Les effets du réchauffement climatique sur la région de Yellowstone // The effects of global warming on the Greater Yellowstone Area

Je fais partie de ceux qui adorent le Parc National de Yellowstone. Je l’ai visité plusieurs fois et j’y ai effectué des mesures de température des sources chaudes pour le compte de l’observatoire volcanologique.

Pourtant, aussi merveilleux qu’il soit, Yellowstone souffre du réchauffement climatique et de la hausse des températures au même titre que beaucoup d’autres endroits aux États-Unis. La situation est particulièrement inquiétante pour la faune et les écosystèmes.

Une nouvelle évaluation des effets du réchauffement climatique dans les parcs nationaux du Grand Teton et de Yellowstone met l’accent sur le risque de bouleversements à venir si la région continue de se réchauffer au rythme actuel. Depuis 1950, la température moyenne dans la région de Yellowstone a augmenté de 1,3°C. Le plus important, c’est que la région a perdu le quart de ses chutes de neige annuelles. Si la région se réchauffe, comme prévu, de 2,7 à 3,3°C d’ici 2061-2080 par rapport à la moyenne de 1986 à 2005, et de 5,5 à 6,1 °C d’ici la fin du siècle, les montagnes autour de Yellowstone auront complètement perdu leur manteau neigeux.

Cette disparition de la neige aura des répercussions sur une vaste gamme d’écosystèmes et de faune, ainsi que sur les villes et les fermes en aval qui dépendent des rivières qui prennent leur source dans ces montagnes. En plus des geysers et des sources chaudes, Yellowstone abrite l’aire de répartition la plus méridionale des populations de grizzlis en Amérique du Nord. Le parc sert de cadre à certaines des plus longues migrations d’animaux sauvages comme les élans, les antilopes, les cerfs mulets et les bisons.

La région de Yellowstone représente également le point de convergence des trois principaux bassins fluviaux de l’ouest des États-Unis : le bassin Snake-Columbia, le bassin Green-Colorado et le bassin du Missouri. Les effets du réchauffement climatique sur la région de Yellowstone ont donc des implications qui vont bien au-delà de l’impact sur le déclin de la population de truites et des perturbations de l’alimentation des grizzlis de la région. En effet, en modifiant l’approvisionnement en eau, le réchauffement climatique a un impact sur les principaux réservoirs de l’Ouest des Etats Unis, avec les villes et les fermes qui en dépendent à des centaines de kilomètres en aval.

La hausse des températures augmente également le risque d’incendies de forêt comme celui qui a ravagé Yellowstone en 1988 et celui qui a battu des records dans le Colorado en 2020.

Sans oublier que les effets du réchauffement climatique sur les parcs nationaux pourraient affecter les quelque 800 milliards de dollars de recettes touristiques dont bénéficie la région chaque année.

Un groupe de scientifiques de l’Université d’État du Montana, de l’U.S.G.S. et de l’Université du Wyoming s’est associé à des organisations locales pour lancer un évaluation climatique de la région de Yellowstone. L’objectif était de créer une base de concertation entre les parties prenantes de la région, que ce soient les populations autochtones qui y vivent depuis plus de 10 000 ans ou les agences fédérales mandatées pour entretenir les terres publiques dans la région. La perspective d’un manque de neige est le problème le plus préoccupant. Aujourd’hui, la limite moyenne de la neige en hiver se situe à environ 1 800 mètres d’altitude. D’ici la fin du siècle, avec le réchauffement climatique, elle devrait s’élever à au moins 3,000 mètres, ce qui correspond au sommet du domaine skiable de Jackson Hole dans le Grand Teton.

L’évaluation climatique de la région de Yellowstone utilise des projections climatiques qui supposent que les pays réduisent considérablement leurs émissions de gaz à effet de serre. En revanche, si on examine des scénarios dans lesquels ces émissions continuent à croître rapidement, les différences d’ici la fin du siècle par rapport à aujourd’hui deviennent très inquiétantes.

Le principal défi pour les années à venir concernera l’eau. Il se peut que les précipitations augmentent légèrement avec le réchauffement de la température, mais elles tomberont moins sous forme de neige. De plus, une plus grande partie tombera au printemps et à l’automne, tandis que les étés deviendront plus secs. La fonte de la neige au printemps, lorsque l’eau de fonte alimente les ruisseaux et les rivières, a déjà avancé d’environ huit jours depuis 1950. Ce changement entraîne une fin d’été plus longue et plus sèche, ce qui allonge encore plus la saison des incendies de forêt.

Ces modifications du régime de l’eau affecteront les migrations de la faune qui a lieu en fonction de l’arrivée des nouvelles feuilles dans les forêts sur les pentes des montagnes chaque printemps. Le faible débit des cours d’eau et l’eau plus chaude dans les rivières à la fin de l’été menaceront la survie des poissons qui dépendent de l’eau froide, comme la truite fardée de Yellowstone.

Delon l’évaluation climatique de la région de Yellowstone, la situation variera quelque peu d’un endroit à l’autre, mais aucune zone ne sera épargnée.

Source : Yahoo News / The Conversation.

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I am one of those who love Yellowstone National Park. I have visited the park several times and performed te:mperature measurements of the hot springs on behalf of the Yellowstone Volcano Observatory.

Wonderful as it is, Yellowstone is suffering fromclimate change and increasing temperatures like so many other place in the United States. The situation is particularly serious for the wildlife and the ecosystems.

A new assessment of climate change in Grand Teton and Yellowstone national parks warns of the potential for significant changes as the region continues to heat up. Since 1950, average temperatures in the Greater Yellowstone Area have risen 1.3 degrees Celsius and potentially more importantly, the region has lost a quarter of its annual snowfall. With the region projected to warm 2.7 – 3.3°C by 2061-2080, compared with the average from 1986-2005, and by as much as 5.5 – 6.1°C by the end of the century, the high country around Yellowstone is poised to lose its snow altogether.

The loss of snow there has repercussions for a vast range of ecosystems and wildlife, as well as cities and farms downstream that rely on rivers that start in these mountains.

In addition to geysers and hot springs, Yellowstone is home to the southernmost range of grizzly bear populations in North America and some of the longest intact wildlife migrations, including the seasonal traverses of elk, pronghorn, mule deer and bison.

The area also represents the one point where the three major river basins of the western U.S. converge : Snake-Columbia basin, Green-Colorado basin, and Missouri River Basin.

The effects of climate change on the Greater Yellowstone Area are, therefore, a question with implications far beyond the impact on Yellowstone’s declining cutthroat trout population and disruptions to the food supplies critical for the region’s recovering grizzly population. By altering the water supply, it also shapes the fate of major Western reservoirs and their dependent cities and farms hundreds of kilometres downstream.

Rising temperatures also increase the risk of large forest fires like those that burnt Yellowstone in 1988 and broke records across Colorado in 2020.

And the effects on the national parks could harm the region’s nearly 800 billion dollars in annual tourism activity.

A group of scientists from Montana State University, the U.S. Geological Survey and the University of Wyoming partnered with local organizations to launch the climate assessment.

The aim was to create a common baseline for discussion among the region’s many voices, from the Indigenous nations who have lived in these landscapes for over 10,000 years to the federal agencies mandated to care for the region’s public lands.

The transition away from snow is the most striking and the most worrying outcome that the assessment anticipates. Today the average winter snowline is at an elevation of about 1,800 metres. By the end of the century, warming is forecast to raise it to at least 3,00 metres, the top of Jackson Hole’s ski areas in Grand Teton.

The climate assessment uses projections of future climates based on a scenario that assumes countries substantially reduce their greenhouse gas emissions. When looking at scenarios in which global emissions continue at a high rate instead, the differences by the end of century compared with today becomes stark.

The main challenge in the coming years will concern water. Precipitation may increase slightly as the region warms, but less of it will fall as snow. More of it will also fall in spring and autumn, while summers will become drier than they have been. The timing of the spring runoff, when winter snow melts and feeds into streams and rivers, has already shifted ahead by about eight days since 1950. The shift means a longer, drier late summer when drought can turn the landscape brown or black as the wildfire season becomes longer and hotter.

The outcomes will affect wildlife migrations dependent on the “green wave” of new leaves that rises up the mountain slopes each spring. Low streamflow and warm water in late summer will threaten the survival of coldwater fisheries, like the Yellowstone cutthroat trout.

These outcomes will vary somewhat from location to location, but no area will be untouched.

Source : Yahoo News / The Conversation.

Les courbes montrent deux scénarios possibles de hausse des températures en fonction de la réduction (en bleu) ou non réduction (en rouge) des émissions de gaz à effet de serre. La comparaison est établie en se référant à la moyenne 1900-2005 (en noir). [Source: Greater Yellowstone Climate Assessment (2021)]

Taal (Philippines) : nouvelles explosions? // New explosions?

Suite à l’activité phréatomagmatique du 1er juillet 2021, le PHIVOLS indique que le Taal pourrait ne connaître que de faibles explosions dans les prochains jours car le magma est proche de la surface. Les cinq explosions survenues le 1er juillet étaient relativement faibles. La première a été suivie de quatre brefs événements phréatomagmatiques qui n’ont pas duré plus de deux minutes chacun et ont généré des panaches qui se sont élevés à 200 mètres au-dessus du lac dans le Main Crater (cratère principal).

Le niveau d’alerte 3 est maintenu sur le volcan. Il est interdit au public d’entrer dans la Volcano Island qui est une zone de danger permanent. Comme je l’ai écrit précédemment, le PHIVOLCS a conseillé aux habitants des barangays d’Agoncillo et de Laurel dans le district de Batangas de quitter leurs maisons en raison du risquesu de coulées pyroclastiques et de tsunami en cas de forte éruption.

Une fois de plus, la situation sur le Taal montre les limites de la prévision volcanique. La mise en place du principe de précaution reste le meilleur moyen de protéger la population.

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Following the phreatomagmatic activity of July 1st, 2021, PHIVOLS indicates that Taal may only have weak explosions in the next days because magma is already at a shallow level. The five explosions that occurred on July 1st were relatively weak. The first explosion was followed by four short phreatomagmatic events that lasted no longer than two minutes each and produced plumes that rose 200 metres above the Main Crater lake.

Alert Level 3 is maintained over the volcano. The public is prohibited from entering the entire Taal Volcano Island, which is a permanent danger zone. As I put it before, PHIVOLCS advised residents in the high-risk barangays of Agoncillo and Laurel in Batangas to evacuate due to hazards of pyroclastic density currents and volcanic tsunami in case strong eruptions occur.

Once again, this situation on Taal shows the limits of volcanic prediction. Implementing the precaution principle is the best way to protect the population.

Vue de l’éruption du 1er juillet (Crédit photo : PHIVOLCS)

Photos et vidéos de l’éruption islandaise

L’éruption sur la péninsule de Reykjanes fait le bonheur des volcanophiles car elle est relativement facile d’accès. Contrairement à ce qui se passe sur l’île de la Réunion, les autorités islandaises sont prêtes à aider les visiteurs pour qu’ils puissent profiter du spectacle.

Aujourd’hui, l’éruption est beaucoup moins spectaculaire, somptueuse et fascinante qu’au cours du premier mois d’activité. A cause de la pandémie de COVID-19 et de la fermeture des frontières, seuls les Islandais ont eu la chance de pouvoir approcher de très près le double cône apparu dans la Geldingadalur.

Par la suite, à condition de se soumettre au grattage de nez des tests PCR et à une période de quarantaine, d’autres volcanophiles ont pu observer les projections et coulées de lave. Ensuite, la lave a étendu son champ d’action, de sorte que le sentier A donnant accès au point d’observation le plus intéressant a été coupé. La seule solution pour y accéder était l’hélicoptère, à condition de débourser quelque 400 euros par personne.

Ne restait plus que le sentier B avec une partie raide et équipée d’une corde, mais le cratère ayant rehaussé ses parois, la vue sur l’éruption devient aujourd’hui de plus en plus limitée et le lac de lave est invisible. Les Islandais ont balisé un nouveau sentier qui permet d’accéder à la colline de Langihryggur. La vue sur le cratère est plus intéressante que par le sentier B.

A l’heure actuelle, on peut approcher facilement le front de coulée dans la vallée de Natthagi où la lave avance majoritairement en tunnels, avec plusieurs belles coulées éphémères, un peu comme à Hawaii. Au train où vont les choses, il n’est pas impossible que la lave coupe la route côtière et finisse par atteindre le littoral, mais c’est une autre histoire…

Cette éruption a été l’occasion pour les touristes de prendre des très nombreuses photos et de réaliser de nombreuses vidéos. Leurs auteurs en ont diffusé un grand nombre sur les réseaux sociaux. La qualité est très inégale selon le matériel utilisé, mais on a pu se régaler avec de belles vidéos dont plusieurs ont été réalisées à l’aide de drones. Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, le vent, le magnétisme et la chaleur de la lave ont envoyé au tapis bon nombre de ces engins.

L’une de ces vidéos m’a été proposée par Francis Balland qui était sur le site il y a quelques jours. Les images confirment celles des webcams. La lave s’écoule à la fois en surface et en tunnels, avec parfois un effet de saturation.

https://youtu.be/Jop1TosVYX8

Parmi les films réalisés, il en est un qui, à mes yeux, se situe au-dessus du lot. Il a été réalisé en mai 2021 par Sigurður Hrafn Stefnisson à l’aide d’un drone DJI Mavic pro2. J’ai eu l’occasion de communiquer le lien permettant de le visionner. Le voici à nouveau à l’attention de ceux qui auraient raté le spectacle. Plein écran et son vivement conseillés :

https://youtu.be/QPcjlhnYp7w

 

Eruption du Taal (Philippines)

Le PHIVOLCS indique qu’une éruption phréatique s’est produite sur le Taal (Philippines) dans l’après-midi (heure locale) du 1er juillet 2021. L’événement a généré un panache sombre qui s’est élevé jusqu’à 1 km de hauteur (voir photo ci-dessous). Le niveau d’alerte volcanique est passé de 2 à 3.

L’éruption phréatique a probablement été causée par une intrusion magmatique au niveau du cratère principal (Main Crater), de sorte que d’autres éruptions pourraient survenir. Le PHIVOLCS a recommandé que Volcano Island et les barangays d’Agoncillo, Laurel et Batangas soient évacués en raison du risque de coulées pyroclastiques et de tsunami volcanique sur le lac.

Il est conseillé aux communautés riveraines du lac Taal d’être vigilantes face aux éventuelles perturbations de l’eau du lac liées à l’activité volcanique en cours.

Dans ma dernière note sur l’activité volcanique dans le monde, j’ai indiqué que le Taal montrait toujours des signes d’activité avec des panaches de vapeur s’élevant au-dessus du lac dans le cratère, et des émissions de SO2 de 3 000 à 5 600 tonnes/jour au niveau du Main Crater.

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PHIVOLCS indicates that a phreatic eruption occurred at Taal (Philippines) in the afternoon (local time) of July 1st, 2021. The event genated a dark plume that rose up to 1 km (see photo below). The volcano alert level was raised from 2 to 3.

The phreatic eruption may have been caused by a magmatic intrusion at the Main Crater so that more eruptions could be observed.

PHIVOLCS has recommended that Taal Volcano Island and the barangays of Agoncillo and Laurel, Batangas be evacuated due to the risk of pyroclastic flows and volcanic tsunami on the lake.

Communities on the shores of Taal Lake are advised to be vigilant of possible lakewater disturbances related to the ongoing volcanic activity.

In my last post about volcanic activity around the world, I indicated that Taal was still showing signs of activity with steam plumes rising above the crater lake and SO2 emissions averaging 3,000-5,600 tonnes/day at the Main Crater.

Vue de l’éruption du Taal. On remarquera les gerbes cypressoïdes typiques des éruptions phréato-magmatiques (Source : PHIVOLCS)