A 68, une mort annoncée ! // A 68, a death foretold !

L’iceberg A 68 est en train de vivre ses derniers jours. Le monstre de 6000 kilomètres carrés s’était détaché de la plateforme glaciaire Larsen C en Antarctique en 2017. Aujourd’hui, les satellites montrent que l’iceberg géant a pratiquement disparu et s’est brisé en mille morceaux qui ne méritent plus d’être surveillés.

Après s’être détaché de la plateforme glaciaire, l’A 68 avait emprunté une trajectoire classique qui l’a fait se diriger vers l’Atlantique Sud en direction de la Géorgie du Sud où l’on craignait qu’il devienne un problème pour les colonies de phoques et de manchots. Heureusement, la faune a été épargnée. L’eau plus chaude et la température plus élevée de l’air dans l’Atlantique ont eu raison de l’A68.

L’A68 restera probablement dans les mémoires comme le premier iceberg à avoir connu la célébrité sur les réseaux sociaux. Dans la monde entier, des gens ont partagé des images satellite en ligne, en particulier lorsque l’iceberg s’est approché de la Géorgie du Sud. Cependant, l’A 68 n’a pas seulement été un objet d’émerveillement; il a également fait l’objet d’une étude scientifique approfondie.

Son lieu de naissance, Larsen C, est une immense plateforme glaciaire qui repose à la surface de l’océan. Elle s’est formée  par la réunion de plusieurs langues glaciaires qui ont avancé dans l’océan. L’A68 apportera certainement aux chercheurs des informations à la fois sur la formation des plates-formes glaciaires et sur la façon dont elles se fracturent pour produire des icebergs.

La plupart des glaciologues considèrent l’A68 comme le résultat d’un processus naturel. Les plates-formes glaciaires sont un bel exemple d’équilibre. En effet, la production d’icebergs permet de conserver un équilibre entre l’accumulation de masse à la source grâce aux chutes de neige et l’apport de glace grâce aux glaciers. Donc, d’une certaine manière, l’A68 n’est pas une conséquence du changement climatique d’origine anthropique. C’est avant tout un phénomène naturel

Cependant, l’A68 a montré certains processus par lesquels le changement et le réchauffement climatiques peuvent détruire des structures glaciaires. L’un de ces processus est l’hydrofracturation. A l’intérieur de ce processus, le réchauffement climatique entraîne la production de beaucoup d’eau de fonte en surface. Cette eau de surface remplit ensuite les fractures jusqu’à la base de la glace.

En raison de l’hydrofracturation, de plus en plus de plates-formes glaciaires sont susceptibles de s’effondrer, surtout avec la hausse des températures. Il ne faudrait pas oublier qu’en Antarctique ces plates-formes de glace sont des barrières qui retiennent les glaciers et les empêchent d’accélérer. Si ces plateformes disparaissent, les glaciers se déplaceront plus rapidement avec un vêlage plus rapide dans l’océan. Cela conduira à une élévation inévitable du niveau de la mer dans le monde.

Le British Antarctic Survey a instalé deux robots dans l’océan en février 2021 afin d’étudier certains des morceaux les plus récents de l’A68. L’un des robots a disparu peu de temps après sa mise à l’eau ; l’autre robot sera récupéré en mai pour analyser ses données. Il devrait révéler des informations sur la façon dont les icebergs affectent leur environnement, par exemple en déversant d’énormes volumes d’eau douce dans l’océan lorsqu’ils fondent.

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Iceberg A 68 is living its last days. The 6,000-square-kilometre behemoth had broken away from Antarctica’s Larsen C ice shelf in 2017, but satellites show the mega-berg has now virtually gone, broken into countless small fragments that are no longer worth tracking.

After breaking away from the ice shelf, A 68 had taken a familiar route, spinning out into the South Atlantic towards South Georgia where it was feared it might become a problem for local colonies of seals and penguins. However, it did not. The warm water and higher air temperatures in the Atlantic eventually consumed A68.

A68 will probably be best remembered as the first iceberg to become a star on social media.

People around the world shared satellite pictures online, especially as the iceberg neared South Georgia. However, the iceberg was not just an object of wonder; it was also the target of some serious scientific investigation.

Its place of origin, Larsen C, is an enormous floating platform of ice, built by the merging of glacier tongues that have slid off the land into the ocean. A68 will almost certainly tell researchers something both about how ice shelves are constructed and how they break apart to produce icebergs.

Most glaciologists regard A68 as the product of a very natural process. Ice shelves will maintain an equilibrium, and the ejection of bergs is one way they balance the accumulation of mass from snowfall and the input of more ice from the feeding glaciers on land. So in that sense, A68 cannot be presented as a consequence of human-induced climate change. It was just a natural phenomenon

However, A68 did showcase the sorts of processes through which climate change and the accompanying global warming can destroy ice structures. One of these is hydrofracturing. In this process, warming produces a lot of surface meltwater that then fills fissures and cracks, driving these openings through to the base of the ice. Because of hydrofracturing, more and more ice shelves might collapse in a warmer world. It should be remembered that in Antarctica these ice shelves are barriers that hold back glaciers and prevent them from accelerating. Should they disappear, glaciers would move faster with more rapid calving in the ocean. This would lead to an inevitable rise of sea level around the world.

The British Antarctic Survey put a couple of robots in the ocean in February 2021 to try to study up close some of A68’s latter-day segments. One went missing soon after, but the other robot will be recovered in May to pull down its data. It should reveal information about how icebergs affect their surroundings by, for example, dumping huge volumes of fresh water into the ocean as they melt.

Vue satellite de l’A 68 le 2 avril 2021 (Source : NASA / Aqua / Modis)

Vue satellite de l’A 68 le16 avril 2021 (Source : NASA / Aqua / Modis)

Disparition des plateformes glaciaires et hausse du niveau des océans // Collapse of glacial ice shelves and ocean rise

Tous les rapports scientifiques s’accordent pour dire que les plateformes glaciaires de l’Arctique et de l’Antarctique fondent très rapidement et entraîneront inévitablement une hausse importante du niveau des océans dans les années à venir. En juillet 2020, la dernière plateforme glaciaire encore intacte du Canada a largué les amarres et la calotte du Groenland a perdu une quantité record de glace en 2019, ce qui confirme la crainte d’une fonte plus rapide que prévu. De plus, on sait déjà que l’ancienne calotte glaciaire du Groenland contient suffisamment d’eau pour faire s’élever d’au moins six mètres le niveau de la mer si elle devait fondre entièrement.
Une nouvelle étude conduite par des climatologues de l’Université de Columbia, publiée le 26 août 2020 dans la revue Nature, explique que l’eau de fonte risque fort de miner les parois de glace qui retiennent les glaciers de l’Antarctique, avec le risque d’une élévation significative du niveau de la mer.
Comme je l’ai expliqué à plusieurs reprises, les plateformes glaciaires qui se sont édifiées au cours des millénaires servent de barrages empêchant la neige et de la glace continentale située en amont de prendre le chemin de l’océan. Les scientifiques ont découvert qu’une surface représentant environ 60% des plateformes glaciaires est sujette à l' »hydrofracturation » (à ne pas confondre avec la fracturation hydraulique!). Au cours de ce processus, l’eau de fonte s’infiltre dans les crevasses des plateformes dont certaines présentent des centaines de mètres de profondeur, et provoque leur effondrement. Les auteurs de l’étude expliquent que cette eau de fonte est plus lourde que la glace, elle peut donc, tel un couteau, s’enfoncer à travers toute son épaisseur.

Les chercheurs ont utilisé l’intelligence artificielle pour analyser la fracturation de la glace sur quelque 260 images satellites de 50 plateformes glaciaires sur tout le continent antarctique. Ces plateformes entourent environ 75% de la côte antarctique. Les scientifiques ont été surpris de constater à quel point ces plateformes qui retiennent les glaciers étaient vulnérables. Ils pensaient qu’elles pourraient être sujettes à l’hydrofracturation dans certaines zones, mais pas avec une telle ampleur. Ils craignent maintenant que la disparition des plateformes au cours de ce processus autorise d’énormes portions de l’Antarctique à prendre la direction de l’océan, avec à la clé une hausse du niveau de l’eau. Un autre fait qui inquiète les auteurs de l’étude est que ces plateformes glaciaires n’auront plus la possibilité de se reformer si le réchauffement climatique ne ralentit pas.
Les derniers rapports du GIEC prévoient que le niveau des océans augmentera de plus d’un mètre d’ici 2100. Cependant, les scientifiques craignent que la disparition soudaine des plateformes glaciaires fasse augmenter le niveau de la mer de façon spectaculaire et bien plus que ce que le prévoit le GIEC. En effet, plus de la moitié de l’eau douce du globe est enfermée dans la glace de l’Antarctique.

Source: Yahoo News.

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All scientific reports agree to warn that polar ice shelves are melting very rapidly, triggering a significant ocean rise in the coming years. In July 2020, Canada’s last intact ice shelf collapsed and Greenland’s ice sheet lost a record amount of mass in 2019, raising concerns the ice sheet is melting more quickly than anticipated. Greenland’s ancient ice sheet holds enough water to raise sea levels by at least six metres if it were to melt entirely.

A new study by climate scientists at Columbia University, released on August 26th, 2020 and published in the journal Nature warns that meltwater could undermine the walls of ice holding back Antarctica’s glaciers, with the risk for a significant sea level rise.

As I explained several times before, the ice shelves, formed over thousands of years, serve as dams to prevent much of the continent’s snow and ice from flowing toward the ocean. Scientists found that about 60% of the ice shelf area is vulnerable to hydrofracturing, in which meltwater seeps into the shelves’ crevasses, some of which are hundreds of metres deep, and triggers collapse. The authors of the study explain that this meltwater is heavier than ice, so it can penetrate through the entire ice thickness, just like a knife.

The researchers used AI to identify ice-fracture features in nearly 260 satellite images of 50 ice shelves across the continent. Those ice shelves surround about 75% of the Antarctic coastline. Finding vulnerabilities in the ice shelves buttressing the glaciers above came as a surprise to the scientists. They thought there were going to be places vulnerable to hydrofracturing (not to be mistaken with fracking), but that those places might not matter at all for the ice sheet. They now fear that losing ice shelves to hydrofracturing will leave Antarctica’s huge ice sheets a more direct pathway to the ocean. In the end, that would accelerate ice loss and contribute to sea level rise. Another fact that worries the authors of the study is that the ice shelves will not be able to form again if global warming does not slow down.

The latest IPCC reports project that future sea levels will rise by more than a metre by 2100. However, scientists worry that a sudden collapse of these ice shelves could raise future sea levels dramatically and far more than predicted by IPCC. Indeed, more than half of the world’s fresh water is locked into Antarctica’s ice.

Source: Yahoo News.

Plateformes glaciaires en Antarctique (Source : BAS)

Fracturation de la plateforme Larsen C en janvier 2017