Mauvaises nouvelles de l’Arctique // Bad news of the Arctic

Une nouvelle étude effectuée par 96 scientifiques spécialistes des régions polaires et appartenant à 50 organisations internationales vient d’être publiée dans la revue Nature. On apprend que si la glace du Groenland continue de fondre au rythme actuel, les côtes pourraient être submergées régulièrement d’ici la fin de ce siècle, mettant en détresse 400 millions de personnes. C’est 40 millions de plus que les chiffres publiés en 2018 par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). La nouvelle étude a révélé qu’avec la fonte des glaces du Groenland, le niveau de la mer pourrait augmenter de 67 centimètres d’ici 2100.
Un auteur de l’étude a déclaré: «En règle générale, pour chaque centimètre d’élévation du niveau de la mer, six millions de personnes supplémentaires sont exposées aux inondations côtières autour de la planète. Selon les tendances actuelles, avec la fonte des glaces du Groenland, 100 millions de personnes seront victimes d’inondations chaque année d’ici la fin du siècle, soit 400 millions au total en raison de la montée du niveau de la mer. Ce ne sont pas des événements improbables ou de petits impacts; ils se produiront à coup sûr et seront dévastateurs pour les communautés côtières. »
En 2013, le GIEC a fait plusieurs prévisions sur le niveau de la mer à l’échelle de la planète sur la base de différents scénarios ; les prévisions à moyen terme pointaient vers une augmentation de 60 centimètres d’ici la fin du siècle. Les chercheurs expliquent que les pertes de glace du Groenland suivent plutôt le pire scénario de réchauffement climatique prévu par le GIEC, avec une augmentation supplémentaire de sept centimètres du niveau de la mer en plus des estimations du GIEC.

Le réchauffement climatique provoque aussi un chamboulement dans la mer de Béring qui abrite l’une des plus grandes zones de pêche d’Amérique. Cela montre parfaitement comment l’augmentation des températures peut rapidement changer des écosystèmes vitaux pour l’économie.
Dans son rapport sur l’Arctique en 2019, la NOAA a écrit que la hausse des températures dans l’Arctique a entraîné une diminution de la glace de mer, une hausse record de la température au fond de la mer de Béring et la migration vers le nord d’espèces de poissons comme la morue du Pacifique. Bien que les changements affectent l’ensemble de l’Arctique, l’effet sur la faune est particulièrement visible sur la plateforme orientale de la mer de Béring, qui produit plus de 40% des prises annuelles de poissons et de crustacés aux États-Unis.
Le rapport indique également que la fonte de la calotte glaciaire du Groenland en 2019 a approché le record de 2012. Il a également attiré l’attention sur la fonte du permafrost de l’Arctique qui est passé d’un puits de carbone à une source d’émissions de gaz à effet de serre.
Les vastes changements subis par l’écosystème affectent également les 70 communautés autochtones de la mer de Béring. Les chasseurs de phoques, morses, baleines et poissons doivent aller beaucoup plus au large au fur et à mesure que la glace fond.
Source: NOAA et médias américains.

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 A new study by 96 polar scientists from 50 international organisations, published in Nature, informs us that coasts could be swamped by regular floods by the end of this century, leaving up to 400 million people homeless, if Greenland ice continues to melt. The figure is 40 million more than the numbers predicted in 2018 by the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). The new study has found that with Greenland’s melting ice,sea levels could rise 67 centimetres by 2100.

Said one author of the study: “As a rule of thumb, for every centimetre rise in global sea level another six million people are exposed to coastal flooding around the planet. On current trends, Greenland ice melting will cause 100 million people to be flooded each year by the end of the century, so 400 million in total due to all sea level rise. These are not unlikely events or small impacts; they are happening and will be devastating for coastal communities. »

In 2013, the IPCC made several predictions about global sea levels based on different scenarios, with mid-range forecast pointing to a 60-centimetre rise by the end of the century.

But the researchers say Greenland’s ice losses are instead tracking the IPCC’s worse-case climate warming scenario, predicting an additional seven-centimetre rise in the sea levels on top of the IPCC’s estimates.

Climate change is also causing chaos in the Bering Sea, home to one of America’s largest fisheries, an example of how rising temperatures can rapidly change ecosystems important to the economy.

In its 2019 Arctic Report Card, NOAA wrote that rising temperatures in the Arctic have led to decreases in sea ice, record warm temperatures at the bottom of the Bering Sea and the northward migration of fish species such as Pacific cod. While the changes are widespread in the Arctic, the effect on wildlife is acute in the eastern shelf of the Bering Sea, which yields more than 40% of the annual U.S. fish and shellfish catch.

The report also said the melt of the ice sheet over Greenland in 2019 rivaled that of 2012, the previous year of record ice loss. It also detailed a shift of Arctic permafrost regions from being a sink for carbon dioxide emissions to a source of them.

The wide ecosystem changes also affect the 70 communities of indigenous people in the Bering Sea, with hunters seeking seals, walrus, whales and fish having to travel much farther offshore as the ice melts.

Source : NOAA and US news media.

   Plateforme continentale de la Mer de Béring (Source: NOAA)

Des mesures pour protéger l’Océan Arctique ? // Measures to protect the Arctic Ocean ?

Avec le changement et le réchauffement climatiques et la fonte de la glace de mer, de plus en plus d’eaux s’ouvrent à la navigation dans l’Arctique, d’où la nécessité de protéger l’environnement dans cette partie du monde.
Deux idées ont été émises pour protéger l’Océan Arctique : l’interdiction du fioul lourd et un moratoire sur la pêche commerciale dans les eaux internationales. Elles ont été adoptées par les gouvernements, les autochtones et les écologistes, mais leur mise en oeuvre est lente et bien en retard par rapport aux paroles officielles.
L’interdiction de l’utilisation du fioul lourd dans l’Arctique est préconisée par les écologistes qui veulent l’ajouter au nouveau Code Polaire, un ensemble de règles environnementales et de sécurité contraignantes mises en vigueur au début de l’année par l’Organisation Maritime Internationale (OMI ), organisme qui définit les règles de navigation internationales pour 172 états membres, dont les États-Unis, la Russie, le Canada et les États scandinaves. Bien que le Code Polaire interdise l’utilisation du fioul lourd dans les eaux antarctiques, l’interdiction ne s’appliquait pas encore à l’Arctique, situation que les groupes environnementaux et autochtones essaie de changer.
Le fioul lourd, bien qu’il soit moins coûteux à fabriquer et à l’achat que d’autres combustibles, est considéré comme particulièrement dangereux dans l’Arctique car il est extrêmement visqueux et particulièrement lent à se dégrader dans un environnement froid. Lors de sa combustion, le fioul lourd produit également plus de polluants que d’autres combustibles. Le carbone noir est particulièrement préoccupant car il assombrit les surfaces de glace et de neige, ce qui entraîne une fonte et un réchauffement plus rapides.
La Russie, le pays avec le littoral arctique le plus étendu et la majorité des navires dans les eaux de l’Arctique, traîne les pieds à l’idée d’une interdiction. Les navires russes utilisent le fioul lourd à la fois comme carburant et comme cargaison. Un document du gouvernement russe envoyé à l’OMI l’automne dernier a contesté l’affirmation selon laquelle le fuel lourd produirait suffisamment de carbone noir pour accélérer la fonte des glaces et le changement climatique de l’Arctique. Selon le document russe, les émissions noires de carbone ne représentent qu’un faible pourcentage des émissions des navires dans l’Arctique. Les États-Unis et six autres pays – le Canada, la Finlande, la Norvège, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Islande – ont soumis une demande conjointe à l’OMI pour trouver les moyens de mieux contrôler le fioul lourd et ses effets dans l’Arctique, mais on est encore loin d’une proposition spécifique qui viserait à interdire ce carburant.

Dans le même temps, un projet émanant de 10 gouvernements et visant à interdire la pêche commerciale dans les eaux internationales de l’Océan Arctique n’a pas encore abouti à un accord contraignant. La dernière négociation a eu lieu le mois dernier à Reykjavik. C’était la cinquième réunion de négociations visant à mettre en place un plan contraignant pour interdire la pêche commerciale dans la zone de 1,1 million de kilomètres carrés d’eaux internationales connue sous le nom de Doughnut Hole – « Trou de Beigne » – de l’Arctique. Participaient à cette réunion les « Arctic Five », autrement dit les pays dont le territoire borde les eaux internationales de l’Océan Arctique central : les États-Unis, le Canada, la Norvège, la Russie et le Danemark avec le Groenland. L’Islande, le Japon, la Corée, la Chine et l’Union européenne, qui ont également des intérêts dans l’Arctique, participent également aux négociations. Toutes les délégations ont réaffirmé leur désir d’interdire la pêche non réglementée en haute mer dans l’Océan Arctique central, ainsi qu’un engagement à promouvoir la conservation et l’utilisation durable des ressources marines vivantes et à protéger les écosystèmes marins. Il existe malgré tout des désaccords sur la définition des eaux internationales dans cette région où plusieurs nations font de nouvelles revendications territoriales.
La pêche commerciale n’a pas encore débuté dans la grande zone internationale de l’Océan Arctique central. La région était jusqu’à présent couverte de glace toute l’année. La crainte est que, avec la migration des poissons vers le nord dans les eaux maintenant dépourvues de glace, les flottes de pêche suivent cette migration et viennent installer leurs filets avant même que les responsables aient pu contrôler l’écosystème de la région.
Source: Alaska Dispatch News.

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With climate change, global warming and the melting of sea ice, more and more open waters will be open to shipping in the Arctic, hence the need to protect the environment in that part of the world.

Two ideas for protecting the rapidly changing Arctic Ocean – a ban on heavy fuel oil and a moratorium on commercial fishing in international waters – have been embraced by governments, indigenous groups and environmentalists. But international action on those initiatives is slow, lagging far behind official words of support.

The proposed ban on heavy fuel oil use in the Arctic is being advocated by environmentalists who want it added to the new Polar Code, a set of binding environmental and safety rules put into effect at the start of the year by the International Maritime Organization (IMO), a body that sets international shipping rules for 172 member states, including the United States, Russia, Canada and the Scandinavian states. Though the Polar Code bans the use of heavy fuel oil in Antarctic waters, it includes no such ban for the Arctic, a situation that a coalition of environmental and indigenous groups is trying to change.

Heavy fuel oil, while cheaper to manufacture and buy than other fuels, is considered especially pernicious in Arctic conditions because it is extremely viscous and especially slow to degrade in a cold environment compared to other fuels. Heavy fuel oil, when burned, also produces more pollutants than do other fuels. Of particular concern is black carbon because it darkens ice and snow surfaces, leading to faster melt and warming.

Russia, the country with the world’s most Arctic coastline and the most ships sailing Arctic waters, is resisting the idea of a ban. Russian ships use the oil as fuel and deliver it as cargo. A Russian government document sent to the IMO last fall disputed the claim that heavy fuel oil produces enough black carbon to accelerate ice melting and Arctic climate change. Black carbon emissions made up on only a tiny percentage of vessel emissions in the Arctic, the Russian document said. The United States and six other nations have submitted a joint request to the IMO to investigate ways to better control heavy fuel oil and its effects in the Arctic, though the request falls far short of a specific proposal to ban the fuel. The six nations joining the United States are Canada, Finland, Norway, Germany, the Netherlands and Iceland.

Meanwhile, a 10-government plan to prevent commercial fishing in international waters of the Arctic Ocean has yet to produce a binding agreement. The most recent negotiation was held last month in Reykjavik, Iceland. It was the fifth in a session of negotiating meetings aimed at a binding plan to prevent commercial fishing in the 1.1 million-square-mile area of international waters known as the Arctic « doughnut hole. » Participating in the sessions are the so-called « Arctic Five, » nations that have territory bordering international waters of the central Arctic Ocean : the United States, Canada, Norway, Russia and Denmark, which includes Greenland. Iceland, Japan, Korea, China and the European Union, who also have interests in the Arctic, are taking part in the negotiations as well. All delegations reaffirmed their commitment to prevent unregulated high seas fishing in the central Arctic Ocean as well as a commitment to promote the conservation and sustainable use of living marine resources and to safeguard healthy marine ecosystems in the central Arctic Ocean. Still, there are sticking points. They include disagreements over the definition of international waters in a region where several nations are making new territorial claims.

In the larger international zone of the Central Arctic Ocean, commercial fishing has yet to take place. The area has been dependably covered by year-round ice — until recently. The concern is that as fish migrate north into newly open waters, fishing fleets will follow, and harvests may start before fishery managers know enough about the region’s ecosystem to provide responsible oversight.

Source : Alaska Dispatch News.

Photo: C. Grandpey

 

 

Les volcans et les saumons // Volcanoes and salmon

drapeau francaisComme je l’ai écrit à plusieurs reprises, la pêche au saumon joue un rôle non négligeable dans l’économie de l’Alaska et elle est sévèrement contrôlée par les autorités de l’Etat. Alors que je m’adonnais moi-même aux joies de la pêche au saumon en septembre, j’ai rencontré un autre pêcheur qui m’a raconté une histoire assez surprenante, sur un ton qui montrait que, s’agissant de la pêche, il n’y a pas vraiment d’histoire d’amour entre l’Alaska et la Colombie-Britannique. A mon retour, je me suis plongé dans la presse alaskienne et canadienne et j’ai eu confirmation de ses propos.

Le 7 Août 2008, le volcan Kasatochi, à l’extrémité ouest des îles Aléoutiennes, vomissait des millions de tonnes de cendre volcanique riche en fer dans le Golfe d’Alaska et déclenchait une apparition massive d’algues. Deux ans plus tard, en Colombie Britannique, la rivière Fraser connaissait une arrivée incroyable de 34 millions de saumons rouges (les sockeye), la plus grande remontée jamais observée depuis 1913. Plus étonnant encore, l’année précédente, on n’avait recensé que 1,7 millions de poissons, l’une des remontées les plus faibles jamais enregistrées.
Selon les scientifiques, les deux événements étaient probablement liés, mais les saumons sont des créatures extrêmement complexes et il existe un trop grand nombre d’autres facteurs pour pouvoir établir un lien direct entre l’arrivée massive de saumons rouges et le fer apporté par la cendre volcanique.
Quoi qu’il en soit, en espérant imiter le volcan, une société de Colombie-Britannique – Haida Salmon Restoration Corporation (HSRC) – a piloté l’une des initiatives les moins orthodoxes de l’histoire canadienne de la pêche : déverser des tonnes de poudre de fer dans l’océan, déclencher une prolifération de plancton et attendre une arrivée record de poissons, avec à la clé une pêche et des profits exceptionnels !
Pendant que la compagnie HSRC s’efforce de convaincre la population de Colombie-Britannique, très friande de saumons, de la légitimité de cette initiative, un très impressionnant groupe d’opposants l’accuse de vouloir jouer aux apprentis sorciers. Comme l’a déclaré un analyste : «Nous aimerions tous croire qu’en jetant un tas de fer dans la mer on peut synthétise la chair de saumon, mais ce n’est pas aussi simple que ça ».
Comme me disait mon compagnon de pêche, nous avons déjà assez de problèmes environnementaux à résoudre – en particulier le réchauffement climatique qui affecte la migration des saumons – sans toucher à la Nature juste pour un profit commercial !

 

drapeau anglaisAs I put it before, salmon fishing plays a non-negligible part in Alaska’s economy and is severely controlled by the state’s authorities. While I was myself fishing in September, another fisherman told me a story with a tone that led me to think that there is not really a love affair about fishing between Alaska and neighbouring British Columbia in Canada!

On August 7th, 2008, Kasatochi volcano, on the western edge of the Aleutian Islands, spewed millions of tonnes of iron-rich volcanic ash into the Gulf of Alaska and kicked off a massive algae bloom. Two years later, the Fraser River surged with an unbelievable 34 million sockeye salmon, the largest run of the fish since 1913.  More amazing still, the year before, the run had yielded only 1.7 million fish, one of the weakest on record.

According to scientists, the two events were probably related but salmon are extremely complex creatures and there are too many other factors to responsibly make any link between sockeye returns and the iron-dumping.

Anyway, copying the natural event, a British Columbia company – Haida Salmon Restoration Corporation (HSRC) – has been leading one of the most unorthodox schemes in Canadian fisheries history: Dump tonnes of powdered iron in the ocean, spark a plankton bloom and then expect a record run (and catch!) of fish!

But as the company is making efforts to convince the salmon-hungry population of British Columbia of the legitimacy of this initiative, a solid chorus of opponents is warning that HSRC may be recklessly playing God. Said a fisheries analyst: “We’d all like to believe that you can throw a bunch of iron in the sea and it synthesizes salmon flesh, but it is not that easy.”

As the other fisherman told me, we already have enough environmental problems to solve – especially global warming which affects salmon migration – without tampering with Nature just for the money!

Sockeye-blog

Belle prise dans la rivière Kenai!  Le saumon « sockeye » est facilement reconnaissable à sa couleur.

(Photo:  C. Grandpey)