity is essential, but we should look further ahead. Scientists tell us that we should plan for such a disaster, put in place population evacuation plans, as well as crisis protocols to guarantee a supply of food and drinking water. Such measures should be considered on a global scale, by coordinating efforts between States. When we see the ineffectiveness of the COPs in combating global warming, the game is far from won in terms of managing a cataclysmal eruption.

Source : Interesting Engineering via Yahoo News.

Impact du réchauffement climatique sur les parcs nationaux aux États Unis // Impact of global warming on U.S. national parks

Un article publié sur le site Internet Business Insider examine l’impact du réchauffement climatique sur les parcs nationaux aux États-Unis.
Chaque année, plus de 300 millions de visiteurs explorent les parcs nationaux américains qui profitent de paysages incomparables absents de leur vie quotidienne. Aujourd’hui, à cause du réchauffement climatique, ces parcs sont en difficulté. Entre temps plus chaud et plus sec et espèces invasives, en passant par des tempêtes plus puissantes, de nombreux parcs doivent faire face à des changements spectaculaires. De l’Alaska à la Floride, voici six exemples de l’impact de la crise climatique sur les parcs nationaux.

Dans le Montana, le parc national des Glaciers s’étend sur 2 400 kilomètres, avec des paysages de montagnes, de vallées et des lac glaciaires. Avec la hausse rapide des températures, les glaciers fondent et le parc est en train de perdre son nom. Il hébergeait autrefois 80 glaciers. En 2015, le National Park Service (NPS) a estimé qu’il n’en restait que 26. Les satellites ont montré les derniers en train de continuer de rétrécir. La disparition des glaciers aura un impact sur la flore et la faune. Par exemple, les chèvres de montagne ont besoin de plaques de neige pour rester au frais pendant l’été. En hiver, la neige permet aux pikas, de minuscules rongeurs ressemblant à des souris, de se protéger du froid glacial.

Photo: C. Grandpey

Le parc national du Denali s’étend sur près de 24 600 kilomètres carrés en Alaska. Les journées d’hiver y sont courtes et froides, avec des températures pouvant descendre jusqu’à -40 degrés Celsius. Des milliers d’animaux vivent dans le parc, des ours aux renards roux. Une partie de la route du Denali est impraticable depuis plusieurs années. En effet, dans les années 1960, un premier glissement de terrain a commencé à entraver la route conduisant à l’intérieur du parc. En 2014, le glissement de terrain se déplaçait de quelques dizaines de centimètres chaque année. En 2021, il se déplaçait de quelques dizaines de centimètres par heure. La route est désormais fermée à peu près à mi-chemin, interdisant l’accès des véhicules à des sites magnifiques comme Wonder Lake.
Alors que la température moyenne annuelle du parc était autrefois largement négative, elle est désormais proche de 0 °C. Le temps plus chaud et la fonte du pergélisol accélèrent le glissement de terrain. La route est creusée dans un glacier rocheux qui s’effondre lentement.

Photo: C. Grandpey

Dans le parc national des Séquoias, les visiteurs peuvent admirer les bosquets de grands séquoias qui dominent le paysage. Un incendie en 2021 a ravagé des pans entiers du parc. La foudre avait frappé plusieurs zones, déclenchant ce qui est devenu le KNP Complex Fire . Un an plus tôt, le Castle Fire avait également ravagé le parc national des Séquoias. Ces deux incendies ont détruit entre 8 400 et 12 000 séquoias. Certains de ces arbres étaient vieux de plusieurs milliers d’années. Les incendies de forêt ne sont pas rares, mais les séquoias étaient déjà vulnérables après une longue sécheresse. La combinaison de faible humidité et de températures élevées peut devenir problématique lorsque des incendies éclatent.

Photo: C. Grandpey

Yellowstone est devenu le premier parc national des États-Unis en 1872. Il abrite le Vieux Fidèle ainsi que de nombreux autres geysers et sources chaudes. Les visiteurs doivent parfois arrêter leurs véhicules pour permettre aux bisons de traverser la route. Des élans et les nombreuses autres espèces vivent dans le parc.

Les températures de plus en plus chaudes accélèrent la fonte des neiges, modifient la végétation et entraînent une diminution des réserves d’eau dans certaines zones. Tout cela obligera probablement certains animaux à se déplacer. Chaque année, les antilopes d’Amérique (pronghorns) migrent à travers le parc. Le voyage est déjà risqué car elles traversent des routes et des clôtures. Un manque d’eau et de nourriture pourrait modifier leur parcours.
Yellowstone a subi d’importants dégâts lors d’une crue brutale en 2022. Un mélange d’eau de pluie et de fonte des neiges a provoqué de graves inondations au mois de  juin. L’eau qui se précipitait a endommagé des routes, des structures et des sentiers. Bien que ce type de catastrophe soit rare, avec les températures plus chaudes, la fonte des neiges plus rapide et la pluie qui remplace la neige, les inondations pourraient devenir plus fréquentes.

Photo: C. Grandpey

Le long de la limite entre la Californie et le Nevada, la Vallée de la Mort attire les visiteurs désireux de voir les salines, les dunes de sable et les cratères. C’est l’un des plus grands parcs nationaux des États Unis. La nuit, son éloignement de tout et son aridité le rendent idéal pour observer les étoiles.
La Vallée de la Mort devient de plus en plus chaude d’année en année. La chaleur extrême n’est pas une nouveauté, mais ces dernières années, les températures ont dépassé régulièrement les 51 degrés Celsius en juillet. Ces températures extrêmes peuvent se prolonger jusqu’en octobre et les nuits ne sont plus aussi fraîches.
La chaleur torride peut être dangereuse pour les visiteurs; les plantes et les animaux ont également du mal à y faire face. Certains animaux ont tendance à migrer vers des climats plus frais, mais certaines espèces peuvent ne pas survivre. Par exemple, la population extrêmement rare de poissons-chiots Devils Hole (Cyprinodon diabolis), que l’on trouve uniquement dans le Nevada, à proximité immédiate de la Vallée de la Mort, est en déclin depuis les années 1990.

Photo: C. Grandpey

Situé dans le sud de la Floride, le parc national des Everglades est un patchwork d’écosystèmes uniques, avec des mangroves et des pinèdes où cohabitent des dizaines d’espèces de lézards et de serpents, ainsi que des alligators et des oiseaux. Les loutres de rivière et les lamantins nagent également dans différentes parties du parc.
Les températures plus élevées, les ouragans plus intenses et la montée du niveau de la mer font partie des défis auxquels les Everglades sont confrontés. Lorsque l’eau salée s’infiltre dans les zones littorales du parc, elle peut nuire aux orchidées tropicales rares et à d’autres végétaux qui ne peuvent pas faire face à une salinité accrue.
Le Cape Sable se trouve à la pointe sud-ouest de la Floride. Le niveau de la mer a augmenté à un rythme accéléré au cours des 100 dernières années. Les ouragans et les tempêtes tropicales ont poussé l’eau de mer dans ce qui était autrefois des marais et des lacs d’eau douce. Cette incursion menace non seulement les forêts de mangroves, mais aussi la faune comme le bruant maritime du cap Sable, une espèce de moineau que l’on ne trouve que dans cet habitat unique.

Photo: C. Grandpey

Source : Business Insider via Yahoo News.

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An article released on the Business Insider website examines the impact of global warming on national parks in the United States.

Each year, over 300 million visitors explore the US national parks which offer unparalleled landscapes that are often missing from their everyday lives. Today, because of global warming, these parks are in trouble. From hotter, drier weather to invasive species to more powerful storms, many of the country’s parks are experiencing dramatic changes. From Alaska to Florida, here are six examples of how the climate crisis is changing national parks.

Montana’s Glacier National Park sprawls over 2,400 kilometers, encompassing mountains, valleys, and glacial lakes. With rapidly increasing temperatures, the glaciers are melting and the park is losing its name. It once held 80 glaciers. In 2015, the National park Service (NPS) estimated only 26 were left. Satellites have captured the remaining few as they continue to shrink. The glaciers’ disappearance will impact the plants and animals. For example, mountain goats rely on snow patches to stay cool during the summer. In the winter, the snow helps keep pikas, tiny mouse-like rodents, insulated from the bitter cold.

The Denali National Park and Preserve stretches nearly 24,600 square kilometers of Alaskan terrain. Winter days there are short and cold, with temperatures as low as -40 degrees Celsius. Thousands of animals live in the park, from bears to red foxes. Part of Denali’s road has been impassable for years. In the 1960s, a first landslide began cracking the road leading to the park. In 2014, the landslide was moving a few tens of centimeters every year. By 2021, it was moving a few tens of centimeters per hour. The road is now closed at about its halfway point, cutting off vehicle access to sites like Wonder Lake.

While the annual average temperature of the park was once well below freezing, it’s now close to 0°C. The warmer weather and melting permafrost is making the landslide move more quickly. The road is cut into a rock glacier and it is slowly falling off the cliff.

At Sequoia National Park, visitors can enjoy groves of tall sequoia trees that dominate the landscape. A 2021 fire ravaged swaths of the Park. Lightning struck several areas, igniting what became the KNP Complex Fire. A year earlier, the Castle Fire also ravaged Sequoia National Park. Fires over those two years killed between 8,400 to 12,000 sequoias. Some of the trees were thousands of years old. Forest fires are not uncommon, but the sequoias were already vulnerable after a lengthy drought. A combination of low humidity and high temperatures can be a dangerous combination when fires erupt.

Yellowstone became the US’s first national park in 1872. It’s home to Old Faithful, as well as many more geysers and hot springs. Visitors sometimes have to halt their vehicles for bison crossing the road, and moose, and the many other species that live in the park.

However, warmer temperatures are speeding up snowmelt, changing vegetation, and leading to less water in some areas. All of this will likely force some wildlife to relocate. Every year, pronghorn antelope migrate through the park, a journey that is already risky as they cross over roads and fences. A lack of water and food could alter their path.

Yellowstone experienced extensive damage during a flood in 2022. A mix of rain and snowmelt caused severe flooding in June 2022. The rushing water damaged roads, structures, and trails. While the disaster was rare, warmer temperatures are increasing snowmelt and rain is falling instead of snow. Floods could become more common as the climate continues to change.

Along the California-Nevada border, Death Valley draws visitors keen to see the salt flats, sand dunes, and craters. It’s one of the largest national parks in the country. At night, its remote location and aridity make it ideal for stargazing.

Death Valley is getting hotter by the year. Extreme heat is nothing new for Death Valley, but in recent years, temperatures regularly soar past 51 degrees Celsius in July. These extreme temperatures can extend into October, and the nights don’t get as cool.

The sizzling weather can be dangerous for visitors and residents, and plants and animals have difficulty coping, too. Some animals may start migrating to cooler climates, but some species may not survive. For example, the extremely rare Devils Hole pupfish population, found only in Nevada, close to Death Valley, has been in decline since the 1990s.

Located in Southern Florida, the Everglades National Park is a patchwork of unique ecosystems, from mangroves to pinelands where dozens of species of lizards and snakes, as well as alligators and birds live together. River otters and manatees also swim through different parts of the park.

Elevated temperatures, more-intense hurricanes, and rising sea levels are among the challenges the Everglades face. When salty seawater seeps into the park’s coastal landscape, it can harm rare tropical orchids and other vegetation that can’t cope with increased salinity.

Cape Sable lies at Florida’s southwestern tip. Sea levels have risen at an accelerated pace over the last 100 years. Hurricanes and tropical storms have washed seawater into what was once freshwater marshes and lakes. The incursion threatens not only mangrove forests but wildlife like the Cape Sable seaside sparrow, which is only found in this unique habitat.

Source : Business Insider via Yahoo News.

Yellowstone : la Morning Glory Pool et le tourisme de masse // The Morning Yellow Pool and mass tourism

En lisant la presse américaine ces derniers temps, on apprend que l’un des sites les plus emblématiques du Parc national de Yellowstone a été profondément et définitivement modifié par les touristes. La Morning Glory Pool, une source thermale autrefois d’un bleu éclatant, située dans l’Upper Geyser Basin, pas très loin du Vieux Fidèle, a été transformée au fil des ans par les visiteurs qui y ont jeté des objets.
Il paraît que la Morning Glory Pool fascinait les premiers visiteurs du parc avec ses eaux bleues cristallines. Tirant son nom de la Morning Glory, autrement dit l’ipomée bleue dont les fleurs s’ouvrent le matin, puis évoluent en couleur tout au long de la journée avant de se fermer ou de se faner le soir, elle attirait les foules pendant les premières années du Parc de Yellowstone. Beaucoup la décrivaient comme une source sans fond et d’une beauté époustouflante.

Une source d’un bleu éclatant (Crédit photo: Wikipedia

Avec l’arrivée du tourisme de masse, la situation de la Morning Glory Pool s’est vite dégradée. Les visiteurs ont commencé à y jeter des objets. Des pièces de monnaie, des déchets et toutes sortes de débris ont commencé à s’accumuler dans le bassin. À l’époque (Yellowstone est devenu le premier parc national le 1er mars 1872), les parcs nationaux n’étaient pas encore reconnus comme des zones de conservation et de nombreux touristes considéraient la Morning Glory Pool comme un puits à souhaits. La tradition qui consistait à jeter des pièces de monnaie dans les plans d’eau a eu un impact catastrophique sur l’écosystème de la source.
En 1991, les rangers ont participé à un projet de nettoyage de la Morning Glory Pool. Ils ont retiré avec précaution des centaines d’objets étrangers afin de lui redonner sa beauté d’origine. Une fois le niveau de l’eau abaissé, un ouvrier, attaché par un harnais d’escalade, a soigneusement récupéré les objets à l’aide d’un filet à long manche. C’est ainsi qu’ont été collectés des milliers de pièces de monnaie ainsi que des objets métalliques ressemblant à des pièces détachées pour voitures. Les rangers ont également trouvé de nombreuses pierres qui n’appartenaient pas à ce site, et des chapeaux probablement emportés par le vent avant d’atterrir dans la source.

La Morning Glory Pool en 2004 (Crédit photo: Wikipedia)

Malheureusement, les dégâts causés à la Morning Glory Pool étaient irréversibles. Au fil des ans, les débris accumulés ont bloqué l’alimentation naturelle de la source, ce qui a fait baisser la température de l’eau et favorisé le développement de bactéries. Selon le scientifique en charge de l’Observatoire Volcanologique de Yellowstone, le changement de température a fait pâlir la couleur bleue emblématique de la source. En effet, les bassins hydrothermaux les plus chauds ont tendance à être d’un bleu éclatant tandis que les plus froids sont en général plus colorées, car les bactéries peuvent s’y développer. C’est ce qui explique la couleur de la Morning Glory Pool aujourd’hui. Elle n’a plus l’eau bleue et cristalline d’autrefois. Sa partie la plus profonde est verte et vire au jaune sur les bords. La source ne ressemble plus à ce qu’elle était dans les années 1880. Malgré cela, elle continue d’attirer des foules de visiteurs. Ceux qui, comme moi, ne l’ont pas connue dans les années 1880 la trouvent tout de même très belle au 21ème siècle.
Aujourd’hui, les rangers font remarquer que le comportement du public dans le Parc National de Yellowstone s’est considérablement amélioré. Très peu de visiteurs jettent des pièces de monnaie dans les sources hydrothermales. Globalement, les gens sont beaucoup plus respectueux de cette merveille de la Nature.
Source : Différents organes de presse américains.

La Morning Glory Pool aujourd’hui (Photo: C. Grandpey)

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When reading the American press these days, we learn that one of Yellowstone National Park’s most iconic attractions has been permanently changed by tourists. The Morning Glory Pool, a once-pristine, brilliant blue thermal feature in the park’s Upper Geyser Basin has been transformed over the years as visitors have thrown things into its waters.

Historically, Morning Glory Pool dazzled early park visitors with its crystal-clear blue waters. Named after the vibrant Morning Glory flower, it was a key attraction in Yellowstone’s early days, described by many as bottomless and stunningly beautiful.

However, with the arrival of mass tourism, visitors began throwing objects into it. Coins, trash and random debris began accumulating in the pool. At the time, national parks were not widely recognized as conservation areas, and many tourists treated Morning Glory like a wishing well. The tradition of tossing coins into bodies of water, while often seen as harmless, had a damaging impact on the pool’s ecosystem.

Park rangers participated in a rare project to clean the Morning Glory Pool in 1991. They painstakingly removed hundreds of foreign objects from its depths in an effort to restore its original beauty. A worker, secured in a climbing harness, carefully retrieved items with a long-handled net, a meticulous process aimed at protecting both the fragile geothermal structure and the people involved.

The rangers found thousands of coins together with metal parts that looked like car parts chucked into the bottom of the pool. There were also a lot of rocks that didn’t belong to the pool, and some hats that probably had blown off people’s heads and landed in the pool.

Unfortunately, the damage to the Morning Glory Pool was already done. Over the years, the accumulated debris blocked its natural thermal flow, reducing the water temperature and allowing bacterial growth to flourish. According to the scientist in charge of the Yellowstone Volcano Observatory, the temperature shift caused the pool’s iconic blue color to fade. Hotter pools tend to be a brilliant blue, and cooler pools can be more colorful since bacteria can grow there.

Today, the Morning Glory Pool no longer resembles the clear, blue marvel it once was. Its deepest parts are green, transitioning to yellow around the edges,a stark contrast to the deep blue recorded in the 1880s.

Despite stricter conservation measures and increased public awareness, the effects of early vandalism still linger. Still, public behaviour in the park has improved significantly. Very few visitors throw coins in Yellowstone’s thermal pools today. It looks as if people are much more respectful than they were in my early days.

Source : U.S. News media.