Bye bye la Niche des Drus (Massif du Mont Blanc)

Concentrations de CO2 : 428,96 ppm (27 juillet 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,86 ppb (mars 2026)

La Niche des Drus est une pente de neige et de glace suspendue dans la face nord des Drus à près de 2000 mètres d’altitude. C’est un lieu mythique, mais aussi un symbole du réchauffement climatique en haute montagne.

Crédit photo : Mathurin Vauthier / Alpine Mag

Aujourd’hui, en ce mois de juillet 2026, suite à une succession de canicules, la célèbre niche apparaît méconnaissable. Là où s’accrochait encore, il y a quelques années, une impressionnante langue de neige et de glace, il ne reste plus qu’un mince lambeau blanchi. Personne n’a oublié la triple démonstration parachute-snowboard-parapente de Bruno Gouvy le 11 mai 1986, deux ans après la spectaculaire descente à ski de Guillaume Pierrel.

Quelques intrépides ont également dévalé la Niche à ski, comme dans cette vidéo réalisée le 7 février 2024 :

https://youtu.be/knnOZceBMZo

Les scientifiques expliquent que la Niche des Drus est un tablier de glace qui correspond à la cicatrice d’un ancien écroulement rocheux dans laquelle une zone de glace est venue s’installer Contrairement à un glacier qui avance sur une pente, ce corps de glace est quasiment immobile. Épais de quelques mètres seulement, il reste littéralement collé à la paroi grâce aux températures négatives permanentes du permafrost, cette glace qui assure la cohésion de la roche ainsi que sa stabilité.

La Niche des Drus constitue – ou plutôt constituait – l’un des repères visuels les plus célèbres de la face nord des Drus, parfaitement depuis la vallée de Chamonix.

Cette disparition de la Niche n’est pas vraiment une surprise car il n’y avait déjà quasiment plus de glace ou de neige à la fin des étés caniculaires de 2022 et 2023. On peut donc imaginer qu’il ne restera plus rien du tout à la fin de l’été 2026.

Les alpinistes devront être particulièrement vigilants. En effet, la disparition des tabliers de glace s’accompagne souvent d’une déstabilisation des parois. Le permafrost de roche ne joue plus son rôle de ciment et ne joue plus son rôle de soutien stabilisateur. Gare aux éboulements ! Le géomorphologue Ludovic Ravanel estime toutefois que « la roche semble assez saine. Probablement pas de conséquence à court terme. Mais la disparition de la Niche constitue un symbole de la dégradation de la cryosphère. »

La disparition de la Niche des Drus fait partie du cortège de conséquences du réchauffement climatique en montagne. Ludovic Ravanel ajoute: « En même temps qu’on perd des paysages et des itinéraires d’alpinisme, on perd un patrimoine glaciologique. »  Il faut malheureusement s’attendre à d’autres désillusions.

Source : presse régionale et spécialisée.

Alpinisme et réchauffement climatique

Concentrations de CO2 : 429,79 ppm (08 juillet 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,86 ppb (mars 2026)

Comme je l’ai souligné à plusieurs reprises sur ce blog, le réchauffement climatique impacte profondément nos Alpes. Éboulements et laves torrentielles se multiplient avec le dégel du permafrost de roche. Plusieurs événements de ce type ont été recensés le 18 juin 2026 dans les départements de l’Isère et des Hautes-Alpes (voir ci-dessous).

Les canicules à répétition ont également des conséquences sur la pratique de l’alpinisme. Les guides de haute montagne en France, en Suisse et en Italie arrêtent de fréquenter certaines voies devenues trop dangereuses ou difficiles ; des sentiers sont fermés ou sont fortement déconseillés ; des refuges ferment par manque d’eau, etc. L’effondrement dramatique du glacier de la Marmolada dans les Alpes italiennes le 3 juillet 2022, qui a tué 11 randonneurs, est particulièrement représentatif de la situation.

Le glacier de la Marmolada après l’effondrement (Source: presse italienne)

La thèse de Jacques Mourey (Université Grenoble Alpes) permet de mieux comprendre ce qui se joue avec le réchauffement climatique. Elle est intitulée L’alpinisme à l’épreuve du changement climatique : Évolution géomorphologique des itinéraires, impacts sur la pratique estivale et outils d’aide à la décision dans le massif du Mont Blanc. Vous pourrez la lire en cliquant sur ce lien :

https://theses.hal.science/tel-03510607

Avec la hausse des températures, la moitié des surfaces couvertes par des glaciers ont fondu depuis la fin du Petit Age Glaciaire. Les déstabilisations rocheuses en lien avec la dégradation du permafrost sont plus fréquentes et volumineuses. Comme je l’ai indiqué plus haut, les amas de roches et de sol récemment libérés par ces phénomènes de désenglacement s’érodent et donnent notamment lieu à des glissements de terrains et des laves torrentielles.

Photo: C. Grandpey

Face à ces modifications des milieux, les acteurs professionnels, politiques et scientifiques concernés par la haute montagne ont mis en place une démarche de diagnostic de l’évolution des itinéraires d’alpinisme.

Les impacts du réchauffement climatique sur les itinéraires d’alpinisme et leurs conditions d’ascension ont été étudiés par une comparaison, entre les années 1980 et la période actuelle, avec référence aux courses décrites dans les topo-guides emblématiques de la collection Rebuffat « Les 100 plus belles courses ». Au total, 201 itinéraires répartis dans le massif du Mont-Blanc, les Alpes valaisannes et les Écrins ont été étudiés.

Dans un premier temps, 26 processus géomorphologiques et glaciologiques, liés au réchauffement climatique, qui affectent les itinéraires, ont été identifiés. La traversée des dômes de Miage (3666 m, massif du Mont-Blanc), course classique souvent réalisée en préparation d’une ascension du mont Blanc est par exemple sujette à 20 processus différents. Ainsi, les crevasses y sont de plus en plus présentes, l’arête sommitale est plus fine, la descente ne se fait plus sur de la neige mais sur de la glace. En moyenne, un itinéraire d’alpinisme est affecté par 9 processus différents liés au réchauffement climatique. Les alpinistes doivent donc prendre en considération de plus en plus de paramètres lors de leur préparation à une ascension.

Photo: C. Grandpey

D’une manière générale, les effets du réchauffement climatique sur la haute montagne alpine changent les caractéristiques des itinéraires. Ces modifications les rendent plus dangereux et/ou plus difficiles techniquement ou moins intéressants d’un point de vue esthétique ou technique pour un alpiniste.

Dans chacun des trois massifs, 25 % des itinéraires étudiés ne sont plus fréquentables pendant la période estivale. En été, les conditions sont plus aléatoires, notamment en raison des périodes caniculaires plus précoces, nombreuses et intenses.

Les écroulements et les chutes de pierres sont souvent mis en avant dans la presse comme des processus qui affectent beaucoup les itinéraires d’alpinisme et effectivement ils sont plus fréquents et volumineux en lien avec la dégradation du permafrost. Toutefois, la fonte et l’augmentation de la pente des glaciers et des tabliers de glaces sont les processus qui modifient le plus les conditions d’ascension des itinéraires. Les itinéraires en neige sont les plus affectés par le réchauffement climatique. Les itinéraires rocheux sont, en général, plus préservés. Le report vers des voies rocheuses est d’ailleurs une stratégie d’adaptation régulièrement mise en place par les guides de haute montagne.

Source : Écho Sciences Grenoble.

Le 18 juin, un épisode orageux a provoqué d’importantes coulées de boue et de pierres dans la vallée du Véneon sur la commune de Saint-Christophe-en-Oisans (Isère). A environ 200 mètres après le hameau des Etages, cinq coulées de boue ont coupé la route d’accès à la Bérarde, hameau déjà fortement impacté par une lave torrentielle dans la nuit du 20 au 21 juin 2024 . L’événement n’a pas fait de victimes mais la circulation a été coupée dans les deux sens avant d’être rétablie.

Lave torrentielle de la Bérarde en 2024 (Source: presse régionale)

Ce même jour, un violent orage a causé un éboulement qui a coupé la route du col du Lautaret à Monêtier-les-Bains (Hautes-Alpes). Une voiture a été emportée par la coulée de boue, mais, heureusement, son conducteur est sain et sauf.

Source:presse régionale

La montagne face au réchauffement climatique

Concentrations de CO2 : 431,32 ppm

Concentrations de CH4 : 1945,85 ppb

Un rapport publié le 15 janvier 2026 par le Ministère de la Transition Écologique attire l’attention sur les conséquences du réchauffement climatique dans les montagnes françaises. Il est intitulé « La montagne, en première ligne face au réchauffement climatique. »

Je ne m’attarderai ici que sur la première partie du rapport qui explique les conséquences directes du réchauffement climatique. La deuxième partie suggère des solutions pour faire face à une situation qui se dégrade rapidement. Vous pourrez lire l’ensemble du rapport ministériel en cliquant sur ce lien :

https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne

Le rapport confirme ce que nous savons depuis pas mal de temps : les montagnes figurent parmi les zones de la planète qui se réchauffent le plus vite. Dans les Alpes et les Pyrénées françaises, les températures ont grimpé de + 2°C au cours du vingtième siècle, contre 1,7°C dans le reste de la France. Ce réchauffement a même atteint +2,5° C depuis 1900 dans les Alpes.
Selon les prévisions de Météo France, à 1 200 mètres d’altitude, au train où vont les choses, les températures augmenteraient de +3,4°C en hiver et de +4,7°C en été, contre +3°C et +4°C en moyenne nationale. Cela représente un réchauffement de 10 à 20 % supérieur à la moyenne française.

Évolution de la température moyenne annuelle dans les Alpes françaises (Source : Données HISTALP/Météo France)

Le recul glaciaire constitue la première manifestation spectaculaire du réchauffement climatique. Les glaciers alpins ont perdu 70% de leur volume depuis 1850, dont 10 à 20% depuis 1980 seulement. Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, dans les Pyrénées le glacier d’Ossoue a vu sa surface fondre de 64% entre 1924 et 2019. Même dans les scénarios les plus optimistes, les experts prédisent la disparition des glaciers français, sauf à très haute altitude d’ici la fin du siècle.

Cette fonte s’accompagne de nouveaux dangers : effondrements glaciaires, formation de poches d’eau menaçant les populations, comme à St Gervais, Tignes ou Chamonix.

Le dégel du pergélisol fragilise également les parois rocheuses, multipliant les risques d’éboulements et de glissements de terrain. Dans les massifs du Mont-Blanc, des Écrins et de la Vanoise, plus du tiers des itinéraires sont devenus dangereux ou impraticables à certaines périodes de l’été.

Variation d’épaisseur (en mètres) des glaciers en France (Source : Association Moraine et IGE)

Avec des températures plus élevées, les épisodes de pluie deviennent plus fréquents au détriment des chutes de neige, et la neige présente au sol fond plus rapidement. Depuis cinquante ans, les massifs montagneux français ont déjà perdu près d’un mois d’enneigement. D’ici 2050, selon les prévisions de Météo France, les massifs de moyenne et basse altitude perdraient environ deux mois de neige au sol chaque hiver. En haute altitude, la saison d’enneigement raccourcirait d’un mois. Malgré ce recul général, quelques hivers généreusement enneigés resteront possibles, comme on l’a vu en 2025-2026. À l’horizon 2100, le bouleversement serait encore plus brutal. La présence de neige au sol deviendrait aléatoire à moyenne et basse altitude, rarement présente plus d’un mois consécutif. L’enneigement se limiterait à 1,5 à 3 mois dans les Alpes à 1800 m d’altitude, ne dépasserait pas 1,5 mois dans les Pyrénées à 1 800 m d’altitude. Dans le Massif central, à 1 200 mètres d’altitude, il se limiterait à seulement dix jours.

La baisse de l’enneigement menace directement la viabilité des stations de ski. Sans production de neige artificielle, 90% des stations présenteraient un risque très élevé de faible enneigement dès 2050, et 100% d’ici 2100. Toutefois, la neige artificielle trouve rapidement ses limites. Les fenêtres de froid nécessaires à sa production se réduisent avec le réchauffement. Après 2050, si le réchauffement planétaire dépasse 3°C, la neige de culture ne suffira plus à maintenir les conditions d’exploitation.

Le réchauffement climatique redistribue les précipitations en montagne. En hiver, les pluies s’intensifient et remplacent la neige, augmentant les risques de crues et de glissements de terrain. À l’inverse, les étés deviennent plus secs, privant les cours d’eau d’une ressource cruciale au moment où la demande est la plus forte. Au-delà du tourisme, c’est toute la ressource en eau qui est en jeu avec la raréfaction de la neige. En montagne, le manteau neigeux joue le rôle crucial de réservoir naturel. En fondant progressivement au printemps et en été, il alimente les cours d’eau au moment où les pluies se font rares et la demande plus forte. Sa diminution contribuera donc à réduire la disponibilité en eau dans de nombreuses régions, avec des répercussions sur le pastoralisme, l’hydroélectricité et l’ensemble des activités humaines.

Contrairement au manteau neigeux qui se recrée chaque hiver, les glaciers constituent des réserves d’eau douce accumulées sur des décennies, voire des siècles. En fondant graduellement l’été, ils régulent le débit des rivières lors des périodes les plus chaudes et les plus sèches. Leur disparition programmée ne menace pas seulement l’approvisionnement estival ; elle prive définitivement les bassins versants d’un tampon régulateur irremplaçable.

 La Mer de Glace, symbole de la catastrophe glaciaire dans les Alpes

On vous avait prévenus !

Cela fait des années que je fais partie de ceux qui alertent sur le réchauffement climatique et mettent en garde sur ses conséquences. À titre personnel, c’est en survolant et visitant les zones glaciaires en Alaska que j’ai pris conscience de l’ampleur du phénomène. Comme je l’ai déjà écrit, l’Arctique se réchauffe 3 ou 4 fois plus vite que le reste de la planète.

Glacier Columbia en Alaska (Photo: C. Grandpey)

J’ai eu confirmation de la fonte des glaciers dans les Alpes où je me rends régulièrement depuis ma tendre enfance. Les photos du glacier des Bossons et de la Mer de Glace devraient alerter l’ensemble de la population et clouer le bec aux climatosceptiques.

La Mer de glace, une mer morte (Photo: C. Grandpey)

Les effets du réchauffement climatique se font véritablement sentir depuis les années 1970. Le nombre de catastrophes ne fait que s’amplifier et va de pair avec l’accroissement phénoménal des émissions et concentrations de CO2 dans l’atmosphère. La Courbe de Keeling à laquelle je fais souvent référence devrait, elle aussi, alerter ceux qui nous gouvernent.

Les concentrations de CO2 dépassent actuellement les 429 ppm, ce qui est énorme (Source: Scripps Institution of Oceanophaphy)

Mais non ; les politiques (ceux à la tête des États) se plaisent à pratiquer la politique de l’autruche et se passent la patate chaude du réchauffement climatique sans vraiment prendre les mesures qui s’imposent. D’ailleurs, on ne parle plus aujourd’hui de mesures préventives, mais de mesures d’adaptation aux conséquences du réchauffement climatique. Pourtant, nous en prenons régulièrement plein la figure. Les inondations catastrophiques qui ravagent plusieurs régions de France nous montrent l’ampleur de la crise climatique. L’expression à la mode est « Du jamais vu ! ». mais que, malheureusement, on reverra.

Certains disent que ces inondations sont une bonne chose pour lutter contre la sécheresse. Sauf que les sols inondés n’absorbent plus l’eau de pluie qui va directement dans l’océan. Comme l’a indiqué sur France Info, Esther Crauser-Delbourg, économiste de l’eau et fondatrice de Water Wiser, cette pluie abondante « ne nous assure pas d’avoir un été tranquille », sans sécheresse. « Si jamais en mars ou en avril il y avait une forme de sécheresse et si l’été devient caniculaire, on pourrait à nouveau parler d’enjeux de sécheresse. »

Source : presse régionale

Le mois de février a été doux et humide en France, ce qui a favorisé d’abondantes chutes de neige en montagne, avec des avalanches à la clé, mais il ne faut pas se tromper. Cela ne met pas à l’abri les stations de basse et moyenne montagne de difficultés dans les prochaines années. La limite pluie-neige s’élevant régulièrement, l’or blanc ne durera pas éternellement. Même chose pour les glaciers dont la zone d’alimentation ne parvient plus à générer la glace nécessaire à leur survie.

Dernier point à ne pas oublier, les catastrophes climatiques auxquelles nous sommes confrontés vont nous coûter un argent fou. S’agissant des inondations, une fois l’eau retirée, il va falloir panser les plaies et les compagnies d’assurance vont devoir débourser des sommes colossales. Comme l’a indiqué Esther Crauser-Delbourg, la facture de ces intempéries sera extrêmement chère et s’élèvera à plusieurs milliards d’euros. « Le problème, c’est que les fonds de subvention de l’État ne se comptent qu’en millions donc on n’a pas assez d’argent pour couvrir ». L’économiste recommande d’« investir encore plus d’argent sur l’adaptation pour ne pas que cela se reproduise ». Pas évident au vu de l’état des finances françaises en ce moment. Les primes d’assurances vont sérieusement augmenter ; cela ne fait guère de doute !