Bombe volcanique de juillet 2018 : Le propriétaire de « Lava Boat Tours » accusé de négligence // July 2018 lava bomb : « Lava Boat Tours » owner accused of negligence

Rappelez-vous: en juillet 2018, lors de l’éruption du Kilauea, une explosion a eu lieu à Kapoho, sur la côte de la Grande Ile, là où la lave s’écoulait dans l’océan. Comme cela se produit de temps en temps, une explosion soudaine et violente, causée par le contact entre la lave et l’eau de mer, a projeté une pluie de bombes dont certaines ont atterri sur un bateau affrété par une agence de voyage et blessé des touristes à bord. Une jeune femme originaire de l’Illinois, âgée de 20 ans, a été grièvement blessée. Aujourd’hui, sa famille poursuit en justice l’agence de voyage et son propriétaire en les accusant de négligence. Les autres passagers du bateau ont subi des brûlures et des blessures sans gravité.

La jeune femme a été frappée par une bombe d’un diamètre estimé entre 30 et 60 centimètres qui lui a brisé un fémur, un tibia et le bassin, ainsi que d’autres blessures qui ont nécessité trois interventions chirurgicales dans un hôpital d’Honolulu. La famille a déclaré devant le tribunal que les frais médicaux dépassaient 400 000 dollars. D’autres soins et donc d’autres fais devraient intervenir dans un proche avenir.
Sans surprise, cette affaire entraîne une bataille juridique. L’agence de voyage – Lava Ocean Tours – et son propriétaire sont accusés de négligence et de s’être approchés trop près de l’entrée de la lave dans l’océan, et de ne pas avoir suffisamment averti les passagers de l’embarcation des dangers potentiels de l’excursion. Selon les avocats de la famille de la victime, le propriétaire avait demandé et obtenu l’autorisation de naviguer dans une zone de sécurité de 300 mètres à partir de l’entrée de lave dans la mer, distance qui avait été décrétée par la Garde côtière américaine pour des raisons de sécurité. De plus, les garde-côtes avaient prévenu le propriétaire de Lava Ocean Tours qu’en pénétrant à l’intérieur de la zone de sécurité, il devrait «assumer tous les risques et responsabilités qui y sont associés, notamment les blessures, la mort et les dommages aux personnes et aux biens ». Le propriétaire de l’agence a déclaré à la presse en juillet qu’il se trouvait à environ 240 mètres de l’entrée de la lave dans l’océan et qu’il était en train de quitter la zone au moment de l’explosion.
Les plaignants allèguent que pendant plus d’un an avant l’accident, les garde-côtes et le HVO avaient averti Lava Ocean Tours « que la lave a tendance à exploser lorsqu’elle se déverse dans les eaux froides de l’océan et que l’on sait, au vu des données historiques à Hawaii, que de telles explosions peuvent projeter des blocs jusqu’à un mètre de diamètre sur des distances allant jusqu’à 250 mètres. » Par ailleurs, un document fourni par l’accusation démontre que l’agence de voyage continuait à effectuer ses excursions avec des approches à moins de 250 mètres des points d’entrée de la lave dans l’océan, ce qui mettait forcément en danger la santé et la sécurité des passagers en les exposant au risque d’explosion.
Les avocats de l’agence de voyage ont qualifié l’accident d’ »événement volcanique imprévisible en mer… qui s’est produit sans prévenir. » Ils ont ajouté que « les blessures, dommages et / ou pertes… occasionnés au cours de l’excursion susmentionnée n’ont été causés ni par une faute, ni par une négligence de la part de ”Lava Ocean Tours. » Ils on également ajouté « que la partie adverse avait elle aussi fait preuve de négligence dans les poursuites engagées » contre Lava Ocean Tours.
Les avocats de la jeune femme ont déposé une requête en rejet de la plainte déposée par l’agence de voyage. La requête inclut une déclaration écrite du propriétaire de l’agence de voyage à la Garde côtière, en date du 2 juin 2017, dans laquelle il contestait la zone de sécurité: « Pendant le temps passé devant les coulées de lave, je ne me suis jamais senti en danger ou menacé. […] Les bateaux d’excursion de lave ne sont pas une exception. Il existe de nombreuses autres agences proposant des excursions extrêmes en bateau, qu’il s’agisse de descendre les rapides d’une rivière en jet-boat, de naviguer près des glaciers, ou de faire de surf sur de grosses vagues. »
Document à l’appui, le père de la jeune femme a déclaré qu’il « n’avait d’aucune manière été averti du risque d’explosion de la lave au cours de l’excursion, ainsi que du risque de blessure pour les passagers ». Il a ajouté: « J’avais mes trois filles avec moi. Deux d’entre elles étaient de jeunes adolescentes. Je n’aurais jamais acheté cette excursion… si on m’avait prévenu que la lave pourrait exploser. »
Source: Journaux hawaïens.

On peut tirer plusieurs conclusions de cet accident du mois de juillet 2018. Il montre qu’une telle excursion devant l’arrivée de la lave en mer comporte des risques et qu’une explosion peut se produire. D’ailleurs, le HVO et la Protection Civile hawaiienne ont mis constamment en garde sur ce risque d’explosion le long du littoral.

Le propriétaire de la compagnie est bien sûr en tort car il s’est approché trop près (240 mètres) du site où la lave arrivait dans la mer alors que les gardes-côtes imposaient une distance de sécurité de 300 mètres. Aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec la loi !

Je pense aussi qu’il est nécessaire, avant d’entamer ce genre d’excursion, de faire signer une décharge aux clients en les invitant à dégager l’agence de toute responsabilité en cas de problème. Cela suppose, bien sûr, que l’organisateur de l’excursion respecte les normes de sécurité, ce qui ne semble pas avoir été le cas au moins de juillet 2018.

En tout état de cause, je conseille vivement aux participants d’un voyage aux Etats-Unis de posséder une assurance et de vérifier les modalités de prise en charge en cas d’accident. Il n’y a pas de sécurité sociale aux Etats-Unis au sens où on l’entend en France. En cas d’hospitalisation, il faut payer les frais médicaux directement à l’hôpital.

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Remember: in July 2018, during the Kilauea eruption, an explosion occurred at Kapoho, on the shore of Hawaii Big Island, in the place where lava was flowing into the ocean. As this may occur from time to time, a sudden violent explosion, caused by the contact between lava and sea water, hurled a profusion of bombs some of which landed on a tour boat and injured tourists on board. A 20-year-old Illinois woman was seriously injured and her family is now suing the tour company and its owner in state court. The other passengers in the tour boat suffered minor burns and scrapes. The tour boat company has now to go to court and is accused of negligence by the young woman’s family.

The young woman was hit by a lava bomb estimated at between 30 end 60 centimetres in diameter. It broke her thigh bone, tibia and pelvis and left her with other injuries that required her to undergo three surgeries at a hospital in Honolulu. The family said in court filings her medical expenses are “in excess of $400,000.” The woman is expected to continue accruing additional medical expenses for the foreseeable future.

The tour company – Lava Ocean Tours – and its owner are accused of negligence in piloting the sightseeing boat too close for safety to the lava ocean entry and not adequately warning potential passengers of the tour’s potential hazards. According to the suit, the owner had applied for and was granted permission to navigate his vessels inside a 300-metre safety zone from lava ocean entry points the U.S. Coast Guard had established to protect people and vessels from exploding molten rock. However, the Coast Guard had warned the owner of Lava Ocean Tours that by entering the safety zone he would have to “assume any and all risks and liabilities associated therewith, including but not limited to: injury, death and damage to persons or property.” The owner told the press in July he was about 240 metres from the lava ocean entry and was in the process of leaving the zone when the explosion occurred.

The plaintiffs allege that for more than a year before the incident, the Coast Guard and Hawaiian Volcano Observatory had warned Lava Ocean Tours “that lava has a propensity to explode when it flows into cool ocean waters, and that historical data in Hawaii showed such explosions had been known to hurl lava rocks as much as a metre wide across distances as great as 250 metres. Nevertheless, according to a document, the boat tour company continued to take their tours much closer than 250 metres to lava entry points, thereby gambling with their passengers’ health and safety and exposing passengers to the risk of exactly the kind of explosion that occurred.

The tour company’s lawyers called the incident “an unforeseeable offshore volcanic event … which occurred without warning” and added, “any injuries, damages and/or losses resulting … or otherwise arising out of the aforementioned voyage were neither caused nor contributed to, by any fault, negligence or neglect on the part of” Lava Ocean Tours. It also alleged “that any claimants were themselves negligent in and about the matters alleged in any related claims or actions” against Lava Ocean Tours.

The young woman’s lawyers have filed a motion to dismiss the tour company’s complaint. The motion includes written testimony by the owner of the boat tour company to the Coast Guard in opposition to the lava safety zone, dated June 2nd, 2017, in which he said: “During my time at the lava flows I have never experienced a moment where I felt unsafe or threatened. … Lava tour boats are not alone there are many operations who provide extreme boat tours whether you want to go jet boating river rapids, cruise up next to glaciers, go big wave surfing.”

In a supporting document, the woman’s father said he was “given no warning about any risk that the lava we would be seeing might explode or possibly injure the passengers in some other way.” He added: “I had my three daughters with me. Two of them were young teens. I would never have taken on this trip … if I had been warned that the lava could explode.”

Source: Hawaiian newspapers.

L’arrivée de la lave en mer est très spectaculaire, mais elle peut devenir explosive et présenter un danger (Photos: C. Grandpey)

Histoire de banquettes, deltas et plates-formes à Hawaii // A story of benches, deltas and shelves in Hawaii

L’histoire en question est celle des entrées de lave sur la Grand Ile d’Hawaii, comme celle que l’on pouvait encore observer il y a quelques jours sur le site de Kamokuna. Plusieurs mots ou expressions ont été utilisés pour désigner la formation de cette nouvelle terre.
Il y a quelques années, « banquette » était le terme communément utilisé pour désigner l’accumulation de lave à son entrée dans l’océan. Les géologues ont abandonné ce mot parce que la définition géologique d’une banquette ne correspond pas au processus par lequel de nouvelles terres se forment quand la lave entre dans la mer.
« Delta de lave » est maintenant le terme géologique accepté. Toutefois, comme le mot « banquette » a été utilisé pendant de longues années, il est parfois difficile d’adopter un nom différent pour désigner la nouvelle terre en formation lors de l’entrée de la lave dans l’océan.
Dans un article intitulé Volcano Watch, publié régulièrement sur le site web de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO), les scientifiques tentent de mettre fin à la confusion entre les termes désignant l’entrée de la lave dans l’océan. Ils en profitent aussi pour décrire les processus par lesquels les deltas de lave se forment et évoluent.
« Banquette » n’est pas un terme approprié. En effet, pour les géologues, les banquettes sont des éléments d’érosion, alors que les deltas sont des éléments de dépôt, formés par l’accumulation de nouveaux matériaux.
Les banquettes côtières sont des terres presque horizontales formées généralement par l’érosion des vagues sur de longues périodes. Ces structures plates et étroites se forment à la base des falaises près du niveau de marée haute. À Hawaii, Hanauma Bay (l’un de mes spots de snorkelling préférés !) est l’exemple d’une banquette qui a découpé la paroi sud d’un anneau de tuf tout près de Koko Head sur l’île d’Oahu. En outre, le mot banquette est également utilisé pour désigner le niveau de lave dans un tunnel.
«Plate-forme» est un autre terme fréquent, mais erroné, utilisé pour décrire l’entrée de la lave dans l’océan. Une plate-forme est une élévation peu profonde et presque horizontale de la croûte continentale qui s’étend au-dessous du niveau de la mer au large des côtes à partir du continent. On peut observer de telles plates-formes au large des îles d’Hawaii, mais elles sont généralement beaucoup plus vastes que les deltas de lave.
Contrairement à l’origine érosive d’une banquette, un « delta de lave » est un dépôt construit par accumulation de lave près de la base de la falaise littorale, au niveau de l’entrée dans l’océan. Pour comprendre ce processus, il faut imaginer un delta, comme celui du Mississippi.  Il se forme lorsque les alluvions sont transportées le long de la rivière, puis se déposent là où la rivière pénètre dans un plus grand corps d’eau stagnante ou plus lente, comme un océan. La lave qui circule dans un tunnel se comporte comme une rivière; elle circule jusqu’à la côte où elle pénètre dans l’océan.
Lorsque la lave à une température d’environ 1140°C s’écoule dans l’océan, elle se refroidit rapidement, créant une interaction potentiellement explosive. De petites explosions et les assauts des vagues décomposent la lave en petits morceaux de roche et de sable qui se déposent ensuite au fond de la mer au-dessous de l’entrée de la lave dans l’océan. L’accumulation de ces matériaux forme la base instable sur laquelle reposent les deltas de lave.
Au fur et à mesure que le delta de lave continue de croître, son front peut commencer à s’affaisser, car le poids croissant du delta déstabilise ses fondations. Quand un delta de lave devient trop lourd, ou se brise par gravité, il s’effondre, partiellement ou complètement.
Au cours de ce processus, des explosions se produisent fréquemment, avec des projections de matériaux incandescents à la fois vers l’intérieur des terres et vers la mer, avec des risques pour les visiteurs. Ces dangers ont déjà été expliqués à plusieurs reprises.
Source: USGS / HVO.

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The story deals with lava entries on Hawaii Big Island, like one that could be observed at Kamokuna a few days ago. Several words or expressions have been used to refer to this formation of a new land.

A few years ago, “bench” was the term commonly used for the accumulation of lava at an ocean entry. But geologists have moved away from that word, because the geologic definition of a bench does not agree with the process by which new land forms when lava enters the sea.

“Lava delta” is now the accepted geologic characterization. But, because the word “bench” was used for so long, it can be hard to transition to a different name for the new land formed at an ocean entry.

In an article entitled Volcano Watch which is regularly released on their website by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO), scientists try to help resolve any confusion about what new land at an active ocean entry should be called, and to describe the processes by which lava deltas form and evolve.

Bench” is considered as a wrong word. Indeed, to geologists, benches are erosional features, whereas deltas are depositional features, formed by the accumulation of new material.

Coastal benches are nearly horizontal terrains commonly formed by wave erosion over long periods of time. These flat and narrow features form at the base of sea cliffs near the high tide mark. In Hawaii, Hanauma Bay is an example of a bench that cut into the southeast wall of a tuff ring next to Koko Head on the Island of Oahu. Besides, the word bench is also used to refer to the level of lava within a tunnel.

Referring to a lava delta as a “shelf” is another common, but misguided, term that is used to describe the ocean entry feature. A shelf is a nearly horizontal, shallow ledge of continental crust that extends below sea level off the coast of a land mass. Island shelves can be found off the coast of the Hawaiian Islands as well, but they are generally much larger than lava deltas.

In contrast to the erosional origin of a bench, a “lava delta” is a depositional feature built by the accumulation of lava near the base of the sea cliff at an ocean entry. To understand this process, one should picture a river delta, like that of the Mississippi. It forms when alluvium is transported down the river and then deposited where the river enters a larger body of standing or slower-moving water, such as an ocean. Molten lava insulated in a tube is like a river. It is transported to the coast, where it enters the ocean.

As the approximately 1140-degree Celsius (2080-degree Fahrenheit) lava flows into the ocean, it quickly cools, creating a potentially explosive interaction. Small explosions and surf action break the lava into smaller pieces of rubbly rock and sand, which are then deposited onto the sea floor beneath the ocean entry. The accumulation of this unconsolidated material produces the unstable foundation on which lava deltas are built.

As a lava delta continues to grow, its front can begin to subside, because the increasing weight of the delta causes its rubbly foundation to shift. When a lava delta becomes too heavy, or is undercut downslope, it collapses, either partially or completely.

When a lava delta collapses, it can trigger explosions that throw blocks of solid rock and fragments of molten lava both inland and seaward, with hazards to the visitors. They have been explained many times before.

Source: USGS / HVO.

Delta de lave sur la Grande Ile d’Hawaii

Hanauma Bay, sur l’île d’Oahu

(Photos: C. Grandpey)

La sécurité sur le site de Kamokuna (Hawaii) // Safety at the Kamokuna lava entry (Hawaii)

Comme je l’ai écrit précédemment, le delta de lave sur le site de Kamokuna est susceptible de s’effondrer à tout moment et sans prévenir. Le HVO indique que plusieurs grandes fractures parcourent le delta sur toute sa largeur, parallèlement au littoral. Il est évident que ces fractures augmentent la probabilité d’un effondrement du delta. Une vidéo illustre la situation:
https://youtu.be/rt8rDdT5wO0

La Garde côtière continue d’assurer la sécurité des eaux navigables autour de l’entrée de lave. La zone de sécurité englobe toutes les eaux s’étendant à 300 mètres de l’entrée de la lave dans l’océan, dans toutes les directions.
Selon le HVO, d’importantes projections accompagnent les effondrements et peuvent aller dans toutes les directions, y compris dans la mer. En conséquence, un rayon de 300 mètres a été défini comme zone de danger autour du point d’entrée de la lave dans l’océan, que ce soit à l’intérieur des terres ou dans l’océan.
Sur terre, la zone de sécurité a été délimitée par des cordes. Toute personne non autorisée y pénétrant s’expose à des amendes allant jusqu’à 88 000 dollars ou un délit de catégorie D.
La mise en place de la zone de sécurité a débuté le 28 mars et devrait expirer le 28 septembre 2017.

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As I put it before, the lava delta at the Kamokuna lava entry might collapse at any moment and without warning. HVO indicates that several large cracks have developed in the lava delta, running parallel to the coastline and spanning the width of the delta. A video illustrates the situation:

https://youtu.be/rt8rDdT5wO0

The Coast Guard continues to enforce the temporary Kamokuna Lava Delta Safety Zone for the navigable waters surrounding the lava entry. The safety zone encompasses all waters extending 300 metres in all directions around the entry of the lava flow into the ocean.

According to HVO, large and dense fragments ejected during delta collapses can be thrown in all directions from the point of collapse, including out to sea. As a consequence, a radius of 300 metres was determined as a reasonable minimum high hazard zone around a point of ocean entry, inland or out to sea.

On land, the safety zone has been cordoned off. Anyone getting into the safety zone could face fines up to $88,000 or a Class D felony.

Enforcement of the safety zone began March 28th and is set to expire onn September 28th 2017.

Crédit photo: HVO

Première approche de l’entrée de lave dans le Pacifique // First approach of the lava entry in the Pacific Ocean

L’arrivée de la lave en mer sur le site de Kamokuna est un spectacle extraordinaire, même si la cascade – le fameux « firehose » – a cessé de déverser ses millions de mètres cubes de magma dans l’Océan Pacifique. A l’heure actuelle, ce sont plusieurs ruisseaux de lave qui arrivent sur le littoral où ils ont commencé à façonner une nouvelle banquette.

On peut apercevoir la lave depuis le point d’observation aménagé par le Parc des Volcans à environ 800 mètres du site, mais le meilleur moyen de profiter du spectacle est d’acheter une excursion en bateau dans l’une des agences qui sont nées au cours des derniers mois. Il vous en coûtera entre 180 à 300 dollars (sensiblement l’équivalent en euros), selon la compagnie et selon l’heure choisie.

J’ai approché la lave en bateau pour la première fois en février 1998. A l’époque, les agences locales n’existaient pas. Je m’étais rendu à Hawaii en compagnie de Guy de St Cyr* et quelques autres volcanophiles. La lave arrivait dans l’océan et Guy s’était mis en tête (son entêtement est remarquable !) d’aller faire une virée en bateau pour assister au spectacle. Profitant de mon bilinguisme, il m’a carrément ordonné de trouver un pêcheur ou un plaisancier susceptible d’effectuer cette excursion. Une visite au port de Hilo m’a permis de rencontrer un couple de retraités sur leur bateau. Il leur était impossible de nous conduire devant la lave mais ils m’ont conseillé de me rendre dans un petit port de pêche dans le district de Puna, sur la côte sud-est de la Grande Ile. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous sommes arrivés dans ce petit port près duquel pousse la mangrove et où les tortues nagent paisiblement, tandis que les vagues déferlent sur le rivage, pour le plus grand bonheur de quelques surfeurs locaux. Un petit air de paradis. Continuant ma mission, j’ai accosté un pêcheur qui radoubait un bateau et lui ai fait part de notre désir de voir la lave entrer dans l’océan. Il m’a conseillé d’aller voir son patron qui travaillait sur une autre embarcation à quelques centaines de mètres de là. Le pêcheur connaissait ce genre d’excursion en mer car quelques années auparavant il avait conduit une équipe de télévision devant la lave. Il avait toutefois des doutes sur le sérieux de ma demande et je dus insister pour lui prouver que nous n’étions pas des rigolos. Il me demanda le nom de mon hôtel et le numéro de ma chambre et me dit qu’il me téléphonerait le soir même à 22 heures. Si je répondais, il nous donnait rendez-vous dans ce même lieu le lendemain à 10 heures. Nous sommes convenus du prix qui, autant que je me souvienne, devait tourner autour de 50 dollars par personne. Le soir même, le téléphone sonnait dans ma chambre et c’est ainsi que notre petit groupe – qui (avec autorisations) avait bien failli ne pas ressortir du Pu’uO’o la veille** – eut la chance de pouvoir admirer la lave en mer. Guy me demanda de ne pas divulguer les coordonnées du pêcheur, ce qui lui permit d’être le premier à proposer cette prestation à ses clients. Depuis 1998, le choses ont beaucoup changé…et les tarifs aussi

* Agence Aventure et Volcans.

**anecdote racontée par Guy de St Cyr dans son livre D’un volcan à l’autre.

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The lava entry at the Kamokuna site is an extraordinary sight, even if the famous « firehose » has now stopped spilling millions of cubic meters of magma into the Pacific Ocean. At present, several streams of lava arrive on the coast where they began to build a new bench.
The lava can be seen from the observation point set up by the Park about 800 meters from the site, but the best way to enjoy the show is to buy a boat trip from one of the agencies that appeared in the past few months. It will cost you between 180 to 300 dollars (substantially the equivalent in euros), depending on the company and according to the chosen time.
I approached the lava by boat for the first time in February 1998. At the time, local agencies did not exist. I went to Hawaii with Guy de St Cyr * and a few other volcanophiles. The lava arrived in the ocean and Guy had decided (his stubbornness is remarkable!) to go on a boat trip to watch the show. Taking advantage of my bilingualism, he ordered me to find a fisherman or a boater capable of making this excursion. A visit to the port of Hilo allowed me to meet a couple of retirees on their boat. It was impossible for them to take us to the lava, but they advised me to go to a small fishing port in the Puna district on the southeast coast of the Big Island. No sooner said than done. We arrived in this small harbour near which the mangrove grows and where the turtles swam peacefully, while the waves surged on the shore, to the delight of a few local surfers. A little air of paradise. Continuing my mission, I met a fisherman who was refitting a boat and told him of our desire to see the lava enter the ocean. He advised me to go and see his boss who was working on another boat a few hundred meters away. The fisherman knew this type of excursion at sea because a few years before he had led a television team in front of the lava. He had doubts, however, about the seriousness of my request and I had to insist on proving that we were not joking. He asked me the name of my hotel and the number of my room and told me that he would call me that same evening at 10 pm. If I answered, he would give us an appointment in the same place the next day at 10 o’clock. We agreed on the price, which, as far as I can remember, was about $ 50 per person. That same evening, the phone rang in my room and so our little group – which (with permits) had almost failed to come out of the Pu’uO’o the day before – could admire the lava flowing into the sea. Guy asked me not to divulge the fisherman’s contact details, which enabled him to be the first to offer this service to his clients. Since 1998, things have changed a lot … and prices too!

* Aventure et Volcans.
** anecdote narrated by Guy de St Cyr in his book D’un volcaan à l’autre.

 

Photos: C. Grandpey

Avec une pensée pour le regretté Alain de Toffoli qui faisait partie de notre petit groupe.

Le périmètre de sécurité sur le site de Kamokuna (Hawaii) [suite] // The safety zone at the Kamokuna lava entry (Hawaii) [continued]

Le 28 mars 2017, la Garde côtière hawaiienne a défini une zone de sécurité temporaire dont l’accès ne peut se faire sans l’autorisation préalable de la Garde côtière du Port de Honolulu. La zone de sécurité englobe toutes les eaux s’étendant à 300 mètres dans toutes les directions autour de tous les points d’entrée de la lave dans l’océan sur le site de Kamokuna. Les points d’entrée de la lave varient et la zone varie en conséquence. (Voir ma note du 30 mars 2017).
La Garde côtière a décrit les conditions requises pour solliciter l’autorisation d’entrée dans la zone de sécurité temporaire. Ceux qui souhaitent pénétrerdans la zone de sécurité sont tenus de soumettre une demande écrite au capitaine du Port Honolulu.
Les facteurs pris en compte pour attribuer l’autorisation d’accès à la zone comprennent: l’état matériel du bateau; les équipements de sécurité: la connaissance des procédures générales de sécurité; les procédures de sécurité liées à l’utilisation d’une embarcation près de l’entrée de lave; la connaissance des eaux autour du site ; l’expérience en tant que navigateur accrédité par la Garde côtière.

Quelques agences de voyage s’étaient élevées contre ces nouvelles mesures de sécurité. Pas sûr que ces nouvelles conditions d’accès soient faites pour rassurer certaines. En revanche, elles permettront d’admirer la lave avec une meilleure sécurité, même si le célèbre « firehose » a disparu et laissé la place à une entrée de lave plus classique.

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On March 28th 2017, the Coast Guard established a temporary Safety Zone which may not be entered without the prior permission of the Coast Guard of the Port Honolulu. The Safety Zone encompasses all waters extending 300 meters in all directions around all entry points of lava into the ocean associated with the lava flow at Kamokuna. The entry points of the lava vary and the zone will vary accordingly. (See my note of March 30th 2017).

The Coast Guard Captain of the Port has outlined the requirements to request entrance to the Kilauea lava ocean entry temporary safety zone. Those wishing to enter the safety zone are required to submit a written request to the Captain of the Port Honolulu.

The factors that may be considered include: the vessel’s material condition; safety equipment ; general safety practices and procedures; specific safety practices and procedures for operating near the lava ocean entry; familiarity with the surrounding waters; mariner’s experience operating as a Coast Guard-credentialed mariner.

Several travel agencies had protested against the new safety rules. The new conditions are not likely to reassure some of  them. However, they will allow visitors to admire the lave with a greater security.

Vue aérienne de l’entrée de lave à Kamokuna (Crédit photo: HVO)

Hawaii : Les dangers sur le site de Kamokuna (rappel) // The dangers of the Kamokuna lava entry (a reminder)

Un nouvel article écrit par les scientifiques du HVO et publié dans les journaux hawaïens rappelle aux visiteurs les dangers liés à l’entrée de lave sur le site de Kamokuna.
L’entrée de la lave dans l’océan comporte de nombreux dangers. J’ai écrit plusieurs notes à ce sujet, en particulier le 3 février 2017. Les dangers comprennent les explosions qui projettent des débris incandescents, les gaz toxiques contenus dans le panache de vapeur, l’effondrement de la banquette littorale nouvellement créée et de la falaise qui se trouve à proximité. Des effondrements répétés depuis le 31 décembre 2016 ont souligné ce dernier danger.
Les deltas de lave sont extrêmement instables. Ils reposent généralement sur des accumulations de fragments de roche sans aucune solidité. Au fur et à mesure que le delta de lave grandit, cette mauvaise assise ne peut plus supporter le poids de matériaux qui s’ajoute en permanence et un effondrement partiel ou total expédie cette banquette littorale dans la mer. C’est ce qui s’est passé le 31 décembre 2016 lorsque la quasi-totalité du delta de lave ainsi que des portions de la falaise la plus ancienne ont glissé les unes après les autres dans l’océan au cours de l’après-midi et dans la soirée.
De petites explosions ont accompagné plusieurs de ces effondrements lorsque la roche à très haute température est entrée en contact avec de l’eau de mer froide. Ces explosions ont expédié dans l’air des roches, de la vapeur et des lambeaux de lave. De puissantes vagues ont également déferlé lorsque des parties du delta de lave et des falaises avoisinantes se sont effondrées dans l’eau. Certaine vagues ont projeté de l’eau jusqu’à 10 mètres au-dessus des falaises de 15 mètres de hauteur à l’est du delta.
Après les événements du 31 décembre, la zone a continué d’être instable et de profondes fractures ont été observées dans la partie supérieure de la falaise, derrière l’entrée de la lave dans l’océan. Au début du mois de février, des membres du HVO qui travaillaient dans ce secteur ont remarqué un mouvement horizontal du sol jusqu’à une distance de 200 mètres de l’entrée de lave. On ne connaît pas la cause exacte de ce mouvement du sol à une telle distance, mais c’est un signe incontestable de l’instabilité dans ce secteur. Le 2 février 2017, les géologues du HVO ont vu une grande partie de la falaise littorale derrière l’entrée de lave s’effondrer dans l’océan. Heureusement, ils étaient suffisamment loin pour ne pas être blessés.
La nouvelle caméra installée sur le site a enregistré une vidéo spectaculaire de l’événement. Plusieurs heures plus tard, un autre morceau de la falaise s’est également effondré. Cette falaise près de l’entrée de la lave dans l’océan reste instable et d’autres effondrements peuvent se produire à tout moment. Les visiteurs ne doivent pas franchir la corde installée par le Parc des Volcans et les bateaux doivent officiellement maintenir une distance de sécurité. La loi les oblige à rester au moins 300 mètres de l’entrée de lave, mais il semble que cette distance soit rarement respectée, malgré les amendes distribuées par les rangers. Comme je l’ai signalé auparavant, les contrôles ont été renforcés sur les zones les plus dangereuses du Kilauea, comme le site de Kamokuna, le cratère del’Halema’uma’u et le Pu’uO’o sur l’East Rift Zone.

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A new article by HVO scientists released in the Hawaiian newspapers reminds visitors of the dangers related to the lava entry at Kamokuna.

The ocean entry conceals many dangers. I have written several posts about this topic, especially on February 3rd 2017. The dangers include explosions that send debris and molten spatter into the air, toxic gasses in the steam plume and collapse of the newly created land and adjacent sea cliff. Repeated collapses around the ocean entry since New Year’s Eve of 2016 have underscored this last danger.

Lava deltas are inherently unstable. They are typically built on top of loose rock fragments. As the lava delta grows, this poor foundation cannot support the added weight, and partial or wholesale collapse sends chunks sliding into the sea. This is what happened on December 31st 2016 when almost the entire lava delta and portions of the older sea cliff slid into the ocean piece by piece over the course of the afternoon and into the evening.

Small explosions accompanied many of these collapses when newly exposed hot rock came into contact with cold seawater. These sent rocks, steam, and molten lava fragments flying into the air. Large waves were also generated when sections of the lava delta and adjacent sea cliff crashed into the water; some were reported to have splashed as much as 10 metres above the 15-metre cliffs east of the delta.

Since the events of New Year’s Eve, the area has continued to be unstable and large cracks have been observed on top of the cliff behind the ocean entry. In early February, HVO staff working in the area noted gentle swaying of the ground a distance of up to 200 metres away from the entry. The exact cause of this ground motion felt so far away is not known, but it was a clear warning of instability. On February 2nd 2017, HVO geologists witnessed a large section of the sea cliff behind the ocean entry falling into the ocean. Fortunately, they were far enough away to be unharmed.

The newly placed camera recorded a dramatic video of the event.  Several hours later, another piece of the sea cliff also collapsed. The sea cliff near the ocean entry remains unstable and further collapses could occur at any time. Visitors should heed the rope line established by Hawaii Volcanoes National Park at all times and maintain a safe distance when viewing by boat. The raft should stay at least 300 metres from the entry, but it seems this distance is rarely respected, despite the fines distributed by the rangers. As I put it before, controls have been reinforced on the most dangerous areas on Kilauea Volcano, including the Kamokuna lava entry, Halema’uma’u Crater and Pu’uO’o on the East Rift Zone.

Exemple de fracture de la falaise littorale sur le site de Kamokuna (Photo : USGS / HVO)

La température de l’eau à l’entrée de lave de Kamokuna (Hawaii) // Water temperature at the Kamokuna lava entry (Hawaii)

drapeau-francaisBeaucoup de gens sont surpris quand ils voient des photos montrant un bateau s’approchant très près de l’entrée de lave sur le site de Kamokuna. Ils pensent que l’eau très chaude pourrait endommager le bateau et brûler les passagers s’ils y plongeaient la main. Le HVO a mis en ligne deux photos qui expliquent ce qui se passe à proximité de l’entrée de lave.

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Sur la gauche, on peut voir une photo normale de l’entrée de lave dans l’océan. Elle génère un volumineux panache de vapeur et donne naissance à une zone d’eau décolorée devant le point d’entrée.
Sur la droite, une image thermique montre cette même zone avec les températures. La température à l’endroit où l’eau est décolorée est d’environ 55°C (130°F), alors que l’eau qui se trouve autour est beaucoup plus froide avec 25°C (77°F) qui est la température moyenne de l’eau sur le littoral hawaïen.
De ma propre expérience, je peux confirmer que l’eau près de l’entrée de lave est très chaude et je ne conseille pas aux touristes d’y plonger la main. Outre le risque de brûlure, le contact entre la lave et l’eau de mer peut provoquer des explosions et des matériaux encore incandescents peuvent être projetés loin en mer et à l’intérieur des terres. C’est la raison pour laquelle le HVO a demandé aux pilotes des bateaux et des hélicoptères de rester à bonne distance de l’entrée de lave. À en juger par les photos sur les journaux locaux, cette recommandation est rarement suivie!

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drapeau-anglaisMany people are surprised when they see photos showing a boat coming very close to the lava entry on the Kamokuna site. They think the water is very hot and might damage the boat, or burn the passengers if they put their hands in the water. HVO has released two pictures (see above) that explain what happens when you get near the lava entry.

On the left, one can see a normal photo of the ocean entry, which produces a robust steam plume and an area of discoloured water extending out from the entry point.

On the right, a thermal image shows this same area of water with the temperatures. The temperature at the place where the water is discoloured is about 55°C (130°F), whereas the neighbouring water is much colder with a temperature of 25°C (77°F), which is the average water temperature on the Hawaiian seashore.

From my own experience, I can confirm that the water close to the entry is quite hot and I would not advise tourists to put their hands in it. Beside the risk of getting burnt, the contact between lava and sea water may trigger explosions and hot material can be ejected far away out at sea and inland. This is the reason why HVO has asked the pilots of the boats and the helicopters to keep a safe distance from the entry. Judging from the photos on the local newspapers, this recommendation is rarely followed!

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Photo montrant les différentes couleurs de l’eau de mer à proximité d’une entrée de lave à Hawaii (Photo: C. Grandpey)