Nouvelles du Popocateptl (Mexique) // News of Popocatepetl (Mexico)

Le Popocatépetl a montré une hausse d’activité au cours des derniers jours, avec d’importantes émissions de cendres et de SO2.

À partir du 16 octobre 2024, le réseau sismique a enregistré entre 9 et 89 événements longue période (LP) par jour, accompagnés d’émissions de vapeur et de gaz. Des épisodes de tremor ont également été enregistrés avec des périodes d’une durée de 54 minutes à 13 heures. Le 20 octobre, l’un de ces épisodes s’est accompagné d’un panache de gaz et de cendres qui s’est élevé à 2 km au-dessus du cratère, avec projection de matériaux incandescents à une courte distance du cratère. Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs localités.
L’activité volcanique a augmenté au cours des jours suivants. Un panache de cendres a été signalé à 6,7 km d’altitude ; il s ‘étirait sur 130 km au nord-ouest du sommet.

Le 25 octobre, un panache de cendres dense détecté sur l’imagerie satellite s’élevait à environ 10 km d’altitude.

Le 26 octobre 2024, un nuage de cendres a été estimé à environ 9,1 km au-dessus du niveau de la mer ; il s’étirait jusqu’à environ 833 km au nord-est du sommet dans le golfe du Mexique. Selon le bureau du National Weather Service de Jacksonville (Floride), des pilotes ont signalé avoir vu des cendres dans l’air près de Sarasota. Un coucher de soleil coloré a été observé grâce aux concentrations élevées de cendres dans l’atmosphère.

Le CENAPRED demande expressément à la population et aux touristes de ne pas escalader le volcan en raison des explosions qui projettent des fragments incandescents. De plus, il est conseillé au public de rester vigilant en raison de la menace de coulées de boue en cas de fortes pluies. Il est rappelé à la population de respecter la zone d’exclusion de 12 km de rayon autour du cratère.
La phase éruptive actuelle a commencé le 9 janvier 2005.

°°°°°°°°°°

Le Popocatepetl, dont le nom est un mot aztèque qui signifie ‘montagne fumante’, se dresse à 70 km au sud-est de Mexico et ses 22 millions d’habitants. Le stratovolcan montre à son sommet un cratère aux parois abruptes de 400 m de diamètre. Depuis le milieu de l’Holocène, le volcan a connu trois éruptions pliniennes majeures, la dernière vers l’an 800 de notre ère, avec des coulées pyroclastiques et des lahars.
Les éruptions historiques se sont poursuivies jusqu’à l’époque moderne. 15 éruptions majeures ont été observées depuis l’arrivée des Espagnols en 1519. Voici quelques exemples de l’activité la plus récente :
– En décembre 2000, des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées par le gouvernement, sur la recommandation des scientifiques. Le volcan a ensuite montré sa plus grande activité éruptive depuis 1 200 ans.
– Le 25 décembre 2005, une explosion a généré une grande colonne de gaz et de cendres à environ 3 km dans l’atmosphère et a projeté des matériaux incandescents hors du cratère.
– 8 mai 2013 : À 17h00 heure locale, le Popocatépetl est entré en éruption avec un épisode de tremor de forte amplitude qui a été enregistré pendant 3,5 heures. Des panaches de cendres se sont élevés à 3 km dans les airs, recouvrant ensuite plusieurs villages. Des explosions ont éjecté des fragments incandescents jusqu’à 700 m du cratère. Le 4 juillet de la même année, au moins six compagnies aériennes américaines ont annulé plus de 40 vols à destination et en provenance des aéroports de Mexico et de Toluca.
– Le 28 mars 2016, une colonne de cendres de 2 000 m de hauteur a entraîné la mise en place d’un «anneau de sécurité» de 12 kilomètres autour du sommet.
– Le 28 mars 2019, en raison de l’activité continue et sur la base de l’analyse des informations disponibles, l’alerte volcanique au préalable de couleur Jaune Phase 2 est passée à la Phase 3.
– Le 22 juin 2022, quatre alpinistes et un guide ont commencé à escalader le Popocatépetl malgré l’interdiction de grimper sur le volcan. Une femme est décédée et une autre a été grièvement blessée par une pluie de roches et de débris volcaniques, avant de chuter dans une ravine à 300 mètres du cratère.

– Le 19 mai 2023, le Popocatépetl a émis des nuages ​​de cendres provoquant la fermeture d’écoles dans 11 villes voisines. Deux jours plus tard, le 21 mai, le niveau d’alerte a de nouveau été élevé à la couleur Jaune Phase 3 car des projections de fragments incandescents ont été observées et les aéroports de Mexico et de Puebla ont été temporairement fermés. Le niveau d’alerte a ensuite été abaissé à la couleur Jaune Phase 2, qui est le niveau d’alerte actuel.
– Les 27 et 28 février 2024, le Popocatépetl est entré en éruption 13 fois en 24 heures, provoquant l’annulation de 22 vols dans les aéroports internationaux de Mexico et de Puebla.
Source : CENAPRED, Smithsonian Institution, Wikipedia.

Image webcam du Popocatepetl le 22 octobre 2024

——————————————-

Popocatépetl has shown an increase in activity over the past few days, with significant ash and SO2 emissions.

Starting on October 16th, 2024, the seismic network recorded 9 – 89 long-period (LP) events per day, accompanied by steam-and-gas emissions. Episodes of tremor were also recorded with periods lasting from 54 minutes to 13 hours. On October 20th, one of these episodes was accompanied by a gas-and-ash plume that rose 2 km above the crater and incandescent material ejected a short distance from the crater. Ashfall was reported in several municipalities.

Volcanic activity at the volcano increased in the following days. Ash was reported reaching 6.7 km a.s.l. and extending 130 km northwest of the summit.

On October 25th, a dense ash plume detected in satellite imagery was rising to about 10 km a.s.l.

On October 26th, 2024, an ash cloud was estimated at approximately 9.1 km above sea level, extending about 833 km northeast of the summit into the Gulf of Mexico. According to the National Weather Service office in Jacksonville, Florida, pilots reported seeing the ash in the air near Sarasota, along Florida’s Gulf Coast. A colorful sunset was observed around the elevated concentrations of ash in the atmosphere.

CENAPRED is urging residents and tourists not to climb the volcano due to explosions that project incandescent fragments. Additionally, the public is advised to remain aware of the threat of mud and debris flows in case of heavy rain. The population is reminded to respect the 12 km radius exclusion zone around the crater.

The current eruptive phase at the volcano started on January 9, 2005.

Popocatepetl, whose name is the Aztec word for smoking mountain, rises 70 km southeast of Mexico City (population 22 million). The stratovolcano contains a steep-walled, 400 x 600 m wide crater. Since the mid-Holocene, the volcano has experienced three major Plinian eruptions, the latest around 800 CE, producing pyroclastic flows and lahars.

Historical eruptions, first noted in Aztec records, have continued into modern times. 15 major eruptions have been observedsince the arrival of the Spanish in 1519. Here are a few examples of the most recent activity :

In December 2000, Tens of thousands of people were evacuated by the government, based on the warnings of scientists. Then the volcano showed its largest eruptive activity in 1,200 years.

On 25 December 2005, an explosion ejected a large column of smoke and ash about 3 km into the atmosphere and projected incandescent material out of the crater.

8 May 2013: at 7:28 p.m. local time, Popocatépetl erupted again with a high amplitude tremor that was recorded for 3.5 hours. Ash plumes rose 3 km into the air, later covering several villages in smoke and ash. Explosions subsequently ejected incandescent fragments as far as700 m from the crater. On July 4th of that same year, at least six U.S. airlines canceled more than 40 flights into and out of Mexico City and Toluca airports.

On 28 March 2016, an ash column 2,000 m high prompted the establishment of a 12-kilometre « security ring » around the summit.

On 28 March 2019, due to the continuing activity, and based on the analysis of the available information, the phase of the Yellow Volcanic Warning Light Phase 2 was raised to Yellow Phase 3.

On 22 June, 2022, four climbers and a guide began climbing Popocatépetl despite the prohibition of climbing the volcano. One woman died and another was seriously injured when they were showered with volcanic rocks and debris and fell into a gully 300 meters from the volcano’s crater.

On 19 May, 2023: Popocatépetl emitted ash clouds causing the closure of schools in 11 nearby towns. Two days later on May 21st, the alert level in Mexico City was raised to Yellow Phase 3 as incandescent fragments were observed and the airports in Mexico City and Puebla were temporarily shut down. It was lowewered to Yellow Phase 2, which is the current alert level.

On 27-28 February, 2024: Popocatépetl erupted 13 times within 24 hours, causing the cancellation of 22 flights at Mexico City and Puebla International Airports.

Source : CENAPRED, Smithsonian Institution, Wikipedia.

Nouvelles d’Islande // News from Iceland

On n’en sait rien, mais on en parle !

Comme je l’ai déjà écrit, le soulèvement du sol et l’accumulation de magma sous Svartsengi se poursuivent et si le passé est une indication, une nouvelle éruption devrait avoir lieu dans le secteur de Sundhnúksgígar dans les semaines à venir. Selon le Met Office, la prochaine éruption pourrait être 30 % plus importante que la dernière, qui était déjà la plus importante dans cette séquence actuelle d’activité volcanique.
Six éruptions ont eu lieu sur la péninsule de Reykjanes depuis le début du soulèvement du sol et de l’activité sismique à l’automne 2023. La dernière éruption avait un volume de 60 millions de mètres cubes et la lave a couvert 16 kilomètres carrés.
Cependant, il est difficile de prévoir l’ampleur d’une éruption, car de nombreuses variables entrent en jeu. Par exemple, il faut garder à l’esprit que le volume de magma émis n’est pas un bon indicateur de la taille du champ de lave qu’il crée. La puissance de l’éruption dans sa phase initiale est également à prendre en compte. Cela dépend de l’endroit où se produit l’éruption, s’il s’agit d’un terrain plat ou d’une zone surélevée. La lave peut s’écouler sur de longues distances, mais si elle se trouve dans une vallée, elle est plus isolée.
De la même manière, personne ne sait si la lave menacera la Reykjanesbraut, l’artère de circulation reliant les localités sur la Péninsule de Reykjanes et l’aéroport international de Keflavík à la capitale,. Toutefois ; les volcanologues islandais pensent que la route devrait être épargnée.

Source : Iceland Review.

Image de la dernière éruption

°°°°°°°°°°

Baisse du nombre d’échassiers et de limicoles dans le sud de l’Islande.

Sans rapport avec la volcanologie, mais avec le réchauffement climatique, les ornithologues islandais ont constaté un déclin considérable du nombre d’espèces communes d’échassiers et de limicoles dans le sud de l’Islande. Si la tendance des dernières années se poursuit, ces oiseaux pourraient devenir extrêmement rares dans les décennies à venir.
La plupart des échassiers et autres limicoles se reproduisent dans les plaines, et le sud de l’Islande est très recherché par ces oiseaux. Le nombre de pluviers dorés et de courlis corlieu diminue chaque année. Les espèces d’échassiers et de limicoles les plus courantes sont l’huîtrier pie, le courlis corlieu, le pluvier doré, le chevalier gambette, le bécasseau variable, le pipit farlouse, la bécassine des marais, la barge à queue noire et la grive mauvis. Une grande partie de la population mondiale de pluviers dorés et de courlis corlieu (environ 30 à 50 %) se trouve en Islande.
Le nombre d’huîtriers pies, de pluviers dorés, de courlis corlieu, de chevaliers gambettes, de bécasseaux variables et de pipits farlouses a considérablement diminué au fil des ans. En revanche, le nombre de grives mauvis a augmenté de manière significative, Le nombre de bécassines des marais et de barges à queue noire, quant à lui, ne montre pas de changement significatif.
Le déclin des espèces mentionnées ci-dessus se situe entre 2 et 5 % par an. Si nous l’extrapolons sur les prochaines décennies, et si la tendance actuelle se poursuit, ces oiseaux deviendront extrêmement rares d’ici une trentaine d’années.

Source : Iceland Monitor.

Des diminutions ou des déplacements de populations d’oiseaux ont été observés ailleurs dans les pays du Nord. Par exemple, la population de macareux a diminué sur la côte nord de l’Écosse, mais a augmenté dans les Hébrides intérieures. Les experts relient ces changements au réchauffement climatique qui provoque des changements dans les zones de pêche – et donc de nourriture – recherchées par les oiseaux.


Macareux dans les Hébrides intérieures (Photo: C. Grandpey)

——————————————–

They don’t know anything about it, but they talk about it!

As I put it before, ground uplift and magma buildup under Svartsengi are continuing and if the past is any indication, a new volcanic eruption is likely to take place in Sundhnúksgígar in the coming weeks. According to the Met Office, the next eruption could be 30% bigger than the last one.which was the largest one so far in this sequence of volcanic activity.

Six eruptions have taken place in the area since ground uplift and seismic activity began in the autumn of 2023. The latest eruption was 60 million cubic metres in volume and covered 16 square kilometres of land.

However, it is difficult to predict how big an eruption would be, due to the many variables at play. For instance, one should keep in mind that the volume of magma is not a good predictor of the size of the lave field it creates. The force of the initial eruption is also a deciding factor. It depends on where it erupts, whether it is on flat ground or at an elevation. Lava can flow a long way, but if it is in a valley, it is more isolated.

In the same way, nobody knows whether lava could threaten Reykjanesbraut highway, the traffic artery connecting Reykjanes towns and the Keflavík international airport with the capital area, although local volcanologists think this is unlikely.

Source : Iceland Review.

°°°°°°°°°°

Decrease in the number of waders and shore birds.

Not related to volcanology, but to global warming, Icelandic ornithologists have observed that there is a considerable decline in the number of common species of waders and shore birds in the South of Iceland. If the trend of recent years continues, these birds could become extremely rare in the coming decades.

Most waders or shorebirds breed in the lowlands, and Southland is one of the largest lowland areas in Iceland. The number of golden plovers and whimbrels decreases every year. The most common species of waders and shore birds are the Eurasian oystercatcher, the Eurasian whimbrel, the golden plover, the redshank, the dunlin, the meadow pipit, the common snipe, the black-tailed godwit and the redwing. A large part of the world population of golden plovers and whimbrels is in Iceland, or around 30-50%.

The number of oystercatchers, golden plovers, whimbrels, redshanks, dunlins and meadow pipit has decreased significantly between years. However, the number of redwings has increased significantly, but measurements of the number of the common snipes and the black-tailed godwit do not show a significant change.

The decline in the above-mentioned species is between 2-5% per year and if we extrapolate it over the next decades, and this trend continues, these birds in the South will become extremely rare in the rural landscape in 30 years.

Source : Iceland Monitor.

Similar decreases or shifts in the bird population have been observed elsewhere in northern countries. For instance, the puffin population has decreased on the northern coast of Scotland but increased in the Inner Hebrides. Experts link these changes to global warming which causes changes in the location of food condumed by the seabirds.

Réchauffement climatique : seulement une histoire d’adaptation ?

Par l’intermédiaire du Premier Ministre, le gouvernement a présenté, le 25 octobre 2024, la troisième version du plan national d’adaptation au réchauffement climatique. Cette présentation intervient une semaine après d’importantes inondations dans la moitié sud de la France.

Selon le gouvernement, la France doit anticiper une vie avec +2,7°C en 2050. Le précédent plan d’adaptation (2018-2022) prévoyait un réchauffement de 1,5°C à +2°C d’ici 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Toutefois, au vu de l’accélération de la hausse des températures, les prévisions ont dû être corrigées. La France hexagonale se prépare désormais, d’ici à la fin du siècle, à un réchauffement de +4°C, à côté de +3°C en moyenne à l’échelle mondiale. On est très loin des 1,5°C de hausse stipulé par l’Accord de Paris !!!

Le calendrier de hausse de la température prévoit +2°C en 2030, et +2,7°C en 2050. Selon cette trajectoire de réchauffement climatique, les glaciers alpins situés en France auront disparu d’ici 2100. [NDLR : Cette fonte impliquera forcément une raréfaction de l’eau. Elle suppose également la raréfaction de la neige et donc une nécessité d’adaptation des stations de sports d’hiver.]

Le risque de sécheresse sera multiplié par trois à l’horizon 2030 par rapport aux années 1960, et multiplié par 4 d’ici 2100.

Dans ce contexte, le Premier Ministre a énuméré des mesures dont le but est de « protéger les populations précaires des fortes chaleurs » ou encore d' »adapter les logements ». Vous aurez un bon aperçu de ces mesures sur le site de France Info :

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/ce-qu-il-faut-retenir-du-nouveau-plan-national-d-adaptation-au-changement-climatique-qui-prepare-la-france-a-vivre-avec-une-hausse-de-4-c-d-ici-2100_6859235.html

°°°°°°°°°°

À titre personnel, je suis ravi de voir que notre gouvernement semble avoir pris conscience de la gravité de la situation climatique. Les chiffres fournis par le Premier Ministre parlent d’eux-mêmes. Il n’a pas rappelé les engagements de la COP 21 de Paris de limiter la hausse des températures à 1,5°C. En fait, il a eu raison car tout le monde sait aujourd’hui (sauf les climato-sceptiques) que ce but ne sera jamais atteint. Ce seuil est pratiquement d’actualité en 2024 !

Ce qui me gène dans les propos du Premier Ministre, c’est la répétition du mot « adaptation » et l’absence totale du mot « prévention ». On a vraiment l’impression que pour nos gouvernants – et pas seulement en France – la partie climatique est perdue d’avance et que nous ne pourrons pas faire autre chose que nous adapter.

Aucune allusion n’est faite à des mesures qui pourraient freiner (je ne parle pas d’arrêter) les émissions de gaz à effet de serre. Certains me diront que ce n’était pas le jour pour le faire. Monsieur Barnier était seulement venu parler d’adaptation. C’est vrai, et ce rôle est davantage dévolu aux COP. Mais quand on connaît leur inefficacité et les échecs successifs de ces réunions, on s’aperçoit vite qu’on ne peut leur accorder qu’une confiance très relative. À ne vouloir – ou ne pouvoir – rien faire, on conduit notre monde à la catastrophe.

Je ne serai plus là pour le voir (et j’en suis ravi), mais je me demande comment feront les futures générations pour s’adapter à un réchauffement climatique qui ne fera que s’aggraver. Il y a fort à parier que les températures prévues aujourd’hui pour 2100 seront largement dépassées, comme le sont celles avancées en 2021. L’accumulation de pénuries (en eau en particulier) donnera forcément naissance à des conflits dans le monde. Pas sûr que l’adaptation sera suffisante pour faire face à tous les problèmes.

Sale temps pour les glaciers alpins! (Photo: C. Grandpey)

États Unis : Hemingway et l’ouragan de 1935 // United States : Hemingway and the 1935 hurricane

De puissants ouragans ont toujours frappé les États-Unis, en particulier la côte sud-est. La différence est qu’aujourd’hui ils sont devenus de plus en plus fréquents et destructeurs, alimentés par la température de plus en plus élevée du Golfe du Mexique. À quelques jours d’intervalle, Helene et Milton ont causé de lourdes pertes humaines et matérielles, notamment dans le Sud-Est du pays.
Hemingway est l’un de mes auteurs américains préférés. J’ai failli écrire une thèse sur son rapport à la Nature, mais j’ai finalement opté pour un travail sur la classe ouvrière anglaise pendant la Révolution Industrielle. Hemingway a écrit des Lettres lors de son séjour à Key West, au sud de la Floride, de la même manière que Mark Twain a écrit ses « Lettres d’Hawaï », avec des pages très intéressantes décrivant le lac de lave du volcan Kilauea.

La saison des ouragans 2024 avec Helene et Milton a été désastreuse, avec des centaines de victimes et des dégâts considérables causés par les inondations et les vents violents. Une catastrophe similaire s’est produite le jour de la Fête du travail (Labor Day, début septembre) 1935. Heminway a été témoin de cet événement. Dans l’une des « Lettres d’Ernest Hemingway, volume 6 (1934-1936) », on peut lire des détails sur l’ouragan qui a rasé Upper Matecumbe Key et Lower Matecumbe Key et a coûté la vie à plus de 400 personnes, dont beaucoup d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale. Hemingway a vivement critiqué le gouvernement américain pour ne pas avoir évacué les deux Keys avant la tempête.
Hemingway avait une bonne connaissance de la météo marine et des ouragans. Pêcheur en haute mer au large de la Floride, il avait appris à observer les conditions météorologiques. Dans l’une de ses Lettres à ses amis en juin 1934, il écrit avec son humour habituel : « C’est maintenant le début de ces putains d’ouragans. J’aimerais que nous ayons beaucoup de vent d’est et de courants… et que nous ayons ensuite un beau mois de juillet et d’août sans ouragan. »
Malheureusement, contrairement à 1934, 1935 fut une année terrible en matière d’ouragans. Les 2 et 3 septembre 1935, l’un d’eux frappa les Keys de Floride. À l’époque, les ouragans n’avaient pas de nom spécifique. Celui-ci fut simplement baptisé ouragan de la Fête du Travail. Ce fut le premier ouragan de catégorie 5 enregistré aux États-Unis. Il reste comme étant le troisième événement de ce type jamais enregistré dans le bassin atlantique, avec une chute de pression atmosphérique à 892 millibars et des rafales de vent dépassant les 320 km/h. Une grande partie des dégâts fut causée par l’onde de tempête. L’Overseas Railroad, une voie ferrée qui avait été achevée en 1912 et reliait les Keys de Floride au continent, fut détruite et ne fut jamais reconstruite.
Ernest Hemingway a décrit les conséquences de l’ouragan dans l’une de ses Lettres. Si Key West, où il résidait, fut relativement épargné, ce fut une autre histoire pour l’Upper Matecumbe Key et le Lower Matecumbe Key. Hemingway a écrit : « Rien ne peut donner une idée de la destruction. Les arbres sont complètement dénudés comme si leur feuillage avait été brûlé sur une soixantaine de kilomètres et le sol ressemble au lit abandonné d’une rivière. Pas un seul bâtiment n’est debout. Plus de trente kilomètres de voies ferrées ont été emportés par les eaux et le vent. » Hemingway ajoute que la dernière fois qu’il a vu autant de morts au même endroit, c’était en Europe pendant la Première Guerre mondiale, alors qu’il était ambulancier de la Croix-Rouge.
Comme je l’ai écrit plus haut, de nombreuses victimes étaient des vétérans qui travaillaient sur le projet de construction de l’Overseas Highway. Outré par le refus du gouvernement fédéral à envoyer un train pour évacuer les ouvriers à temps, Hemingway écrit que les vétérans « ont été pratiquement assassinés ». La Lettre contient des descriptions graphiques des centaines de cadavres en train de se décomposer rapidement sous le soleil de Floride en attendant d’être transportés à Arlington, en Virginie, pour y être enterrés. Dans un article pour un magazine, Hemingway a écrit un article intitulé « Qui a tué ces hommes ? », et qui a été rebaptisé par les éditeurs « Qui a assassiné les vétérans ? » L’article critique le gouvernement fédéral pour ne pas avoir évacué les ouvriers. Sceptique à l’égard du New Deal de Franklin D. Roosevelt, Hemingway voyait dans les camps de travail ferroviaires un moyen pour Washington de se débarrasser de centaines de vétérans, dont beaucoup souffraient de stress post-traumatique causé par la Première Guerre mondiale.
La réaction passionnée d’Ernest Hemingway à la catastrophe de 1935 résonne encore aujourd’hui. Selon lui, si les tempêtes sont inévitables, les pertes à grande échelle ne le sont pas forcément. Certes, le gouvernement ne peut pas contrôler la météo, mais il peut s’acquitter de son obligation de protéger les plus vulnérables qui se trouvent sur la trajectoire de la tempête.
Source : Adapté d’un article publié dans The Conversation et relayé par Yahoo Actualités.

La maison et le bureau d’Hemingway à Key West où j’avais très envie de voir la machine à écrire « Royal » qu’il utilisait pour écrire ses oeuvres (Photos: C. Grandpey)

———————————————-

Powerful hurricanes have always battered the U.S., especially the south-east coast. The difference is that today they are getting more and more frequent and destructive, fueled by the higher and higher water temperature of the Gulf of Mexico. One following the other, Helene and Milton caused heavy human and material losses, especially in South East United States.

Hemingway is one of my favorite American authors. I nearly wrote a thesis about his relationship with Nature, but finally opted for a work on the English working class during the Industrial Revolution. Hemingway wrote Letters during his stay in Key West in the same way Mark Twain wrote his « Letters from Hawaii », with very interesting pages describing the lava lake in Kilauea Volcano.

The 2024 hurricane season with Helene and Milton has been disastrous with hundreds of casualties and widespread damage from flooding and high winds. A similar catastrophe occurred on Labor Day (in early September) 1935. Heminway was a witness to this event. In one of “The Letters of Ernest Hemingway Volume 6 (1934-1936),” the author gives details about the hurricane that leveled Upper Matecumbe Key and Lower Matecumbe Key and took the lives of more than 400 people, many of them World War I veterans. He strongly criticized the U.S. government, for failing to evacuate the two Keys ahead of the storm.

Hemingway knew a lot about hurricanes. A deep-sea angler who fished the waters off Florida, he had learnt about weather patterns. In one of his Letters to friends of his in June 1934, he wrote iwith his usual humour : “Now the lousy hurricanes are starting. Wish we would get lots of east wind and current … and then have a fine July and August without hurricanes.”

Contrary to 1934, 1935 was a terrible hurricane year. On September 2nd and 3rd, 1935, a hurricane made landfall in the Florida Keys. By the times, hutrricanes had no specific names. This one was simply called the Labor Day hurricane. It was the first recorded Category 5 hurricane in the U.S.

It remains the third-most intense storm on record in the Atlantic basin, with a barometric pressure drop to 892 millibars and wind gusts exceeding 320 km per hour. Much of the damage was caused by the storm surge. The Overseas Railroad, which had been completed in 1912 and connected the Florida Keys to the mainland, was destroyed and was never rebuilt.

Ernest Hemingway described the aftermath of the hurricane in a Letter. If Key West, where Hemingway was living, was not severely hit by the hurricane, it was a different story for Upper Matecumbe Key and Lower Matecumbe Key. Hemingway wrote : “Nothing could give an idea of the destruction. The foliage is absolutely stripped as though by fire for forty miles and the land is looking like the abandoned bed of a river. Not a building of any sort is standing. Over thirty miles of railway were washed and blown away.” Hemingway added that the last time he witnessed so many dead in one place was in Europe during World War I as a Red Cross ambulance driver.

As I put it above, many of the victims were veterans, employed to work on the Overseas Highway construction project. Outraged by the federal government’s failure to send a train to evacuate the workers in time, Hemingway wrote that the veterans “were practically murdered.” The Letter contains graphic descriptions of the hundreds of dead bodies, rapidly decomposing in the Florida sun as they awaited transport to Arlington, Virginia, to be buried. In an article for a magazine, Hemingway wrote an article entitled “Who Killed These Men?,” and which was re-titled by the editors as “Who Murdered the Vets ?”, criticizing the federal government for not evacuating the workers. Skeptical of Franklin D. Roosevelt’s New Deal, Hemingway saw the railway work camps as a way for Washington to rid itself of hundreds of veterans, many of whom were experiencing post-traumatic stress disorder caused by Word War I.

Ernest Hemingway’s impassioned response to the 1935 disaster still resonates today. He said that while storms are inevitable, mass casualties do not have to be. The government can’t control the weather, but it can fulfill an obligation to protect the most vulnerable in the path of the storm.

Source : The Conversation via Yahoo News.