Premiers réfugiés climatiques américains // First American climate refugees

Il faut vraiment bien connaître l’Alaska pour avoir entendu parler de Kivalina, une bourgade de 450 habitants située à l’extrémité d’une île de 13 kilomètres de long, face à la Mer des Tchouktches et la Sibérie russe, à 130 km de Kotzebue.

A 134 kilomètres du Cercle Arctique, la localité est loin de tout et il faut plusieurs vols pour l’atteindre depuis le reste des Etats-Unis. Kivalina est une communauté Inupiat, une branche des Inuit. C’est le seul village de la région où les habitants chassent – ou plutôt chassaient – la baleine boréale. Aujourd’hui, cette tradition fait partie du passé car l’épaisseur trop mince de la glace ne permet plus de se livrer à cette activité.

Depuis 10 ans, à cause d’hivers de plus en plus courts et de la hausse de la température, le village est régulièrement envahi par les eaux de l’océan. La construction en 2008 d’une digue censée ralentir l’érosion provoquée par les tempêtes n’a pas servi à grand-chose. Elle est beaucoup moins efficace que la barrière de glace de mer qui protégeait le village des tempêtes en hiver. L’année 2019 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Alaska. Pour la première fois, la moyenne des températures est passée au-dessus de 0°C.

L’érosion affecte aussi la piste d’atterrissage, unique porte d’entrée et de sortie de l’île. Des travaux sont en cours pour déménager le village et ses habitants et les reloger dès 2025 dans une zone moins vulnérable. Une route d’évacuation de 10 km financée par l’Etat fédéral est en cours de construction. Le chantier doit être terminé d’ici le 31 octobre 2020.

De ce fait, les Inupiats seront les premiers réfugiés climatiques du continent américain. Ce sera forcément une déchirure pour cette population qui vit d’une économie de subsistance basée sur la mer.

En 2008, le village a attaqué en justice les compagnies pétrolières pour leur contribution au réchauffement climatique. Le tribunal a rejeté la plainte, estimant qu’il n’était pas compétent sur cette problématique.

Voici un excellent document qui résume bien la situation à Kivalina :

https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/climat-en-alaska-une-ile-risque-d-etre-engloutie-par-les-flots_3860663.html

Source : France Info.

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You really need to know Alaska very well to have heard of Kivalina (pop. 450) located at the end of a13-kilometre-long island facing the Chukchi Sea and Russian Siberia, 130 km from Kotzebue (see map above).

Located 134 kilometres from the Arctic Circle, the town is far from everything and it takes several flights to reach it from the rest of the United States. Kivalina is an Inupiat community, a branch of the Inuit. It is the only village in the region where the inhabitants hunt – or rather hunted – bowhead whales. Today, this tradition is a thing of the past because the ice is too thin and no longer allows to engage in this activity (see photo above).

In the past 10 years, due to increasingly short winters and rising temperatures, the village has been regularly invaded by ocean waters. The construction in 2008 of a seawall supposed to slow down the erosion caused by storms did not help much. It is far less effective than the sea ice barrier that protected the village from winter storms. 2019 was the warmest year on record in Alaska. For the first time, the average temperature has risen above 0°C (see photo above).

Erosion also affects the airstrip, the island’s only entry and exit gate. Work is underway to relocate the village and its inhabitants in 2025 to a less vulnerable area. A 10 km federal-funded evacuation route is under construction. The site must be completed by October 31st, 2020 (see map above)

As a result, the Inupiat will be the first climate refugees on the American continent. It will inevitably be a tear for this population which lives on a subsistence economy based on the sea.
In 2008, the village sued the oil companies for their contribution to global warming. The court dismissed the complaint, saying it had no jurisdiction over the issue.
Here is an excellent document that sums up the situation in Kivalina well:
https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/climat-en-alaska-une-ile-risque-d-etre-engloutie-par-les-flots_3860663.html

Source: France Info.

L’ « acqua alta » à Venise, dans la logique du réchauffement climatique

Une marée haute d’une ampleur sans précédent a noyé Venise le 12 novembre 2019. L’« acqua alta » est un événement qui se produit régulièrement dans la Cité des Doges à cette époque de l’année, mais elle a atteint cette fois-ci des proportions extraordinaires, favorisée par un puissant sirocco qui a fait déferler les vagues sur la Place Saint-Marc, jusqu’à l’intérieur de la basilique.

Cette marée haute exceptionnelle a atteint une hauteur de 1,87 m, le plus haut niveau enregistré depuis 53 ans. C’est la deuxième plus haute marée à Venise depuis le début des relevés en 1923, derrière celle de 1,94 m le 4 novembre 1966. Ce qui est le plus préoccupant, c’est qu’une inondation comme celle du 12 novembre 2019 s’est seulement produite cinq fois dans l’histoire de la basilique San Marco érigée en 828 et reconstruite après un incendie en 1063. Sur les 5 épisodes précédents, trois ont eu lieu au cours des 20 dernières années, la dernière fois l’an dernier, en 2018. Les événements sont donc en train de s’accélérer, ce qui n’est guère une surprise au vu du contexte climatique actuel. A noter que dans le même temps, des pluies torrentielles accompagnées de très fortes rafales de vent se sont abattues sur tout le Veneto.

L’eau montante a submergé les terrasses des cafés, emportant les tables et les chaises. Les passerelles des hôtels situés le long du Grand Canal ayant été emportées par les flots, les clients des vaporetti ont été contraints d’entrer dans les établissements par les fenêtres.

La hauteur de l’eau (1,87 mètre) indiquée précédemment ne signifie pas que toute la ville ait été recouverte de cette façon. Il faut retrancher de cette hauteur le niveau moyen de la ville, qui se trouve entre 1 mètre et 1,30 mètre.

Pour protéger la ville de cette « acqua alta » qui endommage le patrimoine artistique, il existe le projet Mose (acronyme de MOdulo Sperimentale Elettromeccanico). Il s’agit d’un ouvrage en cours de réalisation qui prévoit un système de protection formé de rangées de vannes mobiles escamotables permettant d’isoler la lagune de Venise de la Mer Adriatique durant les phénomènes de hautes marées dépassant un niveau établi (110 cm) et jusqu’à un niveau maximum de 3 mètres. Le système est en cours de construction depuis 2003, mais le surcoût et les malfaçons ont entraîné de nombreux retards. La livraison du MOSE est à l’heure actuelle prévue pour une inauguration en 2020

Ce qui se passe actuellement à Venise devrait nous faire réfléchir. C’est l’exemple même du phénomène qui menacera les côtes françaises à très court terme. Chez nous, les dernières grandes marées ont eu lieu par beau temps et sans vent. Si la houle s’était manifestée, les côtes auraient inévitablement subi les assauts des vagues. Les prévisions concernant l’élévation du niveau des océans pour les prochaines décennies sont particulièrement alarmistes mais, hormis des enrochements ici et là, aucune politique d’envergure n’a été mise en place dans notre pays. On connaît la suite : le jour où les événements vont se déchaîner, on commencera par pleurer devant le nombre de victimes et devant les dégâts subis par les habitations. Ensuite on cherchera les responsables, en se gardant bien d’accuser le réchauffement climatique qui, lui, ne saurait être mis en examen…

lmage d’archive montrant le Palazzo Ducale au cours de l' »acqua alta  » record du 4 novembre 1966

Bombe volcanique de juillet 2018 : Le propriétaire de « Lava Boat Tours » accusé de négligence // July 2018 lava bomb : « Lava Boat Tours » owner accused of negligence

Rappelez-vous: en juillet 2018, lors de l’éruption du Kilauea, une explosion a eu lieu à Kapoho, sur la côte de la Grande Ile, là où la lave s’écoulait dans l’océan. Comme cela se produit de temps en temps, une explosion soudaine et violente, causée par le contact entre la lave et l’eau de mer, a projeté une pluie de bombes dont certaines ont atterri sur un bateau affrété par une agence de voyage et blessé des touristes à bord. Une jeune femme originaire de l’Illinois, âgée de 20 ans, a été grièvement blessée. Aujourd’hui, sa famille poursuit en justice l’agence de voyage et son propriétaire en les accusant de négligence. Les autres passagers du bateau ont subi des brûlures et des blessures sans gravité.

La jeune femme a été frappée par une bombe d’un diamètre estimé entre 30 et 60 centimètres qui lui a brisé un fémur, un tibia et le bassin, ainsi que d’autres blessures qui ont nécessité trois interventions chirurgicales dans un hôpital d’Honolulu. La famille a déclaré devant le tribunal que les frais médicaux dépassaient 400 000 dollars. D’autres soins et donc d’autres fais devraient intervenir dans un proche avenir.
Sans surprise, cette affaire entraîne une bataille juridique. L’agence de voyage – Lava Ocean Tours – et son propriétaire sont accusés de négligence et de s’être approchés trop près de l’entrée de la lave dans l’océan, et de ne pas avoir suffisamment averti les passagers de l’embarcation des dangers potentiels de l’excursion. Selon les avocats de la famille de la victime, le propriétaire avait demandé et obtenu l’autorisation de naviguer dans une zone de sécurité de 300 mètres à partir de l’entrée de lave dans la mer, distance qui avait été décrétée par la Garde côtière américaine pour des raisons de sécurité. De plus, les garde-côtes avaient prévenu le propriétaire de Lava Ocean Tours qu’en pénétrant à l’intérieur de la zone de sécurité, il devrait «assumer tous les risques et responsabilités qui y sont associés, notamment les blessures, la mort et les dommages aux personnes et aux biens ». Le propriétaire de l’agence a déclaré à la presse en juillet qu’il se trouvait à environ 240 mètres de l’entrée de la lave dans l’océan et qu’il était en train de quitter la zone au moment de l’explosion.
Les plaignants allèguent que pendant plus d’un an avant l’accident, les garde-côtes et le HVO avaient averti Lava Ocean Tours « que la lave a tendance à exploser lorsqu’elle se déverse dans les eaux froides de l’océan et que l’on sait, au vu des données historiques à Hawaii, que de telles explosions peuvent projeter des blocs jusqu’à un mètre de diamètre sur des distances allant jusqu’à 250 mètres. » Par ailleurs, un document fourni par l’accusation démontre que l’agence de voyage continuait à effectuer ses excursions avec des approches à moins de 250 mètres des points d’entrée de la lave dans l’océan, ce qui mettait forcément en danger la santé et la sécurité des passagers en les exposant au risque d’explosion.
Les avocats de l’agence de voyage ont qualifié l’accident d’ »événement volcanique imprévisible en mer… qui s’est produit sans prévenir. » Ils ont ajouté que « les blessures, dommages et / ou pertes… occasionnés au cours de l’excursion susmentionnée n’ont été causés ni par une faute, ni par une négligence de la part de ”Lava Ocean Tours. » Ils on également ajouté « que la partie adverse avait elle aussi fait preuve de négligence dans les poursuites engagées » contre Lava Ocean Tours.
Les avocats de la jeune femme ont déposé une requête en rejet de la plainte déposée par l’agence de voyage. La requête inclut une déclaration écrite du propriétaire de l’agence de voyage à la Garde côtière, en date du 2 juin 2017, dans laquelle il contestait la zone de sécurité: « Pendant le temps passé devant les coulées de lave, je ne me suis jamais senti en danger ou menacé. […] Les bateaux d’excursion de lave ne sont pas une exception. Il existe de nombreuses autres agences proposant des excursions extrêmes en bateau, qu’il s’agisse de descendre les rapides d’une rivière en jet-boat, de naviguer près des glaciers, ou de faire de surf sur de grosses vagues. »
Document à l’appui, le père de la jeune femme a déclaré qu’il « n’avait d’aucune manière été averti du risque d’explosion de la lave au cours de l’excursion, ainsi que du risque de blessure pour les passagers ». Il a ajouté: « J’avais mes trois filles avec moi. Deux d’entre elles étaient de jeunes adolescentes. Je n’aurais jamais acheté cette excursion… si on m’avait prévenu que la lave pourrait exploser. »
Source: Journaux hawaïens.

On peut tirer plusieurs conclusions de cet accident du mois de juillet 2018. Il montre qu’une telle excursion devant l’arrivée de la lave en mer comporte des risques et qu’une explosion peut se produire. D’ailleurs, le HVO et la Protection Civile hawaiienne ont mis constamment en garde sur ce risque d’explosion le long du littoral.

Le propriétaire de la compagnie est bien sûr en tort car il s’est approché trop près (240 mètres) du site où la lave arrivait dans la mer alors que les gardes-côtes imposaient une distance de sécurité de 300 mètres. Aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec la loi !

Je pense aussi qu’il est nécessaire, avant d’entamer ce genre d’excursion, de faire signer une décharge aux clients en les invitant à dégager l’agence de toute responsabilité en cas de problème. Cela suppose, bien sûr, que l’organisateur de l’excursion respecte les normes de sécurité, ce qui ne semble pas avoir été le cas au moins de juillet 2018.

En tout état de cause, je conseille vivement aux participants d’un voyage aux Etats-Unis de posséder une assurance et de vérifier les modalités de prise en charge en cas d’accident. Il n’y a pas de sécurité sociale aux Etats-Unis au sens où on l’entend en France. En cas d’hospitalisation, il faut payer les frais médicaux directement à l’hôpital.

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Remember: in July 2018, during the Kilauea eruption, an explosion occurred at Kapoho, on the shore of Hawaii Big Island, in the place where lava was flowing into the ocean. As this may occur from time to time, a sudden violent explosion, caused by the contact between lava and sea water, hurled a profusion of bombs some of which landed on a tour boat and injured tourists on board. A 20-year-old Illinois woman was seriously injured and her family is now suing the tour company and its owner in state court. The other passengers in the tour boat suffered minor burns and scrapes. The tour boat company has now to go to court and is accused of negligence by the young woman’s family.

The young woman was hit by a lava bomb estimated at between 30 end 60 centimetres in diameter. It broke her thigh bone, tibia and pelvis and left her with other injuries that required her to undergo three surgeries at a hospital in Honolulu. The family said in court filings her medical expenses are “in excess of $400,000.” The woman is expected to continue accruing additional medical expenses for the foreseeable future.

The tour company – Lava Ocean Tours – and its owner are accused of negligence in piloting the sightseeing boat too close for safety to the lava ocean entry and not adequately warning potential passengers of the tour’s potential hazards. According to the suit, the owner had applied for and was granted permission to navigate his vessels inside a 300-metre safety zone from lava ocean entry points the U.S. Coast Guard had established to protect people and vessels from exploding molten rock. However, the Coast Guard had warned the owner of Lava Ocean Tours that by entering the safety zone he would have to “assume any and all risks and liabilities associated therewith, including but not limited to: injury, death and damage to persons or property.” The owner told the press in July he was about 240 metres from the lava ocean entry and was in the process of leaving the zone when the explosion occurred.

The plaintiffs allege that for more than a year before the incident, the Coast Guard and Hawaiian Volcano Observatory had warned Lava Ocean Tours “that lava has a propensity to explode when it flows into cool ocean waters, and that historical data in Hawaii showed such explosions had been known to hurl lava rocks as much as a metre wide across distances as great as 250 metres. Nevertheless, according to a document, the boat tour company continued to take their tours much closer than 250 metres to lava entry points, thereby gambling with their passengers’ health and safety and exposing passengers to the risk of exactly the kind of explosion that occurred.

The tour company’s lawyers called the incident “an unforeseeable offshore volcanic event … which occurred without warning” and added, “any injuries, damages and/or losses resulting … or otherwise arising out of the aforementioned voyage were neither caused nor contributed to, by any fault, negligence or neglect on the part of” Lava Ocean Tours. It also alleged “that any claimants were themselves negligent in and about the matters alleged in any related claims or actions” against Lava Ocean Tours.

The young woman’s lawyers have filed a motion to dismiss the tour company’s complaint. The motion includes written testimony by the owner of the boat tour company to the Coast Guard in opposition to the lava safety zone, dated June 2nd, 2017, in which he said: “During my time at the lava flows I have never experienced a moment where I felt unsafe or threatened. … Lava tour boats are not alone there are many operations who provide extreme boat tours whether you want to go jet boating river rapids, cruise up next to glaciers, go big wave surfing.”

In a supporting document, the woman’s father said he was “given no warning about any risk that the lava we would be seeing might explode or possibly injure the passengers in some other way.” He added: “I had my three daughters with me. Two of them were young teens. I would never have taken on this trip … if I had been warned that the lava could explode.”

Source: Hawaiian newspapers.

L’arrivée de la lave en mer est très spectaculaire, mais elle peut devenir explosive et présenter un danger (Photos: C. Grandpey)

Vers une désintégration de l’Antarctique occidental ? // Toward a disintegration of West Antarctica ?

De nos jours, avec le réchauffement climatique, on craint de plus en plus que l’Antarctique occidental s’effondre et disparaisse dans l’océan. Cela déclencherait inévitablement une augmentation rapide du niveau des mers. Ce ne serait pas la première fois qu’une telle situation se produirait. Il y a 125 000 ans, au cours de la dernière brève période chaude – baptisée Eémien – entre les périodes glaciaires, les températures étaient à peine plus élevées qu’aujourd’hui et le niveau de la mer était de 6 à 9 mètres plus élevé que de nos jours, recouvrant d’immenses étendues de terres sèches aujourd’hui.
Les scientifiques ont révélé que la source de toute cette eau était un effondrement de l’inlandsis antarctique occidental et les glaciologues s’inquiètent de la stabilité fragile de cette énorme masse de glace. Sa base, située au-dessous du niveau de la mer, risque d’être minée par le réchauffement des océans. Les glaciers qui se trouvent en amont et qui sont retenus par cette masse de glace, accéléreraient leur course vers l’océan si la plateforme ouest antarctique disparaissait. J’ai décrit ce phénomène dans les notes précédentes. Lors d’une réunion de l’American Geophysical Union à Washington, D.C., des scientifiques de l’Oregon State University ont prouvé, au moyen de carottes de sédiments, que la calotte glaciaire avait disparu dans un passé géologique récent et dans des conditions climatiques analogues à celles d’aujourd’hui.
La forte perte de masse observée en Antarctique occidental au cours des deux ou trois dernières décennies pourrait marquer le début d’une nouvelle désintégration de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental. Si tel est le cas, le monde devra se préparer à une hausse du niveau des mers plus importante et plus rapide que prévu. En effet, après l’effondrement de l’ancienne calotte glaciaire de l’Ouest Antarctique, certains relevés sur le terrain montrent que la hausse de la mer atteignait 2,5 mètres par siècle.
Au cours de l’Eémien, les températures globales étaient supérieures de 2°C à celles observées avant l’ère industrielle (contre 1°C aujourd’hui). Cependant, le réchauffement n’était pas dû aux gaz à effet de serre, mais à de légers changements dans l’orbite et l’axe de rotation de la Terre. L’Antarctique était probablement plus froid qu’aujourd’hui. La cause de la montée du niveau de la mer, enregistrée par les coraux fossiles situés aujourd’hui bien au-dessus de la marée haute, est longtemps restée un mystère.
Les scientifiques ont commencé par accuser la fonte de la calotte glaciaire du Groenland. Cependant, en 2011, des chercheurs ont disculpé le Groenland après avoir identifié des empreintes isotopiques de son substrat rocheux dans des sédiments provenant d’une carotte océanique forée au large de son extrémité sud. Les isotopes ont montré que la glace continuait à éroder le substrat rocheux au cours de l’Eémien. Si la calotte glaciaire du Groenland n’avait pas disparu et ne contribuait donc pas à la hausse du niveau de la mer, la suspicion se dirigeait vers calotte glaciaire de l’Antarctique occidental.
Les chercheurs de l’Université de l’Oregon ont décidé d’appliquer leur technique isotopique à l’Antarctique. Ils ont d’abord analysé les carottes de sédiments marins extraites le long de la partie occidentale de la banquise. Ils ont examiné 29 carottes et identifié des signatures géochimiques pour trois régions sources différentes du substrat rocheux: la partie montagneuse de la Péninsule Antarctique; la province d’Amundsen, près de la mer de Ross; et la zone intermédiaire, autour du glacier Pine Island, particulièrement vulnérable.
Avec ces empreintes à leur disposition, ils ont ensuite analysé les sédiments marins contenus dans une carotte prélevée au large dans la mer de Bellingshausen, à l’ouest de la Péninsule Antarctique. Un courant marin continu longe la plateforme continentale de l’Ouest Antarctique et transporte les sédiments provenant de l’érosion glaciaire en cours de route. Le courant fait s’accumuler une grande partie de ces sédiments près du site où la carotte a été prélevée. Ces sédiments s’accumulent rapidement et piègent des microorganismes à coquilles appelées foraminifères, protozoaires unicellulaires qui peuvent être datés en comparant leurs rapports isotopes d’oxygène à ceux des carottes avec des dates connues. Sur une longueur de 10 mètres, la carotte contient 140 000 ans d’accumulation de sédiments. Pendant la majeure partie de cette période, les sédiments contiennent les signatures géochimiques des trois régions du socle rocheux de l’Antarctique occidental, ce qui révèle une érosion continue provoquée par la glace. Toutefois, dans une section datant du début de l’Eémien, les empreintes disparaissent en deux endroits  tout d’abord au niveau du glacier de Pine Island, puis de la province d’Amundsen. Il ne subsiste que des sédiments de la partie montagneuse de la péninsule où les glaciers ont peut-être persisté. La datation de la carotte n’est pas très précise, ce qui signifie que la pause dans l’érosion glaciaire n’a peut-être pas eu lieu pendant l’Eémien. Il se peut aussi que la pause proprement dite soit illusoire, ou que les courants marins se soient temporairement déplacés, avec un transfert des sédiments vers un autre site.
D’autres recherches sont en cours. Le mois prochain, un navire de recherche entamera une mission de trois mois avec comme but l’extraction d’au moins cinq carottes au large de l’Antarctique occidental. Dans le même temps, le chercheur responsable de l’étude mentionnée dans cet article espère la faire publier à temps pour qu’elle fasse partie du prochain rapport des Nations Unies sur le climat. Dans les rapports de 2001 et 2007, le risque de désintégration de l’Antarctique occidental n’a pas été pris en compte dans le cadre des estimations de hausse du niveau de la mer dans les prochaines années. Ce n’est qu’en 2013 que les auteurs du rapport ont commencé à mentionner l’Antarctique.
Source: Science.

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Today, with global warming, there are increasing fears that West Antarctica might collapse and disappear in the ocean. This would inevitably trigger a rapid increase of ocean levels. This would not be the first time such a situation happened. Some 125,000 years ago, during the last brief warm period between ice ages – it was called the Eemian – ttemperatures were barely higher than in today’s and sea levels were 6 to 9 metres higher than they are today, drowning huge areas of land that is dry today.

Scientists have revealed that the source of all that water was a collapse of the West Antarctic Ice Sheet and glaciologists worry about the present-day stability of this formidable ice mass. Its base lies below sea level, at risk of being undermined by warming ocean waters, and the glaciers behind it would accelerate their forward movement of this mass of ice disappeared. I described this phenomenon in previous notes. Scientists from Oregon State University at a meeting of the American Geophysical Union in Washington, D.C., have provided evidence, by means of a sediment core, that the ice sheet disappeared in the recent geological past under climate conditions similar to today’s.

The big increase in mass loss observed in West Antarctica in the past decade or two might be the start of a new collapse of the West Antarctic Ice Sheet. If so, the world may need to prepare for sea level to rise farther and faster than expected: Once the ancient ice sheet collapse got going, some records show that ocean waters rose as fast as some 2.5 metres per century.

During the Eemian, global temperatures were some 2°C above preindustrial levels (compared with 1°C today). But the cause of the warming was not greenhouse gases, but slight changes in Earth’s orbit and spin axis, and Antarctica was probably cooler than today. What drove the sea level rise, recorded by fossil corals now marooned well above high tide, was a mystery.

Scientists once blamed the melting of Greenland’s ice sheet. But in 2011, researchers exonerated Greenland after identifying isotopic fingerprints of its bedrock in sediment from an ocean core drilled off its southern tip. The isotopes showed ice continued to grind away at the bedrock through the Eemian. If the Greenland Ice Sheet didn’t vanish and push up sea level, the vulnerable West Antarctic Ice Sheet was the obvious suspect.

The Oregon University researchers set out to apply their isotope technique to Antarctica. First, they analysed archived marine sediment cores drilled from along the edge of the western ice sheet. Studying 29 cores, they identified geochemical signatures for three different bedrock source regions: the mountainous Antarctic Peninsula; the Amundsen province, close to the Ross Sea; and the area in between, around the particularly vulnerable Pine Island Glacier.

Armed with these fingerprints, they then analyzed marine sediments from a core drilled farther offshore in the Bellingshausen Sea, west of the Antarctic Peninsula. A stable current runs along the West Antarctic continental shelf, picking up ice-eroded silt along the way. The current dumps much of this silt near the core’s site, where it builds up fast and traps shelled microorganisms called foraminifera, which can be dated by comparing their oxygen isotope ratios to those in cores with known dates. Over a stretch of 10 metres, the core contained 140,000 years of built-up silt. For most of that period, the silt contained geochemical signatures from all three of the West Antarctic bedrock regions, suggesting continuous ice-driven erosion. But in a section dated to the early Eemian, the fingerprints winked out: first from the Pine Island Glacier, then from the Amundsen province. That left only silt from the mountainous peninsula, where glaciers may have persisted. The dating of the core is not precise, which means the pause in erosion may not have taken place during the Eemian. It is also possible that the pause itself is illusory, that ocean currents temporarily shifted, sweeping silt to another site.

More research is on the way. Next month, a research ship will begin a 3-month voyage to drill at least five marine cores off West Antarctica. Meanwhile, the head of the research hopes to get his own study published in time to be included in the next United Nations climate report. In the 2001 and 2007 reports, West Antarctic collapse was not even considered in estimates of future sea level; only in 2013 did authors start mentioning Antarctica.

Source: Science.