Pauvres rivières limousines !

Les vagues de chaleur que nous connaissons depuis le mois de mai et la sécheresse qui les accompagne font des ravages sur nos rivières. Dans le coin du Limousin où j’habite, c’est une catastrophe. Les ruisseaux où j’allais taquiner la truite il n’y a pas si longtemps sont à sec, vraiment à sec ! C’est la première fois que je vois un tel désastre. Il est bien évident qu’aucun poisson n’a pu survivre dans de telles conditions. En particulier, la truite fario a définitivement disparu.

Photos: C. Grandpey

Je ne cesse de le répéter : dans de telles conditions de chaleur et de sécheresse aquatique, la pêche devrait être interdite dans les cours d’eau de 1ère catégorie. Prendre les quelques poissons qui ont pu trouver refuge dans des trous d’eau relève du braconnage.

Près de chez moi, la Vienne – affluent de la Loire – coulait convenablement le matin de ce 14 juillet 2026. À priori, ce n’est pas normal. La rivière devrait avoir un niveau ultra bas, à l’image des autres cours d’eau de la région. La raison de ce niveau presque acceptable est artificielle et facile à comprendre. À quelques dizaines de kilomètres en aval, dans le département de la Vienne, se trouve la centrale nucléaire de Civaux qui a besoin d’eau pour refroidir ses réacteurs. Quand le niveau de la rivière Vienne n’est pas suffisant, le lac de Vassivière, sur le Plateau de Millevaches, vient en aide. La plaisanterie locale consiste à dire qu’il faut Millevaches pour alimenter Civaux !

Crédit photo: EDF

EDF a indiqué dès la première semaine de juillet qu’il fallait procéder à des lâchers pour apporter suffisamment d’eau vers la Haute-Vienne et la Vienne en aval. Le but est de maintenir un débit de 13 m3/seconde dans la Vienne au niveau de Lussac-les-Châteaux, donc de la centrale de Civaux. À ce jour, le débit de la Vienne est tombé à 5 m3/seconde!

Le soutien d’étiage permis par Vassivière doit garantir l’alimentation en eau potable de certaines villes, notamment Limoges, la sauvegarde du milieu aquatique, mais aussi le maintien d’activités industrielles nécessitant l’eau, telle la centrale nucléaire de Civaux.

Depuis le 6 juillet, Vassivière procure 7m3/seconde au soutien d’étiage et cela continuera tant que les conditions météorologiques resteront sèches. Cela entraînera une baisse progressive du niveau du lac entre 5 et 10 cm par jour. D’habitude, cette baisse intervient généralement en fin d’été et surtout durant l’automne. 2026 est vraiment une année exceptionnelle, mais ce côté exceptionnel risque fort de se reproduire dans les prochaines années.

Par convention, EDF s’engage à maintenir une cote raisonnable jusqu’au 31 août afin de garantir les activités touristiques sur le lac de Vassivière.

Lac de Vassivière (Crédit photo: Destination Limoges)

Des stations sismologiques en Limousin !

En lisant Le Populaire du Centre du 3 mai 2025, on apprend qu’une douzaine de stations sismologiques temporaires ont été installées en Limousin. Elles font partie du projet MACIV (Imagerie sismique multi-échelle des sources du volcanisme du Massif Central) mené sur le Massif Central et les départements alentour. Son but est de « mieux comprendre les sources du volcanisme en profondeur. » C’est pourquoi une douzaine de stations sismologiques temporaires ont été installées en Limousin: sept en Haute-Vienne, trois en Creuse et deux en Corrèze, situées dans des communes bien identifiées. Selon la responsable du projet MACIV, « d’un point de vue géologique, le Limousin fait partie du Massif Central. Dans notre étude globale, le Limousin a toute sa place. On ne peut pas uniquement installer des stations dans la chaîne des Puys et dans les monts Dore, nous souhaitons vraiment une approche globale. »

En visitant le site web du projet MACIV (https://maciv.osug.fr/ ), on apprend qu’il s’agit effectivement d’un « projet de science fondamentale. Son objectif est de mieux comprendre les sources du volcanisme en profondeur, ainsi que l’influence des structures varisques sur ce volcanisme. Pour cela, nous installons une série d’expériences sismologiques temporaires multi-échelles et non-destructives sur tout le massif et ses zones volcaniques. Les données de ces expériences seront analysées par les méthodes de tomographie sismique les plus innovantes, afin de préciser la structure de la croûte et du manteau sous le Massif Central et d’imager les systèmes d’alimentation des volcans. MACIV est financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) sur la période 2023-2028. »

De 2023 à 2027, cinq réseaux sismologiques temporaires multi-échelles vont être déployés sur l’ensemble du Massif Central. 750 stations sismologiques seront installées, dont 35 stations large bande (LB) en une nappe couvrant l’ensemble du massif pour 3 ans, 65 stations moyenne bande (MB) sur trois profils au travers des principaux ensembles volcaniques pendant 2 ans, et 650 capteurs courte période (SP) de type « nodes » pour un mois.

Carte des installations du projet MACIV

Les réseaux temporaires grande échelle complèteront les réseaux permanents français et permettront de préciser la position et la géométrie des sources volcano-magmatiques dans le manteau, les conditions de fusion, leurs liens avec les structures varisques et Cénozoïques. A l’échelle kilométrique, des nappes de plusieurs centaines de capteurs SP seront déployées à l’automne 2025 sur les volcans pour étudier les systèmes de transport du magma dans la croûte et les liens entre systèmes volcaniques, gisements minéraux et ressources géothermiques. Ces nappes de capteurs multi-échelles amélioreront considérablement les capacités de détection des événements sismiques des réseaux permanents, et permettront d’élaborer une stratégie de surveillance de l’activité volcanique à long terme.
Le projet MACIV fournira ainsi une base de données sismologiques unique qui sera exploitée pendant des années pour mieux comprendre le volcanisme intraplaque. La nappe de stations large-bande constitue aussi la contribution française au grand projet Européen « AdriaArray », dans lequel des stations sismologiques temporaires sont en cours d’installation du Massif Central aux Carpates. Les données sismologiques de cette partie du réseau sont en libre accès depuis le centre de données RESIF-SI.

Actuellement, des équipes d’ISTerre et de l’IRAP sillonnent le Massif Central pour prospecter les sites qui accueilleront les stations LB du projet. Les quatre premières stations viennent d’être installées, et les autres vont l’être du printemps à l’automne. Les données, collectées en temps réel, sont diffusées par le centre de données RESIF-SI (https://ws.resif.fr/resifsi/) et déjà accessibles à tous.

Sur son site Internet, le projet MACIV fait régulièrement état des séismes et autres événements remarquables. Ainsi, on y apprend que la station sismologique installée dans le cadre du projet à Oradour-sur-Vayres (Haute-Vienne) a, comme les autres stations, . observé des mouvements du sol après le séisme survenu le 28 mars 2025 en Birmanie.

Source : Le Populaire du Centre, MACIV.

Le manque d’eau en Limousin inquiète les agriculteurs et les autorités

Ce n’est pas vraiment une surprise au vu du peu de pluie tombé ces dernières semaines : le Limousin, est durement touché par la sécheresse. On a enregistré 31 jours sans pluie, un record. Selon les services locaux de Météo France, le déficit pluviométrique atteint 60% sur « l’année de recharge » qui va du 1er septembre 2022 au 1er mars 2023.

Les données sont alarmantes. En février 2023, il est tombé 1 à 2 mm de pluie sur le Limousin, contre 60 mm en moyenne. Certains secteurs comme le nord de la Haute-Vienne et de la Creuse sont particulièrement impactés par cette sécheresse hivernale. En Corrèze, on recensé des secteurs où aucune pluie n’est tombée en février 2023.

Cette sécheresse inquiète la filière agricole, en particulier dans le nord de la Creuse où les sols sont plus desséchés que partout ailleurs en Nouvelle Aquitaine.

L’inquiétude risque de durer car un front anticyclonique est attendu dans les prochains jours. .

Ce manque d’eau impacte également l’agglomération de Limoges. Il suffit d’observer le niveau de l’eau de la retenue du Mazeaud, au nord de la ville, pour se rendre compte à quel point le problème est sérieux. Cette réserve est la plus étendue des cinq bassins de rétention d’eau potable de l’agglomération de Limoges. On estime qu’ils sont aujourd’hui à la moitié de leur capacité totale.

Les autorités locales expliquent que les réserves en eau représentent « un peu plus de cinq millions de mètres cubes. Cela correspond aux besoins pendant cinq mois. Ce n’est pas négligeable, mais la sécurité de l’alimentation pour les mois à venir nécessite de progresser dans ce remplissage. »

Pour compenser le manque d’eau de ses réserves, la ville de Limoges envisage de prélever l’eau de la Vienne afin de soulager ses retenues.

Pour éviter la mise en place de restrictions, il est demandé à la population limougeaude et des environs de faire preuve de sobriété. Ce n’est pas parce que l’eau coule au robinet qu’il n’y a pas de problème.

Les précipitations de fin d’hiver et de début de printemps seront décisives. Il n’est malheureusement pas prévu de pluie dans les prochains jours.

Source : presse régionale.

 

Vue du barrage du Mazeaud (Source : France 3 Limousin)

Limousin : un hiver encore trop doux

L’hiver météorologique – il couvre les mois de décembre, janvier et février – vient de ce terminer. En Limousin (Corrèze, Creuse Haute-Vienne), la période est restée relativement douce et continue à être affectée par le réchauffement climatique. Le Limousin est un bon baromètre météorologique car la région subit l’influence océanique dans sa partie occidentale, tandis que la partie sud-est – qui culmine à 977 m d’altitude – est davantage froide car proche du Massif Central.

Dans son bilan de l’hiver météorologique 2021-2022, Météo France indique qu’il s’est révélé « plutôt doux ». En particulier, le thermomètre a montré des valeurs hautes entre le 25 décembre 2021 et le 10 janvier 2022. Les épisodes de gel ont été rares. Au final, on vient de traverser l’hiver le plus doux depuis 2014, avec des températures supérieures de 1,1°C aux normales saisonnières. L’hiver écoulé a également été le plus ensoleillé depuis 1991.

Le plus inquiétant concerne le déficit pluviométrique, un phénomène qui se répète maintenant chaque hiver. Cette fois, il a atteint 10% pour les trois départements, avec une nouvelle absence de neige, hormis quelques flocons sur les hauteurs, mais pas suffisamment pour permettre aux stations de ski de fond du Plateau de Millevaches (autrement dit des 1000 sources) de fonctionner. Les personnes de mon âge se souviennent de l’épais tapis de neige qui recouvrait le sol dans les années 1950-1960.

Un autre problème, c’est que le sol granitique du Limousin de retient pas l’eau et nous ne disposons donc pas de nappes phréatiques. L’eau s’écoule en permanence.

Le manque d’eau vient aussi du fait que les pluies ne sont pas réparties régulièrement au cours de l’année. Si la pluie n’arrose pas le printemps à venir, l’été risque d’être à nouveau difficile. En écrivant ceci, je pense surtout aux éleveurs car l’eau risque de manquer dans les prés. Pour pallier l’irrégularité de précipitations que je viens de mentionner, il faudrait peut-être développer davantage les intercommunalités pour mieux répartir l’alimentation en eau.

Source : Météo France, Le Populaire du Centre.

Il faut espérer qu’un coup de froid en mars ne ruinera pas la récolte de fruits (Photo : C. Grandpey)