Crue glaciaire en Islande // ‘Jökulhlaup’ in Iceland

Les jökulhlaup, ou crues glaciaires, sont un phénomène fréquent en Islande. Ces crues sont causées par l’activité géothermale sous les glaciers. L’élévation soudaine de la température fait fondre la glace de sorte que les rivières issues des glaciers peuvent déborder très soudainement. Le Met Office islandais surveille de près le phénomène et plus particulièrement la conductivité électrique dans les rivières.
Un jökulhlaup affecte actuellement la rivière Skaftá. Les inondations de cette rivière ont leur origine dans deux chaudrons de glace creusés par l’activité géothermale quasi permanente sous le Vatnajökull. En moyenne, les chaudrons se vidangent tous les deux ans en produisant des crues pouvant atteindre 1 500 mètres cubes par seconde. Lorsque l’intervalle entre les crues est court, elles ont tendance à être moins importantes. Le chaudron le plus à l’Est est responsable des crues les plus significatives. La rivière a débordé au moins 58 fois depuis 1955, en sachant que chaque chaudron se vide généralement tous les deux ans.
La conductivité électrique de la rivière Skaftá a augmenté, ainsi que le niveau de l’eau à Sveinstindur, le matin du 1er septembre 2021.En plus de l’élévation du niveau de l’eau et de l’augmentation de la conductivité électrique, le Met Office islandais signale également une odeur de soufre. Les dernières données laissent supposer que l’origine de la crue se trouve dans le chaudron de glace occidental du glacier qui a déjà provoqué un jökulhlaup en septembre 2019. Ce chaudron produit généralement des crues moins importantes que celui de l’Est.
Le débit de la Skaftá au niveau de Sveinstindur était d’environ 290 m3/s à midi le 1er septembre, et le Met Office pense que le débit maximal ne dépassera pas 750 m3/s. Cependant, il est possible que l’eau s’écoule du chaudron Est à la suite de la crue issue du chaudron Ouest, comme cela s’est produit en août 2018.
En conséquence, il est important que les personnes qui voyagent dans la région soient tenues informées de la situations :
Des crues sont probables sur la Skaftá au cours des deux à trois prochains jours.
L’hydrogène sulfuré (H2S) s’échappe des eaux de crue lorsqu’elles sortent de la calotte glaciaire du Vatnajökull. Le gaz est concentré en bordure de la glace, avec des niveaux potentiellement toxiques. Les touristes doivent rester à l’écart des bords du Skaftárjökull, du Tungnaárjökull et du Síðujökull pendant la crue.
Des crevasses peuvent se former rapidement autour des chaudrons de glace. Il est donc fortement conseillé de ne pas s’approcher de la zone, en particulier la partie inférieure du Skaftárjökull et du Tungnaárjökull, où les eaux de crue peuvent jaillir soudainement.
Source : Iceland Review.

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Jökulhlaup, or glacial outburst floods, are a frequent phenomenon in Iceland. They are caused by geothermal activity beneath the glaciers. Thesudden rise in temperature melts the ice so that the rivers coming from the glaciers may overflow very suddenly. The Icelandic Met Office is closely monitoring the phenomenon and more specifically the electric conductivity in the rivers.

A jökulhlaup is cuurently taking place in the Skaftá River. Such glacial floods are sourced from two ice cauldrons, formed due to persistent geothermal activity beneath Vatnajökull. On average, the cauldrons drain every two years, producing floods of up to 1,500 cubic metres per second. When the interval between floods is short, the flood tends to be smaller. The eastern cauldron is responsible for the largest floods. The river has flooded at least 58 times since 1955, with each cauldron usually draining at a two-year interval.

Electrical conductivity readings from the Skaftá River have increased and water levels by Sveinstindur have increased in the morning of September 1st, 2021. In addition to rising water levels and increased electrical conductivity, the Iceland Meteorological Office has also been notified of sulfuric smell. Data suggests that the flood origin is in the western ice cauldron in the Vatnajökull glacier, which last flooded in September 2019. The western ice cauldron usually produces smaller floods than the eastern one.

The flow of Skaftá by Sveinstindur was around 290 m3/s at noon on September 1st, but the Met Office doesn’t expect the maximum flow during this flood to surpass 750 m3/s. However, there is a possibility that water drains from the eastern ice cauldron on the heels of the current flood from the western one, as happened in August 2018.

It’s important that everyone who is travelling in the flood area is conscious of the situations that can arise and that travellers are well informed of the situations:

Flood conditions are expected in Skaftá over the next two to three days.

Hydrogen sulphide (H2S) is released from the floodwater as it drains from the Vatnajökull ice-cap. The gas is particularly potent at the ice margin, where concentrations will reach poisonous levels. Travellers must stay away from the edges of Skaftárjökull, Tungnaárjökull and Síðujökull while the flood occurs.

Crevasses will develop rapidly around the ice cauldron, so travellers on Vatnajökull should stay away from the region, including the lower part of Skaftárjökull and Tungnaárjökull, where floodwater could burst through the surface.

Source: Iceland Review.

Photo: C. Grandpey

Crue glaciaire du Langjökull (Iceland) // Glacial flood of Langjökull (Iceland)

Le 11 mai 2020, j’ai publié une note sur la fonte des glaciers en Islande. J’écrivais que depuis l’an 2000, la superficie des glaciers islandais a diminué d’environ. 800 km2 et de près de 2200 km2 depuis la fin du 19ème siècle, époque où les glaciers ont atteint leur extension maximale depuis la colonisation du pays au 9ème siècle.
La surface glaciaire a en moyenne diminué d’environ. 40 km2 par an ces dernières années et les glaciers ont reculé de plusieurs dizaines de mètres en 2019. Le Hagafellsjökull, qui appartient à la calotte glaciaire du Langjökull, ainsi que le Síðujökull et le Tungnárjökull qui font partie de la calotte glaciaire du Vatnajökull, détiennent le record de recul pour 2019, avec 150 m de recul en une seule année.
Le Langjökull (islandais pour «long glacier») est la deuxième plus grande calotte glaciaire d’Islande, après le Vatnajökull. Il est situé dans la partie ouest de l’intérieur islandais ; on le distingue parfaitement quand on avance le long de l’Haukadalur. Le point culminant de la calotte glaciaire se situe à environ 1 450 m au-dessus du niveau de la mer.
Les températures dans la région ont été anormalement chaudes au cours des dernières semaines et une soudaine crue glaciaire – jökulhlaup en islandais – du Langjökull a eu lieu dans la nuit du 17 au 18 août 2020. On pense qu’elle s’est produite lorsqu’un barrage qui retenait un lc sous-glaciaire s’est rompu dans la partie nord-ouest du glacier. Une grande quantité d’eau s’est déversée dans la rivière Svartá dont le niveau est généralement bas à cette époque de l’année. Une jauge de niveau près de la cascade de Kljáfoss sur la rivière Hvítá a révélé une triple élévation du niveau de l’eau.
Le Met Office estime que le volume d’eau qui s’est échappé du glacier avant de se déverser dans la rivière Svartá, puis la rivière Hvítá près de Húsafell, a atteint 3,4 millions de mètres cubes en 24 heures. L’ampleur de cette crue glaciaire était telle que l’eau atteignait presque les poutres du pont sur la Hvítá près de Húsafell. La rivière a charrié une grande quantité de sédiments et les agriculteurs qui possèdent des terres en aval de la Hvítá ont découvert de nombreux cadavres de saumons dans leurs champs.
Les scientifiques vont se rendre sur le terrain pour vérifier si les chenaux creusés par la rivière se sont modifiés de façon permanente et pour évaluer le danger que les crues glaciaires sont susceptibles de poser à l’avenir. En effet, lorsque des changements se produisent, il faut parfois réévaluer les routes, les ponts et toutes sortes de structures près des glaciers et des rivières glaciaires.
Source: Iceland Review, Icelandic Met Office.
Les crues glaciaires sont assez fréquentes en Islande. Il y a quelques jours, les scientifiques s’attendaient à un jökulhlaup sur le volcan Grimsvötn, mais cela ne s’est pas produit. Cette fois, c’est au tour du glacier Langjökull….

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On May 11th, 2020, I released a post about glacier melting in Iceland. I wrote that since 2000, the area of Iceland’s glaciers has decreased by about. 800 km2 and by almost 2200 km2 since the end of the 19th century when the glaciers reached their maximum extent since the country’s settlement in the 9th century.

The glacier area has on average shrunk by about. 40 km2 annually in recent years. Glaciers typically retreated by tens of metres in Hagafellsjökull in Langjökull ice cap and Síðujökull and Tungnárjökull in Vatnajökull ice cap hold the 2019 record, retreating by 150 m in this single year.

Langjökull (Icelandic for « long glacier ») is the second largest ice cap in Iceland, after Vatnajökull. It is situated in the west of the Icelandic interior and can be seen clearly when travelling along Haukadalur. The highest point of the ice cap is about 1,450 m above sea level.

Temperatures in the area have been unseasonably warm in the past weeks and a flash flood – or jökulhlaup in Icelandic – from Langjökull glacier took place during the night between August 17th and 18th, 2020. It is believed to have occurred when a dam containing a lagoon on the glacier’s northwestern side broke. A large amount of water streamed into Svartá river whose water level is typically low at this time of year. A water level gauge by Kljáfoss waterfall in Hvítá river showed an almost threefold increase in the water level.

The Met Office estimates the amount of water that cascaded from the lagoon into Svartá river and then Hvítá river near Húsafell amounted to 3.4 million cubic metres in 24 hours. The size of the flood was such that the water level nearly reached the girders of the bridge over Hvítá river near Húsafell. The flood carried a great deal of sediments into the rivers, and farmers who own land farther down Hvítá river have discovered numerous dead salmon in their fields.

Scientists will be checking conditions near the lagoon to see whether river channels have permanently changed and to assess how much risk glacial outburst floods are likely to pose in the future. Indeed, when changes occur, people may be forced to reassess roads, bridges, and all sorts of structures near glaciers and glacial rivers.

Source: Iceland Review, Icelandic Met Office.

Glacial floods are quite common in Iceland. A few days ago, scientists expected a jökulhlaup produced by Grimsvötn volcano, but it did not happen. This time, it is up to Langjökull…

L’Islande et ses glaciers (Source : Wikipedia)

Les effets du changement climatique dans les Alpes (3) : Gestion de l’eau et des risques naturels

Le réchauffement climatique et la fonte des glaciers impliqueront forcément une nouvelle gestion de l’eau qui ne se bornera plus à un simple ajustement aux modifications de l’environnement naturel. Elle devra aussi tenir compte des changements socio-économiques. Dans les régions où l’irrigation agricole est pratiquée, la demande en eau pourrait dépasser les ressources lors d’étés caniculaires et très secs. De nouvelles réglementations sur l’allocation de la ressource hydrique à différents usagers, l’installation de nouveaux réservoirs, et des améliorations techniques devront être mises en place.

Les grands barrages alpins seront affectés dès la deuxième moitié du 21èmesiècle, par le fort retrait attendu des glaciers, les eaux de fonte ne remplissant plus autant les lacs de retenue qu’actuellement. De ce fait, les capacités de stockage pourraient être réduites, avec pour conséquence une diminution de la production hydroélectrique. Il en résultera des difficultés à répondre à une demande en électricité qui se décalera progressivement depuis l’hiver vers l’été, en raison des besoins en climatisation. Cela nécessitera de mettre en place une gestion optimale de l’eau dans le réseau interconnecté des grands barrages, ainsi que des mécanismes économiques permettant d’influencer l’offre et la demande.

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En termes de risques naturels dans les Alpes, l’effet cumulé de précipitations intenses dans les régions de basse et moyenne altitude conduirait à de forts taux d’érosion des pentes. L’augmentation attendue  de précipitations extrêmes devrait entraîner une augmentation de la fréquence et de la sévérité des crues. Ce genre de situation a prévalu dans un proche passé, par exemple en février 1995 lorsque la fonte précoce du manteau neigeux dans les Alpes, associée à des pluies abondantes en Allemagne, ont mené à des crues tout au long du parcours du Rhin.

Il faudra aussi prendre en compte le risque d’effondrements et de lahars provoqués par la fonte du permafrost rocheux en haute altitude. Plusieurs exemples ont récemment été observés en Suisse et en Italie.

Source : Encyclopédie de l’Environnement.

Barrage de Roselend (Savoie) [Crédit photo: Wikipedia]

Eboulement en Suisse (image YouTube)

Islande : Vers la fin de la crue glaciaire // Iceland : Toward the end of the glacial outburst

Dans ma dernière mise à jour sur l’Islande, j’indiquais que la crue glaciaire de la rivière Múlakvísl diminuait lentement. La conductivité de l’eau était tombée à 330 μS / cm. Aucun événement significatif n’est survenu depuis. Le niveau de la rivière retourne lentement à la normale et aucun autre séisme n’a été enregistré.

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In my latest note about Iceland, I indicated that the glacial flood of the Múlakvísl River was slowly declining. Water conductivity had dropped to 330µS/cm. No significant event has occurred since that time. The level of the Múlakvísl River is slowly going back to normal and no other earthquakes have been recorded.