Ça s’agite du côté de la Faille de San Andreas (Etats-Unis) // Seismic swarm along the San Andreas Fault (United States)

La faille de San Andreas est l’une des plus connues et l’une des plus dangereuses au monde. Elle s’étend sur environ 1 200 km et marque la limite entre les plaques tectoniques Pacifique et Amérique du Nord. Il y a trois grandes agglomérations le long de la faille – Los Angeles, San Francisco et San Diego – ainsi que d’autres villes.
L’USGS enregistre actuellement un essaim sismique sous la Mer de Salton à proximité de la faille, avec un séisme M 4,5 le 10 août 2020.
Les sismologues  affirment que le risque d’un séisme plus important au cours des 7 prochains jours est très élevé. La section la plus méridionale de la faille de San Andreas est susceptible de se rompre et déclencher des s éismes dont les magnitudes peuvent atteindre M 7,0 ; le dernier événement de ce genre s’est produit il y a plus de 300 ans.
Historiquement, la zone en question a déjà connu des essaims sismiques. Les plus récents ont été observés en 2001, 2009 et 2016. Au cours du dernier essaim en 2016, il y a eu trois phases d’activité séparées par des périodes de calme relatif avant la fin de l’essaim. Ces essaims sont restés actifs pendant 1 à 20 jour, avec une durée moyenne d’environ une semaine, de sorte que l’essaim enregistré actuellement  peut lui aussi se dérouler en plusieurs phases d’activité. .
L’USGS estime qu’il y a trois scénarios possibles du 12 au 19 août 2020:
– Le premier scénario a 98% de chances de se produire: il comprend de nouveaux séismes d’une magnitude inférieure à M5,4 au cours de la semaine prochaine. Le scénario le plus probable est que le nombre de séismes diminue au cours de la semaine à venir.
– Le deuxième scénario a environ 2 pour cent de chances de se produire: un séisme plus important pourrait survenir, avec une magnitude entre M5,5 et 6,9, avec des dégâts dans la région de la Mer de Salton. Des répliques sont possibles les jours suivants
– Le troisième scénario a moins de 1% de chances de se produire: un puissant séisme de magnitude M 7,0 ou plus pourrait se produire dans les sept prochains jours. Un tel événement aurait des impacts majeurs sur les localités voisines et serait suivi de répliques les jours suivants.
L’USGS conclut ses observations en indiquant que nous sommes incapables de prévoir ce qui est susceptible de se produire le long de la faille de San Andreas. Les prévisions sismiques actuelles donnent seulement une idée du risque sismique dans une période donnée dans une certaine zone.
Source: USGS, The Watchers.

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The San Andreas Fault is one of the best known and one of the most dangerous faults in the world. It stretches over about 1200 km and marks the boundary between the Pacific and North American tectonic plates. There are three major cities on the fault – Los Angeles, San Francisco, and San Diego – along with other towns.

The USGS has been monitoring an ongoing seismic swarm beneath the Salton Sea near the fault, with an M 4.5 quake recorded on August 10th, 2020.

USGS seismologists say the risk of a larger earthquake over the next 7 days is considerably elevated. The southernmost section of the San Andreas Fault is capable of rupturing and generate earthquakes with magnitudes as high as M 7.0; the last event of this kind occurred more than 300 years ago.

Historically, this area has seen seismic swarms before, most recently in 2001, 2009, and 2016.  During the last swarm in 2016, there were three bursts of activity separated by relatively quiet periods before the swarm ended. These past swarms in the area have remained active for 1 to 20 days, with a typical duration of about a week, so this swarm may have future bursts of activity.

USGS has warned that there are three possible scenarios from August 12th to August 19th, 2020:

– The first scenario has a 98 percent chance of happening: it includes more earthquakeswith magnitudes no greater than M5.4 within the next week. The most likely scenario is that the rate of quakes in the swarm will decrease over the coming week.

– The second scenario has about a 2 percent chance of occurring: A larger earthquake could occur, ranging from M5.5 to 6.9, with damage around the Salton Sea area. It may be followed by aftershocks in the next days.

– The third scenario has less than 1 percent chance of taking place: A much bigger earthquake of M 7.0 or higher could occur within the next seven days. Such an event would have major impacts on nearby communities and would be followed by aftershocks in the next days.

USGS concludes saying we are unable to predict what could really happen along the San Andreas Fault. Our current earthquake forecasts only give us an understanding of the chances of having more earthquakes within a given time period in the affected area.

Source : USGS, The Watchers.

La Faille de San Andreas dans la région de la Mer de Salton (Source : USGS)

Portion de la Faille de San Andreas (Photo : C. Grandpey)

Risque de disparition brutale de la calotte antarctique avec hausse spectaculaire du niveau des océans // Risk of Antarctic Ice Sheet collapse and dramatic sea level rise

Une nouvelle étude par une équipe de chercheurs de l’Université du Wisconsin-Madison et de l’Oregon State University, récemment publiée dans la revue Nature, nous apprend que la calotte glaciaire de l’Antarctique Occidental est moins stable que prévu et il faut s’attendre à sa rapide disparition.
L’étude revient sur les deux dernières périodes au cours desquelles notre planète est passée d’un état glaciaire – lorsque les calottes glaciaires couvraient de grandes étendues du globe – à un état interglaciaire comme celui que nous vivons actuellement.
Le but de l’étude est de mieux comprendre les facteurs qui contribuent à l’élévation du niveau de la mer. En effet, jusqu’à présent, on ne savait pas grand-chose sur le rôle joué par la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. On ne savait pas à quelle vitesse elles fondaient, si la calotte glaciaire de l’Antarctique allait disparaître, ni à quelle vitesse cela allait se produire, si c’était une affaire de siècles ou de millénaires. D’ici 2200, il se peut que le niveau de la mer s’élève de 7,50 mètres si l’on prend en compte l’instabilité de la calotte glaciaire antarctique occidentale et orientale.
L’étude révèle que le réchauffement de l’eau sous la surface des océans contribue largement à la fonte de la calotte glaciaire, en particulier dans l’Antarctique où une grande partie de la calotte glaciaire se trouve sous l’eau. Au cours des deux dernières transitions de la période glaciaire à la période interglaciaire, le réchauffement a été largement provoqué par la perturbation de la circulation méridienne de renversement de l’Atlantique (AMOC) qui agit comme un tapis roulant et transporte les eaux chaudes vers le nord et les eaux froides vers le sud.
Le réchauffement sous la surface de l’océan a probablement été responsable de la disparition de la calotte glaciaire de l’Antarctique Occidental au cours de la dernière période interglaciaire sur Terre qui remonte à 125 000 ans. Cela a entraîné une élévation du niveau de la mer de trois mètres. Dans l’ensemble, le niveau des mers a augmenté de neuf mètres au cours de la dernière période interglaciaire.
L’étude a adopté une approche de modélisation pour rassembler les meilleures données planétaires contribuant à la fonte des glaciers et des calottes glaciaires ainsi qu’à l’élévation du niveau de la mer, y compris les concentrations de gaz à effet de serre, les températures globales et les températures sous la surface des océans. À l’aide de la version 3 du modèle de système climatique du National Center for Atmospheric Research (NCAR), les chercheurs ont effectué des simulations à partir de plus de 25000 années modèles à l’aide de conditions et de reconstructions climatiques basées sur des données collectées dans le monde entier. Ces données comprennent les gaz à effet de serre mesurés dans les carottes de glace profondes, les indicateurs du niveau de la mer chez les coraux et les spéléothèmes (concrétions dans une cavité naturelle souterraine). Les simulations ont également inclus la position de la planète par rapport au soleil, les données de la calotte glaciaire et les changements dans le transport de chaleur associés aux fluctuations de l’AMOC. L’étude a révélé que l’AMOC s’est réduit à une seule étape lors de la transition du dernier interglaciaire pendant environ 7 000 ans. Au cours de la transition vers la période interglaciaire actuelle – l’Holocène – la réduction de l’AMOC n’a duré qu’environ les deux tiers de cet intervalle de temps et s’est déroulée en deux étapes. Au cours des deux transitions, cependant, la réduction de l’AMOC a provoqué un réchauffement de l’eau sous la surface dans tout le Bassin Atlantique, ce qui correspond aux données observées. Cette réduction de l’AMOC a entraîné une augmentation de la glace de mer dans l’Océan Atlantique Nord et une réduction de la convection océanique. Ces deux phénomènes réduisent les pertes de chaleur à la surface de l’océan mais réchauffent l’eau sous la surface, de la même manière qu’en hiver la neige contribue à isoler le sol en dessous.
Aux États-Unis, quatre personnes sur 10 vivent dans des zones côtières, ce qui les rend vulnérables aux effets de la montée des mers. Soixante-dix pour cent des plus grandes villes du monde sont situées près d’une côte.
À l’échelle de la planète, en 2010, le niveau des mers avait augmenté d’environ 25 centimètres par rapport au niveau moyen à l’époque préindustrielle. Selon la NOAA, en 2014, le niveau des mers a augmenté à un rythme croissant d’environ 0,3 centimètre chaque année.
En outre, en 2014, la température de la planète a augmenté de 1°C par rapport aux conditions préindustrielles, ce qui représente un réchauffement identique à celui qui a entraîné une élévation du niveau de la mer au cours de la dernière période interglaciaire.
Cela est particulièrement inquiétant car cela montre qu’une élévation de six à neuf mètres du niveau de la mer est susceptible de se produire sous l’effet du même niveau de réchauffement climatique que celui observé en ce moment.
Source: Phys.Org.

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 A new study by University of Wisconsin–Madison and Oregon State University and recently published in Nature suggests the Western Antarctic Ice Sheet is less stable than researchers once thought and its collapse in the future is likely.

The study looks back at the last two time periods in which the planet transitioned from a glacial state, when ice sheets covered large swaths of the globe, into an interglacial state, such as the one we are in now.

The goal of the study is to better understand what contributes to rising sea levels. Indeed, there is a large amount of uncertainty about the contributions made by the melting of the Greenland and Antarctic ice sheets. Scientists do not know how fast they are going to melt, whether the marine-based Antarctic ice sheet will collapse, or how quickly it will happen, whether it is a matter of 100 years or 1,000 years. By 2200, there is a possibility of 7.5-metre sea level rise when accounting for the instability of the western and eastern Antarctic Ice Sheet.

Overall, the study found that warming below the surface of the planet’s oceans is a significant contributor to ice sheet melt, particularly in the Antarctic, where a large portion of the ice sheet exists under the water. During the last two transitions from glacial into interglacial periods, that warming was largely driven by the disruption of the Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC) which acts as an oceanic conveyor belt that carries warm waters northward and cold waters south.

Sub-surface warming was likely responsible for the collapse of the Western Antarctic Ice sheet during Earth’s last interglacial period going back 125,000 years, which led to three metres of sea level rise. Overall, seas rose by up to nine metres during the last interglacial period.

The study took a modelling approach to gather best estimates of the planetary influences underlying glacial and ice sheet melt as well as sea level rise, including greenhouse gas concentrations, global temperatures, and subsurface ocean temperatures. Using the Community Climate System Model version 3 from the National Center for Atmospheric Research (NCAR), the researchers ran simulations for more than 25,000 model years using conditions and climate reconstructions surmised from data collected around the globe. That includes greenhouse gases measured in deep ice cores, sea level indicators in corals, and speleothems. The simulations also included the position of the planet relative to the sun, ice sheet data and changes in heat transport associated with changes to AMOC. The study found that AMOC was reduced in a single step at the transition of the last interglacial for roughly 7,000 years. During the transition into the current interglacial period, the Holocene, AMOC reduction lasted only about two-thirds as long and occurred in two steps. During both transitions, however, AMOC reduction caused subsurface warming throughout the Atlantic Basin, which agrees with observed data. The reduction resulted in more sea ice in the North Atlantic Ocean and the reduction of ocean convection. Both of these reduce heat loss from the surface ocean, warming the subsurface, similar to the way in which winter snow helps insulate the ground below.

In the U.S., four out of 10 people live in populous coastal areas, making them vulnerable to the effects of rising seas. Seventy percent of the world’s largest cities are located near a coast.

Globally, by 2010, seas had already risen about 25 centimetres above their average levels in pre-industrial times. According to NOAA, in 2014 they were rising at an increasing rate of roughly 0.3 centimetres each year.

Also by 2014, global temperatures had increased by 1 degree Celsius relative to pre-industrial conditions, representing the same amount of warming that led to sea level rise during the last interglacial period.

This is especially worrying as it shows that six to nine metres of sea level rise can occur with the same amount of global warming happening right now.

Source: Phys.Org.

Circulation thermohaline (Source: IPCC)

 

On ne le dira jamais assez !

En tant qu’enseignant, j’ai toujours pensé que la répétition était un excellent moyen de favoriser la mémorisation. J’applique cette stratégie sur ce blog pour essayer de persuader – à mon modeste niveau – le public de la catastrophe environnementale qui nous attend avec la hausse des températures, la fonte de la banquise et des glaciers. Comme je l’indiquais à un de mes contacts Facebook qui n’acceptait pas mes critiques sur la frilosité des climatologues, ce que j’ai observé en survolant la calotte du Groenland et en approchant les glaciers d’Alaska m’a donné envie de pleurer.

Un article paru sur le site de la radio France Info semble montrer l’amorce d’une prise de conscience. On peut lire que les derniers événements climatiques extrêmes observés en Sibérie et dans le Svalbard nous concernent déjà.

La Sibérie a connu des températures extrêmes qui ont contribué à déclencher de gigantesques incendies. On assiste à de plus en plus de « feux zombies » qui peuvent renaître plusieurs mois après avoir été éteints.

Le dégel du permafrost a entraîné l’effondrement d’une cuve de diesel et une pollution de grande ampleur. Les quelque 1300 habitants de la petite ville de Verkhoïansk ont été confrontés à des températures estivales qui ont atteint 38°C alors que la normale saisonnière est de 15  °C.

Au-delà de l’impact direct et durable de ces événements sur la vie des communautés arctiques, les incendies menacent la planète toute entière. En effet, le CO2 stocké dans le sol se dégage dans l’atmosphère où il va contribuer à augmenter la concentration de gaz à effet de serre, ce qui va ensuite amplifier le réchauffement climatique à l’origine des feux. Comme je l’ai expliqué dans plusieurs notes, on se trouve face à un cercle vicieux que les climatologues appellent une « boucle de rétroaction positive. »

Selon le programme Copernicus qui étudie et recoupe une foule de données satellitaires, en juillet 2020, les feux de végétation dans l’Arctique avaient déjà rejeté 145 millions de tonnes de CO2, contre 182 millions de tonnes  pour l’ensemble de l’année 2019.

Il est un phénomène dont on parle peu mais qui a une influence considérable sur le climat de la planète. La suie émise par les incendies de végétation retombe à des milliers de kilomètres de là, sur l’Océan Arctique et la banquise dont la surface perd de sa blancheur . Cela diminue la capacité de la glace à réfléchir les rayons du soleil, phénomène baptisé albédo par les scientifiques. Son effet est pervers car il accélère la fonte de la glace et encourage à son tour le réchauffement de la planète. Il s’ajoute à la diminution de la surface de la glace de mer qui laisse la part belle à celle, plus sombre, de l’océan, ce qui réduit également l’albédo.

La situation dans l’ensemble de l’Arctique est extrêmement préoccupante. Cette région se réchauffe à une vitesse incroyable, environ deux fois plus vite que le reste de la planète. Nous commençons à en subir les effets, mais ce n’est qu’un début. Des jours très sombres nous attendent…

Source : France Info.

Photos : C. Grandpey

Séismes et glaciers // Earthquakes and glaciers

Une activité sismique significative, avec 27 événements présentant des magnitudes entre M 1,6 et M 3,2 sur l’échelle de Richter, a été enregistrée entre le 15 et le 17 juillet 2020 à l’est de Juneau, la capitale de l’Etat d’Alaska, sur le Juneau Icefield. L’Alaska Earthquake Center a expliqué que cette activité n’était pas d’origine tectonique ; il s’agit de «séismes glaciaires» générés par les mouvements des glaciers. En d’autres termes, l’origine des ondes sismiques ne se situe pas sous terre, mais à la surface du glacier proprement dit.
Toutefois, la sismicité dans un environnement glaciaire peut avoir d’autres causes que celle qui vient d’être évoquée.

Lorsque les glaciers vêlent dans un lagon ou dans la mer, de gros blocs de glace se détachent de leurs fronts et s’effondrent en soulevant des masses d’eau ; cela donne naissance à un spectacle impressionnant et bruyant. Une distance de sécurité doit être respectée car les vagues générées par les effondrements peuvent être puissantes et sont capables de retourner des embarcations.
Les séismes glaciaires provoqués par de tels effondrements ont été multipliés par sept au Groenland au cours des deux dernières décennies. Les scientifiques ont surveillé pendant 55 jours de juillet à septembre 2013 le glacier Helheim, l’un des principaux exutoires de la calotte glaciaire du Groenland. Ils ont enregistré 10 séismes glaciaires, dont certains atteignaient une magnitude de M 5,0. Ils ont également vu le glacier reculer d’environ 1,5 km à la suite de ces événements accompagnés de sismicité.
Les scientifiques ont étudié le phénomène et découvert que lorsqu’un gros bloc de glace se détache du front d’un glacier en train de vêler et bascule dans l’océan, l’événement peut non seulement arrêter la progression du glacier, mais aussi le faire reculer. Le recul du glacier et le changement de pression de l’eau qui s’ensuit provoquent des séismes glaciaires qui peuvent déclencher des vagues de tsunami et des grondements impressionnants. Le glacier recule pendant quelques minutes avant de reprendre sa progression vers l’avant.
Avec le réchauffement climatique, ces séismes glaciaires sont de plus en plus nombreux car il y a de plus en plus de vêlages lorsque la température de l’eau et de l’air augmente. Les glaciologues expliquent que les icebergs produits lors des vêlages peuvent peser un milliard de tonnes et retiennent suffisamment d’eau pour couvrir la surface de Central Park avec la hauteur de l’Empire State Building à New York. La perte de masse de glace du Groenland s’élève à 300 à 400 gigatonnes par an. La magnitude des séismes semble varier en fonction de la taille des icebergs.

Une autre facteur peut expliquer la sismicité en milieu glaciaire : le rebond isostatique – ou post-glaciaire – bien que certains scientifiques ne soient pas d’accord avec cette théorie. Le rebond isostatique fait référence au soulèvement des terres émergées après l’évacuation du poids énorme des calottes glaciaires et / ou des glaciers. Par exemple, il a été remarqué qu’avec la fonte rapide des 75000 kilomètres carrés occupés par les glaciers du sud de l’Alaska, certaines régions du sud-est de cet Etat se soulèvent à raison de 25 millimètres par an. Certains glaciologues disent que ce soulèvement des terres émergées est susceptible de déclencher des séismes. D’autres affirment que ce n’est pas parce que la région connaît beaucoup d’activité sismique et de rebond post-glaciaire que les deux phénomènes sont nécessairement liés. Ils ajoutent qu’il se passe tellement de choses différentes – sismicité, comportement glaciaire, changement climatique,  température des océans et érosion – qu’il y a forcément une coïncidence à un moment ou un autre entre les phénomènes naturels. Autrement dit, la fonte des glaciers et les séismes peuvent avoir lieu en même temps et ne pas s’affecter mutuellement.

Source : médias d’information de l’Alaska.

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Significant seismic activity, with 27 different events between M 1.6 and M 3.2 on the Richter scale was recorded between July 15th and 17th, 2020 east of Juneau on the Juneau Icefield. The Alaska Earthquake Center said the activity was not caused by earthquakes but “ice quakes” associated with glacial activity.  The origin of the seismic waves does not lie underground, but on the surface of the glacier itself.

Seismicity in a glacial environment may have other causes.

When glaciers are calving in a lagoon or in the sea, large chunks of ice break off from their fronts and collapse with a giant splash into the water, which gives birth to a dramatic and noisy show. A safety distance should be respected as the waves generated by the collapses can be quite powerful.

Ice quakes triggered by such collapses have been multiplied by seven in Greenland in the past two decades. Scientists monitored the Helheim Glacier, a major outlet of the Greenland Ice Sheet, over 55 days from July to September 2013. They recorded 10 glacial earthquakes, some of which registered a magnitude of M 5.0, and saw the glacier retreat by about 1.5 kilometres following the shaking events.

The scientists discovered that, when a big chunk of ice breaks off from a calving glacier and tips forward into the ocean, it can force the glacier not only to stop inching forward, but also to push it backward. The backward movement and the subsequent change in water pressure cause glacial earthquakes, which can trigger massive tsunami waves and thunderous rumbling. The glacier moves backward for a few minutes before springing forward again and moving as normal.

With global warming, such ice quakes will increase in frequency because calving rates rise when water temperatures and air temperatures rise. Glaciologists explain that calved icebergs often weigh around one billion tons and hold enough water to fill Central Park up to the Empire State Building. The mass loss of ice from Greenland amounts to 300 to 400 gigatons of ice per year. The size of the icebergs appears to determine the magnitude of the earthquakes.

Another explanation for the seismicity in a glacial environment if the isostatic – or post-glacial – rebound, although some scientists do not agree with this theory. This expression refers to the rise of land masses after the removal of the huge weight of ice sheets and / or glaciers For instance, it has been noticed that because Southern Alaska’s 75,000 square kilometres of glacier are melting at a rapid rate, some regions of Southeast are rising by a rate of 25 millimetres a year. Some glaciologists say this rise of land masses may trigger earthquakes. Other scientists say that just because the region has plenty of seismic activity and postglacial rebound does not mean the two are necessarily related. They add that there are so many different things going on, such as earthquakes, glaciology, climate change, ocean temperatures and erosion, that you are bound to have coincidence between natural phenomena. In other words, glacial melt and earthquake activity could be taking place at the same time and not affecting each other.

Source : Alaskan news media.

 Effondrements des glaciers alaskiens Columbia (Prince William Sound) et Sawyer (Juneau Icefield) [Photos : C. Grandpey]

Vidéo montrant l’effondrement du front du Sawyer Glacier dans le Juneau Icefield (C. Grandpey) :

https://www.youtube.com/watch?v=jZtvNMxoxdY

Effondrement des glaciers alpins (suite, mais pas fin)

Alors que l’alerte a été levée sur le glacier de Planpincieux dans le Val Aoste (Italie), avec « un retour aux paramètres de risques habituels », un autre glacier alpin vient de montrer sa fragilité face aux assauts à répétition du réchauffement climatique.

Une partie du glacier valaisan de Tourtemagne (Suisse) s’est effondrée le 6 août 2020. La vidéo de cet événement est spectaculaire :

https://www.rts.ch/info/regions/valais/11517745-le-glacier-de-tourtemagne-coupe-en-deux-apres-un-effondrement-spectaculaire.html

La rupture du glacier de Tourtemagne en deux parties était attendue depuis longtemps. Plusieurs petites chutes de glace dans la journée avaient annoncé sa rupture imminente. Elle est survenue en fin de journée.

La rupture s’est faite au niveau d’une zone rocheuse à environ 2650 mètres d’altitude, à peu près à mi-chemin entre les cabanes de Tourtemagne et de Tracuit. Cette zone était recouverte d’une couche de glace chaque année plus fine, qui reliait les parties supérieure et inférieure du glacier.

Après l’effondrement de la glace, le torrent issu du glacier a été obstrué pendant deux heures. Afin d’évaluer le danger de crue, les responsables de l’installation hydroélectrique voisine ont pris une photo de la situation depuis un hélicoptère.

Long d’environ cinq kilomètres, le glacier de Tourtemagne s’étend sur le versant nord-ouest du Bishorn, l’un des « 4000 » valaisans, de 4100 m à 2310 m d’altitude environ.

De telles situations d’effondrement glaciaire sont amenées à se répéter. On estime que la moitié des glaciers alpins disparaîtra au cours des trente prochaines années.

Source : Radio Télévision Suisse (RTS).

IMPORTANT : En raison de l’épisode caniculaire actuel, le couloir du Goûter, sur la voie normale d’accès au sommet du Mont Blanc,, est devenu extrêmement dangereux à cause des chutes de pierres. En conséquence, le Préfet de Haute-Savoie a publié un communiqué dans lequel il met en garde les alpinistes qui voudraient emprunter cet itinéraire. .

Les chutes de pierres ont été particulièrement importantes et régulières à l’Aiguille du Goûter pendant la journée du lundi10 août 2020. Le PGHM de Chamonix a réalisé trois opérations de secours sur ce site.

Les prévisions météos n’indiquant pas de baisse significative des températures avant le jeudi 13 août, le Préfet en appelle à la responsabilité de chacun et invite à reporter l’ascension de la voie normale du Mont Blanc.

Partie frontale du glacier de Planpincieux (Italie)

Fracture dans le glacier de Tourtemagne (Suisse)

Source : RTS.

Eruption du Sinabung (suite) // Sinabung eruption (continued)

Comme je l’ai écrit précédemment, le Sinabung (Indonésie) a été secoué par deux puissantes éruptions les 7 et 10 août 2020, avec des panaches de cendres jusqu’à 10 km au-dessus du niveau de la mer. Le volcan ne s’était pas manifesté depuis juin 2019. Ces deux épisodes éruptifs ont envoyé des panaches de cendres verticalement, probablement suite à la destruction d’un bouchon de lave qui obstruait le conduit d’alimentation.
Le comportement du Sinabung devra être surveillé attentivement dans les prochains jours et semaines car des coulées pyroclastiques sont souvent observés lors de la deuxième phase éruptive sur ce type de volcans. Des avalanches incandescentes ont été observées au cours des dernières éruptions du Sinabung.
Officiellement, une zone de sécurité inhabitée a été mise en place autour du volcan lors des dernières éruptions. Espérons que certains paysans n’ont pas eu envie de revenir vivre sur les pentes du volcan, comme cela se produit souvent sur les volcans indonésiens une fois l’éruption terminée. Il est heureux de constater que l’armée indonésienne et la police empêchent les gens d’entrer dans la zone rouge. Des patrouilles empêchent toute entrée dans les quatre districts affectés par l’éruption. Il est interdit à la population locale et aux touristes de pratiquer des activités dans un rayon de 3 km du cratère, un rayon de 5 km au sud-est et de 4 km à l’est et au nord
Les villageois ont reçu des masques pour se protéger contre la cendre. Les personnes qui habitent près des rivières doivent faire attention aux lahars. .
Les éruptions de ces derniers jours ont perturbé les activités dans les fermes et sur les marchés traditionnels. La cendre a détruit les cultures et les plantations. Les villageois autour du Sinabung vivent de l’agriculture. Des milliers d’hectares de terres agricoles ont malheureusement subi des dégâts.
Le niveau d’alerte reste à 3 (Siaga).
Source: Presse indonésienne.

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As I put it before, Mt Sinabung (Indonesia) went through two powerful eruptions on Augusts 7th and 10th, 2020, with ash plumes up to 10 km above sea level. The volcano had kept quiet since June 2019. These two eruptive episodes sent ash plumes vertically, probably caused by the destruction if a plug of lava that obstructed a feeding conduit.

The behaviour of Mt Sinabung in the next days and weeks should be monitored carefully as pyroclastic flows are often observed in the second eruptive stage on this kind of volcanoes. Hot avalanches were observed during Mt Sinabung’s past eruptions.

Officially, a safety zone with no residents was implemented around the volcano. Let’s hope some farmers did not feel like coming back to live on the slopes of the volcano, as often happens on Indonesian volcanoes once an eruption is over. The Indonesian Military and the National Police are blocking people from entering the red zone. They are on patrol to guard any entrance into the four-affected districts. Local residents and tourists are prohibited from doing any activity within a 3-km radius from the crater, a 5-km radius to the south-east, and 4 km to the east-north

Villagers have been distributed masks to avoid exposure to the ash  People residing by the rivers close to Mount Sinabung should also watch out for lahars. .

The last eruptions have disrupted people’s activities in farms and traditional markets. As I put it before, the ash has destroyed crops and plantations. Local villagers make a living from farming, but thousands of hectares of agricultural land have been damaged.

The alert level remains at 3 (Siaga).

Source: Presse indonésienne.

Crédit photo: F. Gueffier

Les sables bitumineux de l’Alberta (Canada) : un désastre environnemental // Alberta’s oil sands (Canada) : an environmental disaster

Avec la chute des cours du pétrole et la baisse de la consommation due à la crise sanitaire du covid-19, les cours du pétrole ont plongé, ce qui a généré une situation catastrophique dans la province canadienne de l’Alberta qui assure à elle seule 80 % de la production énergétique du Canada et dont la prospérité repose en grande partie sur l’exploitation de ses sables bitumineux. Si l’Alberta, avec sa population de quatre millions d’habitants, était un pays, il serait le cinquième plus grand producteur de pétrole. Bien qu’il produise aussi du pétrole conventionnel, la plus grande partie provient des sables bitumineux, la troisième réserve de pétrole au monde, estimée à 170 milliards de barils.

Plusieurs compagnies pétrolières importantes ont annoncé une réduction de leur production allant parfois jusqu’à 50 %. Parallèlement, elles ont suspendu le versement de leurs dividendes aux actionnaires et procédé à mes mises au chômage temporaire. Cette situation affecte forcément tous les sous-traitants de cette industrie, avec des conséquences économiques faciles à imaginer.

Les sables bitumineux sont un mélange de bitume brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Plus la couche de bitume qui recouvre le sable et l’eau est épaisse, meilleure est a qualité des sables bitumineux. Dans la majeure partie de l’Alberta, le bitume est enfoui si profondément dans le sol que des puits doivent être forés pour l’extraire et de la vapeur injectée pour le mobiliser, à un coût énergétique élevé. Toutefois, au nord de Fort McMurray, la couche de bitume est peu profonde et peut être extraite dans d’énormes exploitations à ciel ouvert. L’exploitation des sables bitumineux se déroule en 3 étapes : 1) leur extraction, puis 2) l’extraction du bitume des sables, et enfin 3) la transformation du bitume.

L’impact sur le paysage est désastreux. Le long de la rivière Athabasca, s’aligne une ribambelle de bassins de décantation de résidus miniers. Cet univers est tellement toxique qu’il faut empêcher la faune de s’en approcher. Bien que certaines entreprises aient investi beaucoup d’argent dans des technologies pour résoudre le problème des résidus, cela n’a pas réduit leur impact sur l’environnement car leur volume ne cesse de croître. Il y a des infiltrations dans la rivière Athabasca, sans parler des pluies acides qui s’abattent sur une zone de la taille de l’Allemagne..

Des efforts ont été faits pour compenser l’impact environnemental de l’exploitation des sables bitumineux. En 2007, le gouvernement provincial de l’Alberta a institué une taxe sur le carbone pour les grands émetteurs industriels. Elle a rapporté 463 millions de dollars canadiens dédiés à la recherche énergétique. Lors de la COP 21 de 2015 à Paris, le Canada a cautionné l’ambitieux objectif de réchauffement planétaire de 1,5°C. Une taxe nationale sur le carbone est également entrée en vigueur le 1er avril 2019. Malgré cela, le Canada ne devrait pas atteindre son objectif de réduction des émissions de carbone pour 2020. Il est également peu probable que la pays atteigne son objectif climatique de Paris 2030 à cause de l’augmentation des émissions du secteur du pétrole et du gaz, qui devraient atteindre 100 millions de tonnes par an d’ici là. Les émissions des sables bitumineux, mesurées directement par les avions, sont supérieures de 30% aux chiffres rapportés par l’industrie.

A côté de ces efforts en faveur de l’environnement, le gouvernement canadien a cautionné financièrement la construction d’un oléoduc entre l’Alberta e t la Colombie Britannique afin de pouvoir ouvrir de nouveaux marchés aux sables bitumineux de l’Alberta.

Les sables bitumineux sont très critiqués par les associations environnementales pour leur impact sur le climat, la dégradation des forêts et de la santé des « First Nations », les populations autochtones locales. Outre les problèmes sanitaires, il y a un fort impact sur les caribous, bisons, élans, oiseaux, poissons, mais aussi sur l’eau et la forêt où ces populations trouvent leurs moyens de subsistance. L’extraction d’un baril de pétrole issu des sables bitumineux génère plus de 190 kg de gaz à effet de serre.

Les communautés locales sont impuissantes face à l’exploitation des sables bitumineux. Même si elles s’opposent aux projets d’extraction, en dernier ressort, c’est le gouvernement canadien qui décide. La meilleure chose qu’elles puissent espérer, c’est d’obtenir des terres pour amortir les impacts de leur exploitation.

Paradoxalement, certaines populations de First Nations sont devenues partenaires dans des projets d’extraction de sables bitumineux, en échange d’emplois, d’épiceries et de logements. On pense souvent que les populations autochtones sont totalement opposées à l’exploitation du pétrole et du gaz naturel, mais ce n’est pas vrai. En dépit des problèmes sanitaires et environnementaux, de nombreuses communautés autochtones ont construit et continuent de construire un avenir économique prospère en travaillant avec l’industrie des sables bitumineux.

Source : National Geographic et presse canadienne.

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With the drop in oil prices and the decrease in consumption due to the covid-19 health crisis, oil prices have plunged, which has created a catastrophic situation in the Canadian province of Alberta, which alone provides 80% of Canada’s energy production and whose prosperity depends largely on the exploitation of its oil sands. If Alberta, with its population of four million, were a country, it would be the fifth largest oil producer. Although it also produces conventional oil, most of its oil comes from the oil sands, the third largest oil reserve in the world, estimated at 170 billion barrels.
Several major oil companies have announced production cuts of up to 50%. At the same time, they have suspended the payment of their dividends to the shareholders and imposed temporary layoffs. This situation necessarily affects all subcontractors in this industry, with economic consequences that are easy to imagine.
The oil sands are a mixture of raw bitumen, sand, mineral clay and water. The thicker the layer of bitumen that covers the sand and water, the better the quality of the oil sands. In most of Alberta, bitumen is buried so deep in the ground that wells must be drilled to extract it and steam injected to mobilize it, at high energy cost. However, north of Fort McMurray, the bitumen layer is shallow and can be mined on huge surface mines. The exploitation of the oil sands takes place in 3 stages: 1) their extraction, then 2) the extraction of the bitumen from the sands, and finally 3) the transformation of the bitumen.
The impact on the landscape is disastrous. Along the Athabasca River is a string of tailings ponds. This universe is so toxic that one has to prevent wildlife from approaching it. Although some companies have invested a lot of money in technology to solve the residue problem, this has not reduced their impact on the environment as their volume continues to grow. There is leakage into the Athabasca River, not to mention the acid rain that hits an area the size of Germany.
Efforts have been made to offset the environmental impact of the oil sands development. In 2007, the Alberta provincial government instituted a carbon tax for large industrial emitters. It brought in 463 million Canadian dollars dedicated to energy research. At the 2015 Paris COP 21, Canada endorsed the ambitious goal of global warming of 1.5°C. A national carbon tax also came into effect on April 1, 2019. Despite this, Canada is not expected to meet its 2020 carbon reduction target. It is also unlikely that the country will meet its Paris climate target 2030 due to increased emissions from the oil and gas sector, which are expected to reach 100 million tonnes per year by then. Oil sands emissions, measured directly by aircraft, are 30% higher than the figures reported by the industry.
Beside these environmental efforts, the Canadian government has provided financial support for the construction of an oil pipeline between Alberta and British Columbia so that it can open new markets for the Alberta oil sands.
The oil sands are widely criticized by environmental associations for their impact on the climate, the degradation of forests and the health of « First Nations », the local indigenous populations. In addition to health problems, there is a strong impact on caribou, bison, moose, birds, fish, but also on the water and the forest where these populations find their livelihoods. Extracting a barrel of oil from the oil sands generates more than 190 kg of greenhouse gases.
Local communities are powerless over the development of the oil sands. Even if they oppose mining projects, in the last resort, the Canadian government decides what to do. The best thing they can hope for is to get land to cushion the impacts of their exploitation.
Paradoxically, some First Nation populations have become partners in oil sands extraction projects, in exchange for jobs, groceries and housing. It is often believed that indigenous people are completely opposed to the exploitation of oil and natural gas, but this is not true. Despite health and environmental issues, many indigenous communities have built and continue to build a prosperous economic future by working with the oil sands industry.

Source: National Geographic and Canadian press.

Carte montrant les gisements de sables bitumineux de l’Athabasca en Alberta (Source : Norman Einstein)

Image satellite du site des sables bitumineux de l’Athabasca en 2009. On peut voir un étang de décantation de résidus toxiques (tailings pond) à proximité de la rivière Athabasca (Crédit photo : NASA)