Nouveau paroxysme sur l’Etna (Sicile) // New paroxysm at Mt Etna (Sicily)

La hausse de l’activité strombolienne que j’ai signalée ces deux derniers jours le laissait entrevoir; un nouveau paroxysme a secoué la Voragine de l’Etna ce 4 août 2024 au matin, avec la même évolution que lors des événements précédents : activité strombolienne évoluant en fontaines de lave et un panache de cendres qui, ce matin, se dirigeait vers l’ESE où les habitants devront à nouveau sortir les balais! Reste maintenant à savoir où se produira le prochain événement éruptif: Sicile ou Islande, en sachant que le Kilauea (Hawaii) n’a pas forcément dit son dernier mot!

Image thermique du paroxysme (Source: INGV)

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The increase in Strombolian activity that I reported in the last two days suggested that a new paroxysm would occur at Mt Etna’s Voragine. It did on the morning of August 4th, 2024, with the same evolution as during the previous events: Strombolian activity evolving into lava fountains and an ash plume that, this morning, was heading ESE where people will have to get out their brooms again! Let’s see now where the next eruptive event will occur : Sicily or Iceland, knowing that Kilauea (Hawaii) has not necessarily said its last word!

Source: INGV

Nouvelles règles d’accès à l’Etna (Sicile)

De nouvelles règles et procédures d’accès à la zone sommitale de l’Etna ont été définies au cours d’une réunion qui s’est tenue dans la matinée du mardi 30 juillet 2024 à la préfecture de Catane.

Alerte Etna, les nouvelles procédures :
Le Préfet a insisté sur la nécessité d’actualiser les procédures d’alerte au risque volcanique et d’utilisation de la zone sommitale de l’Etna en vigueur actuellement, et adoptées par arrêté préfectoral en date du 4 avril. 2013.
Selon le Préfet, ces changements sont nécessaires en raison de la nouvelle morphologie des cratères sommitaux et de la dynamique des récentes éruptions.
De son côté, le directeur de l’INGV a expliqué, sur la base de données scientifiques, quels changements se sont produits dans la zone sommitale suite aux éruptions survenues ces dernières années. Les éruptions ont contraint à modifier et à élargir les limites de la zone Jaune, la zone la plus dangereuse du volcan, pour assurer de meilleures conditions de sécurité. Le directeur de l’INGV a également précisé que dans la phase actuelle d’activité, la zone Jaune est interdite, quel que soit le niveau d’alerte du volcan. L’interdiction est décrite dans l’ordonnance de la Protection Civile du 3 juillet 2024. En l’absence d’alerte spécifique, les activités dans le reste de la zone sommitale restent autorisées.
Le responsable de la Protection Civile Régionale en charge des risques sismiques et volcaniques a clarifié les modalités de fonctionnement du nouveau système d’alerte de l’Etna. Il prévoit trois niveaux de risque progressifs – F0, F1, F2 – déterminés en fonction du danger des éruptions. .
Lors du passage du niveau F0 au niveau F1, la zone sommitale adjacente à la zone Jaune et identifiée comme zone Rouge est également interdite. Comme cela s’est déjà produit, l’accès à toute la zone sommitale sera interdit par des ordonnances relevant de la compétence des maires des communes concernées.

La culture de la prévention
Le Préfet a ajouté que le nouveau plan tiendra compte de toutes les innovations scientifiques et technologiques apparues, ainsi que des nouveaux systèmes d’alerte mis en place par la Protection Civile.
Par ailleurs, le Préfet a insisté sur la nécessité de donner une diffusion maximale aux ordonnances municipales en mettant en place, avec l’aide de l’INGV et de la Protection Civile, un mécanisme de communication immédiate des alertes émises, en particulier sur les écrans présents dans les territoires. Les communes concernées pourront aussi utiliser tous les systèmes d’alerte sonore permettant d’alerter les personnes se trouvant dans les zones à risque.
A la fin de la réunion, le Préfet a également rappelé la nécessité de promouvoir la culture de prévention des risques à travers des panneaux d’information qui seront installés dans les principaux points d’accès touristiques de l’Etna, avec des recommandations multilingues pour accéder aux sentiers (vêtements adaptés aux conditions climatiques, par exemple) et sur les comportements à adopter en cas d’alerte.
Source : Live Sicilia.

Un grand merci à mon ami sicilien Santo Scalia qui m’a fait parvenir l’article de presse.

Les derniers paroxysmes ont contraint les autorités à modifier les conditions d’accès au volcan (image webcam)

L’intelligence artificielle arrive en volcanologie // Artificial intelligence arrives in volcanology

Des scientifiques de l’Université de Grenade ont développé un algorithme d’apprentissage automatique très précis censé prévoir les éruptions volcaniques. [L’apprentissage automatique (machine learning en anglais) est un champ d’étude de l’intelligence artificielle qui vise à donner aux machines la capacité d’« apprendre » à partir de données, via des modèles mathématiques].

Les travaux de ces scientifiques, publiés récemment dans Frontiers in Earth Science, montrent que cette technologie peut permettre de mieux comprendre et prévoir l’activité volcanique. Au final, elle permettra une meilleure préparation aux catastrophes et réduira les risques volcaniques.
Les chercheurs ont analysé un vaste ensemble de données sismiques de l’Etna (Sicile) couvrant plusieurs décennies. En appliquant le modèle d’apprentissage automatique à des données historiques, ils ont pu identifier les signaux sismiques qui précédaient systématiquement les éruptions. La capacité prédictive de l’algorithme a ensuite été testée en utilisant des données sismiques plus récentes. On aboutit à un taux de précision impressionnant, de plus de 90 %.​  Les chercheurs insistent sur le fait que cette approche peut être appliquée à différents systèmes volcaniques à travers le monde.
En appliquant des techniques de traitement du signal aux enregistrements sismiques, les scientifiques ont fait apparaître quatre caractéristiques sismiques différentes, qui évoluent lorsque le système volcanique s’approche d’un épisode éruptif. Ils ont ensuite élaboré une matrice temporelle avec ces paramètres et attribué une étiquette à chaque instant temporel en fonction de l’état réel de l’activité volcanique (simple activité, situation pré-éruptive, situation éruptive). Restait à résoudre le problème du développement de systèmes d’alerte précoce transférables entre volcans. Pour cela, les auteurs de l’étude ont appliqué leur méthodologie à des bases de données associées à différents systèmes volcaniques, y compris des données concernant des épisodes explosifs et effusifs, enregistrées dans plusieurs scénarios volcaniques à conduits ouverts et fermés. Les volcans pris en compte sont l’Etna (Sicile), le Bezymianny (Kamchatka), Volcán de Colima (Mexique), le Mont St. Helens et l’Augustine. (États Unis).
On peut être optimiste quant à la capacité de l’algorithme d’apprentissage automatique à prévoir correctement les éruptions d’autres volcans actifs à travers le monde. Cette technologie peut faciliter l’approche des catastrophes en fournissant des alertes précoces et en permettant aux autorités de mettre en œuvre des plans d’évacuation et de prévoir d’autres mesures de sécurité.
L’étude montre le potentiel de l’apprentissage automatique et d’autres avancées technologiques dans la recherche géophysique. La capacité des algorithmes d’apprentissage automatique à analyser des informations complexes et à identifier des modèles cachés peut être utilisée dans un large éventail d’applications des sciences de la Terre, notamment la prévision des séismes et la modélisation climatique. Les chercheurs vont maintenant s’efforcer d’améliorer leur modèle et de tester sa pertinence dans divers environnements volcaniques.

Référence:

Universal machine learning approach to volcanic eruption forecasting using seismic features – Pablo Rey Devesa et al. — Frontier in Earth Science, June 26, 2024 – https://doi.org/10.3389/feart.2024.1342468

Source : The Watchers.

Episode éruptif sur l’Etna (Photo: C. Grandpey)

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L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la prévision volcanique et celle d’autres phénomènes naturels semble prometteuse. Cependant, il faut garder à l’esprit que l’intelligence artificielle fait partie de la science exacte alors que les éruptions dépendent des caprices de la Nature qui sont souvent imprévisibles !

Des progrès ont été réalisées au cours des dernières décennies en matière de prévision éruptive, mais il reste encore beaucoup à faire pour déjouer les traquenards mis sur le chemin des scientifiques par Dame Nature. L’intelligence artificielle permettra peut-être aussi un jour d’empêcher que des populations se fassent tuer par de puissants séismes.

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Scientists at the University of Granada developed a very accurate machine-learning algorithm for predicting volcanic eruptions. Their work, published recently in Frontiers in Earth Science, demonstrates how this technique can assist us in better understanding and forecasting volcanic activity, which is a crucial step toward increasing disaster preparedness and decreasing volcanic dangers.

The researchers analyzed a large dataset of seismic recordings from Mount Etna gathered over several decades. By training the machine learning model on historical data, they were able to identify seismic signals that consistently preceded eruptions. The algorithm’s prediction capacity was then tested against more recent seismic data, and it achieved an impressive accuracy rate of more than 90%.​  The researchers insist that it is transferable to different volcanic systems around the world.

By applying signal processing techniques on seismic records, the scientists extracted four different seismic features, which usually change their trend when the system is approaching an eruptive episode. Then, they built a temporal matrix with these parameters and defined a label for each temporal moment according to the real state of the volcanic activity (Unrest, Pre-Eruptive, Eruptive). To solve the remaining problem of developing early warning systems that are transferable between volcanoes, the authors of the study applied their methodology to databases associated with different volcanic systems, including data from both explosive and effusive episodes, recorded at several volcanic scenarios with open and closed conduits: Mt. Etna, Bezymianny, Volcán de Colima, Mount St. Helens and Augustine.

The machine learning algorithm’s performance in properly predicting eruptions bodes well for its application to other active volcanoes across the world. This technology can help with disaster planning by providing early warnings and allowing authorities to enact evacuation plans and other safety measures on time.

The study demonstrates the greater potential of machine learning and other such technological advancements in geophysical research. Machine learning algorithms’ capacity to analyze complicated information and identify hidden patterns can be applied to a wide range of earth science applications, including earthquake prediction and climate modeling. The researchers intend to enhance their model further and test its relevance to various volcanic environments.

Reference:

Universal machine learning approach to volcanic eruption forecasting using seismic features – Pablo Rey Devesa et al. — Frontier in Earth Science, June 26, 2024 – https://doi.org/10.3389/feart.2024.1342468

Source : The Watchers.

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The use of artificial intelligence in volcanic prediction and the prediction of other natural phenomena looks promising. However, onse should keep in mind that artificial intelligence is part of exact science whereas eruptions depend on Nature’s whims which can be unpredictable !

Progress has been made in recent decades in eruptive prediction, but much remains to be done to thwart the traps put in the path of scientists by Mother Nature. Artificial intelligence may one day make it possible to prevent populations from being killed by powerful earthquakes.

Prévision éruptive : on piétine // Eruptive prediction : hardly any progress

Les dernières informations que j’ai diffusées à propos du Kilauea (Hawaï) et de la péninsule de Reykjanes (Islande) montrent toutes les incertitudes qui entourent actuellement la prévision éruptive. A Hawaï comme en Islande, on s’attend à une éruption, mais on ne sait ni quand, ni où elle se produira, ni même si elle se produira !

Le HVO le regrette mais ne peut faire autrement. Le 23 juillet 2024, au cours de la même journée, l’observatoire hawaïen a modifié à deux reprises le niveau d’alerte volcanique et la couleur de l’alerte aérienne!

En Islande, le Met Office évoque la possibilité d’une arrivée de lave à l’intérieur de la ville de Grindavik, après avoir écarté cette éventualité il y a quelques semaines. De plus, scientifiques et universitaires ne sont pas tous d’accord quant à la prévision des événements.

Plus près de nous, la situation sur l’Etna et le Stromboli montre la faiblesse de la prévision éruptive. Les paroxysmes sur l’Etna se déroulent selon le même processus (activité strombolienne suivie de fontaines de lave), mais rien ne permet à l’aéroport de Catane d’anticiper les retombées de cendres sur les pistes. A l’occasion de chaque épisode éruptif, les vols sont suspendus.

A Stromboli, les derniers événements (effondrements accompagnés de coulées pyroclastiques sur la Sciara del Fuoco) ont justifié le déclenchement de l’alerte Rouge, avec les restrictions que cela suppose, et le désarroi des habitants,  au cœur de la saison touristique.

Le Kilauea, l’Etna, le Stromboli sont truffés d’instruments auxquels se sont ajoutées ces dernières années les mesures satellitaires, que ce soit au niveau thermique ou de la déformation des édifices volcaniques. Malgré ces innovations, nous n’avançons pas en matière de prévision éruptive.

S’agissant des trois volcans que je viens de mentionner, les risques pour la population sont limités. Il en va tout autrement avec les volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique. Le très lourd bilan de l’éruption du Fuego (Guatemala) en 2018 montre à quel point nous sommes démunis. L’événement a provoqué une chamaillerie entre l’INSIVUMEH et la CONRED, qui se sont accusés mutuellement du terrible bilan.

Aujourd’hui quand un de ces volcans explosifs menace d’entrer en éruption, on met en place le principe de précaution, ce qui semble une sage décision. Faute de pouvoir prévoir, mieux vaut mettre des gens à l’abri plutôt que de les exposer au danger. Il arrive toutefois que le volcan ne laisse pas le temps de mettre en place ce principe de précaution. L’explosion de White Island en 2019 et ses 22 morts montre, si besoin est, les failles de la prévision éruptive.

Pour le moment, nous ne savons pas faire grand-chose, mais ce serait une erreur de ne pas continuer à améliorer la technologie de surveillance des monstres de feu…

Le tracé du tremor éruptif montre la soudaineté avec laquelle se déclenchent les paroxysmes sur l’Etna. Difficile d’anticiper. (Source : INGV)

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The latest information I have released about Kilauea (Hawaii) and the Reykjanes Peninsula (Iceland) shows all the uncertainties that currently surround eruption prediction. In Hawaii as in Iceland, an eruption is expected, but nobody knows when, where or even if it will happen!
HVO regrets this uncertainty but cannot do otherwise. On July 23rd, 2024, the Hawaiian observatory changed the volcanic alert level and the aviation color code twice during this same day.
In Iceland, the Met Office mentions the possibility of lava arriving inside the city of Grindavik, after having ruled out this possibility a few weeks ago. In addition, scientists at the Met Office and at the University of Iceland do not all agree on the prediction of events.
Closer to us, the situation on Mount Etna and Stromboli shows the weakness of the eruption prediction. The paroxysms on Mt Etna occur according to the same process (strombolian activity followed by lava fountains), but nothing allows Catania airport to anticipate the ashfall on the runways. On the occasion of each eruptive episode, flights are suspended.
At Stromboli, the latest events (collapses accompanied by pyroclastic flows on the Sciara del Fuoco) justified the triggering of the Red alert, with the restrictions that this implies, at the heart of the tourist season.
Kilauea, Etna, Stromboli are full of instruments to which satellite measurements have been added in recent years, whether fot temperature measurement or the deformation of the volcanic edifice. Despite these innovations, we are not making progress in terms of eruptive prediction.
Regarding the three volcanoes that I have just mentioned, the risks for the population are low. It is quite different with the explosive volcanoes of the Pacific Ring of Fire. The very heavy toll of the eruption of Fuego (Guatemala) in 2018 shows how helpless we are. The event caused a squabble between INSIVUMEH and CONRED, that blamed each other for the terrible toll.
Today, when one of these explosive volcanoes threatens to erupt, we establish the precautionary principle, which seems a wise decision. It is better to shelter people rather than expose them to danger. However, sometimes the volcano does not give time to put in place this precautionary principle. The explosion of White Island in 2019 and its 22 deaths shows, if need be, the flaws of eruption prediction.
For the moment, we cannot do much, but it would be a mistake not to continue to improve the technology for monitoring volcanoes…