Réchauffement climatique et déplacements de populations

J’ai alerté à plusieurs reprises sur ce blog sur l’érosion littorale provoquée par la montée du niveau des océans. La fonte des banquises et des glaciers, ainsi que la dilatation thermique des océans provoquent des dégâts sur les côtes, surtout au moment des tempêtes et des marées à fort coefficient. En métropole, mais aussi en outre-mer, des zones habitées sont sous la menace des vagues et des relocalisations devront être envisagées.

 Les dernières tempêtes ont causé de sérieux dégâts sur la côte atlantique et les enrochements ont parfois été délogés par les assauts des vagues (photos : C. Grandpey)

À l’échelle de la planète, des relocalisations et des déplacements de populations sont en cours. Au Brésil, l’État de Rio Grande do Sul a connu des pluies diluviennes d’une violence extrême ces derniers temps et se trouve dans une situation désespérée. Des coulées de boue gigantesques ont détruit des maisons et noyé un nombre incalculable de véhicules. Le bilan provisoire est de 147 morts et 124 disparus. Plus de deux millions de personnes sont dans la détresse et d’innombrables infrastructures sont détruites. Ce sont les inondations les plus graves dans l’histoire de cet État ; elles ont déjà entraîné le déplacement de plus de 620 000 personnes depuis le début du mois de mai 2024. 150 000 personnes avaient déjà connu le même sort en 2023. La situation est tellement grave que les autorités se demandent s’il ne faudra pas délocaliser Porto Alegre !

Le quartier de Sarandi à Porto Alegre, sous les eaux le 5 mai 2024 (Source : presse brésilienne)

Cette ville ne serait pas la première à devoir prendre une telle mesure. Il y a trois ans, le gouvernement indonésien a décidé d’abandonner Djakarta (10 millions d’habitants), la capitale actuelle sur l’île de Java, et de construire une nouvelle capitale, Nusantara, sur l’île de Bornéo. Les risques d’inondation étaient devenus trop importants à Djakarta, notamment à cause du risque de submersion lié à la hausse du niveau de la mer. Le gouvernement indonésien s’est donné 15 ans pour mener le projet à son terme. Voir mes notes du 31 août 2019 et du 15 mars 2023 à ce sujet :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2023/03/15/la-capitale-indonesienne-bientot-a-borneo-indonesian-capital-soon-in-borneo/

Illustration du transfert de Jakarta vers Kalimantan (Source ; The Jakarta Post)

Des déplacements de populations ont déjà eu lieu dans des proportions impressionnantes. . L’Observatoire des Situations de Déplacements Internes (International Displacement Monitoring Center – IDMC) indique que « chaque année, le nombre de déplacements de populations liés aux catastrophes naturelles est plus important que le nombre de déplacements provoqués par des conflits (26 millions contre 20 millions). » L’Asie du Sud et du Sud-Est connaît les niveaux de déplacements les plus importants suite à des événements climatiques de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. Ainsi, le cyclone Mocha a provoqué la fuite de 1,3 million de personnes au Bangladesh, et 900 000 en Birmanie. Il faut savoir que dans un certain nombre de cas, conflits et catastrophes se superposent, ce qui augmente le risque pour les personnes d’être déplacées plusieurs fois ou de manière prolongée. Le rapport de l’IDMC indique qu’au 31 décembre 2023, il y avait 7,7 millions de personnes déplacées en raison de catastrophes dans 83 pays.

D’ores et déjà, on sait que ne nombre de catastrophes va augmenter avec le réchauffement climatique. Il y aura une hausse de la fréquence et de l’intensité des phénomènes extrêmes. L’essentiel des déplacements est actuellement causé par les sécheresses, les inondations, les cyclones, les incendies.

Comme je l’indiquais plus haut, la France est concernée par ces déplacements de population. En 2022, les feux de forêts ont déplacé 45 000 personnes dans l’hexagone. Un sondage commandé fin 2023 par EDF montre que 26% des Français pensent qu’ils devront quitter leur domicile dans les 10 prochaines années, à cause des impacts du réchauffement climatique.

Source : presse nationale et internationale.

Des panneaux mettent en garde contre le risque d’effondrement du littoral, ici à Talmont (Gironde)

Disparition du dernier glacier du Venezuela // Venezuela’s last glacier has disappeared

Sous les coups de boutoir du réchauffement climatique, les glaciers fondent dans le monde et le Venezuela n’échappe pas à la tendance. Le pays vient de perdre son dernier glacier. Il a tellement rétréci que les scientifiques l’ont reclassé en simple ‘champ de glace’. Il semble que le Venezuela soit le premier pays à avoir perdu tous ses glaciers dans les temps modernes.

Le pays hébergeait six glaciers dans la Sierra Nevada de Merida, située à environ 5 000 mètres d’altitude. Cinq de ces glaciers avaient disparu en 2011, avec seul survivant le glacier Humboldt, également connu sous le nom de La Corona, à proximité du Pico Humboldt.

Les scientifiques pensaient que le glacier Humboldt allait subsister au moins une dizaine d’années, mais ils n’avaient pas pu le surveiller pendant plusieurs années en raison de l’agitation politique dans le pays.

Une récente visite du site en décembre 2023 a révélé que le glacier a fondu beaucoup plus rapidement que prévu et ne présente plus qu’une superficie de moins de 2 hectares. En conséquence, il a été déclassé et est passé de ‘glacier’ à ‘champ de glace’.

Les scientifiques expliquent que d’autres pays ont perdu leurs glaciers il y a plusieurs décennies, après la fin du Petit Âge de glace, mais que le Venezuela est sans doute le premier pays à en perdre un dans les temps modernes. L’Indonésie, le Mexique et la Slovénie sont les prochains sur la liste. L’île indonésienne de Papouasie et le Mexique ont connu des températures record ces derniers mois, ce qui devrait accélérer le recul des glaciers.

Il se peut que la disparition des glaciers tropicaux ait été accélérée par le phénomène climatique El Niño. Dans la zone andine du Venezuela, on a enregistré des anomalies mensuelles de 3 à 4 degrés Celsius au-dessus de la moyenne 1991-2020, ce qui est exceptionnel sous ces latitudes tropicales. Les scientifiques préviennent que le Venezuela est le reflet ce qui va se produire du nord au sud de l’Amérique du Sud, d’abord en Colombie et en Équateur, puis au Pérou et en Bolivie, à mesure que les glaciers continuent de fondre dans les Andes.

La disparition du glacier de La Corona est beaucoup plus que la perte de la glace proprement dite ; elle marque également la perte des nombreux écosystèmes présents grâce aux glaciers, depuis les habitats microbiens jusqu’aux environnements à valeur culturelle. Il convient de noter que les glaciers vénézuéliens jouent un rôle limité dans l’approvisionnement en eau de la région, contrairement à des pays comme le Pérou, où les glaciers tropicaux sont beaucoup plus étendus. J’ai attiré l’attention dans plusieurs notes sur le risque que fait peser la fonte des glaciers péruviens sur la population.

Source : médias d’information internationaux.

Vue de la Sierra Nevada de Merida (Crédit photo : Wikipedia)

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Due to global warming, and following a global tendency around the world, Venezuela has lost its last remaining glacier. It has shrunk so much that scientists have reclassified it as an ice field. It is thought Venezuela is the first country to have lost all its glaciers in modern times.

The country had been home to six glaciers in the Sierra Nevada de Mérida which lies at about 5,000 meters above sea level. Five of the glaciers had disappeared by 2011, leaving just the Humboldt glacier, also known as La Corona, which is located close to Pico Humboldt.

Scientists thought the Humboldt glacier was likely to last at least another decade, but they had been unable to monitor the site for a few years due to political turmoil in the country. A recent visit to the site in December 2023 found the glacier had melted much faster than expected, and had shrunk to an area of less than 2 hectares. As a result, its classification was downgraded from glacier to ice field.

Scientists explain that other countries lost their glaciers several decades ago after the end of the little ice age but Venezuela is arguably the first one to lose them in modern times. Indonesia, Mexico and Slovenia are next in line to become glacier-free, with Indonesia’s Papua island and Mexico having experienced record-high temperatures in recent months, which is expected to accelerate the glaciers’ retreat.

The demise of tropical glaciers may have been accelerated by the El Niño climate phenomenon. In the Andean area of Venezuela, there have been some months with monthly anomalies of 3 – 4 degrees celsius above the 1991-2020 average, which is exceptional at those tropical latitudes.

Scientists warn that Venezuela is a mirror of what will continue to happen from north to south, first in Colombia and Ecuador, then in Peru and Bolivia, as glaciers continue to retreat from the Andes.

The loss of La Corona marks the loss of much more than the ice itself, it also marks the loss of the many ecosystem services that glaciers provide, from unique microbial habitats to environments of significant cultural value.

It should be noted that Venezuelan glaciers have a limited role in water provision for the region, in contrast with countries such as Peru, where tropical glaciers are much more extensive.

Source : international news media.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

La situation sur le site de l’éruption sur la péninsule de Reykjanes (Islande) a été assez stable ces derniers jours avec peu d’activité au niveau de la bouche active qui montre un important dégazage. Cependant, l’inflation se poursuit dans le secteur de Svartsengi et il y a maintenant environ douze millions de mètres cubes de magma dans la chambre magmatique. Une légère augmentation de l’activité sismique a été enregistrée ces derniers jours. En observant le volume de magma présent dans la chambre, certains scientifiques du Met Office sont convaincus que « quelque chose va bientôt se produire ». Deux scénarios ont été proposés : soit de nouvelles fissures éruptives s’ouvriront entre Stóra-Skógafell et Hagafell, soit l’activité du cratère existant s’intensifiera.

Ces derniers temps, la lave en provenance de l’éruption s’est accumulée en grande quantité le long des digues de terre érigées pour protéger Grindavik. À certains endroits, la lave est plus haute que ces remparts. C’est pourquoi des travaux ont commencé pour construire de nouvelles protections. On espère qu’elles dirigeront la lave loin de la ville.
Les nouvelles digues de terre seront construites parallèlement à celles qui existent déjà. On espère que si une coulée de lave déborde d’une digue, une autre la freinera et l’enverra loin de la ville.
Le travail avance vite et il ne faudra pas longtemps (environ deux à trois semaines) pour que soient terminées les nouvelles digues qui peuvent atteindre six mètres de haut.

Source : Met Office, médias islandais.

Dernière minute : Le Met Office indique que « l »éruption volcanique qui a débuté le 16 mars 2024 sur la péninsule de Reykjanes a cessé. Malgré la fin de l’éruption, le soulèvement du sol à Svartsengi et la hausse de l’activité sismique montrent qu’une nouvelle éruption est possible prochainement. Les personnes séjournant à Grindavík doivent se préparer à une évacuation rapide. »

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Le Kilauea (Hawaï) n’est pas en éruption, mais plusieurs essaims sismiques ont été enregistrés ces dernières semaines. Le dernier événement a débuté le 6 mai 2024.Quelque 230 secousses se sont produites entre le 6 et le 7 mai au matin. Plus de 1 600 séismes ont déjà secoué le Kilauea entre le 27 avril et le 3 mai, dont plus de 350 par jour au plus fort de la crise. La plupart des derniers séismes ont été localisés dans l’Upper East Rift Zone. Les autres étaient situés dans la caldeira au sud de l’Halemaʻumaʻu.
Les hypocentres des séismes se situaient en moyenne entre 2 et 5 kilomètres sous la surface. Les magnitudes étaient pour la plupart inférieures à M 2,0, avec quelques événements de M 2,5.
La déformation du sol se poursuit également au niveau de l’Halemaʻumaʻu et le côté sud de Kalaupele (caldeira du Kilauea) et du cratère Keanakākoʻi.
Le HVO ne peut pas dire si cette nouvelle hausse d’activité entraînera une intrusion ou une éruption dans un avenir proche. Une éruption n’est pas imminente, mais les conditions peuvent changer rapidement.

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Après les puissants épisodes éruptifs qui ont secoué l’île volcanique de Ruang (nord Sulawesi / Indonésie), le centre de gestion des catastrophes (PVMBG) a diffusé une vidéo réalisée au cours d ‘un survol du volcan le 5 mai 2024. Outre les importants dépôts de cendres sur les flancs du volcan, on aperçoit dans la zone littorale les structures détruites au cours de l’éruption. Dans une note publiée le 5 mai 2024, j’ai expliqué que 9 800 personnes avaient dû être évacuées. Ce même jour, le PVMBG a réduit de 7 km à 5 km la zone d’exclusion autour du cratère actif. Selon les médias, 5 849 habitants de l’île de Tagulandang avaient été évacués le 5 mai ; les évacuations ont été interrompues après la réduction de la zone d’exclusion.

Le niveau d’alerte du Ruang reste à 4 sur une échelle de 4 niveaux.

https://twitter.com/i/status/1787002247559455108

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L’activité éruptive se poursuit sur le Sabancaya (Pérou) avec une moyenne de 36 événements explosifs par jour et des panaches de cendres qui montent jusqu’à 2500 m au-dessus du volcan. Le niveau d’alerte est maintenu à la couleur Orange.

Source : IGP.

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Des émissions de gaz et de vapeur, avec parfois un peu de cendre, continuent à partir de bouches au fond du cratère du Poás (Costa Rica). Les panaches s’élèvent jusqu’à 300 mètres de hauteur. Une incandescence est périodiquement visible la nuit dans la Boca A et la Boca C .

Source : OVSICORI.

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Une hausse de la sismicité est observée sur le Puracé (Colombie), avec une déformation continue de l’édifice volcanique et une augmentation des émissions de gaz. Le 3 mai 2024, le niveau d’alerte a été relevé à Orange (le deuxième niveau sur une échelle à quatre couleurs). Les événements volcano-tectoniques (VT) sont principalement localisés sous le Puracé à des profondeurs inférieures à 4 km et les événements longue période (LP) sous le cratère et le flanc N à des profondeurs inférieures à 1 km. De plus, des événements de très faible magnitude indiquant une montée du magma ont été localisés à des profondeurs de 1 à 3,5 km sous les cônes Piocollo et Curiquinga.

Source : Instituto Geofisico.

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L’éruption se porsuit sur l’île Fernandina (Galápagos). La quantité de lave se déversant dans l’océan a considérablement augmenté entre le 25 et le 30 avril 2024 et les coulées de lave s’étalent maintenant sur 800 m de littoral.

Source : Instituto Geofisico.

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À l’attention des personnes qui se rendront dans les Îles Éoliennes dans les prochaines semaines : j’ai publié le 2 mai dernier une note décrivant la situation à Vulcano et Stromboli :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/05/02/nouvelles-de-vulcano-et-stromboli-iles-eoliennes-sicile/

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ». .
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

The situation at the eruption on the Reykjanes Peninsula (Iceland) has been quite stable in the past days with little activity at the eruptive vent which shows a lot of degassing. However, inflation at Svartsengi is going on and there are now about twelve million cubic metres of magma in the magma chamber. A slight increase in seismic activity has been recorded in the last few days. Judgng from the volume of magma in the chamber, sme scientists at the Met Office are convinced that “it’s getting closer to something happening.” Two scenarios have benn suggested : Either new eruption fissures will open up between Stóra-Skógafell and Hagafell or the existing crater’s activity will increase.

In the pastv days, lava from the eruption has been piling up in large quantities along the defensive walls erected to protect Grindavik. In some places lava has become higher than the walls themselves. As a consequence, work has begun to build new defensive walls at Grindavík. It is hoped that they will direct the lava flow away from the town.

The new defences will be built parallel to the current rampart. It is hoped that if a lava flow finds its way across one wall, another will « catch » it, and divert it away from the town.
Great progress has been made, and it will not be long (about two to three weeks) before the new walls will be finished, up to six metres high.

Source : Met Office, Icelandic news media.

Last minute : The Met Office indicates that « the volcanic eruption that began on March 16th, 2024 on the Reykjanes peninsula has ceased. Despite the eruption’s end, ongoing land uplift and increased seismic activity suggest a high possibility of a new eruption soon. Individuals staying in Grindavík should be prepared for a speedy evacuation. »

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Kilauea (Hawaii) is not erupting, but several seismic swarms have been recorded during the past weeks. The last event started on May 6th, 2024. About 230 earthquakes occurred between May 6th and 7th in the morning. More than 1,600 earthquakes had already shaken Kīlauea between April 27th and May 3rd, with more than 350 per day at the peak of that period. Most of the latest quakes were located in the upper East Rift Zone. The others were located in the caldera south of Halemaʻumaʻu.

Quake depths averaged between 2 and 5 kilometers beneath the surface. Magnitudes have been mostly below M 2.0, with a few M 2.5 events.

Ground deformation also continues beneath Halemaʻumaʻu and the south side of Kalaupele (Kīlauea caldera) and Keanakākoʻi crater.

HVO cannot say whether this new increase in activity will lead to an intrusion or eruption in the near future. An eruption is not imminent, but conditions could change rapidly.

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After the powerful eruptive episodes which shook the volcano island of Ruang (north Sulawesi / Indonesia), the disaster management center (PVMBG) released a video shot during an overflight of the volcano on May 5th, 2024. In addition to the significant ash layers on the flanks of the volcano, one can see in the coastal area the structures destroyed during the eruption. In a post publised on May 5th, 2024, I explained that 9,800 residents had to be evacuated. On that same day, PVMBG reduced the exclusion zone from a 7 km radius around the active crater to 5 km. According to news reports a total of 5,849 residents of Tagulandang Island had been evacuated by May 5th; additional evacuations were halted after the exclusion zone was changed.

The alert level for Ruang remains at 4 on a 4-level scale.

https://twitter.com/i/status/1787002247559455108

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Eruptive activity continues at Sabancaya (Peru) with an average of 36 explosive events per day and ash plumes rising up to 2500 m above the volcano. The alert level is kept at Orange.

Source: IGP.

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Continuing gas-and-steam emissions with sometimes ash content continue from vents on the crater floor at Poás (Costa Rica). Plumes rise as high as 300 meters. Incandescence at both Boca A and Boca C is periodically visible at night.

Source : OVSICORI.

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An increase in seismicity is observed at Purace (Colombia), along with continuing deformation and increases in gas emissions. On May 3rd, 2024, the Alert Level was raised to Orange (the second level on a four-color scale). Volcano-tectonic (VT)events were mainly located beneath Puracé at depths less than 4 km and long-period (LP) events were located beneath the crater and the N flank at depths less than 1 km. Additionally, very low-magnitude events indicating rising magma were located at depths of 1-3.5 km beneath Piocollo and Curiquinga.

Source: Servicio Geológico Colombiano (SGC)

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The eruption at Fernandina (Galapagos) continues. The amount of lava flowing into the ocean significantly increased during 25-30 April 2024 and the lava flows spread along 800 m of the coastline.

Source : Instituto Geofisico.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ». .

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Pérou : Juanita retrouve un visage // Peru: Juanita finds a face

Dans la région d’Arequipa au Pérou, le volcan Sabancaya culmine à 5967 mètres d’altitude et a connu plusieurs phases éruptives pendant la période historique.

 

Le Sabancaya et son voisin le Mont Ampato (Crédit photo : Wikipedia)

Plus près de nous, le Sabancaya est entré en éruption le 28 mai 1990. Au fil des jours, des explosions vulcaniennes de plus en plus violentes ont généré des panaches de cendre atteignant 7 ou 8 kilomètres de hauteur, avec des retombées jusqu’à 20 kilomètres de distance. Elles ont incité de nombreux villageois à fuir les pentes du volcan.

Les 23 et 24 juillet 1991, un essaim sismique a donné naissance à plusieurs lahars qui ont submergé quatre villages. Les secousses ont fait s’effondrer des maisons. La presse a fait état de 20 morts, 80 blessés et 3000 personnes qui ont perdu leurs habitations.

De nouvelles explosions se sont produites le 5 et le 7 mars 1994, avec des panaches de cendre de 3 kilomètres de hauteur. L’éruption s’est poursuivie avec des variations d’intensité jusqu’aux alentours du mois de septembre 1998.

 

L’éruption du Sabancaya en juin 1990 (Crédit photo : Smithsonian Institution)

Cette éruption du Sabancaya a eu une conséquence inattendue. La cendre du volcan a fait fondre la glace qui recouvrait le Mont Ampato voisin et exposé une momie inca, Juanita, découverte en 1996 par une équipe d’archéologues. Enveloppée d’un beau châle de laine alpaga, elle a reposé pendant cinq siècles sur la montagne, à 6300 mètres d’altitude, et y serait restée encore longtemps si l’éruption du Sabancaya n’avait pas trahi la présence de sa tombe. Son corps parfaitement conservé a été protégé des bactéries et autres champignons par son enveloppe de glace.

 

Juanita (Source : WikiCommons)

On pense que la jeune fille, âgée de 12-14 ans à l’époque, a été victime de la Capacocha, cérémonie pendant laquelle les Incas sacrifiaient des enfants aux dieux de la montagne car ils étaient persuadés que le Mont Ampato les approvisionnait en eau tout en les protégeant des avalanches et des tremblements de terre. Un tel sacrifice était un honneur pour un Inca, comme semble le montrer le visage apaisé de la jeune fille qui était agenouillée, tenant son châle d’une main, quand elle a été découverte. Elle était entourée d’offrandes telles que des poteries, de petits sacs de maïs et quelques figurines en or et en argent. Objet d’examens à l’aide de matériel de haute technologie, elle repose désormais au musée d’Arequipa.

Source : Killer Volcanoes. Claude Grandpey. Cégé Editions. 2013)

La découverte de la momie prend une nouvelle tournure aujourd’hui. Un article paru dans le National Geographic en octobre 2023 nous apprend que grâce à une analyse archéologique et à un travail de reconstitution médico-légal minutieux, le visage de Juanita a retrouvé ses traits. Le buste saisissant de la jeune femme constitue la pièce maîtresse d’une exposition présentée au Pérou et est l’objet d’un projet dont le but est de comprendre le drame du sacrifice humain perpétré dans les Andes il y a un demi-millénaire.

Oscar Nilsson, un archéologue et sculpteur suédois, a été capable d’extrapoler la profondeur probable du tissu facial qui recouvrait autrefois le crâne de la jeune fille grâce à une multitude d’outils (scanners, analyse d’ADN, informations sur l’alimentation et les maladies) qui lui permettent de déduire le visage d’un individu.

Puis Oscar Nilsson a imprimé une réplique en 3D du crâne de Juanita et a inséré des patères en bois à sa surface afin de guider la profondeur et le placement de chacun des muscles, faits à la main à partir d’argile modelable. Ajoutés un à un, les yeux, le nez, les tissus fragiles à la texture de corde ont formé un visage humain.

Après avoir réalisé un moule en silicone du buste, il a ajouté des centaines de cheveux et de pores individuels tout en nuances de brun et de rose. Tout cela a pris dix semaines. Le résultat, habillé de robes tissées par des Péruviennes du Centre des textiles traditionnels, constitue l’attraction principale de l’exposition « Capacocha : dans les pas des dieux incas » qui se tient jusqu’au 18 novembre au Musée des sanctuaires andins, à Arequipa.

La reconstitution sera exposée à côté de la momie de Juanita et sera accompagnée des histoires de quinze autres enfants choisis pour le rituel du capacocha et sacrifiés au sommet de l’Ampato ou d’autres pics andins.

En effectuant des analyses toxicologiques et médico-légales sur les restes d’un bébé et de quatre victimes âgées de six à sept ans présentées dans l’exposition, les scientifiques ont découvert qu’elles avaient été particulièrement choyées dans les mois précédant leur sacrifice et qu’elles avaient bénéficié d’un régime alimentaire composé de feuilles de coca, de vignes d’ayahuasca et d’alcool dans les semaines qui ont précédé leur mort ; c’était moins pour les intoxiquer que pour faire en sorte que ces jeunes enfants restent calmes et n’éprouvent pas d’anxiété alors que le moment du sacrifice approchait à grands pas.

Source : National Geographic.

 Juanita, la Fille des glaces d’Ampato, telle que reconstituée par l’archéologue et sculpteur Oscar Nilsson. (Musée des sanctuaires andins à Arequipa)

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In the Arequipa region of Peru, the Sabancaya volcano peaks at 5967 meters above sea level and has experienced several eruptive phases during the historical period.
Closer to us, Sabancaya erupted on May 28th, 1990. Over the days, increasingly violent Vulcanian explosions generated plumes of ash reaching 7 or 8 kilometers in height, with ashfall as far as 20 kilometers away. It prompted many villagers to flee the slopes of the volcano.
On July 23rd and 24th, 1991, a seismic swarm caused several lahars which submerged four villages. The tremors caused houses to collapse. The press reported 20 dead, 80 injured and 3,000 people who lost their homes.
New explosions occurred on March 5th and 7th, 1994, with ash plumes 3 kilometers high. The eruption continued with variations in intensity until around September 1998.

This Sabancaya eruption had an unexpected consequence. Ash from the volcano melted the ice that covered nearby Mount Ampato and exposed an Inca mummy, Juanita, discovered in 1996 by a team of archaeologists. Wrapped in a beautiful alpaca wool shawl, she rested for five centuries on the mountain, at an altitude of 6,300 meters, and would have remained there for a long time if the eruption of Sabancaya had not betrayed the presence of her tomb. Its perfectly preserved body was protected from bacteria and other fungi by its covering of ice.
It is believed that the young girl, aged 12-14 at the time, was a victim of the Capacocha, a ceremony during which the Incas sacrificed children to the mountain gods because they were convinced that Mount Ampato supplied them with water while protecting them from avalanches and earthquakes. Such a sacrifice was an honor for an Inca, as seems to be shown by the peaceful face of the young girl who was kneeling, holding her shawl in one hand, when she was discovered. She was surrounded by offerings such as pottery, small bags of corn and some gold and silver figurines. Subject to examination using high-tech equipment, it now rests in the Arequipa museum.
Source: Killer Volcanoes. Claude Grandpey. Cégé Editions. 2013)

The discovery of the mummy takes a new turn today. An article published in National Geographic in October 2023 tells us that thanks to an archaeological analysis and meticulous forensic reconstruction work, Juanita’s face has regained its features. The striking bust of the young woman forms the centerpiece of an exhibition presented in Peru and is the subject of a project whose aim is to understand the drama of human sacrifice perpetrated in the Andes half a millennium ago.

Oscar Nilsson, a Swedish archaeologist and sculptor, was able to extrapolate the likely depth of the facial tissue that once draped Juanita’s skull—using everything from CT scans to information about diet and disease—to make educated guesses about her face. Then he printed a 3D replica of Juanita’s skull, plugging wooden pegs onto its surface to guide the depth and placement of each muscle. Eyes, a nose, the tissues that constitute a human face were added in turn. After using a mold to make a silicone bust, he added hundreds of individual hairs and pores in shades of brown and pink. The work took 10 weeks. The resulting sculpture, wrapped in robes woven by women from Peru’s Centro de Textiles Tradicionales del Cusco, is the main attraction of “Capacocha: Following the Inca Gods,” which opened in November 2023 at the Museo Santuarios Andinos in Arequipa.

The reconstruction will beaccompanied by the stories of 18 additional children selected for capacocha atop Ampato and other Andean mountains.

When conducting toxicological and forensic analyses of the remains of a toddler and four six- to seven-year-old victims of capacocha, the researchers found that they were well nourished in the months before their sacrifice. They were also fed coca leaves, ayahuasca vine, and alcohol in the weeks before their deaths. It was not so much to intoxicate them as to keep them sedated and anxiety free in the moments preceding their sacrifice.

Source : National Geographic.