Cendre de l’Etna et trafic aérien

Au cours du mois d’août 2026, en pleine saison touristique, la cendre de l’Etna cause de gros problèmes au trafic aérien dans les aéroports siciliens, en particulier l’aéroport Fontanarossa de Catane. La cendre émise par le volcan a perturbé le trafic aérien jusqu’en Libye et à Malte où l’aéroport se trouve à environ 220 kilomètres de l’Etna. Les compagnies aériennes ont dû annuler 19 vols le 11 août à destination de l’île méditerranéenne en pleine saison touristique, et plusieurs autres vols ont subi d’importants retards.

Photo: C. Grandpey

C’est à Catane que les perturbations les plus sérieuses ont été enregistrées et l’aéroport a connu en véritable chaos avec les annulations de vols à répétition.

La grande question est de savoir ce qu’il faudrait faire pour éviter de tels désagréments. À l’origine, en 1912, lorsque l’aviateur Ignazio Lanza di Trabia a envisagé la construction d’une piste d’atterrissage à usage militaire, il ne se souciait guère du volcan, et encore moins des cendres. Il choisit la zone de Fontanarossa car c’était la seule étendue plane suffisamment vaste à proximité de la ville.
Jusqu’aux années 1980, les cendres produites par les éruptions volcaniques n’étaient guère préoccupantes car la plupart des avions étaient équipés de moteurs à hélices. C’est avec la généralisation des moteurs à réaction que les risques sont apparus pour les aéronefs. Cendres et moteurs à réaction ne font pas bon ménage. Lorsque les cendres pénètrent dans ces moteurs, elles fondent sous l’effet de la chaleur de la combustion et se déposent sur les pales des turbines, qui peuvent s’immobiliser en vol.

Pilotes et compagnies aériennes ont été informés des catastrophes évitées de justesse dans les années 1980. En 1982, les quatre réacteurs d’un avion de la British Airways ont cessé de fonctionner en traversant un nuage de cendres provenant du volcan indonésien Galunggung. L’avion a néanmoins réussi à sortir des nuages, à redémarrer ses moteurs et à atterrir. De la même façon, une catastrophe a été évitée de justesse lors de l’éruption du Mont Redoubt (Alaska) le 15 décembre 1989. Un Boeing 747 sze la KLM qui volait vers Anchorage a traversé un nuage de cendres émis par une éruption du volcan. Les quatre moteurs se sont arrêtés. L’avion a décroché pendant 8 minutes et perdu 4 000 mètres avant que les pilotes réussissent à redémarrer les réacteurs. Ces incidents ont permis d’étudier les protocoles et les systèmes d’alerte afin de réduire les risques.

Schéma proposé par l’École des Mines à l’occasion de l’éruption islandaisede l’Eyjafjallajökull en 2010

Aujourd’hui, dès que des cendres atteignent la plaine au sud de Catane, l’aéroport Fontanarossa est fermé. Les éruptions et la trajectoire des cendres sont surveillées par l’Observatoire de l’Etna (Etna Osservatorio) de l’INGV, qui collecte et transmet les données fournies par plusieurs dizaines de stations. Lorsque les paramètres surveillés évoluent de manière significative, les scientifiques de l’Observatoire de l’Etna alertent la Protection civile qui, à son tour, transmet à la SAC, la société aéroportuaire, des mises à jour sur l’activité volcanique et, surtout, des simulations de la dispersion des cendres. Ce système d’alerte aide la société aéroportuaire à décider de l’immobilisation des avions.

Pendant des décennies, la Région Sicile a envisagé de déplacer l’aéroport, mais sans succès. En 2003, une étude a été lancée pour la construction d’un « aéroport intercontinental méditerranéen » dans le centre-est de la Sicile, entre les provinces d’Enna et de Catane, mais le projet n’a jamais vu le jour.
L’attention s’est portée sur l’ancien aéroport militaire de Comiso, dans la province de Raguse en mai 2011, après la nouvelle fermeture de Catane en raison des cendres de l’Etna. Finalement, l »aéroport de Comiso a ouvert ses portes au trafic civil en 2013, mais sans résoudre les problèmes, car sa capacité est insuffisante pour constituer une véritable alternative à Catane. Sans oublier que Comiso est également exposé aux cendres volcaniques, ce qui a entraîné l’immobilisation de plusieurs vols en août 2026.
Le Plan aéroportuaire national 2026-2035 constate que les projets d’extension de Catane et de Comiso « ne semblent pas suffisants pour répondre à la demande de trafic d’ici 2035. » Le Plan propose la construction d’un nouvel aéroport dans la région d’Agrigente. Il s’agirait d’un aéroport plus petit, plus adapté au sud de la Sicile qu’à la gestion d’une situation d’urgence comme celle que nous connaissons actuellement. Il pourrait permettre de soulager celui de Catane en cas de crise éruptive de l’Etna
Pour le moment, aucune solution satisfaisante n’existe pour éviter les perturbations occasionnées au trafic aérien.

Nouvelles de l’Etna et de l’aéroport de Catane

Comme cela était prévisible au vu du déclin du trémor éruptif et de la diminution des émissions de cendre (voir ma note du 6 juillet 2026), la couleur de l’alerte aérienne pour l’Etna a été abaissée de Rouge à Orange. Le bulletin VONA à destination le l’aviation civile publié ce 7 juillet, indique que l’activité strombolienne des cratères sommitaux diminue et que les émissions de cendres s’atténuent. L’INGV précise que le phénomène se limite à la zone des cratères.
Cette modification du niveau d’alerte intervient alors que l’aéroport de Catane-Fontanarossa est fermé. L’interdiction totale des arrivées et des départs, annoncée ce matin par le SAC est prolongée jusqu’à 14h00 aujourd’hui en raison des émissions de cendres ;

Le changement de couleur de l’alerte aérienne n’entraîne pas automatiquement la réouverture de l’aéroport de Catane. Elle dépend des inspections techniques des pistes et des évaluations du SAC, en coordination avec les autorités de l’aviation civile. Il est conseillé aux passagers de ne pas se rendre à l’aéroport sans avoir préalablement vérifié le statut de leur vol auprès de leur compagnie aérienne.

Source : INGV, La Sicilia.

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Dernière minute (7 juillet à midi) :

L’aéroport de Catane-Fontanarossa vient de rouvrir ses portes. La SAC (Agence spatiale italienne) l’a annoncé dans un communiqué. Suite à la décision de l’INGV d’abaisser le niveau d’alerte volcanique de Rouge à Orange, le trafic aérien a repris immédiatement. Comme écrit précédemment, on observe une diminution de l’activité strombolienne au niveau des cratères sommitaux de l’Etna et une réduction des émissions de cendres, désormais concentrées dans la zone de la Voragine.

L’Etna le 7 juillet 2026 vers 11h15 (Image webcam)

La cendre de la Voragine (Etna) empoisonne le trafic aérien en Sicile // Ash from the Voragine (Mount Etna) disrupts air traffic in Sicily

Comme je l’ai indiqué précédemment, une intense activité strombolienne a débuté le 26 juin dans la Voragine, le cratère central de l’Etna et se poursuit actuellement avec de volumineux panaches de cendres qui perturbent sérieusement le trafic aérien de l’aéroport international de Catane-Fontanarossa. La couleur de l’alerte aérienne est passée de l’Orange au Rouge le 4 juillet, contraignant la société de gestion SAC à mettre en œuvre une série de restrictions progressives : d’abord, la fermeture de l’espace aérien au sud, en direction du nuage de cendres, avec une limitation à cinq vols par heure ; puis l’arrêt total de tout trafic aérien à l’arrivée, à l’exception des départs des avions déjà au sol. L’espace aérien du secteur Sud-Ouest devait rester fermé jusqu’à 5 h du matin le 6 juillet. Au total, 154 vols ont été affectés, ce qui donne une idée de l’impact du nuage de cendres volcaniques sur le trafic aérien à destination et en provenance de Catane.
L’aéroport Falcone-Borsellino de Palerme, géré par Gesap, a annoncé avoir accueilli 23 vols déroutés de Catane le 5 juillet. Une assistance a été mise en place pour tous les passagers des vols déroutés de Catane, qui seront transférés à l’aéroport de Fontanarossa par des bus mis à disposition par les compagnies aériennes. Certains vols ont également été déroutés vers les aéroports de Comiso et de Trapani, entraînant d’importants retards pour les passagers. Des milliers de personnes à l’étranger sont également touchées par cette crise,car elles n’ont pu pu rejoindre la Sicile et leurs lieux de vacances.

Image webcam de l’Etna le 6 juillet 2026 au matin

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6 juillet 2026 – 10 heures : L’aéroport de Catane reste fermé, au moins jusqu’au 6 juillet à 12 heures. Le nuage de cendres reste dirigé vers le sud-est aujourd’hui, affectant ainsi l’aéroport de Catane. Les dernières données font état de 129 vols annulés (départs et arrivées confondus) et de 61 vols déroutés entre Palerme, Trapani et Comiso, lorsque cela était possible. Aujourd’hui 6 juillet, l’aéroport de Comiso est de nouveau opérationnel.

Le dernier rapport de l’INGV indique que, bien qu’en légère baisse par rapport à hier, l’amplitude moyenne du trémor volcanique demeure élevée, signe que l’activité volcanique reste intense.

Source : INGV, La Sicilia.

Selon les guides de l’Etna dans les réseaux sociaux, la lave de la Voragine se déversait le 6 juillet dans le Cratère Nord-Est.

À midi ce 6 juillet, le trémor volcanique semble avoir amorcé sa décrue. En parallèle, les webcams montrent que le panache de cendres est moins dense. On peut donc espérer que la situation du trafic aérien s’améliorera dans les prochaines heures. L’aéroport de Catane reste toutefois fermé au moins jusqu’à 20 heures ce 5 juillet.

Source: INGV

Ce n’est pas la première fois que l’Etna se racle la gorge. Dans les années 1990, je me trouvais au sommet au cours de l’une de ces phases de débourrage…

Photo: C. Grandpey

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As previously noted, intense Strombolian activity began on June 26 2026 in the Voragine—Mount Etna’s central crater—and is currently ongoing, producing massive ash plumes that are seriously disrupting air traffic at Catania-Fontanarossa International Airport. The aviation color code was raised from Orange to Red on July 4, forcing the airport operator, SAC, to implement a series of progressive restrictions: initially, closing the airspace to the south (towards the ash cloud) and limiting operations to five flights per hour, followed by a complete halt to all incoming air traffic, with departures permitted only for aircraft already on the ground. The airspace in the southwest sector was scheduled to remain closed until 5:00 a.m. on July 6. A total of 154 flights were affected, illustrating the significant impact of the volcanic ash cloud on air traffic to and from Catania.
Palermo’s Falcone-Borsellino Airport, managed by Gesap, reported receiving 23 flights diverted from Catania on July 5. Assistance was arranged for passengers on these diverted flights, who were to be transferred to Fontanarossa Airport via buses provided by the airlines. Some flights were also diverted to Comiso and Trapani airports, causing major delays for passengers. Thousands of travelers abroad have also been affected by the crisis, as they were unable to reach Sicily and their holiday destinations.

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July 6, 2026 – 10:00 AM: Catania Airport remains closed, at least until 12:00 PM on July 6. The ash cloud continues to drift southeast today, affecting Catania Airport. The latest data show 129 cancelled flights (combined departures and arrivals) and 61 flights diverted to Palermo, Trapani, and Comiso, when possible. As of today, July 6, Comiso Airport is operational again. The latest INGV report indicates that, although slightly lower than yesterday, the amplitude of the volcanic tremor remains high, a sign that volcanic activity continues to be intense.

Source: INGV, La Sicilia.

As of noon on July 6, the volcanic tremor appears to be subsiding. At the same time, webcams show that the ash plume is less dense. There is therefore reason to hope that the air traffic situation will improve in the coming hours. However, Catania airport will remain closed until at least 8:00 PM tonight.

14 avril 2010, l’Eyjafjallajökull… !

C’est un anniversaire pour lequel l’Europe ne va pas sabrer le champagne. La presse islandaise nous rappelait ces derniers jours que le 14 avril 2025 marquait les 15 ans de l’éruption de l’Eyjafjallajokull dans le sud du pays. On se souvient que l’éruption a projeté un énorme nuage de cendres dans l’atmosphère, paralysant une grande partie du trafic aérien européen.

Crédit photo: Wikipedia

Les scientifiques nous expliquent aujourd’hui que le magma dans le conduit éruptif s’est solidifié et a formé une sorte de bouchon, qui a interrompu l’activité pendant un certain temps. Puis l’éruption a de nouveau repris. De nouveaux bouchons se formaient constamment, ce qui a donné lieu à une activité pulsée, parfaitement visible dans son déroulement.

L’éruption de 2010 a projeté des cendres volcaniques à plus de 9 kilomètres dans le ciel et plus de 100,000 vols ont été annulés, affectant des millions de passagers à travers le monde. En réalité, l’éruption était relativement mineure d’un point de vue volcanique, mais son impact fut considérable en raison des fines cendres et de leur risque d’interaction avec les réacteurs des aéronefs. Elle fut l’un des premiers événements majeurs de l’ère moderne à mettre en évidence la vulnérabilité des infrastructures islandaises face aux catastrophes naturelles et à susciter une révision en profondeur des protocoles aéronautiques.

En Islande, l’éruption est restée également dans les mémoires pour son impact local. Par exemple, les fermes proches du volcan ont été recouvertes de cendres, mais heureusement, aucune victime n’a été à déplorer.

Source : Iceland Review.

Dans les semaines qui ont suivi l’éruption, il s’est dit que l’événement allait servir de leçon et que des systèmes de détection de cendre volcanique seraient installés à bord des avions. Mais ce ne fut qu’un feu de paille et aujourd’hui aucun tel dispositif n’équipe les aéronefs. Les dernières éruptions de volcans émetteurs de cendres en Indonésie, par exemple, ont cloué les avions au sol. Certes, les Volcanic Ash Advisory Centers (VAAC) se sont dotés d’équipements plus performants pour analyser la trajectoire des panaches de cendres, mais ce n’est pas suffisant pour résoudre le problème.

Des volcans sous-glaciaires islandais comme le Grimsvötn et surtout le Katla sont susceptibles de se réveiller et d’entrer en éruption en émettant de volumineux panaches de cendres. Il est fort à craindre que les conséquences seront les mêmes qu’en 2010…

Le jour où le Katla se réveillera… (Google Maps)