L’urbanisation sur les pentes du Vésuve (Italie) // Urbanization on the slopes of Mt Vesuvius (Italy)

Dans ma note sur les exercices d’évacuation dans les environs du Mont Fuji (Japon), j’ai fait une allusion au Vésuve (Italie). J’ai indiqué qu’aucun exercice d’évacuation n’est effectué en Campanie et qu’une éruption du volcan ne se ferait pas sans dommage. Voici quelques explications sur l’urbanisation sur les pentes du Vésuve dont l’éruption en l’an 79 a détruit Stabies, Pompéi et Herculanum.
Tout d’abord, il faut savoir que plus de 700 000 personnes vivent illégalement sur les pentes du Vésuve. Dans toute l’Italie, ce sont quelque 6 millions de personnes qui habitent dans des maisons construites illégalement, le résultat de décennies de mauvaise gestion de l’état, avec son lot d’incompétence ou de corruption. L’Italie s’est rapidement urbanisée au milieu du 20ème siècle et l’état italien s’est montré incapable ou peu disposé à modifier ses lois afin de faciliter la construction ou l’urbanisme.
Pendant des décennies, les urbanistes ont laissé croître les villes italiennes en laissant les gens construire où cela leur plaisait, y compris sur des terres en zone dangereuse comme les pentes du Vésuve. A cause de l’urbanisation débridée, le Vésuve est devenu l’un des volcans les plus dangereux au monde. Une éruption majeure est possible et imprévisible. Comme l’a expliqué un volcanologue de l’INGV: « Dans la mesure où nous ne pouvons pas prévoir quand une éruption aura lieu, le salut de la population ne peut être assuré que par une évacuation préventive de l’ensemble de la zone à risque, ce qui est extrêmement compliqué car la densité de population de la région est très élevée et il n’existe pas de voies d’évacuation adéquates ».
L’État italien a sciemment refusé de prendre en compte ces dangers évidents pendant des décennies. Une grande partie de la population d’aujourd’hui est née à une époque où  la construction et la vie sur le Vésuve étaient totalement incontrôlées. Ce n’est que récemment que le Parlement italien a tenté d’adopter des lois pour gérer les logements dangereux et illégaux, mais elles sont restées sans effet. L’urbanisation anarchique autour du Vésuve n’a été limitée par l’État que dans les années 1980, lorsque le gouvernement a promulgué une série de condamnations concernant les logements illégaux dans une «zona rossa» (zone rouge) officielle.
Le problème est que la loi sur les condamnations avait une faille dans laquelle se sont engouffrés les habitants. Elle leur permettait de continuer à construire de nouvelles maisons dans la zone rouge en échange de versements d’argent à l’État. Comme la plupart des familles vivaient dans la région dangereuse bien avant que leurs maisons soient considérées comme illégales, les habitants ont accepté de payer pour continuer à vivre là où leur maison avait été construite. C’est ainsi que la population de la zone rouge a continué à augmenter après que les condamnations aient été promulguées. Malgré leur caractère controversé, les versements d’argent à l’état se sont poursuivis dans la zone rouge jusqu’en 2003, lorsque l’option a été annulée.
Les autorités locales ont tenté de concevoir des plans d’évacuation en cas d’éruption du Vésuve, mais cela reste extrêmement difficile en raison de la densité de population. La plupart des habitants ont de faibles revenus et n’ont pas les moyens de déménager. En 2010, un journaliste italien a enquêté sur les itinéraires d’évacuation et a expliqué que l’un d’eux faisait référence à une route inexistante ; il avait rencontré un maire qui n’avait jamais vu le plan d’évacuation de son secteur. Le maire d’Ottaviano, localité située dans la zone rouge, explique que «non seulement de nombreux plans d’évacuation sont inadaptés, mais de nombreuses municipalités de la zone rouge ne possèdent aucun plan d’évacuation». Beaucoup d’habitants n’ont jamais eu connaissance des plans officiels d’évacuation et ils sont souvent sceptiques quant à leur utilité.
Source: Chicago Tribune.

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In my post about evacuation drills in the vicinity of Mt Fuji (Japan), I made an allusion to Mt Vesuvius (Italy). I indicated that no evacuation drills are performed in Campania and that an eruption of the volcano would not be performed without damage. Here are a few facts about urbanization on the slopes of Mt Vesuvius whose eruption in 79 A.D. destroyed Stabies, Pompeii and Herculaneum.

More than 700,000 people are living illegally on the slopes of Mt Vesuvius. In all, an estimated 6 million people live in illegally constructed homes across Italy, the result of decades of state mismanagement, ranging from ineptitude to outright corruption. Italy urbanized rapidly in the mid-20th century, and the state proved incapable, or unwilling, to alter its laws to facilitate the necessary construction or city planning.

For decades, developers have been expanding Italy’s cities by building wherever they liked, including on land unfit for housing like Vesuvius. Unfettered urbanization now makes Vesuvius one of the most dangerous volcanoes in the world. A catastrophic eruption is possible and unpredictable. As one INGV volcanologist put it: « Since we cannot calculate when a serious eruption would take place, the salvation of the population is only guaranteed by a preventative evacuation of the entire area at risk, which is extremely complicated because the area is densely populated and lacks adequate escape routes. »

The Italian state consciously overlooked these obvious dangers for decades. Much of today’s population was born when building and living on this volcano were completely unrestrained. Only recently has the Italian Parliament attempted to pass laws to deal with dangerous illegal housing, but even these have been toothless. Urban growth around Vesuvius was not restricted by the state until the 1980s, when the government enacted the first in a series of housing condemnations in an official “zona rossa” (red zone).

The problem is that the condemnations came with a hazardous loophole that allowed residents to continue building new homes in the potentially deadly zone in exchange for amnesty payments to the state. Families had been living in the hazardous region long before their homes were considered illegal, and many paid to expand in their hometowns. The population of the red zone actually grew after the condemnations were passed. Despite their controversial nature, amnesty payments continued in the red zone until 2003, when the state finally eliminated the option.

Local politicians have attempted to design plans for evacuation in case of a volcanic eruption, but it remains a struggle because of the sheer size of the population, much of which is lower-income and does not have the means to relocate. In 2010, an Italian journalist investigated several evacuation routes and revealed one that referred to a nonexistent road and a mayor who had never seen his region’s plan. The mayor of Ottaviano, which is located in the red zone, explains that « not only are many existing plans ineffective, but many municipalities in the evacuation zone have zero plan whatsoever. » Many residents are unfamiliar with official evacuation plans and, moreover, are skeptical of their worth.

Source: Chicago Tribune.

Naples et le Vésuve (Photo: C. Grandpey)

 

Nouvelles du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) et du Kilauea (Hawaii) // News of Piton de la Fournaise and Kilauea

L’éruption du Piton de la Fournaise qui a débuté le 14 juillet se poursuit. Le tremor volcanique se maintient à un niveau stable et faible, mais l’éruption n’est pas terminée. Aucune déformation de l’édifice volcanique n’est enregistrée. Les conditions météorologiques souvent défavorables ne permettent pas de faire de mesures du débit de la lave.

Source : OVPF.

On n’a observé aucun changement majeur sur le Kilauea au cours des dernières semaines. Le lac de lave dans l’Halema’uma’u montre les fluctuations habituelles provoquées par les épisodes d’inflation et de déflation de l’édifice volcanique. La lave se trouve actuellement à 40 mètres sous la lèvre de l’Overlook Crater.
Les images de la webcam montrent les points d’incandescence habituels sur le Pu’uO’o, ce qui confirma la stabilité de l’activité. Un petit lac de lave peut toujours être observé dans la partie ouest du cratère.
La coulée issue de l’épisode 61g est active et entre dans l’océan à Kamokuna. Le HVO décrit des explosions littorales et l’élargissement lent et continu de plusieurs grandes fractures à travers le delta de lave. L’élargissement des fractures reflète l’affaissement de la partie frontale du delta et souligne le risque de son effondrement soudain dans la mer. La coulée de lave reste active au-dessus du pali et sur la plaine côtière. Le 19 août en début de la matinée, la lave est sortie d’une bouche qui s’est ouverte à environ 120 mètres en amont du delta et a formé une cascade spectaculaire sur la falaise et dans la partie ouest du delta. L’événement a été de courte durée et, au début de l’après-midi, l’activité avait cessé. Il est rappelé aux visiteurs de ne pas entrer dans la zone dangereuse délimitée par des cordes car des explosions soudaines provoquées par l’effondrement du delta de lave peuvent se produire à tout moment.

Source : HVO.

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The eruption of Piton de la Fournaise that started on July 14th is still going on. The  eruptive tremor maintains a low level but the eruption is nor over. No deformation of the volcanic edifice is being recorded. Weather conditions are oten unfavourable and do not allow to perform measurements of the lava output.

Source: OVPF.

There have been no major changes on Kilauea during the past weeks. The lava lake within Halema’uma’u shows the usual fluctuations caused by the inflation and deflation episodes of the volcanic edifice. Lava is currently 40 metres below the rim of the Overlook crater.

Webcam images show persistent glow from long-term sources at Pu’uO’o indicating steady activity. A small lava lake can still be observed in the western part of the crater.

The episode 61g flow is active and entering the ocean at Kamokuna. HVO observations describe littoral explosions and continued slow widening of several large cracks across the active lava delta. Crack widening reflects seaward slumping of the delta’s leading edge and highlights the potential of sudden collapse into the sea. Surface lava flow activity persists on the upper portion of the flow field above the pali and on the coastal plain. On August 19th in the early morning, lava emerged from a breakout about 120 metres inland of the delta forming a spectacular cascade over the seacliff and onto the western delta surface. The breakout was short lived and by early afternoon, activity had ceased. Visitors are reminded not to enter the danger zone as sudden explosions due to the delta collapse can occur at any time.

Source: HVO.

Tremor sur le Piton de la Fournaise le 25 août 2017

(Source: OVPF)

Cascade de lave du 19 août 2017 et delta de lave (Source: HVO)

Le Puy de Lemptégy (Puy-de-Dôme) : Un volcan à ciel ouvert

Quelques semaines après avoir visité VULCANIA avec l’un de mes petits fils (voir ma note du 3 août 2017), je me suis rendu au Puy de Lemptégy avec son frère jumeau, âgé de 12 ans.

Le site se situe à une quinzaine de minutes de Clermont-Ferrand, près de Vulcania, à Saint-Ours-les-Roches. Les visites à pied vous coûteront 11,50 € pour les adultes et 9,50 € pour les enfants de moins de 12 ans. En train, les tarifs sont de 15,50 € et 12,50 €. A noter que l’on peut combiner la visite du Volcan de Lemptégy et de la Grotte de la Pierre de Volvic (que je recommande chaudement), deux sites complémentaires à seulement 15 minutes l’un de l’autre. Les tarifs du pass commun sont de 17,30 € (adulte) et 14 € (enfants)  ou 19,80 € et 16,50 €, selon que vous optiez pour la visite en train ou à pied à Lemptégy. Il y a un espace restauration style cafétéria au Puy de Lemptégy.

J’avais opté pour la visite en train, moins fatigante et plus ludique. De toute façon, à pied ou en train, la visite est guidée. J’ai beaucoup apprécié les propos de notre guide qui a présenté le site avec une belle dose de pédagogie. Il s’est évertué à utiliser un vocabulaire à la portée de tous les passagers du train, sans sombrer, comme le font certains, dans une terminologie dont le seul effet est de lasser l’auditoire. Les différentes phases de l’éruption et les différents matériaux expulsés par le volcan sont présentés avec beaucoup de clarté. Au final, mon petit-fils a retenu un grand nombre d’éléments.

Après la visite du volcan proprement dit, on passe à la projection d’un film en 4D intitulé « Aux origines » et qui montre sur un grand écran certains épisodes de la naissance des volcans auvergnats. Les sièges vibrent et on ressent la chaleur de la lave. Une grande partie du film est réalisée en images de synthèse. Outre les vues aériennes, la seule séquence qui m’a semblé digne d’intérêt était la croissance de l’aiguille de lave à l’intérieur du cratère du Puy Chopine dont les éjecta ont atteint le Puy de Lemptégy.

La dernière partie de la visite de Lemptégy fait descendre dans « La mine explosive » au moment où une éruption déclenche un moment de panique dans les galeries. Le spectacle est assez drôle. Là encore, les fauteuils vibrent et on sent la chaleur de la lave (comme à Vulcania, de l’autre côté de la route !) mais il s’agit d’une simple attraction sans aucun intérêt scientifique.

C’était ma quatrième visite au Puy de Lemptégy. J’avais effectué la première en compagnie de Monsieur Jean-Louis Montel, le propriétaire du site qui avait compris, grâce à Guy Camus, professeur à l’Université de Clermont, la richesse géologique du site. Il a décidé d’arrêter le l’exploitation industrielle de la pouzzolane et transformer la carrière en un site touristique et scientifique. C’est avec beaucoup de peine que j’ai appris pendant la visite le décès récent de Monsieur Montel qui, il y a quelques années, m’avait conduit vers des « trous de glace » dans la cheire de Pontgibaud.

Lorsque l’on arrive dans le bâtiment de Lemptégy, on peut admirer des photos de l’Auvergne dans le hall d’entrée, mais elles ne présentent guère d’intérêt, contrairement à l’exposition qui était proposée par l’association LAVE il y a quelques années. Par contre, les échantillons de roches et les bombes volcaniques plaisent aux visiteurs.

Une salle à côté du hall d’exposition propose un petit documentaire très intéressant sur l’histoire du site de Lemptégy avec des explications sur l’extraction et les applications de la pouzzolane.

Au final, mon petit-fils garde un très bon souvenir de la visite de Lemptégy. Je l’ai senti plus intéressé que son frère à Vulcania. Il faut dire que Vulcania est avant tout un parc d’attraction alors qu’à Lemptégy, on rentre carrément dans le ventre d’un vrai volcan.

Photos: C. Grandpey

 

 

Fuego (Guatemala)

Le 8ème épisode effusif sur le Fuego en 2017 a débuté le 20 août 2017. Des explosions à répétition ont généré des panaches de cendre qui sont montés à 2 ou 3 km au-dessus du cratère. Des retombées de cendre ont été signalées dans plusieurs régions sous le vent. Deux fontaines de lave d’une hauteur de 300 mètres, ont alimenté des coulées qui ont parcouru 1,4 km vers le SSO dans la ravine Ceniza et 1,2 km vers l’ouest dans la ravine Santa Teresa. Des avalanches de blocs incandescents se sont produites tout autour du cratère. Certaines explosions ont généré des ondes de choc qui ont fait vibrer les fenêtres aux alentours.

La sismicité a diminué le 21 août. Des explosions faibles ont alors généré des panaches de cendre qui ont atteint 1 km de hauteur. Les coulées de lave avaient avancé de 200 mètres dans la ravine Ceniza et de 100 mètres dans la ravine Santa Teresa. Des coulées pyroclastiques ont affecté la ravine Santa Teresa, avec accumulation de dépôts et augmentation du risque de lahars.
Le 22 août, l’INSIVUMEH a indiqué qu’après 48 heures d’activité, l’épisode effusif était terminé. Les explosions ont continué à produire des panaches de cendre de 1,2 km de hauteur et ont continué à faire vibrer les vitres des structures proches. Des matériaux incandescents étaient éjectés jusqu’à 200 m au-dessus de la lèvre du cratère.
Source: INSIVUMEH.

The 8th effusive episode at Fuego in 2017 began on August 20th. Constant explosions generated ash plumes that rose 2 – 3 km above the crater. Ashfall was reported in several areas downwind. Two lava fountains, each 300 metres high, fed lava flows that travelled 1.4 km SSW down the Ceniza ravine and 1.2 km W down the Santa Teresa ravine. Incandescent block avalanches occurred throughout the crater. Some explosions generated shock waves that rattled nearby structures.

Seismicity decreased on August 21st. Weak explosions generated ash plumes that rose 1 km. The lava flows had lengthened 200 metres in the Ceniza ravine and 100 metres in the Santa Teresa ravine. Pyroclastic flows were concentrated in the Santa Teresa ravine, possibly filling the drainage with deposits and increasing the chances for lahars.

On August 22nd, INSIVUMEH noted that after 48 hours the effusive episode was over. Explosions produced ash plumes that rose 1.2 km and continued to vibrate nearby structures. Incandescent material was ejected as high as 200 m above the crater rim.

Source: INSIVUMEH.

Vue du Fuego le 22 août 2017 (Source: INSIVUMEH)