La prévision éruptive patine…

Les derniers événements sur l’Île de la Réunion et la Grande Île d’Hawaï nous montrent les limites de la prévision éruptive. Pourtant, le Piton de la Fournaise et le Kilauea sont truffés d’instruments dernière génération et les observatoires, l’OVPF à la Réunion et le HVO à Hawaï, sont gérés par des scientifiques compétents.

À la Réunion le 24 octobre 2026, les scientifiques se sont fait surprendre par une intrusion magmatique soudaine qui a entraîné une évacuation en urgence des randonneurs qui se trouvaient dans l’Enclos. Une crise sismique semblait trahir une intrusion magmatique qui, logiquement, aurait dû déboucher sur une éruption. Malheureusement, la force des gaz n’a pas permis au magma d’atteindre la surface et l’éruption a donc avorté. Depuis cet événement, la sismicité montre un retour au calme et l’inflation de l’édifice volcanique observée précédemment se poursuit. L’Observatoire explique qu’il n’est pas impossible que l’intrusion reprenne vie dans les prochains jours ou les prochaines semaines, mais personne n’est capable de faire une prévision plus fiable.

Si l’éruption se déclenche, vous verrez que les volcanologues seront capables d’en expliquer le processus avec force détails, même s’ils n’ont pas su la prévoir. Voir sur mon blog le bilan de la dernière éruption :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/05/08/piton-de-la-fournaise-ile-de-la-reunion-bilan-de-la-derniere-eruption-summary-of-the-last-eruption/

Sur le Piton de la Fournaise, volcan effusif de point chaud, la prévision éruptive n’a qu’une importance relative dans la mesure où des zones habitées sont rarement impactées. Et puis, même si elles étaient menacées, il y aurait le temps de les évacuer. De telles éruptions font très rarement des victimes.

 

Arrivée de la lave dans la mer lors de la dernière éruption (Source : OVPF)

À Hawaii, le Kilauea nous avait habitués à une succession d’épisodes éruptifs spectaculaires, avec de splendides fontaines de lave… jusqu’à l’Épisode 54 qui s’est offert en spectacle pendant presque 9 heures le 25 août 2026. Puis, plus rien ! Le HVO annonçait pourtant de nouveaux épisodes car la tendance était toujours à l’inflation de la zone sommitale du volcan. Les prévisions – non suivies de résultats – se sont succédé pendant plusieurs semaines, jusqu’au jour où les volcanologues hawaïens ont abandonné la partie. Il a fallu attendre le 17 octobre 2026pour que la lave jaillisse à nouveau pendant moins de 6 heures à plus de 200 mètres de hauteur. L’inflation sommitale ayant repris après l’Épisode 55, le HVO s’aventure à faire de nouveaux pronostics et prévoit un Épisode 56 entre le 30 octobre et le 5 novembre 2026. Wait and see !

Comme pour la Piton de la Fournaise, le HVO décrit avec précision la dernière colère du Kilauea (voir la note publiée hier sur ce blog), même s’il n’a pas su en prévoir vraiment le déclenchement. Comme à la Réunion, la prévision éruptive sur le Kilauea, volcan effusif de point chaud lui aussi, est relative car les zones habitées sont rarement menacées. Si elles le sont, comme ce fut le cas en 2018, la Protection Civile sait faire évacuer les habitants et les dégâts restent matériels.

Vue des coulées de lave de l’éruption de 2018 (Crédit photo : USGS/HVO)

Si les volcanologues ne savent pas prévoir les éruptions – même sur les volcans bien équipés en appareils de mesures – ce n’est pas faute d’essayer. À côté des sismographes, des capteurs de gaz, des inclinomètres eu autres instruments classiques, ils font aujourd’hui appel à de nouvelles technologies. Ces dernières années, les scientifiques ont utilisé la muographie qui a permis, par exemple, de réaliser une véritable « échographie » de la Soufrière en Guadeloupe en 3D jusqu’à 10 kilomètres de profondeur (voir ma note du 23 novembre 2021).

De nouvelles méthodes comme l’imagerie matricielle sismique développée par des chercheurs suisses permettent de sonder le cœur des volcans à moindre coût pour anticiper les mouvements de magma sous des zones à haut risque comme les Champs Phlégréens en Italie (voir ma note du 6 novembre 2025). Le problème est que ces techniques ne fournissent que des images ponctuelles, et donc pas dynamiques, de ce qui se passe à l’intérieur d’un volcan. Mais la partie n’est pas perdue et on peut raisonnablement penser que l’intelligence artificielle (IA) permettra de faire avancer plus rapidement les recherches.