Angoisse à Volcano (Hawaii) // Anxiety in Volcano village (Hawaii)

Ceux qui ont visité le Parc National des Volcans d’Hawaï sont probablement passés par Volcano, un village situé sur la Highway 11, à quelques kilomètres de l’entrée du parc. Personnellement, j’adore cet endroit et j’ai eu l’occasion de séjourner dans un très joli B & B au coeur d’une forêt de fougères arborescentes. Aujourd’hui, un tel séjour serait moins agréable qu’il y a quelques mois. En effet, en raison de l’éruption du Kilauea et de l’effondrement du cratère de l’Halema’uma’u, toute la zone sommitale connaît une sismicité élevée, avec de nombreux événements ressentis par la population.
Les habitants de Volcano sont capables de définir la magnitude des séismes en fonction de leurs effets sur leurs maisons. Ainsi, si les lustres oscillent, c’est une magnitude de 3. Si l’eau déborde du bassin de récupération des eaux pluviales, c’est une magnitude de 5. Ils sont aussi capables de dire quels sont les événements inoffensifs et ceux auxquels il faut porter une plus grande attention.

Le problème est que personne ne sait quand l’éruption va s’arrêter. Comme l’a dit un géologue du HVO: «Nous ne savons pas si c’est le début, le milieu, ou si nous approchons de la fin.» Comme je l’ai déjà précisé, la sismicité peut continuer même après la fin de l’éruption, le temps pour la caldeira sommitale de se stabiliser.
Pendant plusieurs semaines, les affaissements enregistrés dans la caldeira sommitale suite à la disparition du lac de lave ont fait augmenter le volume du cratère d’environ 10 millions de mètres cubes par jour. Cette subsidence s’accompagne d’explosions provoquées par la libération de la pression lors de l’évacuation des gaz. Elles sont plus ou moins régulières  et s’accompagnent de vibrations qui ressemblent à des séismes d’une magnitude pouvant atteindre M 5,4. Les explosions se produisent à peu près une fois par jour. Après une explosion, l’activité sismique diminue pendant un certain temps, mais reprend de la vigueur par la suite jusqu’à ce qu’une nouvelle explosion secoue le volcan.

Ce cycle constant est particulièrement éprouvant pour les habitants du village. Certains d’entre eux préfèrent rester dehors tout le temps parce qu’ils ne supportent pas de sentir leur maison trembler. D’autres disent que les secousses à répétition causent des dégâts, avec l’ouverture de fissures sur les murs et les plafonds.
Un habitant de Volcano a déclaré que des fractures sont apparues à la surface de Piimauna Drive, la seule route d’accès à sa subdivision. Bien que la route soit toujours praticable, des fractures sont apparues à sa surface et se sont élargies depuis le début de l’activité sismique. Il se demande maintenant si sa maison pourra toujours disposer d’une voie d’accès.

Au cours d’une récente réunion qui s’est tenue à Volcano, un ranger du Parc des Volcans a déclaré qu’il était confiant quant à la réouverture du Parc qui se modifie à vue d’œil. Le cratère qui ne cesse de s’agrandir a déjà avalé un parking, et le Musée Jaggar est susceptible de connaître le même sort.  Cependant, les représentants du HVO ont rassuré les habitants en leur indiquant que l’effondrement de la caldeira ne devrait pas se propager loin du sommet. Les fractures sur les routes autour de Volcano sont causées par des contraintes répétées ; ce  ne sont pas des fractures volcaniques ou des affaissements de terrain.

La population de Volcano reste inquiète. Il y a beaucoup moins de visiteurs à l’heure actuelle étant donné que le Parc des Volcans est fermé. Les habitants et les propriétaires d’entreprises commerciales sont impatients de voir la situation redevenir normale.
Adapté d’un article du Hawaii Tribune Herald.

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Those who have visited Hawaiian Volcanoes National Park probably drove along Volcano, a village located on Highway 11, a few miles before the park entrance. Personally, I love the place and I happened to stay in a very nice B&B amid a forest of tree ferns. However, today, such a stay would be less pleasant than a few months ago. Indeed, because of the current Kilauea eruption and the collapse of Halema’uma’u Crater, the whole summit area is going through elevated seismicity, with many events that can be felt by the population.

People in Volcano are able to define the magnitude of the quakes according to their effects in their homes. If the lights by the window shake, it’s a magnitude 3. If the water sloshes out of the catchment tank, it’s a magnitude 5. Thus, they can determine which quakes are nothing to worry about and which ones might be something more.

The problem is that nobody knows when it will stop. As one HVO geologist put it: “We don’t know if this is the beginning, the middle or if we’re getting close to the end.”  As I put it before, seismicity may continue even after the end of the eruption, time for the summit caldera to stabilise.

For several weeks, ground subsidence around the summit caldera following the recession of the lava reservoir has caused the volume of the crater to expand by approximately 10 million cubic metres per day. This subsidence is accompanied by semi-regular pressure explosions, and tremblors which register as earthquakes with magnitudes up to M 5.4. The explosions happen roughly once per day. Following an explosion, seismic activity lessens for a time, but additional tremors of increasing intensity occur throughout the day until another explosion shakes the volcano.

This constant cycle is nerve-wracking for the village’s inhabitants. Some residents had rather stay outside all the time because they can’t stand listening to their houses shake. Others say the repeated quakes are causing damage to their homes with the opening of fissures on the walls and the ceiling.

A Volcano resident said cracks have appeared at the surface of Piimauna Drive, the only road in or out of her subdivision. While the road is still passable, cracks in the surface have developed and expanded since the quakes began, leading her to worry that eventually she might have no way out.

During a recent meeting held in the village, a ranger for Hawaii Volcanoes National Park said he was confident that the park will reopen eventually, although the park will be drastically changed when it does. The ever-widening crater already has swallowed a parking lot, with Jaggar Museum likely to follow. However, HVO representatives reassured residents that the caldera collapse is not expected to spread far from the summit. Cracks in Volcano road surfaces are entirely caused by repeated stress rather than volcanic fissures or sinking land.

Residents remain uneasy though, and with far fewer visitors to Volcano now that the park is closed, residents and business owners are eager to see the situation  return to normal.

Adapted from an article in the Hawaii Tribune Herald.

Crédit photo: USGS

Hawaii : L’affaissement du sommet du Kilauea // The slumping of the Kilauea summit

Au sommet du Kilauea, le cratère de l’Halema’uma’u s’est transformé de manière incroyable depuis le début du mois de mai 2018. Avec les affaissements et les effondrements successifs, sa profondeur a plus que triplé et son diamètre a plus que doublé. La sismicité est très forte. Avant le mois de mai, on enregistrait en général chaque jour une dizaine de séismes au sommet du volcan. A la fin du mois de juin 2018, on enregistre quotidiennement quelque 600 secousses ! Beaucoup de ces séismes sont suffisamment forts pour être ressentis par la population et certains peuvent causer des dégâts. La situation est préoccupante, en particulier dans le village de Volcano et ses environs.
La cause des effondrements et de la forte sismicité est assez facile à comprendre. Pour être bref, le plancher rigide de la caldeira réagit à l’évacuation du magma qui se trouvait dans le réservoir peu profond sous le sommet. En même temps que ce magma se déverse dans la l’East Rift Zone et sort par des fractures dans la subdivision de Leilani Estates, il fait s’effondrer le plancher du cratère qui servait de plafond à la chambre magmatique. De petits séismes se produisent lorsque le plancher du cratère s’affaisse. Les événements explosifs se déclenchent lorsque le plancher de la caldeira ne peut plus supporter son propre poids et commence à s’effondrer. Les effondrements majeurs peuvent provoquer des explosions et générer des panaches de cendre qui s’élèvent au-dessus du cratère. L’énergie dégagée par de tels événements peut être équivalente à des séismes de M 5.3.
Les analyses de données provenant d’inclinomètres, de stations GPS, de sismomètres, de mesures de gaz, d’observations satellitaires et visuelles sont en cours, et plusieurs hypothèses sont susceptibles d’expliquer les événements qui se déroulent au sommet. L’idée admise généralement est que les effondrements successifs sous la caldeira agissent comme un piston sur un système magmatique dépressurisé. Ce processus d’effondrement culmine avec un séisme qui peut être assez fort pour être ressenti par les habitants de la région. Il peut également provoquer une explosion au cours de laquelle les gaz propulsent la cendre dans l’atmosphère. Après un événement significatif d’effondrement accompagné d’une explosion, les contraintes sur les fractures autour de Halema’uma’u se relâchent temporairement, ce qui entraîne une baisse de la sismicité. Plusieurs heures plus tard, les contraintes augmentent à nouveau sur les failles autour de l’Halema’uma’u et la sismicité repart à la hausse pour atteindre un niveau constant qui persiste plusieurs heures avant l’effondrement suivant accompagné d’une explosion.
Les événements d’effondrement + explosion génèrent des panaches qui sont devenus progressivement plus pauvres en cendre et qui ne s’élèvent plus qu’à quelques centaines de mètres au-dessus du cratère. Cela contraste avec la séquence éruptive du 16 au 26 mai, époque où l’Overlook Crater dans l’Halema’uma’u était une bouche ouverte, de sorte que des panaches de cendre volumineux pouvaient s’élever dans l’air lors de chaque effondrement et de chaque explosion.
Depuis le 21 juin, les habitants de la zone sommitale du Kilauea indiquent qu’ils ressentent des secousses plus fortes au moment des événements d’effondrement et des explosions. Il est possible qu’un nouvel effondrement partiel du réservoir magmatique peu profond ait eu lieu, ce qui a pu en modifier la géométrie ainsi que les caractéristiques des ondes sismiques qui ont maintenant davantage de hautes fréquences (et des longueurs d’onde plus courtes) que les gens peuvent ressentir plus intensément.
Bien sûr, personne ne sait quand l’éruption va s’arrêter. Même après son terme, il n’est pas impossible que la sismicité continue d’affecter la zone sommitale, le temps que l’ensemble de la caldeira se stabilise.
Source: USGS / HVO.

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At the summit of Kilauea Volcano, Halema’uma’u Crater has changed dramatically since early May 2018. With the successive sinkings and collapses, the depth of the crater has more than tripled and the diameter has more than doubled. Seismicity is very high. Before May, about 10 earthquakes per day were usually recorded at the summit. As of late June 2018, there are about 600 earthquakes on a daily basis. Many of these earthquakes are strong enough to be felt, and some can be damaging. They are causing concern, especially in Volcano Village and its surroundings.

The cause of the collapses and the elevated seismicity are fairly easy to understand. To put it shortly, the rigid rock of the caldera floor is responding to the steady withdrawal of magma from a shallow reservoir beneath the summit. As magma drains into the East Rift Zone to erupt from fissures in the Leilani Estates subdivision, it slowly pulls away support of the rock above it. Small earthquakes occur as the crater floor sags. The collapse/explosion events are triggered when the caldera floor can no longer support its own weight and drops downward. Large collapses can produce explosions and ash plumes that rise above the crater. The energy released by such events can be equivalent to M 5.3 earthquakes.

Analyses of data from tiltmeters, GPS stations, seismometers, gas measurements, satellite and visual observations are ongoing, and several hypotheses could explain the processes occurring at the summit. A leading concept is that incremental collapses beneath the caldera act as a piston dropping on top of a depressurized magmatic system. This collapse process culminates in a large earthquake that may be strong enough to be felt by residents in the area. It also can produce an explosion in which gas drives ash into the atmosphere. After a large collapse/explosion event, the stress on the faults around Halema’uma’u is temporarily reduced, resulting in fewer earthquakes. Several hours later, stress increases on the faults around Halema’uma’u and earthquake rates increase and grow to a constant level that continues for several hours before the next collapse/explosion event.

The collapse/explosion events generate plumes that have become progressively more ash-poor and now rise only a few thousand feet above the crater. This is in contrast to the eruptive sequence from May 16-26, when the vent within Halema’uma’u Crater was open so ash plumes could rise into the air during each collapse/explosion event.

Since June 21st, nearby residents have reported feeling stronger, more intense shaking from the collapse/explosion events. It is possible that another partial collapse of the shallow magma reservoir occurred, also changing subsurface geometry. This changed the character of the seismic waves, which now have more high frequencies (shorter wavelengths) that people may feel more intensely.

Of course, nobody knows when the eruption will stop. Even after it stops, seismicity may continue to affect the summit area, time for the whole caldera to become more stable.

Source: USGS / HVO.

Le cratère de l’Halema’uma’u le 18 juin 2018

(Crédit photo: USGS)

Sierra Negra (Ile Isabela / Galapagos / Equateur)

Dans son dernier bulletin du 27 juin 2018, l’Institut de Géophysique de l’Equateur indique qu’au cours des 12 dernières heures, l’activité éruptive du Sierra Negra a été marquée par la diminution progressive du tremor sismique et acoustique. La sismicité actuelle montre que l’éruption se poursuit avec moins d’intensité. 102 séismes volcaniques tectoniques ont été enregistrés, avec une magnitude maximale de M 3. L’événement le plus significatif avait son épicentre situé au sud de la caldeira à une profondeur de 4,3 km.

Source : Instituto Geofisico.

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In its last bulletin of June 27th, 2018, Ecuador’s Institute of Geophysics indicates that during the last 12 hours the eruptive activity of Sierra Negra has been marked by the progressive decrease of seismic and acoustic tremor. Current seismicity shows that the eruption continues with less intensity. 102 tectonic volcanic earthquakes have been recorded, with a maximum magnitude of M 3. The most significant event had its epicentre located south of the caldera at a depth of 4.3 km.
Source: Instituto Geofisico.

Eruption du Sierra Negra (Ile Isabela / Galapagos)

Une éruption a débuté sur le Sierra Negra (Ile Isabela) vers 13h40 (heure locale) le 26 juin 2018, suite à une sismicité intense et des déformations de l’édifice volcanique ces dernières semaines (voir mes notes des 10 et 14 juin 2018) . L’éruption a généré un panache de gaz et de cendre qui est monté jusqu’à 8 km d’altitude. Il se dit que c’est la plus puissante éruption depuis 1979. Le dernier événement éruptif a commencé le 22 octobre 2005 et s’est terminé le 30 octobre de la même année, avec un VEI de 3.
Des coulées de lave sont observées sur une partie du flanc nord du Sierra Negra ; elles se dirigent vers l’intérieur de la caldeira. D’autres coulées sur une autre partie du flanc nord se dirigent vers Bahía Elízabeth. À l’heure actuelle, il n’y a pas de retombées de cendre à Puerto Villamil, un petit port situé sur la rive sud-est de l’île Isabela, à 24 km au sud-est du Sierra Negra. Sur les 2 200 personnes qui vivent sur l’île Isabela, la majorité vit à Puerto Villamil.
Au moins 50 personnes ont été évacuées après un essaim sismique enregistré le 26 juin.
Source: Instituto Geofisico, The Watchers.

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An eruption started at Sierra Negra volcano on Isabela Island at about 13:40 (local time) on June 26th, 2018, following intense seismicity and deformation of the volcanic edifice in recent weeks (see my posts of June 10th and 14th, 2018). The eruption produced an ash and gas plume that rose up to 8 km a.s.l. It is said to be the worst eruption since 1979. The last eruptive event started on October 22nd, 2005, and ended on October 30th of the same year, with a VEI of 3.

Lava flows are being observed on the northern flanks of Sierra Negra, directed toward the interior of the caldera and another part toward its northern flank, in the direction of Bahía Elízabeth. At the moment, there is no ashfall in Puerto Villamil, a small port located on the southeastern edge of Isla Isabela, 24 km SE of Sierra Negra. Of the 2,200 people who live on Isabela, the majority live in Puerto Villamil.

At least 50 people were evacuated after a seismic swarm on June 26th.

Source: Instituto Geofisico, The Watchers.

Image satellite de l’éruption d’octobre 2005 (Crédit photo: NASA)