Nouvelle inquiétude à Vulcano (Sicile) // New anxiety at Vulcano (Sicily)

Le 23 mai 2022 en cours de journée, l’eau le long du littoral devant la plage de Levante à Vulcano (Sicile) a brusquement pris une couleur d’abord blanc laiteux puis sombre, avec des odeurs nauséabondes. Les habitants de Vulcano Porto ont immédiatement signalé cette situation à l’INGV qui a immédiatement lancé les analyses. Le phénomène semble avoir atteint son maximum vers 13h avant de diminuer au cours des heures suivantes. Selon l’INGV, il s’agirait d’un événement de dégazage impulsif qui a affecté la zone dans le secteur de la plage de Levante qui est historiquement affectée par des émissions de gaz à basse profondeur au fond de la mer.
L’INGV explique qu' »un phénomène de libération de fluides dû à une augmentation de la pression dans le système hydrothermal peut provoquer l’évacuation d’une eau riche en sulfures qui se trouve dans la partie la moins profonde du système proprement dit, ce qui expliquerait les couleurs sombres qui ont été observées. L’oxydation qui s’ensuit provoque la formation de soufre élémentaire et la floculation de ce dernier, ce qui explique l’aspect blanc laiteux de l’eau de mer. La dynamique impulsive du dégazage provoque également la dispersion dans l’eau de dépôts préexistants de soufre natif, ce qui contribue à renforcer le phénomène en question. »
Les scientifiques ont également observé une augmentation de la sismicité avec des événements d’une magnitude inférieure à M 1,0. Le prélèvement d’échantillons est prévu ce mardi.

Source: La Sicilia.

Dans la conclusion d’un rapport sur l’île de Vulcano publié le 14 mai 2022, l’INGV indiquait que les résultats des campagnes de mesure des émissions de CO2 dans le sol en mai 2022 montrent que le dégazage à Vulcano Porto est resté pratiquement inchangé ces derniers mois, et présente toutefois des valeurs moyennes bien au-dessus de la normale. De plus, la forte anomalie de concentration de CO2 dans le sol dans la maison Lombardo (40 vol.% à 50 cm) est toujours présente.
Le suivi de la concentration dans l’air du CO2, du SO2 et du H2S à Vulcano Porto a montré des valeurs légèrement anormales mais non dangereuses.
Dans l’ensemble, un dégazage anormal du sol persiste dans le secteur central de la zone du Camping Sicilia (CS1) qui comprend la maison Lombardo et d’autres maisons voisines, ainsi qu’à proximité de la mare de boue dans la zone de la plage de Levante.
Dans de nombreuses zones de Vulcano Porto, le niveau de dégazage reste sur des valeurs moyennes. Une possible évolution vers des émissions de gaz dangereuses pourrait donc avoir lieu à court terme en cas de réactivation de l’activité du cratère de La Fossa.

Cette situation arrive au mauvais moment, à la veille de la saison touristique. Il y a peu de chances que les restrictions d’accès en cours soient levées.

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On May 23rd, 2022, the water along the coast at Levante beach on the island of Vulcano (Sicily) suddenly took on a colour that was first milky white and then dark, with foul odours. The residents of Vulcano Porto immediately reported this situation to INGV, which immediately started analyses. The phenomenon seems to have reached its maximum around 1 p.m. before decreasing during the following hours. According to INGV, it was an impulsive degassing event that affected the area in the Levante beach sector which is historically affected by gas emissions at low depths on the sea floor.
INGV explains that « a phenomenon of release of fluids due to an increase in pressure in the hydrothermal system can cause the evacuation of a water rich in sulphides which is in the shallowest part of the system itself, which would explain the dark colors that have been observed.The ensuing oxidation causes the formation of elemental sulfur and the flocculation of the latter, which explains the milky white appearance of seawater. The impulsive dynamics of the degassing also causes the dispersion in the water of pre-existing deposits of native sulfur, which contributes to reinforcing the phenomenon. »
Scientists also observed an increase in seismicity with events whose magnitude was less than M 1.0. Sample collection is scheduled for Tuesday.
Source: La Sicilia.

In the conclusion of a report on the island of Vulcano published on May 14th, 2022, INGV indicated that the results of the campaigns to measure CO2 emissions in the ground in May 2022 show that the degassing in Vulcano Porto has remained practically unchanged in recent months, and nevertheless shows average values ​​well above normal. In addition, the strong anomaly of CO2 concentration in the soil in the Lombardo house (40 vol.% at 50 cm ) is still present.
The monitoring of the concentration in the air of CO2, SO2 and H2S at Vulcano Porto showed slightly abnormal but not dangerous values.
Overall, abnormal soil degassing persists in the central sector of the Camping Sicilia (CS1) area which includes the Lombardo house and other neighboring houses, as well as near the mud pool in the area of Levante beach.
In many areas of Vulcano Porto, the level of degassing remains at average values. A possible evolution towards dangerous gas emissions could therefore take place in the short term in the event of a reactivation of activity of the La Fossa crater.

This situation comes at the wrong time, on the eve of the tourist season. Current access restrictions are unlikely to be lifted.

Les émissions de gaz dans l’eau de mer le long de la plage de Levante sont un phénomène qui existe depuis très longtemps. Les touristes adorent se baigner dans ces jacuzzi naturels (Photo: C. Grandpey)

Première bougie pour le lac au fond de l’Halema’uma’u (Hawaii) // Halema’uma’u’s lake (Hawaii) is one year old

Le 25 juillet 2020 a marqué le premier anniversaire du petit lac qui est apparu ce même jour de 2019 au fond du cratère de l’Halema’uma’u, au sommet du Kilauea. Au cours des douze derniers mois, l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) a scruté cette surprenante étendue d’eau qui, après avoir été une petite mare est devenue un petit étang puis un véritable lac, le premier observé dans la caldeira du Kilauea depuis au moins 200 ans.
Le HVO observe et analyse attentivement ce lac en utilisant plusieurs méthodes. Des caméras classiques et thermiques suivent l’évolution de la couleur et de la température à la surface du lac. La couleur est changeante et la température de surface se situe généralement entre 70°C et 85°C. Les mesures effectuées au télémètre laser permettent de suivre l’évolution du niveau du lac qui s’élève régulièrement d’environ 75 centimètres chaque semaine. De plus, deux missions d’échantillonnage de l’eau ont été effectuées à l’aide d’un drone.

On observe de nombreux lacs de cratère sur les volcans de la planète, mais très peu d’entre eux se trouvent sur des volcans basaltiques comme le Kilauea. Le cratère de l’Halema’uma’u, qui s’est effondré lors de l’éruption de 2018, est si profond (environ 500 m) que le plancher se trouve en dessous de la nappe phréatique. En tant que tel, il offre au HVO une fenêtre unique sur une partie du volcan normalement invisible.
Les eaux souterraines n’ont pas rempli tout de suite le cratère de l’Halema’uma’u. C’est normal car il faut du temps pour que l’eau pénètre lentement à travers les pores et les fissures de la roche environnante, et aussi parce que la chaleur du volcan peut faire s’évaporer les eaux souterraines comme elle le fait avec les eaux de surface. Avec le temps, les eaux souterraines ont réussi à se frayer un chemin et le sous-sol s’est refroidi suffisamment pour que l’eau puisse rester à l’état liquide. De la sorte, l’eau peut maintenant s’infiltrer dans le cratère qui continuera à se remplir jusqu’à ce qu’un point d’équilibre soit atteint.
Pendant les premiers mois, l’origine de cette eau est restée un mystère. Les scientifiques du HVO ne savaient pas si elle provenait des eaux souterraines, elles-mêmes alimentées par les précipitations, ou si elle provenait de la condensation de la vapeur d’eau émise par le         magma. La réponse a été apportée par les missions d’échantillonnage à l’aide du drone. L’analyse des isotopes a indiqué que l’eau était d’origine météorique, et provenait donc des précipitations. Alors qu’une petite quantité de pluie tombe directement dans le cratère de l’Halema’uma’u, la majeure partie de l’eau provient des eaux souterraines (des précipitations qui ont percolé à travers le sol) qui s’infiltrent jusqu’au niveau où la nappe phréatique rencontre le cratère.
Avec le temps, les minéraux et les gaz volcaniques se dissolvent dans l’eau et la chimie du lac évolue. Au début, lorsque le lac s’est formé, l’eau était de couleur bleu-vert clair, une couleur que l’on peut encore voir dans certaines zones du lac où l’apport d’eau est le plus important. La surface du lac montre aujourd’hui surtout des nuances d’orange et de marron, probablement en raison des minéraux sulfatés dissous qui sont riches en fer. L’eau n’est pas brassée uniformément et des poches de couleurs, de chimie et de température différentes circulent à l’intérieur du lac.
En plus d’être rare en raison de son existence même, ce lac montre la particularité d’avoir une faible acidité, avec un pH d’environ 4,0, tandis que la plupart des lacs volcaniques sont soit fortement acides (comme le Kawah Ijen en Indonésie, dont le pH est voisin de 0), soit fortement alcalins. A titre de comparaison, le jus d’orange est également légèrement acide avec un pH de 3,5. Il se peut que l’acidité de l’eau soit modérée à ce stade précoce du développement du lac et qu’elle augmentera par la suite.
Au bout d’une année d’existence, le lac couvre désormais une superficie de plus de 2,5 hectares et atteint une profondeur de plus de 40 m.
Source: USGS / HVO.

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July 25th, 2020 was the first anniversary of the water pond that appeared on that same day of 2019 at the bottom of Halema‘uma‘u at the summit of Kilauea Volcano. Over the past twelve months, the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) has watched this surprising body of water grow from a tiny pond into a real lake, the first ever observed within the Kilauea caldera in at least 200 years.

HVO closely monitors the lake using a variety of methods. Visual and thermal cameras track the lake’s surface colour and temperature. Colour is variable and the lake surface temperature is hot, usually between 70°C and 85°C. Laser rangefinder measurements track the surface level, which has risen steadily by about 75 centimetres each week. Moreover, two water-sampling missions have been flown using unoccupied aircraft systems.

Crater lakes occur at volcanoes around the world, but very few of those crater lakes occur at basaltic volcanoes like Kilauea. Halema‘uma‘u, which collapsed and deepened during Kilauea’s 2018 eruption, is so deep (about 500 m) that the bottom is actually below the local water table, providing HVO with a unique window into a realm that is normally hidden from direct view.

Groundwater did not rush in and fill the crater immediately because it takes time for water to squeeze through the pores and cracks of the surrounding rock, and because volcanic heat can evaporate groundwater just as it does surface water. With time, the surrounding groundwater slowly squeezed through the voids, and the subsurface cooled enough for water to be able to remain in liquid form and accumulate within this newly exposed subaerial space. Water will continue to flow into the crater, and the lake will continue to get deeper until a point of equilibrium is reached.

For the first few months, the source of the water was not known. HVO scientists did not know whether it came from groundwater, in turn, fed by rainfall, orif it came from the condensation of water vapour released directly from magma. Thee answer was brought by the water sampling missions. Analysis of the isotopes in the water indicated that it was meteoric in origin, meaning that it originally came from rainfall. While a small amount of rain falls directly into the crater, most of the water is coming from groundwater (that started off as rainfall that percolated into the ground) seeping in where the water table intersects the crater.

With time, minerals and volcanic gases dissolve into the water and the lake’s chemistry changes. When the lake first formed it was light blue-green in colour, a colour that is still seen in parts of the lake where there is a higher influx. The surface water is mostly shades of orange and brown now, likely due to dissolved iron-rich sulfate minerals. The water within the lake is not uniformly mixed, and cells of water with different colours, chemistry and temperature are seen to circulate.

Besides being uncommon because of its very existence, this lake is unique in that it is only mildly acidic, with a pH of about 4.0, while most volcanic lakes are either strongly acidic or strongly alkaline. For reference, orange juice is also mildly acidic with a pH of 3.5. The water’s acidity is likely to be moderated at this early stage of development, and it may become more acidic in the future.

Following a year of steady growth, the lake now covers an area of more than 2.5 hectares and reaches a depth of more than 40 m.

Source: USGS / HVO.

Graphique montrant l’évolution du niveau de l’eau dans le lac au cours de l’année écoulée. Les mesures par télémètre laser ont été effectuées 2 à 3 fois par semaine. Les photos permettent de comparer le lac entre le 27 août 2019, alors qu’il avait une profondeur d’environ 7 mètres, et le 7 juillet 2020, jour où il présentait une profondeur d’environ 40 mètres. (Source: USGS).

La revue LAVE tout en couleurs !

Déjà connue pour la qualité de son contenu, la revue bimensuelle de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) sera encore plus belle puisqu’elle est maintenant 100% couleur. Comme l’écrit la Présidente dans l’éditorial, « cette expérience est d’abord prévue pour un an, et cela sans impact, pour le moment, sur le coût de l’abonnement… S’il apparaît que cette innovation est appréciée, elle sera poursuivie ».

Le numéro 169 du mois de juillet 2014 est largement consacré aux minéraux et roches volcaniques, avec des illustrations qui méritent bien des pages couleur.

Très bonne lecture à ceux qui auront la chance d’avoir le revue entre les mains !

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