Taal (Philippines) : nouvelles explosions? // New explosions?

Suite à l’activité phréatomagmatique du 1er juillet 2021, le PHIVOLS indique que le Taal pourrait ne connaître que de faibles explosions dans les prochains jours car le magma est proche de la surface. Les cinq explosions survenues le 1er juillet étaient relativement faibles. La première a été suivie de quatre brefs événements phréatomagmatiques qui n’ont pas duré plus de deux minutes chacun et ont généré des panaches qui se sont élevés à 200 mètres au-dessus du lac dans le Main Crater (cratère principal).

Le niveau d’alerte 3 est maintenu sur le volcan. Il est interdit au public d’entrer dans la Volcano Island qui est une zone de danger permanent. Comme je l’ai écrit précédemment, le PHIVOLCS a conseillé aux habitants des barangays d’Agoncillo et de Laurel dans le district de Batangas de quitter leurs maisons en raison du risquesu de coulées pyroclastiques et de tsunami en cas de forte éruption.

Une fois de plus, la situation sur le Taal montre les limites de la prévision volcanique. La mise en place du principe de précaution reste le meilleur moyen de protéger la population.

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Following the phreatomagmatic activity of July 1st, 2021, PHIVOLS indicates that Taal may only have weak explosions in the next days because magma is already at a shallow level. The five explosions that occurred on July 1st were relatively weak. The first explosion was followed by four short phreatomagmatic events that lasted no longer than two minutes each and produced plumes that rose 200 metres above the Main Crater lake.

Alert Level 3 is maintained over the volcano. The public is prohibited from entering the entire Taal Volcano Island, which is a permanent danger zone. As I put it before, PHIVOLCS advised residents in the high-risk barangays of Agoncillo and Laurel in Batangas to evacuate due to hazards of pyroclastic density currents and volcanic tsunami in case strong eruptions occur.

Once again, this situation on Taal shows the limits of volcanic prediction. Implementing the precaution principle is the best way to protect the population.

Vue de l’éruption du 1er juillet (Crédit photo : PHIVOLCS)

White Island (Nouvelle Zélande): les leçons de l’éruption du 27 avril // The lessons of the 27 April eruption

drapeau-francaisL’éruption du 27 avril dernier à White Island est une nouvelle preuve que nous ne sommes pas en mesure de prédire les éruptions phréatiques ou phreato-magmatiques. On se souvient de l’éruption du Mont Ontake le 27 septembre 2014 qui a tué 57 randonneurs et surpris les scientifiques japonais. J’ai récemment expliqué (voir ma note du 28 avril 2016) que les volcanologues du Costa Rica ont décidé d’intensifier la surveillance du volcan Poás dans ce domaine, mais il reste un long chemin à parcourir pour atteindre des résultats significatifs. Les Néo-zélandais reconnaissent que la dernière éruption à White Island le 27 avril aurait probablement tué quiconque se serait trouvé à proximité du lac de cratère. Lors de ma visite sur l’île en 2009, je me suis fait la même réflexion alors que je me trouvais sur la berge de ce même lac.
Heureusement, la dernière éruption s’est produite tard dans la soirée du 27 avril et il n’y avait personne sur l’île quand la vague d’eau et de matériaux a été projetée sur le plancher du cratère. Ce qui confirme l’hypothèse d’une éruption phréatique, c’est qu’une grande partie du plancher du cratère est recouverte d’une couche de cendre et autres matériaux de couleur verdâtre, mais aucun matériau d’origine magmatique n’a été observé dans les dépôts.

L’équipement de surveillance sur le continent a enregistré une « impulsion complexe de données sismiques » qui a duré environ une heure et demie, à partir de 21h31, avec un point fort vers 21h53. Cependant, la taille du signal était faible par rapport à l’activité enregistrée entre 2011 et 2013. De plus, les signaux acoustiques n’étaient pas clairs et difficiles à interpréter. La détection de l’éruption a également été entravée par le fait que les capteurs de gaz sur l’île ne fonctionnent que de jour et les objectifs des caméras ont été recouverts par la poussière déposée par l’explosion. Les images proposées par le radar de précipitations du MetService montrent que le panache de l’éruption a atteint entre 3 et 4 kilomètres de hauteur.
La distance de White Island (50 km au large de la côte de Bay of Plenty) est de toute évidence un obstacle à de bonnes observations. Ce n’est que lorsque les volcanologues du GNS ont survolé le volcan le lendemain dans l’après-midi qu’ils ont pu apprécier pleinement les effets de l’éruption de la nuit précédente. Après avoir été élevé à 3 dans les heures qui ont suivi l’explosion, le niveau d’alerte a été ramené à 2 puis à 1.  le niveau d’alerte du volcan à 2.
Sources: GNS science; New Zealand Herald.

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drapeau-anglaisLast month’s eruption (April 27th) at White Island was another proof that we are not able to predict phreatic or phreatomagmatic eruptions. One should remember the eruption at Mt Ontake that killed 57 trekkers and caught by surprise Japanese volcanologists. I recently explained (see my note of April 28th 2016) that volcanologists in Costa Rica are intensifying the monitoring of Poás volcano in this field, but there is still a long way to go to reach significant results. New Zealand volcanologists admit that the last eruption at White Island (April 27th) likely would have killed anyone standing close to the floor of its Crater Lake. While visiting the island in 2009, and standing close to the crater lake, I said to myself that I would probably be killed if an explosion occurred during my visit of the volcano.

Fortunately, the last eruption happened late at night and no one was on the island when a surge of ash was thrown across the crater floor. What confirms the hypothesis of a phreatic eruption is that much of the crater floor was covered with a green-tinged ash and none of the material contained magma.

The monitoring equipment on the continent recorded a « complex pulse of seismic data » that lasted about one and a half hours, starting at about 9.31pm, with a climax at about 9.53pm. However, the size of the signal was also small compared with activity between 2011 and 2013 and the acoustic signals were not clear, and were difficult to interpret. Detecting the eruption was also hampered by the fact the island’s gas sensors work only in daylight, and the web cameras were obscured by the dirt deposited by the explosion. The images from the MetService’s rain radar show an eruption plume reaching between 3 and 4 kilometres.

The distance to White Island (50 km off the coast of Bay of Plenty) was clearly an obstacle to make good observations. It wasn’t until GNS volcanologists flew over the volcano the next day in the afternoon they were able to fully appreciate the impacts of the previous night’s eruption. After being elevated to 3 during the hours that followed the explosion, the alert level was lowered to 2, then to 1.

Sources: GNS Science; New Zealand Herald.

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Photos: C. Grandpey

Turrialba (Costa Rica): Vers une évolution phréatomagmatique? // Toward a phreatomagmatic phase?

drapeau francaisLes derniers échantillons de lave recueillis par les scientifiques du RSN (Costa Rica’s Seismological Network) tendent à prouver que de la lave juvénile a été émise par le Turrialba, ce qui pourrait indiquer que le volcan est entré dans une phase plus active. Cependant, d’autres chercheurs disent qu’il est encore trop tôt pour faire une telle affirmation.
Lors d’une visite sur le terrain vendredi dernier, les scientifiques du RSN ont découvert près du cratère ce qu’ils croient être de gros blocs de lave juvénile en phase de refroidissement. Ils pensent que ces blocs ont été éjectés lors de l’éruption du 7 avril à 02h07, quand la webcam a montré des matériaux incandescents et des panaches de cendre qui montaient jusqu’à deux kilomètres dans le ciel.
Jusqu’à présent, les scientifiques n’ont vu que des photos des échantillons de lave. Un géochimiste a déclaré: « Certes, ces fragments peuvent être de la lave juvénile, mais ils peuvent également être quelque chose d’autre. Ils peuvent avoir subi un processus de refroidissement chimique en profondeur et atteint la surface sous forme de roche solide.
Une autre possibilité est qu’un ancien morceau de lave refroidi à l’intérieur du volcan ait été arraché au cours de la dernière explosion, qu’il ait fondu et qu’il se soit refroidi de nouveau. Dans ces deux cas, les fragments ne seraient pas considérés comme de la lave juvénile ».
Que les échantillons soient de la lave juvénile ou non, les scientifiques de l’OVSICORI pensent que l’éruption du 7 avril a marqué une étape importante dans l’activité volcanique du Turrialba. Au cours des visites sur le terrain après l’éruption, ils ont utilisé une caméra thermique et ils ont remarqué que certaines roches éjectées lors de l’éruption étaient encore anormalement chaudes. Cela pourrait signifier le magma à l’intérieur du Turrialba est stocké beaucoup plus près du cratère qu’on le supposait initialement. Depuis 2010, le RSN et l’OVSICORI estiment que le magma se trouve à environ trois kilomètres sous la surface de la terre. A présent, les roches très chaudes observées avec la caméra thermique laissent supposer qu’il est peut-être à moins d’un kilomètre de profondeur.

Si les roches recueillies par le RSN sont effectivement de la lave juvénile, cela indiquerait le Turrialba est passé à une phase d’activité plus sérieuse. Le volcan se trouve dans une phase d’éruption phréatique depuis 2010. La présence de lave fraîche signifierait qu’il est désormais dans une phase phréatomagmatique. Si c’est le cas, les éruptions deviendront plus fréquentes et plus violentes. Il faudra que les autorités envisagent de prendre de nouvelles mesures de protection envers les populations vivant à proximité du volcan.
Source: The Tico Times.

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drapeau anglaisThe latest samples of lava collected by University of Costa Rica’s National Seismological Network (RSN) scientists tend to prove that juvenile lava was ejected by Turrialba, which may indicate that the volcano has moved into a more active phase. However, other researchers say it’s too soon to tell.

During a field inspection Friday morning, RSN scientists found what they believe to be large blocks of fresh, cooled lava near the crater of the volcano. They think that the lava was ejected during the eruption that occurred on April 7th at 2:07 a.m., when the volcano was observed ejecting incandescent material and ash two kilometres into the sky.

So far, the scientists have only seen photos of the lava samples. Said a geochemist: “While these fragments could be fresh lava, they could also be something else.” They may have undergone a chemical cooling process underground, and reached the surface as solid rock.

Another possibility is that a chunk of old cooled magma inside the volcano was dislodged during the last explosion, melted down and re-cooled. In both of these cases, the fragments would not be considered as juvenile.

Regardless of whether or not the fragments are juvenile lava, OVSICORI said that the April 7 eruption marked a significant step forward in volcanic activity at Turrialba. During field inspections more than a day after the eruption, scientists used a thermal imaging camera to study the volcano and noticed that some of the rocks ejected during the eruption were unusually hot. This might mean the magma inside Turrialba could be much closer to the crater than scientists originally thought. Since 2010, both RSN and OVSICORI have estimated the magma to be around three kilometres below the earth’s surface. But the hot rocks reveal that it may be closer to one kilometre below the surface.

If the rocks recovered by RSN are juvenile lava, this would indicate the volcano has passed on to a more serious phase of activity. Turrialba has been in a phreatic eruption phase since 2010. The presence of fresh lava would mean it is in a phreatomagmatic phase. If this is the case, eruptions will become more frequent and violent, and will require the country to begin considering taking more protective measures toward the populations living close to the volcano.

Source: The Tico Times.

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Les émissions de cendre du Turrialba le 5 avril 2015 vues par la webcam de l’OVSICORI.