La Faille de San Andreas refait surface… // The San Andreas Fault resurfaces…

Une étude récente menée par des scientifiques de l’Université d’Hawaï à Mānoa et publiée dans le Journal of Geophysical Research: Solid Earth a révélé que les contraintes tectoniques le long des systèmes de failles de San Andreas et de San Jacinto, en Californie du Sud, ont atteint, voire dépassé par endroits, les niveaux les plus élevés observés au cours des 1 000 dernières années. Cette étude a des implications directes pour l’évaluation des risques sismiques dans l’une des régions les plus densément peuplées des États-Unis.

 Les systèmes de failles de San Andreas et San Jacinto sont représentés par les lignes en caractère gras. Les points de couleur correspondent aux localités impactées par le séisme de 1812 (Source : Science Advances)

Les chercheurs ont élaboré un modèle informatique simulant l’accumulation et la libération des contraintes le long des systèmes de failles de San Andreas et de San Jacinto, notamment au niveau du col Cajon (Cajon Pass) , un point de jonction extrêmement important entre les deux systèmes de failles.

Les auteurs de l’étude ont alimenté le modèle informatique avec un historique sismique de la région sur 1 000 ans, reconstitué à partir de données géologiques telles que la datation au Carbone14 des sédiments déplacés et l’étude des cernes des arbres.
En prolongeant cette simulation jusqu’à nos jours, les scientifiques ont estimé l’ampleur des contraintes accumulées. L’étude indique que « les conditions déterminant l’ouverture ou la fermeture du Col Cajon semblent liées à l’alignement des niveaux de contrainte sur les deux systèmes de failles au moment de la rupture. Actuellement, avec des niveaux de contrainte historiquement élevés dans toute la région et plus de 160 ans écoulés depuis la dernière rupture majeure, le système se trouve dans un état de contrainte critique. » Les résultats de cette étude montrent que la contrainte qui serait normalement libérée lors de grands séismes a continué de s’accumuler et atteint désormais des niveaux sans précédent.

Image illustrant les contraintes le long de la Faille de San Andreas (Source : Université d’Hawaï)

Plus important encore, l’étude montre que le Cajon Pass pourrait favoriser une rupture conjointe des failles de San Andreas et de San Jacinto, un scénario potentiellement beaucoup plus dévastateur qu’une rupture sur une seule faille. Il affecterait des zones densément peuplées comme Los Angeles, San Bernardino, Riverside et la vallée de Coachella.
Ce type de modélisation des contraintes, basé sur la physique, peut permettre d’affiner l’évaluation des risques sismiques et une meilleure planification des infrastructures et les normes de construction dans la région. De plus, le cadre de modélisation utilisé dans cette étude est applicable à d’autres jonctions de failles complexes à travers le monde. Les chercheurs souhaitent donc le développer en tant qu’outil réutilisable pour l’évaluation des risques liés aux failles multiples.
Les chercheurs précisent qu’ils n’ont pas cherché à prévoir la date du prochain séisme. Cependant, des études comme celle-ci constituent une contribution importante à la recherche sur les risques sismiques aux niveaux national et international, car elles utilisent une science rigoureuse et quantitative pour mieux comprendre les risques auxquels sont exposés des millions de personnes.
Dans ce type d’étude, les chercheurs peuvent affirmer qu’un système de failles est soumis à des contraintes critiques et que les modèles physiques comme celui-ci leur offrent une vision plus claire des différents scénarios auxquels se préparer. Pour le reste, c’est la Nature qui décide !
Source : Big Island Now.

L’auteur de ce blog au cœur de la Faille de San Andreas

°°°°°°°°°°

Suite à ma note sur les failles californiennes de San Andreas et San Jacinto, Sergio Marchi, un chercheur italien, m’indique qu’après le séisme qui a frappé l’Ombrie en 1997, il a mené une étude sur la possibilité d’interactions entre les systèmes de failles à différentes distances. Le professeur Mantovani de l’Université de Sienne a depuis cette époque élaboré un modèle pour l’ensemble du bassin méditerranéen centre-oriental. Sergio Marchi a calculé l’existence de mouvements de transfert de l’ordre de 50 à 200 kilomètres par an pour la péninsule italienne. Ses études ont été corroborées par une équipe californienne en 2003. Cela lui a permis d’être nommé directeur national du département de recherche historique par le Second Réseau Sismique, poste qu’il a occupé jusqu’en 2009. Depuis, il a donné plusieurs conférences sur ce sujet et d’autres thèmes liés aux phénomènes sismiques.

————————————————–

Recent research led by University of Hawai‘i at Mānoa scientists and published in the Journal of Geophysical Research: Solid Earth, found tectonic stress along the San Andreas and San Jacinto fault systems in Southern California has reached, and in some places exceeded, the highest levels seen in the past 1,000 years. The study has direct implications for seismic hazard assessments in one of the most densely populated in the United States.

The researchers built a physics-based computer model that simulates how stress builds up and releases along the southern San Andreas and San Jacinto fault systems, including at Cajon Pass, which is a critical junction between the two fault systems. They fed the model a 1,000-year record of earthquake history of the region reconstructed from geological evidence, such as radiocarbon dating of displaced sediments and tree-ring records.

By running this simulation forward to the present day, the scientists estimated how much stress has built up. One can read in the study that “the conditions that determine whether the ‘earthquake gate’ at Cajon Pass opens or stays closed appear to be related to how closely the stress levels on the two fault systems are aligned with each other at the time of rupture. Right now, with stress at historically high levels across the region and more than 160 years elapsed since the last major rupture, the system is in a critically loaded state.” Results from this study suggest the stress that would normally be released in large earthquakes has continued to accumulate and is now at unprecedented levels.

Perhaps most importantly, the study showed that Cajon Pass could facilitate a joint rupture of the San Andreas and San Jacinto faults simultaneously, which is a scenario that could be significantly more damaging than a single-fault event. It would affect densely populated areas including Los Angeles, San Bernardino, Riverside and the Coachella Valley.

This kind of physics-based stress modeling can help refine seismic hazard assessments and inform infrastructure planning, emergency preparedness and building codes in the region. Additionally, the modeling framework used in this study is applicable to other complex fault junctions globally, so the researchers are interested in developing it as a reusable tool for multi-fault hazard assessments.

The researchers warn that this is not a prediction of when an earthquake will happen. However, studies like this are important contributions to national and global earthquake hazard research in that we are using rigorous, quantitative science to better understand the risk facing millions of people.

In this kind of study, researchers can say that the system is critically stressed, and that physics-based models such as this one give them a clearer picture of the range of scenarios for which to be prepared. For the rest, Nature will decide !

Source : Big Island Now.

Etna (Sicile) : la Faille de Tremestieri rappelle qu’elle est active // Mount Etna (Sicily) : The Tremestieri Fault reminds us that it is active

Une étude de l’INGV et de l’Université de Catane, publiée en juillet 2025, a analysé la structure profonde de l’Etna et le lien entre l’activité sismique et la remontée du magma, révélant de nouveaux détails sur la dynamique interne du volcan. En analysant plus de 15 000 séismes sur une période d’une vingtaine d’années, les chercheurs ont retracé les structures qui entraînent la déformation de la croûte et leur interaction avec les mouvements du magma. Lors des événements éruptifs, la pression exercée par le magma dans les couches de la croûte peut activer des failles même à des distances et des profondeurs considérables des cratères sommitaux.

On peut lire dans l’étude que la dynamique du flanc oriental de l’Etna, connu pour son glissement lent et régulier vers la mer Ionienne, est particulièrement intéressante. Les recherches montrent que ce mouvement n’est pas uniforme, mais se produit le long de structures diverses, déclenchées par une combinaison de failles anciennes, de pressions magmatiques et d’affaissements de surface.

Cette étude trouve sa confirmation avec la Faille de Tremestieri, qui traverse le flanc sud du volcan de Nicolosi à Tremestieri Etneo, et présente de nouveaux signes de « fluage asismique » expression qui fait référence au déplacement de surface, mesurable le long d’une faille en l’absence de séismes notables. Des mouvements de sol lents et constants, connus depuis des années par les scientifiques, se manifestent par de nouvelles fissures dans des zones densément peuplées. Ces mouvements, liés à l’interaction entre l’activité magmatique et la collision des plaques africaine et eurasienne, deviennent préoccupants lorsqu’ils affectent le tissu urbain, déformant rues, places et même réseaux d’alimentation en eau.

Des géologues de l’INGV ont mené une inspection à Tremestieri Etneo suite aux signalements des habitants. Les microséismes des 17 et 18 novembre 2025 ont suscité l’inquiétude. Neuf secousses ont été enregistrées, d’une magnitude comprise entre M1,5 et M2,5, localisées entre Pedara et Mascalucia. Les plus fortes ont été ressenties à Pedara, Mascalucia, Tremestieri Etneo, Sant’Agata li Battiati et Gravina di Catania ; elles ont fait trembler les maisons et réveillé plusieurs familles.

Source: INGV

Des relevés de terrain ont confirmé la réactivation du système de failles au cœur de Tremestieri. Sur la place du centre éducatif « Teresa di Calcutta », d’anciennes fissures se sont déplacées latéralement de 1,5 cm. Dans d’autres secteurs de la localité, un réseau de fissures étagées a déplacé le sol d’environ 1 cm, entraînant la rupture d’une canalisation d’eau, signe évident des contraintes sous-jacentes. La déformation sur la petite place de la Via Etnea est encore plus significative avec des affaissements verticaux allant jusqu’à 0,5 cm et horizontaux de 1 cm, accompagnés de compressions qui font onduler le revêtement. Plus en amont, le long de la route SP 3/II Tremestieri–Mascalucia, une autre fracture ancienne s’est réactivée, provoquant une nouvelle fuite d’eau et des mouvements d’extension d’environ 1 cm.
Les géologues expliquent que ce ne sont pas des événements inattendus, mais ils nous rappellent que même les failles silencieuses déforment le sol, affectant les bâtiments et les infrastructures. La déformation s’atténue progressivement en amont, où des irrégularités du plan de faille ralentissent le glissement.

Dans la conclusion du rapport des experts de l’INGV, on peut lire que pour les zones habitées de l’arrière-pays etnéen, le message est clair : « une surveillance continue et des évaluations sur le terrain sont indispensables à une planification urbaine éclairée et résiliente. Dans une région où volcanisme et tectonique sont intimement liés, chaque fissure devient un signal précieux pour atténuer les risques et prévenir des dommages plus importants. »

Source : La Sicilia, INGV.

——————————————–

A study by the INGV and the University of Catania, published in July 2025, analyzed the deep structure of Mount Etna and the link between seismic activity and magma upwelling, revealing new details about the volcano’s internal dynamics. By analyzing more than 15,000 earthquakes over a period of about twenty years, the researchers traced the structures that cause crustal deformation and their interaction with magma movements. During eruptive events, the pressure exerted by magma in the crustal layers can activate faults even at considerable distances and depths from the summit craters.
The study notes that the dynamics of Mt Etna’s eastern flank, known for its slow and steady slide towards the Ionian Sea, is of particular interest. Research shows that this movement is not uniform, but occurs along various structures, triggered by a combination of ancient faults, magma pressures, and surface subsidence.
This study is confirmed by the Tremestieri Fault, which runs along the southern flank of the volcano, from Nicolosi to Tremestieri, and exhibits new signs of « aseismic creep, » a term that refers to surface displacement measurable along a fault in the absence of significant earthquakes. Slow, constant ground movements, known to scientists for years, are appearing as new fissures in densely populated areas. These movements, linked to the interaction between magmatic activity and the collision of the African and Eurasian plates, become a concern when they affect the urban fabric, deforming streets, squares, and even water supply networks.
INGV geologists conducted an inspection in Tremestieri Etneo following reports from residents. The micro-earthquakes of November 17 and 18, 2025, caused concern. Nine tremors were recorded, ranging in magnitude from M1.5 to M2.5, located between Pedara and Mascalucia. The strongest were felt in Pedara, Mascalucia, Tremestieri Etneo, Sant’Agata li Battiati, and Gravina di Catania; they shook houses and woke several families. Field surveys confirmed the reactivation of the fault system in the heart of Tremestieri. In the square of the “Teresa di Calcutta” educational center, old fissures had shifted laterally by 1.5 cm. In other parts of the town, a network of stepped cracks has displaced the ground by about 1 cm, causing a water pipe to burst—a clear sign of the underlying stresses. The deformation in the small square on Via Etnea is even more significant, with vertical subsidence of up to 0.5 cm and horizontal subsidence of 1 cm, accompanied by compression that is causing the pavement to undulate. Further upslope, along the SP 3/II Tremestieri–Mascalucia road, another old fracture has reactivated, causing a new water leak and extensional movements of about 1 cm. Geologists explain that these are not unexpected events, but they remind us that even silent faults deform the ground, affecting buildings and infrastructure. The deformation gradually diminishes upstream, where irregularities in the fault plane slow the sliding.

The conclusion of the INGV experts’ report states that for inhabited areas of the Etna hinterland, the message is clear: « Continuous monitoring and on-the-ground assessments are essential for well-informed and resilient urban planning. In a region where volcanism and tectonics are closely linked, every fissure becomes a valuable signal for mitigating risks and preventing more significant damage. »
Source: La Sicilia, INGV.

Sismicité, fluides hydrothermaux et systèmes de failles dans le Parc national de Yellowstone // Seismicity, hydrothermal fluids and fault systems in Yellowstone National Park

Une étude d’une durée de 15 ans menée par l’Observatoire Volcanologique de Yellowstone et l’USGS sur les données sismiques dans le Parc, et publiée dans Science Advances en juillet 2025, montre comment des milliers de petits séismes se regroupent dans le temps et l’espace. Elle met ainsi en évidence des interactions complexes entre les fluides hydrothermaux et les systèmes de failles sous la caldeira de Yellowstone. Grâce à l’intelligence artificielle, les chercheurs ont pu démontrer que le sous-sol du Parc national de Yellowstone est bien plus dynamique qu’on ne le pensait jusqu’à présent.

Photo: C. Grandpey

De 2008 à 2022, les scientifiques ont analysé les mesures en continu des mouvements du sol, fournies par le réseau sismique qui détecte les vibrations les plus infimes à travers le Parc. En appliquant les derniers modèles d’apprentissage automatique à cet immense ensemble de données, les chercheurs ont détecté plus de 86 000 séismes, ainsi qu’une multitude de petits événements auparavant inconnus. Ces données confirment que le sous-sol de Yellowstone est un paysage en perpétuel mouvement. Les séismes ne sont pas répartis uniformément, mais se regroupent en essaims, où des centaines, voire des milliers d’événements se produisent en quelques jours ou semaines. Certains de ces essaims sont liés au mouvement de fluides hydrothermaux, d’autres au lent réajustement des zones de failles, et quelques-uns à des processus volcaniques profonds. Ce catalogue, réalisé à l’aide de l’intelligence artificielle, révèle que nombre de ces épisodes sont interconnectés sur plusieurs années, voire des décennies, et racontent ainsi une période bien plus longue de l’évolution de la croûte de Yellowstone.

Réseau sismique de Yellowstone (Source: YVO)

Cette étude démontre comment une surveillance sur le long terme et en haute résolution, combinée à l’intelligence artificielle, peut éclairer des processus allant bien au-delà de la portée de l’observation directe.
Le nouveau catalogue sismique offre un aperçu inédit de la façon dont les séismes dessinent l’anatomie de la caldeira de Yellowstone. La plupart des 86 000 séismes enregistrés se sont produits à des profondeurs comprises entre 1 et 4 km, formant des groupes denses et linéaires qui suivent les systèmes de failles sous le Parc. À environ 8 km de profondeur, l’activité sismique disparaît presque complètement, ce qui indique probablement la présence de roches partiellement fondues qui absorbent l’énergie au lieu de se fracturer. Les chercheurs ont obtenu cette précision grâce à un modèle tridimensionnel des vitesses des ondes sismiques sous Yellowstone. Ce modèle montre comment différents types de roches, avec des températures différentes, modifient la vitesse des ondes sismiques, ce qui permet aux scientifiques de localiser les séismes avec exactitude.
Les résultats affinés révèlent des couloirs de failles complexes, certains orientés nord-est à travers la caldeira et d’autres longeant sa lèvre ouest. Au sein de ces structures, les scientifiques ont observé des différences marquées entre les zones situées à l’intérieur et à l’extérieur de la caldeira. À l’intérieur, les séismes ont tendance à se propager verticalement le long de failles grossières et encore mal définies. Ce mouvement vertical reflète la remontée de fluides sous pression, principalement de l’eau chaude et des gaz, au sein du système hydrothermal actif de Yellowstone. À l’extérieur de la caldeira, en revanche, les failles apparaissent plus stables et les séismes présentent une faible migration verticale. Ces zones représentent probablement des failles plus anciennes et plus matures, réagissant aux variations latérales des contraintes crustales.

Histogramme montrant le nombre de séismes par période de trois mois dans la région du Parc national de Yellowstone, de 1973 à 2023. Les barres rouges représentent tous les séismes survenus dans la région de Yellowstone, et les barres bleues indiquent une sismicité en essaim. (Source : YVO)

L’utilisation d’outils d’apprentissage profond tels qu’EQTransformer et PhaseLink a permis aux auteurs de l’étude de détecter des phases sismiques subtiles souvent négligées par les méthodes traditionnelles. Les chercheurs ont relocalisé 67 000 événements avec une précision remarquable. Ils ont pu ainsi cartographier une croûte complexe et finement stratifiée qui fait le lien entre tectonique et volcanisme. Ce niveau de détail offre une nouvelle base pour l’étude du sous-sol de Yellowstone. Les données révèlent non seulement la localisation des séismes, mais aussi l’évolution de leur profondeur et de leur direction au fil du temps. Chaque essaim sismique témoigne d’un mouvement, illustrant l’évolution continue du réseau hydrographique interne du Parc. L’une des découvertes les plus remarquables est le lien à long terme entre différents essaims sismiques. Alors que chaque essaim ne dure généralement que quelques semaines, la nouvelle analyse montre que des essaims séparés par des années se produisent souvent quasiment au même endroit.
Par exemple, l’essaim de 2020-2021, survenu près de l’extrémité nord du lac Yellowstone, s’est produit immédiatement au sud de la séquence de 2008-2009, après plus d’une décennie de calme. Un tel comportement laisse supposer l’existence d’un système dynamique de réservoirs souterrains où l’eau et le gaz migrent lentement à travers les fractures de la roche. Lorsque ces fluides rencontrent des zones étanches ou de faible perméabilité, la pression augmente jusqu’à provoquer la fissuration de la roche, engendrant des salves de sismicité. Une fois la pression relâchée, le système retrouve son calme lorsque les conduits de fluides se referment. Ce processus d’arrêts et de reprises crée un rythme d’essaims sismiques spatialement liés mais temporellement séparés. Ces essaims sont particulièrement fréquents près des zones hydrothermales comme le Yellowstone Lake et le Norris Geyser Basin, où l’eau chaude circule à travers des fractures superficielles.

Norris Geyser Basin (Photo: C. Grandpey)

La récurrence de ces essaims illustre comment la croûte de Yellowstone emmagasine et libère de l’énergie sur des échelles de temps bien plus longues que celles de chaque épisode individuel. La reprise d’activité dans les mêmes zones de failles après des années de repos révèle un lent cycle d’accumulation et de libération de pression qui façonne l’évolution continue du Parc.
Source : Observatoire Volcanologique de Yellowstone.

————————————————–

A 15-year study of Yellowstone’s seismic record by the Yellowstone Volcano Observatory and the U.S. Geological Survey (USGS), published in Science Advances in Jult 2025, reveals how thousands of small earthquakes cluster in time and space. It thus shows complex interactions between hydrothermal fluids and fault systems beneath the caldera. By using artificial intelligence, the researchers demonstrate that the ground beneath Yellowstone National Park is far more dynamic than previously understood.

From 2008 to 2022, scientists analyzed continuous ground motion recordings collected from the seismic network which surrounds the park and detects even the faintest vibrations. By applying advanced machine learning models to this enormous dataset, the researchers detected over 86 000 earthquakes, with countless small events that were previously invisible. Through this data, Yellowstone’s subsurface appears as a restless landscape in constant motion. Earthquakes are not distributed evenly but instead cluster in swarms, where hundreds or thousands of events occur over days or weeks. Some of these swarms have been linked to the movement of hydrothermal fluids, others to the slow readjustment of fault zones, and a few to deeper volcanic processes. The AI-based catalog now shows that many of these bursts are connected across years or even decades, telling a much longer story of Yellowstone’s evolving crust.

This study demonstrates how long-term, high-resolution monitoring combined with artificial intelligence can illuminate processes far below the reach of direct observation.

The new seismic catalog provides an unprecedented look at how earthquakes outline the anatomy of the Yellowstone Caldera. Most of the 86 000 recorded earthquakes occurred at depths between 1 and 4 km, forming dense, linear clusters that trace fault systems beneath the park. Beneath about 8 km, seismic activity nearly disappears, suggesting the presence of partially molten rock that absorbs energy rather than fracturing. Researchers achieved this precision using a three-dimensional model of seismic wave velocities beneath Yellowstone. This model shows how different rock types and temperatures alter the speed of seismic waves, allowing scientists to locate earthquakes with accuracy.

The refined results reveal intricate fault corridors, some trending northeast across the caldera and others running along its western rim. Within these structures, scientists observed distinct differences between areas inside and outside the caldera boundary. Inside, earthquakes tend to migrate upward through rough, immature faults. This vertical movement reflects the rising motion of pressurized fluids, primarily hot water and gases, within Yellowstone’s active hydrothermal system. Outside the caldera, by contrast, the faults appear more stable, with earthquakes showing little vertical migration. These zones likely represent older, more mature faults responding to lateral shifts in crustal stress.

The use of deep learning tools such as EQTransformer and PhaseLink enabled the detection of subtle seismic phases that traditional methods often miss. The researchers relocated 67 000 events with remarkable precision, mapping a complex and finely layered crust that bridges the worlds of tectonics and volcanism. This level of detail provides a new foundation for studying Yellowstone’s subsurface. The data reveal not just where earthquakes happen, but how their patterns shift in depth and direction through time. Each cluster becomes a trace of movement, showing how the park’s internal plumbing continues to evolve.

One of the most remarkable findings is the long-term connection between separate earthquake swarms. While individual swarms typically last only a few weeks, the new analysis shows that swarms years apart often occur in nearly the same place.

For example, the 2020–2021 swarm near the northern end of Yellowstone Lake occurred immediately south of the 2008–2009 sequence, separated by more than a decade of quiet. Such behavior hints at a dynamic system of underground reservoirs where water and gas migrate slowly through fractures in the rock. When these fluids encounter sealed zones of lower permeability, pressure builds until it forces the rock to crack, producing bursts of seismicity. Once released, the system quiets again as the fluid pathways reseal. This stop-and-go process creates a rhythmic pattern of swarms that are spatially linked but temporally separated. Swarms are especially common near hydrothermal areas such as Yellowstone Lake and Norris Geyser Basin, where hot water circulates through shallow fractures. These recurring swarm patterns demonstrate how Yellowstone’s crust stores and releases energy on timescales much longer than any individual episode. The return of activity to the same fault zones after years of rest suggests a slow cycle of pressure accumulation and release that shapes the park’s ongoing evolution.

Source : Yellowstone Volcano Observatory.

Une faille annulaire sous les Champs Phlégréens (Italie) // A ring fault beneath the Campi Flegrei (Italy)

Jusqu’à présent, la sismicité des Champs Phlégréens (Italie) était attribuée au seul bradyséisme et aux mouvements de terrain qu’il provoque. Un nouvel outil d’intelligence artificielle (IA) révèle aujourd’hui que les Campi Flegrei ont connu plus de 54 000 tremblements de terre entre 2022 et 2025. En cartographiant ces événements, les chercheurs ont découvert une immense faille annulaire qui pourrait avoir contribué à cette sismicité. Les scientifiques expliquent que cette faille est susceptible de déclencher des séismes de magnitude M5,0. Leur étude a été publiée le 4 septembre 2025 dans la revue Science.

 Source : Wikipedia

Depuis 2025, on a enregistré dans les Champs Phlégréens cinq séismes supérieurs à M4,0, et le volcan montre des signes d’instabilité depuis 2005. Cependant, la nouvelle étude nous apprend que la plupart des séismes dans la région passent inaperçus.
Pour étudier les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les Champs Phlégréens, les chercheurs ont développé un outil d’intelligence artificielle (IA) capable d’identifier les séismes que les méthodes traditionnelles ne permettaient pas de détecter. En général, les sismologues identifient les séismes en se contentant d’analyser des sismogrammes. Avec la nouvelle approche basée sur l’IA, les scientifiques entraînent un modèle d’apprentissage automatique à identifier les phases sismiques. Ils s’appuient sur des millions d’exemples passés déjà examinés par leurs collègues, mais la méthode est conçue pour être plus efficace et plus précise.
L’équipe scientifique a choisi d’analyser les Champs Phlégréens avant d’autres volcans sur Terre pour plusieurs raisons. L’une des priorités était de mieux comprendre le comportement de ce volcan, car plus de 360 000 personnes vivent dans la caldeira des Champs Phlégréens, et environ 1,5 million de personnes résident dans la zone environnante. Bien qu’il n’y ait actuellement aucun signe d’éruption, un violent séisme avec un hypocentre à faible profondeur pourrait présenter un danger considérable pour les personnes et les biens.

Photo: C. Grandpey

Les résultats des analyses à l’aide de l’IA révèlent que les trois quarts des séismes survenus aux Champs Phlégréens entre 2022 et mi-2025 sont passés inaperçus. Alors que les méthodes traditionnelles font état de 12 000 événements au cours de cette période, l’IA indique que ce nombre est plus proche de 54 000.

En cartographiant la localisation de ces secousses, les chercheurs ont découvert des failles que les méthodes précédentes n’avaient pas révélées. Ils ont notamment identifié deux failles en convergence sous Pouzzoles. Leur localisation montre qu’un séisme de magnitude M5,0 pourrait se produire dans la région.
Pouzzoles a connu un soulèvement du sol dans les années 1980, et le phénomène se reproduit actuellement ; le sol sous la ville s’élève d’environ 10 centimètres par an. Il s’avère que la zone de soulèvement est encerclée par plusieurs failles, dont l’ensemble a l’aspect d’ une « faille annulaire » bien marquée qui s’étend au large de Pouzzoles (voir illustration ci-dessous).

 Illustration figurant dans la dernière étude

Selon les auteurs de l’étude, l’activité sismique le long de cette faille annulaire pourrait aider à prévoir l’évolution du système et donner une idée de la magnitude des futurs événements sismiques. Cependant, cette étude n’apporte pas de nouvelles informations sur la probabilité ou la date de la prochaine éruption des Champs Phlégréens. La sismicité enregistrée entre 2022 et mi-2025 est faible, à des profondeurs supérieures à 4 kilomètres. Rien n’indique une migration du magma vers la surface. Pour l’instant, les habitants des Champs Phlégréens peuvent dormir tranquille.
Source : Live Science.

—————————————————-

Up to now, the seismicity in the Phlegraean Fields (Italy) was attributed to bradyseism and the ground movements it causes. A new artificial intelligence (AI) tool reveals today that Campi Flegrei experienced more than 54,000 earthquakes between 2022 and 2025. By mapping these events, researchers discovered a huge ring-shaped fault that may have contributed to that seismicity. The scientists explain that the faultcould may unleash magnitude M5.0 earthquakes. Their study was published on 4 September 2025 in the journal Science.

So far in 2025, Campi Flegrei has produced five earthquakes above magnitude M4.0, and the volcano has been showing signs of unrest since 2005. However, most of the earthquakes triggered in the region are going undetected.

To investigate modern threats from Campi Flegrei, researchers developed an AI tool capable of identifying earthquakes that previous methods couldn’t pick out. Traditionally, seismologists identify earthquakes by analyzing seismograms. In the new approach, the scientists train a machine learning model to pick phases. They base it on the collection of millions of past examples already examined by scientists, but the method is designed to do the job more effectively.

The scientific team chose to have their tool analyze Campi Flegrei before other volcanoes for several reasons. A priority was to better understand this volcano’s behavior as more than 360,000 people live inside the Campi Flegrei caldera, and roughly 1.5 million people reside in the wider area. While there are currently no signs of an eruption, a particularly violent or shallow earthquake could present a huge danger to people as well as damage buildings.

The results from the AI tool reveal that three-quarters of earthquakes at Campi Flegrei between 2022 and mid-2025 went undetected. While traditional methods documented 12,000 earthquakes in this period, AI shows the number was closer to 54,000.

By mapping the location of these earthquakes, the researchers discovered faults that previous methods had not revealed. Notably, the team found two faults converging beneath Pozzuoli. The location of these faults suggests an M5.0 earthquake might occur in the region.

Pozzuoli experienced uplift in the 1980s, and the same is happening again now, with the ground beneath the town rising by about 10 centimeters each year. It turns out, the area of uplift is encircled by several faults, forming a well-marked « ring fault » that extends offshore.

According to the authors of the study, seismic activity along the ring fault could help predict changes in the system, as well as hint at the magnitudes of future earthquakes. However, it does not provide new information about the likelihood or timing of Campi Flegrei’s next eruption. All the analyzed seismicity from 2022 to mid-2025 is shallow, at depths above 4 kilometers and does not indicate any migration of magma towards the surface. For the time being, residents in the Campi Flegrei do not need to worry about the next eruption.

Source : Live Science.