Après l’Âge de Glace, voici l’Âge du Feu

Avec la hausse des températures due au réchauffement climatique qui affecte notre planète, les gigantesques incendies de forêts et de végétation sont de plus en plus nombreux et de plus en plus destructeurs. Certains chercheurs comparent les conséquences directes et indirectes de ces incendies sur la biodiversité et la vie humaine à celles qui ont accompagné l’ère glaciaire entre.-115 000 ans et -11 700 ans.

 Source;Geologyscience

Des philosophes, historiens et chercheurs ont développé la notion de « pyrocène », une nouvelle « ère du feu » avec laquelle il va nous falloir désormais cohabiter.

Un article paru sur le site web de France Info nous explique que tout commence plusieurs centaines de milliers d’années en arrière, quand l’Homme a commencé à domestiquer le feu, étape majeure de son évolution. La première fonction du feu était de faire cuire de la nourriture, mais aussi de déforester ou fertiliser des sols. Ces feux traditionnels étaient limités, retenus. L’Homme ne brûlait que le strict nécessaire.

Notre monde s’est trouvé bouleversé par le développement de l’industrie et des énergies fossiles. L’Homme a alors commencé à faire brûler la biomasse fossilisée plutôt que son homologue vivante. Les gisements de pétrole ou de charbon ont permis d’obtenir de l’énergie en abondance, sans avoir à puiser dans la nature et l’environnement de surface. Il s’agit d’un tournant majeur dans la vie de l’Homme. Son activité, basée sur la combustion d’énergie fossile, a nourri la crise climatique que nous subissons aujourd’hui. Les gaz à effet de serre rejetés par les industries ont provoqué une hausse rapide des températures qui, à son tour, a alimenté un nouveau type d’incendies, les « mégafeux ». Ces incendies sont nourris par le réchauffement climatique. L’Homme a mis en place une boucle de rétroaction qu’il ne maîtrise pas. On entre dans un cycle infernal dans lequel l’augmentation des températures fait baisser le taux d’humidité, ce qui dessèche la végétation qui devient extrêmement inflammable. Les forêts sont aussi de plus en plus attaquées par des insectes ravageurs et des pathologies qui croissent avec la chaleur.

Ces gigantesques incendies qui brûlent des dizaines de milliers d’hectares chaque été se caractérisent par leur intensité, leur vitesse de propagation at leur étendue. Un fait nouveau auquel personne ne s’attendait, c’est que ce type de feu génère ses propres événements climatiques, un phénomène observé pour la première fois aux États Unis où les incendies de végétation atteignent souvent des proportions qui dépassent l’entendement. Ce phénomène vient d’être observé en France, lors de l’incendie qui a ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde. Fin juillet, les scientifiques ont expliqué qu’un pyrocumulonimbus était apparu au-dessus du brasier, en raison de la chaleur et du vent dégagé par les flammes. Cet orage de feu a continué d’alimenter l’incendie, compliquant le travail des pompiers. J’ai consacré une note à ce nouveau phénomène sur ce blog le 29 juillet 2026.

 Vue d’un mégafeu en Gironde (Crédit photo : SDIS)

Les scientifiques reconnaissent que le lien entre ces mégafeux et le climat est encore mal connu. Tout va trop vite, mais la relation ne semble faire aucun doute. Des travaux de recherche, menés en 2021 et publiés dans la revue Nature ont ainsi établi un lien entre la fonte de la banquise arctique – elle-même accélérée par le réchauffement climatique – et une plus grande intensité des incendies de forêt dans l’ouest des États-Unis.

En 2023, des scientifiques ont également révélé dans la revue Nature qu’une réaction chimique provoquée par la fumée des incendies à grande échelle en Australie avait élargi de 10% le trou de la couche d’ozone en 2020.

À l’inverse, une étude a montré que les cendres d’autres incendies australiens avaient atterri dans l’océan à des milliers de kilomètres de là, déclenchant des proliférations de plancton qui ont absorbé le CO2 supplémentaire, au moins temporairement. Toutefois, à côté de cet aspect positif, les cendres de ces incendies gigantesques, poussées par le vent, se sont déposées sur la banquise où elles ont réduit l’albédo.

Il faut se faire une raison : les mégafeux font désormais partie de notre environnement. C’est ce qui caractérise le pyrocène. Comme l’a déclaré un historien du feu aux États Unis, « nous sommes en train de créer un âge du feu, dans lequel le feu a la même force tellurique que la glace. Tout ce que la glace a façonné peut trouver un équivalent dans la période que nous commençons à entrevoir : les extinctions de masse, les variations du niveau des mers et des océans, les terres rendues inhabitables à l’homme. »

Face à cette menace, les chercheurs estiment que le combat frontal contre des incendies sera voué à l’échec. Selon eux, on ne peut pas lutter contre un mégafeu. On ne peut que tenter d’en prévenir le déclenchement.

Cette prévention passe par la lutte contre les causes du réchauffement climatique. Il faut donc parler d’anticipation et non d’adaptation comme le font nos gouvernants aujourd’hui. Cela suppose un changement des mentalités et la mise en œuvre de mesures pour lesquelles nous n’avons pas forcément les moyens, financiers en particulier. ,

Adapté d’un article paru sur le site web de France Info.

Volcans dans la fumée // Volcanoes in the smoke

Tout comme en Europe, et plus particulièrement en France, l’été 2026 a été marqué par des incendies de forêt en Amérique du Nord, tant aux États-Unis qu’au Canada. La sécheresse qui sévissait dans ces pays a favorisé d’immenses brasiers dont la fumée a envahi de vastes étendues du territoire.
Dans un contraste saisissant entre feu et glace, la fumée des incendies s’est mêlée aux paysages de plusieurs volcans emblématiques et englacés de la chaîne des Cascades. Des astronautes à bord de la Station spatiale internationale (ISS) ont photographié ces volcans alors qu’ils survolaient l’ouest des États-Unis, fin juillet et début août.

Le mont Hood, point culminant de l’Oregon avec ses 3 429 mètres, apparaît ci-dessous avec pour voisin un épais panache de fumée en provenance de l’incendie « Grasshopper » (La sauterelle). Des orages avaient frappé la forêt les semaines précédentes, et le 23 juillet la foudre a déclenché le brasier visible sur cette photo prise le 31 juillet. Le 12 août, l’incendie avait ravagé près de 34 000 hectares et s’était propagé au-delà des limites de la forêt nationale. Plusieurs localités avaient fait l’objet d’ordres d’évacuation d’urgence.

Voici le mont Hood vu du sol :

Photo : C. Grandpey

À environ 160 kilomètres au nord, dans l’État de Washington, le mont Rainier, le sommet le plus élevé de l’État avec ses 4 392 mètres, était enveloppé de fumée, comme le montre la photo ci-dessous. Aucun incendie majeur ne brûlait à proximité immédiate au moment de la prise de vue, le 4 août. La fumée provenait surtout d’incendies situés dans le centre et l’est de l’État de Washington, transportée par des vents d’est. Ce jour-là, le National Park Service a signalé que la qualité de l’air dans le parc avait atteint des niveaux malsains en raison de concentrations élevées de particules fines.

Voici le mont Rainier vu du sol :

Photo : C. Grandpey

Quelques jours plus tard, l’incendie « Grand Park 2 » a ravagé l’intérieur des limites du Parc national du mont Rainier, à environ 5 kilomètres au nord du Visitor Center de Sunrise. Le 12 août, le feu avait brûlé 90 hectares et n’était pas maîtrisé.
Un important risque d’incendie a perduré dans le Nord-Ouest tout au long du mois d’août. Un temps chaud et sec – des conditions influencées par El Niño – associé à une végétation desséchée a créé un terrain propice à de vastes incendies, souvent déclenchés par la foudre ou par l’activité humaine.

Concernant les prises de vue, les images des deux volcans ont été réalisées respectivement les 31 juillet et 4 août 2026, à l’aide d’un appareil photo numérique Nikon Z9 équipé d’une focale de 400 millimètres. Ces images ont été recadrées et traitées pour en améliorer le contraste. D’autres clichés pris par des astronautes et des cosmonautes peuvent être consultés sur le site Gateway to Astronaut Photography of Earth de la NASA.
Source : NASA.

En complément, voici deux photos du mont Baker, un autre volcan de la Chaîne des Cascades, vu du ciel et depuis le sol :

Photos : C. Grandpey

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Like in Europe and especially in France, the summer 2026 was one of wildfires in North America, both in the United States and Canada. The drought that prevailed in these countries hemped trogger huge blazes whose smoke invaded large pars of the countries.

In a contrast of fire and ice, smoke from the wildfires mingled with several of the Cascade Range’s prominent, glaciated volcanoes. Astronauts on the International Space Station (ISS) photographed the scene while orbiting over the U.S. West in late July and early August of this year.

Mount Hood, Oregon’s tallest peak at 3,429 meters, is pictured below, near a thick plume of smoke pouring from the Grasshopper fire. Thunderstorms passed over the forest in the preceding weeks, and a lightning strike on July 23 ignited the blaze pictured in the photo above, taken on July 31. As of August 12, it had burned nearly 34,000 hectares and spread beyond national forest boundaries. Several communities were under urgent evacuation orders.

Roughly 160 kilometers to the north in Washington, Mount Rainier, the state’s tallest peak at 4,392 meters, was wreathed in smoke, as seen in the photo above. No major fires burned nearby when this photo was taken on August 4. Instead, smoke drifted in from fires in central and eastern Washington, carried by winds blowing from the east. That day, the National Park Service reported that air quality in the park reached unhealthy levels due to elevated concentrations of fine particulate matter.

Several days later, the Grand Park 2 fire was observed burning within park boundaries, about5 kilometers north of the Sunrise Visitor Center. As of August 12, the fire had burned 90 hectares and was uncontained.

Above-normal fire potential was expected to persist across the Northwest through August. Warm, dry weather—conditions influenced by El Niño—combined with cured fuels to set the stage for large, long-burning fires following lightning- or human-caused ignitions

As far asphotography is concerned, the images of the two volcanoes were acquired on July 31, 2026, and August 4, 2026, respectively, with a Nikon Z9 digital camera using a focal length of 400 millimeters. The images have been cropped and enhanced to improve contrast. Additional images taken by astronauts and cosmonauts can be viewed at the NASA/JSC . Gateway to Astronaut Photography of Earth

Source : NASA.

As a complement, you can see two photos I took of Mount Baker, another Cascade volcano, as seen from the sky and from the ground.

2026, l’année des éboulements dans les Alpes

La France adore les records en tous genres : températures extrêmes, nombres de jours de canicules, nombre d’hectares brûlés, nombre de noyés, nombre de morts en EHPAD, etc. Aujourd’hui, c’est le massif du Mont Blanc qui décroche le pompon en matière d’éboulements. L’année 2026 est en effet un record , tant dans la fréquence des éboulements que dans la quantité de roches qui se sont détachées des montagnes. 450 écroulements ont été recensés jusqu’à présent dans le massif du Mont-Blanc, contre 300 en 2022, année du précédent record. C’est à la fois impressionnant et très inquiétant. Il y a 10 ou 20 ans, quelques dizaines d’éboulements seulement étaient enregistrés.

De tels effondrements sont bien sûr dus au réchauffement climatique et aux fortes températures enregistrées sur le massif alpin. Je ne parlerai pas de « large majorité » comme le fait le CNRS, mais de « quasi totalité » pour désigner le nombre d’effondrements causés par la hausse des températures. À plusieurs reprises cet été, l’isotherme 0°C est monté à plus de 5000 mètres d’altitude. Dans de telles conditions, le permafrost de roche qui assure la stabilité des parois dégèle et tout s’écroule.

Le 5 août 2026, un important éboulement a été observé sur la face sud du Cervin, côté italien, générant une impressionnante avalanche de poussière.

Crédit photo : presse régionale

Le 12 août, un événement semblable a été observé sur le versant de l’Aiguille du Midi à Chamonix. Le téléphérique que l’on aperçoit sur les images de l’événement diffusées sur les réseaux sociaux, n’a, heureusement, pas été impacté par l’effondrement.

Source: réseaux sociaux

Les glaciers contribuent eux aussi à ce phénomène. Dans un état normal, ils exercent des pressions stabilisatrices sur leur encaissant, mais lorsqu’ils fondent et perdent de l’épaisseur, les parois se décompriment, ce qui peut causer des éboulements.

Il y a quelques années, en Nouvelle Zélande, les éboulements dans l’encaissant du glacier Fox, l’un des plus imposants du pays, ont entraîné une interdiction des randonnées dans la vallée glaciaire.

La perte rapide d’épaisseur de tels glaciers est visible car la nature n’a pas le temps de reprendre ces droits, comme ci-dessous sur la glacier d’Aletsch en Suisse.

Photos: C. Grandpey

Les scientifiques avertissent que les éboulements vont se poursuivre dans les prochaines semaines et même en automne. En effet, l’énorme quantité de chaleur qui s’est accumulée à l’intérieur de la roche pendant l’été 2026 va continuer à y pénétrer jusqu’en novembre, décembre, voire jusqu’en janvier. Le géomorphologue Ludovic Ravanel explique que les plus gros éboulements auront lieu cet automne, mais ils devraient être moins fréquents.

Il est bien évident que la déstabilisation des parois rocheuses est un risque pour les alpinistes. Plusieurs d’entre eux ont péri dans les Alpes depuis le début de la saison estivale. J’ai signalé plusieurs accidents sur ce blog. Ainsi, le 13 juin, deux alpinistes d’une trentaine d’années ont été emportés sur près de 300 mètres par une chute de pierres sur l’arête Kuffner du Mont Maudit. Le même jour, côté italien du massif, un skieur-alpiniste de 56 ans a trouvé la mort après le déclenchement d’une plaque de neige sur l’éperon de la Brenva, vers 4 100 mètres d’altitude.

J’ai aussi expliqué (voir ma note du 12 août) que les refuges de Tête Rousse et du Goûter avaient été fermés afin de dissuader les alpinistes d’emprunter ces voies d’accès au sommet du Mont Blanc car elles étaient jugées trop dangereuses à cause des éboulements. Ce n’est pas pour rien que le couloir du Goûter a été surnommé le « couloir de la mort ».

Couloir du Goûter (Crédit photo: presse régionale)

Le réchauffement climatique en montagne est également un problème pour les infrastructures, les refuges et les remontées mécaniques. Plusieurs refuges ont été fermés par sécurité ces dernières années.

Comme je l’ai écrit précédemment, plusieurs courses en haute montagne décrites en 1973 par le guide Gaston Rébuffat sont aujourd’hui impossibles.

Fin du ski d’été au col du Stelvio (Italie)

Le col du Stelvio est le plus haut col routier des Alpes italiennes avec 2 758 mètres d’altitude. Reliant Bormio en Lombardie à Prato allo Stelvio dans le Trentin-Haut-Adige, c’est aussi le second plus haut col routier des Alpes après le col de l’Iseran (2 764 m).

Le Stelvio a été gravi à plusieurs reprises par le Giro d’Italia, dans des conditions météorologiques parfois difficiles. Un jour, afin de dramatiser la course, Jean-Paul Ollivier (« Paulo la science ») a même ajouté que le col était fréquenté par les loups… !

Crédit photo: Wikipedia

En plus des cyclistes, le col du Stelvio est bien connu des skieurs qui viennent y pratiquer le ski d’été, mais cette discipline a du plomb dans l’aile avec l’accélération du réchauffement climatique. Jusqu’au mois d’août 2026, le Stelvio était le dernier domaine de ski d’été encore opérationnel en Europe. Il vient de suspendre ses activités le 15 août en raison de conditions météorologiques défavorables.

Source: presse italienne

La société exploitante SIDAS a justifié cette fermeture en invoquant l’impossibilité de garantir «la sécurité et la qualité des opérations de ski» dans le contexte actuel. La chaleur persistante et des orages à répétition ont fragilisé le glacier et l’ont rendu trop dangereux. Bien que le domaine skiable culmine à 3450 mètres d’altitude, le manteau neigeux ne parvient plus à se refroidir suffisamment la nuit.

Les téléphériques restent en service pour permettre aux visiteurs d’accéder au glacier. Les exploitants du Stelvio, tout comme ceux de Saas-Fee et Zermatt, espèrent rouvrir leurs pistes estivales dès qu’il y aura une amélioration des conditions. Par ailleurs, trois glaciers autrichiens prévoient de lancer leur saison 2026-2027 dès le mois prochain. Je ne comprendrai jamais cette obstination des stations alpines à vouloir fonctionner en dépit des conditions climatiques défavorables qu’elles refusent d’admettre. Le déni du réchauffement climatique a la vie dure dans les Alpes !

Pourtant, la fermeture du Stelvio s’inscrit dans une séquence rapide de fermetures à travers les Alpes. Ainsi, Zermatt-Cervinia (Suisse/Italie) a suspendu son ski d’été début août car une canicule prolongée a empêché tout regel nocturne sur le glacier du Théodule. Saas-Fee (Suisse) a stoppé ses activités estivales le 10 août, alors que l’isotherme 0°C atteignait près de 5000 mètres et les infrastructures glaciaires de dégradaient. Hintertux (Autriche) avait annoncé en début d’année qu’il ne tenterait pas d’ouvrir en août 2026. Dans oublier Tignes et les Deux-Alpes en France qui ont arrêté le ski d’été plus tôt que les années précédentes.

La situation est pire que pendant l’épidémie de Covid-19, époque où Zermatt était parvenu à rester ouvert. Lors de l’été caniculaire de 2022, Hintertux avait pu continuer à fonctionner grâce à son système d’enneigement artificiel sur glacier, alors que tous les autres domaines avaient dû fermer. En 2026, en revanche, les canicules à répétition ont fait monter l’isotherme 0°C à des altitudes inédites. Avec des chutes de neige faibles pendant l’hiver, les glaciers ont vite été dépouillés de leur couverture de poudreuse et la glace s’est retrouvée à nu, interdisant la pratique du ski.

Source : presse suisse et italienne.