Eruption de White Island (Nouvelle Zélande) : procès en vue ! // White Island eruption (New Zealand) : pending trials !

L’éruption de White Island le 9 décembre 2019 a fait 21 morts et 26 blessés. Les 47 personnes qui se trouvaient sur l’île au moment de l’événement ont été identifiées ; il y avait vingt-quatre Australiens, neuf Américains, cinq Néo-Zélandais, quatre Allemands, deux Chinois, deux Britanniques et un Malaisien. Beaucoup d’entre eux ne portaient que des tee-shirts et des shorts. Parmi ces personnes, 38 participaient à une excursion à terre depuis le bateau de croisière Ovation of the Seas qui effectuait un voyage de 12 jours en Nouvelle-Zélande.
Lorsqu’une éruption volcanique ou toute autre catastrophe se produit dans le monde, on cherche des responsables. Quelques jours après l’éruption de White Island, certains se sont demandés qui était en charge de la sécurité des touristes et, en cas de manquements, qui serait tenu pour responsable. D’autres ont essayé de savoir si des touristes auraient dû être autorisés à visiter l’île alors que le niveau d’alerte était à 2, ce qui signifiait que le volcan montrait de l’activité, en sachant que de telles visites étaient organisées depuis des années. Comme je l’ai écrit précédemment, le bulletin publié par GNS Science le 3 décembre 2019 indiquait que l’activité à White Island «ne présentait pas de danger direct pour les visiteurs».
En ce qui concerne les poursuites, une chose est claire : les personnes qui ont été blessées lors de l’éruption ne pourront pas intenter de poursuites civiles en Nouvelle-Zélande contre les agences de voyages qui les ont conduites sur l’île ou contre toute autre personne. En effet, le régime d’indemnisation des accidents en Nouvelle-Zélande, géré par le gouvernement, couvre le coût de tous les traitements de blessures subies dans le pays, y compris pour les étrangers. Sa couverture, à laquelle les blessés ne peuvent se soustraire, leur interdit également de poursuivre autrui pour négligence.
Toutefois, le personnel d’une agence de voyages pourrait être poursuivi en vertu des lois néo-zélandaises sur la santé et la sécurité au travail si des manquements étaient constatés. Une telle poursuite serait plus probable qu’une accusation d’homicide involontaire. La loi, introduite en 2015 après l’explosion d’une mine en 2010 qui a tué 29 ouvriers sur l’île du Sud, prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et des amendes de 3 millions de dollars néo-zélandais (2 millions de dollars américains), pour quiconque ne parvient pas à assurer la sécurité des gens, y compris des visiteurs, dans un lieu de travail, bien que personne n’ait encore été condamné à une peine de prison en vertu de cette loi.

On peut lire ces jours-ci dans la presse néo-zélandaise qu’un couple américain qui a subi de graves brûlures et a passé deux mois dans des hôpitaux néo-zélandais à la suite de l’éruption de White island demande maintenant des dommages et intérêts au croisiériste et au voyagiste qui ont organisé l’excursion sur l’île. Le couple célébrait sa lune de miel et il se sent maintenant lésé. Le jeune homme et son épouse affirment qu’«ils n’ont pas reçu suffisamment d’informations pour pouvoir prendre une bonne décision [concernant la visite de l’île]». Leur avocat explique qu’ils vont intenter dans les deux prochaines semaines un procès contre  l’agence White Island Tours et la compagnie Royal Caribbean. Selon lui, « il aurait été facile à la Royal Caribbean d’indiquer à ceux qui participaient à l’excursion avec White Island Tours qu’ils couraient un risque car le niveau d’activité volcanique était élevé. Si cela avait été fait, je suppose que la plupart des gens auraient annulé cette excursion ;  je pense donc qu’il y avait un motif de profit. »
La famille d’une victime australienne a également confirmé qu’elle allait attaquer le croisiériste en justice. Une autre survivante de l’éruption, qui a perdu sa sœur et son père, a déclaré que d’autres personnes auraient survécu si les secours étaient arrivés plus tôt.
Source: New Zealand Herald.

Je peux comprendre les gens – en particulier le jeune couple dont la lune de miel a été gâchée – qui veulent poursuivre le voyagiste et le croisiériste pour ne pas les avoir avertis du danger d’une excursion à White Island. Cependant, ils auraient dû savoir – par eux-mêmes – que la visite d’un volcan actif comporte toujours des risques et qu’une éruption phréatique comme celle survenue le 9 décembre 2019 ne peut pas être prévue. J’étais sur White Island en janvier 2009. Si le cratère avait explosé lors de ma visite et si j’avais été blessé, je n’aurais jamais poursuivi en justice le pilote de l’hélicoptère qui m’avait déposé dans le cratère!

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The White Island eruption on December 9th, 2019 killed 21 people and injuring 26 others. The 47 people who were on the island at the time of the eruption were identified as twenty-four Australians, nine Americans, five New Zealanders, four Germans, two Chinese, two Britons and one Malaysian. Many of them were just wearing T-shirts and shorts for the day. Of these people, 38 were passengers on a shore excursion from the cruise ship Ovation of the Seas which was on a 12-day voyage around New Zealand.

When a volcanic eruption or any other disaster occurs in the world, people look for those who can be held responsible for it. A few days after the White Island eruption, questions were asked about who was responsible for the safety of tourists and, if failings are found, who will be held accountable.

Some people wondered whether tourists should have been allowed to visit the island while the alert level was at 2, which meant volcanic unrest, knowing that such visits have been organised for years. As I put it before, the bulletin issued by GNS Science on December 3rd, 2019 said the activity at White Island “did not pose a direct hazard to visitors.”

As far as lawsuits are concerned, one thing is already clear: those injured in the eruption will be prevented from bringing civil lawsuits in New Zealand against the tour companies who took them to the island, or anyone else. Indeed, New Zealand’s accident compensation scheme, run by the government, covers the cost of all treatment for injuries sustained in New Zealand, including for foreigners. Its coverage, which the injured cannot opt out of, bars them from suing for negligence.

However, named individuals from a tour company could be prosecuted under New Zealand’s workplace health and safety laws if failings were found. Such a prosecution is more likely than a criminal manslaughter case. The law, introduced in 2015 after a 2010 mine explosion that killed 29 workers on New Zealand’s South Island, threatens penalties of up to five years in prison and fines of 3 million NZ dollars (2 million US dollars), for anyone failing to keep people, including visitors, safe in a place of work, although no one has been sentenced to a jail term under it.

One can read these days in the New Zealand press that an American couple who both suffered serious burns and spent two months in New Zealand hospitals following the eruption now seek damages from the cruise line and tour operators. The couple were celebrating their honeymoon and they now feel they have been wronged as they were “not given enough information to make an informed decision,” Their family lawyer confirmed they will be filing a lawsuit within the next two weeks against White Island Tours and Royal Caribbean cruise line. The lawyer explains “it would have been so easy for Royal Caribbean to note: for those going on the excursion to White Island Tours there was a heightened risk in going with that because there was a heightened level of this volcanic activity. Had they done that, my guess is that most people would have cancelled that tour, so I think there was a profit motive.”

A family group of an Australian victim has also confirmed it will be taking action against the cruise line. Another survivor of the eruption, who lost her sister and father, said more people would have survived if help had come sooner.

Source : New Zealand Herald.

I can understand the people – especially the young couple whose honeymoon was ruined – who want to sue the travel agency and the cruise company for not having warned them of the danger of the trip to White Island. However, they should have known by themselves that visiting an active volcano includes risks and that a phreatic eruption like the one that occurred on December 9th, 2019 cannot be predicted. I was on White Island in January 2009. If the crater had exploded during my visit and if I had been injured, I would never have sued the pilot of the helicopter who dropped me into the crater!

Photos : C. Grandpey

Bombe volcanique de juillet 2018 : Le propriétaire de « Lava Boat Tours » accusé de négligence // July 2018 lava bomb : « Lava Boat Tours » owner accused of negligence

Rappelez-vous: en juillet 2018, lors de l’éruption du Kilauea, une explosion a eu lieu à Kapoho, sur la côte de la Grande Ile, là où la lave s’écoulait dans l’océan. Comme cela se produit de temps en temps, une explosion soudaine et violente, causée par le contact entre la lave et l’eau de mer, a projeté une pluie de bombes dont certaines ont atterri sur un bateau affrété par une agence de voyage et blessé des touristes à bord. Une jeune femme originaire de l’Illinois, âgée de 20 ans, a été grièvement blessée. Aujourd’hui, sa famille poursuit en justice l’agence de voyage et son propriétaire en les accusant de négligence. Les autres passagers du bateau ont subi des brûlures et des blessures sans gravité.

La jeune femme a été frappée par une bombe d’un diamètre estimé entre 30 et 60 centimètres qui lui a brisé un fémur, un tibia et le bassin, ainsi que d’autres blessures qui ont nécessité trois interventions chirurgicales dans un hôpital d’Honolulu. La famille a déclaré devant le tribunal que les frais médicaux dépassaient 400 000 dollars. D’autres soins et donc d’autres fais devraient intervenir dans un proche avenir.
Sans surprise, cette affaire entraîne une bataille juridique. L’agence de voyage – Lava Ocean Tours – et son propriétaire sont accusés de négligence et de s’être approchés trop près de l’entrée de la lave dans l’océan, et de ne pas avoir suffisamment averti les passagers de l’embarcation des dangers potentiels de l’excursion. Selon les avocats de la famille de la victime, le propriétaire avait demandé et obtenu l’autorisation de naviguer dans une zone de sécurité de 300 mètres à partir de l’entrée de lave dans la mer, distance qui avait été décrétée par la Garde côtière américaine pour des raisons de sécurité. De plus, les garde-côtes avaient prévenu le propriétaire de Lava Ocean Tours qu’en pénétrant à l’intérieur de la zone de sécurité, il devrait «assumer tous les risques et responsabilités qui y sont associés, notamment les blessures, la mort et les dommages aux personnes et aux biens ». Le propriétaire de l’agence a déclaré à la presse en juillet qu’il se trouvait à environ 240 mètres de l’entrée de la lave dans l’océan et qu’il était en train de quitter la zone au moment de l’explosion.
Les plaignants allèguent que pendant plus d’un an avant l’accident, les garde-côtes et le HVO avaient averti Lava Ocean Tours « que la lave a tendance à exploser lorsqu’elle se déverse dans les eaux froides de l’océan et que l’on sait, au vu des données historiques à Hawaii, que de telles explosions peuvent projeter des blocs jusqu’à un mètre de diamètre sur des distances allant jusqu’à 250 mètres. » Par ailleurs, un document fourni par l’accusation démontre que l’agence de voyage continuait à effectuer ses excursions avec des approches à moins de 250 mètres des points d’entrée de la lave dans l’océan, ce qui mettait forcément en danger la santé et la sécurité des passagers en les exposant au risque d’explosion.
Les avocats de l’agence de voyage ont qualifié l’accident d’ »événement volcanique imprévisible en mer… qui s’est produit sans prévenir. » Ils ont ajouté que « les blessures, dommages et / ou pertes… occasionnés au cours de l’excursion susmentionnée n’ont été causés ni par une faute, ni par une négligence de la part de ”Lava Ocean Tours. » Ils on également ajouté « que la partie adverse avait elle aussi fait preuve de négligence dans les poursuites engagées » contre Lava Ocean Tours.
Les avocats de la jeune femme ont déposé une requête en rejet de la plainte déposée par l’agence de voyage. La requête inclut une déclaration écrite du propriétaire de l’agence de voyage à la Garde côtière, en date du 2 juin 2017, dans laquelle il contestait la zone de sécurité: « Pendant le temps passé devant les coulées de lave, je ne me suis jamais senti en danger ou menacé. […] Les bateaux d’excursion de lave ne sont pas une exception. Il existe de nombreuses autres agences proposant des excursions extrêmes en bateau, qu’il s’agisse de descendre les rapides d’une rivière en jet-boat, de naviguer près des glaciers, ou de faire de surf sur de grosses vagues. »
Document à l’appui, le père de la jeune femme a déclaré qu’il « n’avait d’aucune manière été averti du risque d’explosion de la lave au cours de l’excursion, ainsi que du risque de blessure pour les passagers ». Il a ajouté: « J’avais mes trois filles avec moi. Deux d’entre elles étaient de jeunes adolescentes. Je n’aurais jamais acheté cette excursion… si on m’avait prévenu que la lave pourrait exploser. »
Source: Journaux hawaïens.

On peut tirer plusieurs conclusions de cet accident du mois de juillet 2018. Il montre qu’une telle excursion devant l’arrivée de la lave en mer comporte des risques et qu’une explosion peut se produire. D’ailleurs, le HVO et la Protection Civile hawaiienne ont mis constamment en garde sur ce risque d’explosion le long du littoral.

Le propriétaire de la compagnie est bien sûr en tort car il s’est approché trop près (240 mètres) du site où la lave arrivait dans la mer alors que les gardes-côtes imposaient une distance de sécurité de 300 mètres. Aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec la loi !

Je pense aussi qu’il est nécessaire, avant d’entamer ce genre d’excursion, de faire signer une décharge aux clients en les invitant à dégager l’agence de toute responsabilité en cas de problème. Cela suppose, bien sûr, que l’organisateur de l’excursion respecte les normes de sécurité, ce qui ne semble pas avoir été le cas au moins de juillet 2018.

En tout état de cause, je conseille vivement aux participants d’un voyage aux Etats-Unis de posséder une assurance et de vérifier les modalités de prise en charge en cas d’accident. Il n’y a pas de sécurité sociale aux Etats-Unis au sens où on l’entend en France. En cas d’hospitalisation, il faut payer les frais médicaux directement à l’hôpital.

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Remember: in July 2018, during the Kilauea eruption, an explosion occurred at Kapoho, on the shore of Hawaii Big Island, in the place where lava was flowing into the ocean. As this may occur from time to time, a sudden violent explosion, caused by the contact between lava and sea water, hurled a profusion of bombs some of which landed on a tour boat and injured tourists on board. A 20-year-old Illinois woman was seriously injured and her family is now suing the tour company and its owner in state court. The other passengers in the tour boat suffered minor burns and scrapes. The tour boat company has now to go to court and is accused of negligence by the young woman’s family.

The young woman was hit by a lava bomb estimated at between 30 end 60 centimetres in diameter. It broke her thigh bone, tibia and pelvis and left her with other injuries that required her to undergo three surgeries at a hospital in Honolulu. The family said in court filings her medical expenses are “in excess of $400,000.” The woman is expected to continue accruing additional medical expenses for the foreseeable future.

The tour company – Lava Ocean Tours – and its owner are accused of negligence in piloting the sightseeing boat too close for safety to the lava ocean entry and not adequately warning potential passengers of the tour’s potential hazards. According to the suit, the owner had applied for and was granted permission to navigate his vessels inside a 300-metre safety zone from lava ocean entry points the U.S. Coast Guard had established to protect people and vessels from exploding molten rock. However, the Coast Guard had warned the owner of Lava Ocean Tours that by entering the safety zone he would have to “assume any and all risks and liabilities associated therewith, including but not limited to: injury, death and damage to persons or property.” The owner told the press in July he was about 240 metres from the lava ocean entry and was in the process of leaving the zone when the explosion occurred.

The plaintiffs allege that for more than a year before the incident, the Coast Guard and Hawaiian Volcano Observatory had warned Lava Ocean Tours “that lava has a propensity to explode when it flows into cool ocean waters, and that historical data in Hawaii showed such explosions had been known to hurl lava rocks as much as a metre wide across distances as great as 250 metres. Nevertheless, according to a document, the boat tour company continued to take their tours much closer than 250 metres to lava entry points, thereby gambling with their passengers’ health and safety and exposing passengers to the risk of exactly the kind of explosion that occurred.

The tour company’s lawyers called the incident “an unforeseeable offshore volcanic event … which occurred without warning” and added, “any injuries, damages and/or losses resulting … or otherwise arising out of the aforementioned voyage were neither caused nor contributed to, by any fault, negligence or neglect on the part of” Lava Ocean Tours. It also alleged “that any claimants were themselves negligent in and about the matters alleged in any related claims or actions” against Lava Ocean Tours.

The young woman’s lawyers have filed a motion to dismiss the tour company’s complaint. The motion includes written testimony by the owner of the boat tour company to the Coast Guard in opposition to the lava safety zone, dated June 2nd, 2017, in which he said: “During my time at the lava flows I have never experienced a moment where I felt unsafe or threatened. … Lava tour boats are not alone there are many operations who provide extreme boat tours whether you want to go jet boating river rapids, cruise up next to glaciers, go big wave surfing.”

In a supporting document, the woman’s father said he was “given no warning about any risk that the lava we would be seeing might explode or possibly injure the passengers in some other way.” He added: “I had my three daughters with me. Two of them were young teens. I would never have taken on this trip … if I had been warned that the lava could explode.”

Source: Hawaiian newspapers.

L’arrivée de la lave en mer est très spectaculaire, mais elle peut devenir explosive et présenter un danger (Photos: C. Grandpey)