Retour sur l’éruption sous-marine du volcan Havre (Iles Kermadec) en 2012 // Return on the 2012 submarine eruption of Havre Volcano (Kermadec Islands)

En 2012, une puissante éruption sous-marine a secoué le volcan Havre, dans les îles Kermadec, à environ 1000 km de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande. A l’époque, j’avais publié plusieurs articles à propos de cet événement.
Dans une étude de deux ans, publiée dans la revue Science Advances, des chercheurs ont reconstitué l’éruption qui fut plus importante que n’importe quelle autre sur Terre au cours du 20ème siècle. Les chercheurs de l’Université de Tasmanie (Australie) ont utilisé des robots pour explorer le volcan sous-marin et mieux comprendre ce qui se passe sous la surface de la Terre. En 2015, ils ont envoyé un véhicule sous-marin autonome (AUV) et une douzaine d’autres engins télécommandés pour cartographier et observer le volcan, et collecter des échantillons de roches.
L’événement de 2012 a été révélé lorsque les satellites ont détecté un banc de pierre ponce d’une superficie de quelque 400 kilomètres carrés à la surface de l’océan. Le volcan à l’origine de l’éruption avait été découvert une dizaine d’années plus tôt.

Source: NASA

 Les robots ont observé 14 bouches éruptives sur le volcan Havre ;  ils ont mesuré la quantité de lave et de roche émise sur le site. A lui seul, le nombre de bouches éruptives montre la puissance de l’éruption le long d’une impressionnante ligne de fractures dans la structure du volcan.
Selon un chercheur, « c’est le premier événement avec un magma à forte teneur en silice où nous sommes en mesure de vérifier si la pression hydrostatique a supprimé l’explosivité ». Les scientifiques ont pu démontrer que 80% du volume de pierre ponce avait alimenté le banc à la surface de l’Océan Pacifique avant son échouage sur les plages de l’île de Micronésie et sur le littoral oriental de l’Australie.
L’éruption a recouvert le volcan de cendre et de ponce et a anéanti la vie qui s’y trouvait. Les biologistes ont hâte de savoir comment les espèces recolonisent un territoire et quelle est leur provenance. Une étude plus approfondie pourrait donner aux scientifiques une meilleure idée de la façon dont ces environnements renaissent, non seulement après les éruptions de volcans sous-marins, mais aussi lorsqu’ils sont soumis à l’exploitation minière des fonds marins.

Sources: New Zealand Herald et Newsweek.

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In 2012, a powerful undersea eruption occurred on the seafloor Havre volcano, which lies in the Kermadec Islands, about 1000 km off the North Island of New Zealand. I had published several posts on this blog about the event.

In a two-year study published in the journal Science Advances, researchers have pieced together the eruption that proved larger than any on land in the past century. The researchers from the University of Tasmania in Australia, used robot submarines to probe the underwater volcano, and could reshape our understanding of what is happening beneath the Earth’s surface. In 2015, they sent an autonomous underwater vehicle (AUV) and a team of a dozen remotely operated vehicles to map, observe and collect samples from the volcano.

The 2012 event was revealed when satellite imagery picked up a pumice raft spread across some 400 square kilometres of ocean. The volcano that produced the eruption had been discovered only a decade earlier.

The robots looked at 14 different vents on the Havre volcano to better measure the amount of lava and rock at the site. That number of vents alone pointed to the significance of the event, punching holes along a huge tear line in the volcano’s structure.

According to one researcher, “This was the first event of high silica magma composition where we are able to provide the constraints that test whether the hydrostatic pressure did suppress explosivity”. The scientists were able to demonstrate that 80 per cent of the volume of the pumice was delivered to the pumice raft and efficiently dispersed into the Pacific Ocean landing on Micronesian island beaches and the East Australian seaboard.

The eruption blanketed the volcano with ash and pumice and devastated the biological communities. Biologists are interested to learn more about how species recolonise, and where those new species are coming from. Further study may give scientists a better sense of how these environments rebound not only after submarine volcanoes, but also when subjected to seafloor mining.

Sources: New Zealand Herald and Newsweek.

Plancher océanique autour du volcan de Havre avec, en rouge, la lave de l’éruption de 2012. (Source : University of Tasmania)

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Hunga Tonga-Hunga Ha’apai (Royaume des Tonga / Pacifique Sud) : Histoire de la naissance d’une île // The birth of an island

Fin décembre 2014, un volcan sous-marin est entré en éruption dans le Royaume des Tonga (Pacifique Sud), avec des panaches de vapeur et de cendre, ainsi que des projections de matériaux. Les panaches de cendre sont montés jusqu’à 9 kilomètres dans le ciel, occasionnant des perturbations au trafic aérien. Quand la cendre a finalement cessé de retomber en janvier 2015, la nouvelle île et son sommet de 120 mètres de hauteur était bien installée entre deux îles plus anciennes, et les trois édifices purent être observés par les satellites.
On pensait généralement que la nouvelle île des Tonga, baptisée Hunga Tonga-Hunga Ha’apai, ne subsisterait que quelques mois. Selon une nouvelle étude de la NASA, on lui prévoit aujourd’hui une durée de vie de 6 à 30 ans.
Hunga Tonga-Hunga Ha’apai est la première île de ce type à sortir de l’océan et à persister depuis le début des observations satellitaires. Elle offre aux scientifiques depuis l’espace une image extraordinaire de son évolution depuis sa naissance. La nouvelle étude de la NASA offre un aperçu de sa longévité et de l’érosion qui façonne les nouvelles îles. Comprendre ces processus pourrait également fournir des informations intéressantes sur des structures similaires dans d’autres parties du système solaire, y compris la planète Mars.
L’île des Tonga est la troisième île volcanique « surtseyenne » à avoir émergé et persisté pendant plus de quelques mois au cours des 150 dernières années. (Surtsey a commencé à se former au cours d’une éruption explosive similaire au large des côtes islandaises en 1963.)
Depuis la naissance de l’île, son évolution a été suivie par des observations mensuelles à l’aide de radars et de capteurs optiques haute résolution, capables de voir à travers les nuages. Les scientifiques de la NASA ont utilisé les satellites pour observer l’île dès la fin de l’éruption. En utilisant cette imagerie, ils ont réalisé des cartes tridimensionnelles de la topographie de l’île, ont étudié les changements subis par son littoral, ainsi que son volume au-dessus du niveau de la mer.
L’équipe de chercheurs a proposé deux scénarios possibles concernant la durée de vie de la nouvelle île.  Le premier suppose une érosion accélérée par l’effet abrasif des vagues, ce qui déstabiliserait le cône de tuf en six ou sept ans, ne laissant qu’un pont terrestre entre les deux îles adjacentes plus anciennes. Le deuxième scénario suppose une vitesse d’érosion plus lente, ce qui préserverait le cône de tuf pendant environ 25-30 ans.
Les changements les plus spectaculaires de l’île ont eu lieu au cours des six premiers mois. Au début, la nouvelle île était de forme relativement ovale et rattachée à l’île voisine à l’ouest. Cependant, en avril 2015, l’analyse des images satellitaires a révélé que sa forme avait radicalement changé. En mai, le rebord sud-est de la paroi interne du cratère a été emporté par les vagues du Pacifique, exposant le lac de cratère aux assauts de l’océan. À ce stade, les scientifiques de la NASA ont pensé que ce pourrait être la mort de l’île. Ce ne fut pas le cas car en juin l’imagerie satellitaire a montré qu’une barre de sable s’était formée et fermait le cratère. L’île continua à évoluer et devint plus stable à la fin de l’année 2016.
La nouvelle île est perchée sur le bord nord d’une caldeira, au sommet d’un volcan sous-marin qui s’élève à près de 1400 mètres au-dessus du plancher océanique. Sous l’eau, la base du nouveau dôme volcanique qui a formé l’île s’étend à environ 1 kilomètre du rivage, jusqu’à l’intérieur du plancher de la grande caldeira qui présente un diamètre d’environ cinq kilomètres.
Source: NASA.

Le site web de la NASA présente deux vidéos montrant la naissance et l’évolution de Hunga Tonga-Hunga Ha’apai :
https://www.nasa.gov/feature/goddard/2017/nasa-shows-new-tongan-island-made-of-tuff-stuff-likely-to-persist-years

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In late December 2014, a submarine volcano in the South Pacific Kingdom of Tonga erupted, sending a violent stream of steam, ash and rock into the air. The ash plumes rose as high as 9 kilometres into the sky, diverting flights. When the ash finally settled in January 2015, a newborn island with a 120-metre summit nestled between two older islands – visible to satellites in space.

The newly formed Tongan island, unofficially known as Hunga Tonga-Hunga Ha’apai after its neighbours, was initially projected to last a few months. Now it has a 6- to 30-year lease on life, according to a new NASA study.

Hunga Tonga-Hunga Ha’apai is the first island of this type to erupt and persist in the modern satellite era, it gives scientists an unprecedented view from space of its early life and evolution. The new study offers insight into its longevity and the erosion that shapes new islands. Understanding these processes could also provide insights into similar features in other parts of the solar system, including Mars.

The Tongan island is the third “surtseyan” volcanic island in the last 150 years to emerge and persist for more than a few months. (Surtsey began forming during a similar kind of explosive eruption off the coast of Iceland in 1963.)

From the Tongan island’s beginning, it was tracked by monthly, high-resolution satellite observations, both with optical sensors and radar, which sees through clouds. NASA scientists directed satellites to observe the island as soon as the eruption ended. Using this imagery, the research team made three-dimensional maps of the island’s topography and studied its changing coastlines and volume above sea level.

The team has calculated two potential scenarios affecting its lifetime. The first is a case of accelerated erosion by wave abrasion, which would destabilize the tuff cone in six to seven years, leaving only a land-bridge between the two adjacent older islands. The second scenario presumes a slower erosion rate, which leaves the tuff cone intact for about 25-30 years.

The most dramatic changes to the island occurred in its first six months. Initially, the new island was relatively oval and attached to its neighbouring island to the west. However, by April 2015 analysis of satellite imagery found that its shape had changed dramatically. In May, the southeastern rim of the interior crater wall was washed over by the Pacific Ocean, opening the crater lake to the ocean. At this point NASA scientists thought this might be the end of the island. But by June, satellite imagery showed that a sandbar had formed, closing off the crater. While the island continued to evolve, it was more stable by late 2016.

The new island is perched on the north rim of a caldera on top of an underwater volcano that stands nearly 1,400 metres above the surrounding the sea floor. Underwater, the base of the new volcanic dome that formed the island extends about 1 kilometre from the shoreline into the floor of the larger caldera, which is about five kilometres across.

Source: NASA.

The NASA website offers two videos showing the birth and the evolution of Hunga Tonga-Hunga Ha’apai:

https://www.nasa.gov/feature/goddard/2017/nasa-shows-new-tongan-island-made-of-tuff-stuff-likely-to-persist-years

Vue de l’archipel des Tonga (Source: Wikipedia)

 Vue de Hunga Tonga-Hunga Ha’apai en juin 2017 (Crédit photo: NASA)

Les Américains sont-ils en train de prendre conscience de la fonte des glaciers? // Are Americans getting aware of glacier melting ?

Les glaciers fondent aux Etats-Unis et, pour la première fois, une étude effectuée par des chercheurs de l’Université de Washington a montré à quelle vitesse ils fondent et disparaissent. Ces informations sont très inquiétantes et montrent qu’un avenir sans glacier pourrait arriver plus tôt que prévu.
Un chercheur de l’Université de Washington à Seattle a mis au point une nouvelle technique pour mesurer l’épaisseur des glaciers ; elle consiste à utiliser des images satellitaires haute résolution pour suivre les variations d’altitude. Grâce à cet outil, le scientifique a pu suivre les fluctuations de niveau de 1 200 glaciers aux États-Unis.
Les résultats ont confirmé ce que beaucoup craignaient: Les glaciers fondent rapidement. Selon cette étude, la perte totale de glace sur le Mont Rainier s’élève à environ 0,7 kilomètres cubes depuis 1970; cela équivaut à une perte d’épaisseur de glace de 7,5 mètres sur l’ensemble du sommet du volcan.

On a observé de profonds changements sur le Mont Rainier au cours des 45 dernières années et, pour la première fois, les scientifiques sont en mesure de quantifier avec précision la quantité de neige et de glace qui a disparu.
Les mesures récentes ont nécessité plusieurs années de travail pour rassembler toutes les données. L’étude a débuté en 2012 avec la collecte des données sur la perte subie par les glaciers des Etats-Unis. Le chercheur a utilisé pour cela le système d’imagerie par satellite à haute résolution qu’il avait créé précédemment pour suivre les variations de niveau des calottes glaciaires en Antarctique et au Groenland. La caméra embarquée à bord du satellite prend deux photos de chaque glacier à quelques minutes d’intervalle, puis elle utilise un logiciel automatisé pour créer un modèle 3D de la surface du glacier. L’étude fournit un bilan pour les 1200 glaciers dans les 48 états situés au sud du Canada.
Auparavant, les géologues s’appuyaient sur des photographies de glaciers prises depuis des avions et des satellites, ou utilisaient des sondes plantées dans la neige pour mesurer la vitesse de fonte. La nouvelle technique consistant à utiliser des images satellitaires haute résolution permet d’avoir une vision parfaite des effets du changement climatique sur les ressources naturelles du pays, avec une précision d’environ 30 centimètres.
On sait que les glaciers fondent. En 2015, une étude du World Glacier Monitoring Service a compilé plus de 40 000 mesures d’épaisseur de glaciers à travers le monde. Cette étude a révélé qu’en moyenne les glaciers perdent environ un mètre d’épaisseur chaque année. D’autres recherches ont estimé qu’à la vitesse actuelle de fonte, les glaciers autour de l’Everest pourraient complètement disparaître d’ici 2100.
Source: Université de Washington.

Parallèlement à la publication de cette étude, un rapport du Government Accountability Office (GAO) indique que le changement climatique coûte aux contribuables américains des milliards de dollars chaque année. Ces coûts devraient augmenter au fur et à mesure que les tempêtes dévastatrices, les inondations, les incendies de forêt et les sécheresses deviendront plus fréquentes dans les décennies à venir.
Le rapport indique que les impacts fiscaux du changement climatique peuvent varier considérablement d’une région à l’autre. Le Sud-Est des Etats-Unis est exposé à un risque accru en raison du risque de submersion des zones côtières par les tempêtes et l’élévation du niveau de la mer. Le Nord-Est est également menacé par les vagues pendant les tempêtes et par l’élévation du niveau de la mer, mais pas autant que le sud-est. Le Midwest et les grandes plaines sont susceptibles de voir leurs rendements diminuer. L’Ouest devrait connaître une sécheresse accrue, des incendies de forêt et des vagues de chaleur faisant des victimes.
Des copies préliminaires de ce rapport ont été adressées à la Maison-Blanche et à l’Agence de Protection de l’Environnement, qui n’ont fait aucun commentaire officiel susceptible d’être joint au rapport du GAO.
Source: Presse américaine.

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American glaciers are melting, but for the first time research from the University of Washington has been able to show just how much and just how fast they are disappearing. The news is unsettling and hints that a glacier-less future could be here sooner than expected.

A researcher at the University of Washington in Seattle, has developed a new technique to measure glacier thickness that involves using high-resolution satellite images to track elevation changes. Using this tool, he was able to track elevation changes in 1,200 glaciers in the U.S.

The results have confirmed what many people have feared: these glaciers are melting quickly. According to the research, cumulative ice loss at Mount Rainier in Washington has measured about 0.7 cubic kilometres since 1970; this is equal to removing a 7.5-metre-thick layer of ice from the entire mountain top.

There are some big changes that have happened on Mount Rainier in the last 45 years, and for the first time scientists are able to very precisely quantify exactly how much snow and ice has been lost.

The researcher’s recent measurements took several years to gather. He started his project in 2012, gathering data on glacier loss in the continental U.S by using the high-resolution satellite imaging system that he originally created to track elevation changes in massive ice sheets in Antarctica and Greenland. The satellite camera takes two photos of the glaciers a few minutes apart and then uses automated software to create a 3-D model of the glacier surface. The study provides a tally of 1,200 mountain glaciers in the lower 48 states.

Previously, geologists relied on photographs of glaciers taken from planes and satellites, or used stakes in the snow to measure melting rates. The new method of using high-resolution satellite images allows a never-before-seen look at just how climate change is affecting U.S. country’s natural resources, with a resolution accuracy of about 30 centimetres.

It is not new information that the glaciers are melting. In 2015, a study from the World Glacier Monitoring Service compiled more than 40,000 thickness measurements from glaciers throughout the world. This work revealed that, on average, glaciers are losing about one metre of thickness every year. Other research has estimated that the current glacial loss rate may mean that Mount Everest’s glaciers could be completely gone by 2100.

Source : University of Washington.

Meantime, a Government Accountability Office (GAO) report says climate change is already costing U.S. taxpayers billions of dollars each year. These costs are expected to rise as devastating storms, floods, wildfires and droughts will become more frequent in the coming decades.

The report says the fiscal impacts of climate change are likely to vary widely by region. The Southeast is at increased risk because of coastal property that could be swamped by storm surge and sea level rise. The Northeast is also under threat from storm surge and sea level rise, though not as much as the Southeast. The Midwest and Great Plains are susceptible to decreased crop yields. The west is expected to see increased drought, wildfires and deadly heatwaves.

Advance copies were provided to the White House and the Environmental Protection Agency, which provided no official comments for inclusion in the GAO report.

Source : U.S. newspapers.

La fonte des glaciers sur le Mont Rainier est spectaculaire

(Photos: C. Grandpey)

 

Bogoslof (Alaska): Pas de nouvelle activité éruptive // No new eruptive activity

L’activité sismique détectée le 15 avril 2017 (voir ma note du 16 avril) n’a pas eu de suite eruptive. Aucune activité volcanique n’a été observée sur le Bogoslof depuis cette date dans les données sismiques et satellitaires. Le dernier événement explosif a eu lieu le 8 mars 2017. Les images satellites disponibles quand les conditions météorologiques le permettent ne montrent pas de modifications significatives à la surface du volcan. En conséquence, la couleur de l’alerte aérienne a été abaissée à Jaune et l’alerte volcanique a été ramenée à Surveillance.

Source: AVO.

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The seismic activity detected on April 15th 2017 (see my note of April 16th) was not followed by any eruption. No new volcanic activity has been observed at Bogoslof Volcano in satellite or seismic data since that day. The last major explosive event occurred on March 8th, 2017, and occasional satellite images show no significant superficial changes. As a consequence, AVO has lowered the Aviation Colour Code to YELLOW and the Volcano Alert Level to ADVISORY.

Source: AVO.

Source: AVO.

Mission à haute altitude au-dessus d’Hawaii // High altitude mission above Hawaii

drapeau-francaisDepuis la fin janvier et jusqu’à la fin du mois de février 2017, la NASA effectue une campagne de collecte de données à haute altitude au-dessus de l’archipel hawaiien avec un avion ER-2. Cet aéronef est un avion de reconnaissance U-2 qui a été modifié pour recueillir des données scientifiques à haute altitude. Plusieurs projets pluriannuels financés par la NASA utiliseront ces données pour étudier les récifs coralliens et les processus volcaniques.
Les données seront également utilisées pour permettre la mise au point d’un futur instrument satellitaire d’observation de la Terre baptisé Hyperspectral Infrared Imager (HyspIRI). Si la NASA obtient le financement nécessaire, l’instrument fournira des informations cruciales pour l’étude des écosystèmes de la planète, ainsi que des événements liés aux catastrophes naturelles, comme les éruptions volcaniques, les feux de forêt et la sécheresse.
Pour reproduire les données recueillies par les capteurs d’observation de la Terre à bord des satellites, l’ER-2 naviguera à une altitude d’environ 20 000 mètres (au-dessus de 95% de l’atmosphère terrestre) avec une série d’instruments conçus pour mesurer la lumière réfléchie et émise en centaines de longueurs d’onde distinctes. Ces données donneront des informations quantitatives sur la composition de surface, la texture et la température du sol. Ces informations, couplées à des mesures sur le terrain, permettront également aux scientifiques d’étudier toute une gamme de processus atmosphériques, géologiques et écologiques dans le but de mieux comprendre notre environnement naturel et comment notre environnement réagit face aux activités humaines.
Sur la Grande Ile d’Hawaï, en collaboration avec les scientifiques du HVO et du National Park Service, les chercheurs effectuent des travaux sur le terrain et recueillent des données. Ils utilisent ces données pour étudier (1) les liens entre la santé de la végétation et les émissions de gaz volcanique; (2) les anomalies thermiques volcaniques; (3) la composition et l’évolution chimique des panaches de gaz du Kilauea; (4) les processus et les risques volcaniques tels que l’activité des coulées de lave.
Les objectifs de cette mission et les projets de recherche scientifique connexes sont de caractériser les principaux processus volcaniques, tels que la vitesse d’ascension du magma vers la surface, la quantité de lave émise quotidiennement par le Kilauea et l’interprétation des précurseurs possibles d’une éruption. Les conclusions devraient permettre aux scientifiques d’informer la Protection Civile et le public avant, pendant et après les éruptions futures.
Les chercheurs qui travaillent sur le projet Volcan utilisent également les images pour mieux étudier la composition du panache de gaz qui s’échappe du Kilauea et son évolution au fur et à mesure qu’il se déplace. Une partie clé du projet est de voir comment ce panache affecte la qualité de l’air à Hawaï. Par exemple, les chercheurs utiliseront les nouvelles données pour déterminer avec précision la vitesse à laquelle le dioxyde de soufre émis par le volcan se transforme en aérosol, autrement dit comment il se combine avec d’autres composés pour former des particules susceptibles d’être nocives pour la santé humaine.
Sources: NASA, USGS.

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drapeau-anglaisFrom late January through February 2017, NASA is conducting a high-altitude airborne remote sensing data collection campaign over the State of Hawai‘I with an ER-2 aircraft.

This aircraft is a modified U-2 reconnaissance plane designed to collect scientific data at high altitudes. Several NASA-funded, multi-year projects will use these data to study coral reefs and volcanic processes.

The data will also be used to help develop a future Earth observing satellite instrument called the Hyperspectral Infrared Imager (HyspIRI). If funded, the instrument will provide crucial information for studying the world’s ecosystems, as well as natural hazard events, such as volcanic eruptions, wildfires and drought.

To replicate the characteristics of data collected by Earth observing sensors aboard orbiting satellites, the ER-2 will cruise at an altitude of about 65,000 feet (above 95% of Earth’s atmosphere) with a diverse suite of instruments designed to measure reflected and emitted light in hundreds of distinct wavelengths. Such data give quantitative information about surface composition, texture and temperature of the ground. This information, combined with field-based measurements, enables scientists to study a variety of atmospheric, geologic and ecological processes to better understand our natural environment and how our environment responds to human activities.

On the Island of Hawaii, with the support of Hawaiian Volcano Observatory scientists and the National Park Service, research scientists are conducting field work and collecting data. They are using these data to investigate (1) links between vegetation health and volcanic gas emissions; (2) volcanic thermal anomalies; (3) the composition and chemical evolution of volcanic gas plumes from Kilauea Volcano; and (4) active volcanic processes and hazards, such as surface lava flow activity.

The overarching goals of this mission and the related scientific research projects are to characterize key volcanic processes, such as the rate of magma ascent to the surface, the amount of lava being erupted per day at Kilauea, and interpretation of possible eruption precursors. Lessons learned should help scientists inform emergency response agencies and the public before, during, and after future eruptions.

The researchers who are working on the volcano project are also using the images to better study the composition of the gas plume that arises from Kilauea, and how it changes as the plume spreads out. A key part of the project is looking at how the plumes affect Hawaii’s air quality. For example, one question the volcano researchers are trying to answer with the new data is exactly how quickly the sulfur dioxide gas that the volcano emits becomes aerosolized, meaning it combines with other compounds to form particulate matter, which can be harmful to human health.

Sources : NASA, USGS.

er2

Avion ER-2 de la NASA. (Crédit photo : NASA)

Panache-Kilauea

Vue du panache de gaz émis par le Kilauea (Photo: C. Grandpey)

Un jet stream de métal en fusion sous la Russie et l’Amérique du Nord ! // A jet stream of molten metal beneath Russia and North America !

drapeau-francaisUn article publié dans la revue Nature Geoscience nous apprend que les scientifiques ont découvert, en utilisant la dernière technologie de rayons X par satellite, un courant de fer et de nickel liquide qui s’écoule du Canada vers la Russie à quelque 3 000 kilomètres de profondeur. Ce gigantesque jet stream à l’intérieur du noyau terrestre présente une largeur d’environ 420 km et une température de plusieurs milliers de kelvins, presque aussi chaude que le soleil.
C’est la première fois que le jet stream est mis en évidence grâce à la mission Swarm de l’Agence Spatiale Européenne qui dispose d’un trio de satellites qui mesurent et déchiffrent simultanément les signaux magnétiques émis par la Terre.
Pendant des années, les scientifiques ont étudié le noyau en mesurant le champ magnétique de notre planète. Ces observations ont révélé que le fer dans le noyau externe se déplaçait plus rapidement dans l’hémisphère nord, en particulier sous l’Alaska et la Sibérie.
Les dernières données fournies par les satellites Swarm ont révélé que les changements de vitesse sont causés par un jet stream qui se déplace vers l’ouest à plus de 40 kilomètres par an, autrement dit des centaines de milliers de fois plus vite que la vitesse de déplacement des plaques tectoniques à la surface de la Terre. Il est intéressant de noter que ce la vitesse de ce courant a augmenté de manière significative au cours des deux dernières décennies. Depuis 2000, sa vitesse a été multipliée par trois.
Les scientifiques espèrent que la découverte de ce jet stream conduira à une meilleure compréhension de la structure interne de la Terre et du fonctionnement du champ magnétique. En effet, si nous parvenons à comprendre comment est généré le champ magnétique, nous comprendrons comment il évolue avec le temps ; nous saurons donc à quel moment il s’affaiblira et s’inversera.

Source : Presse scientifique américaine.

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drapeau-anglaisAn article published in the journal Nature Geoscience informs us that scientists have discovered a stream of molten iron and nickel running from Canada to Russia some 3,000 kilometres beneath the Earth’s surface using the latest satellite X-ray technology. The immense jet stream within Earth’s molten iron core spans about 420 km in width and runs at a temperature nearly as hot as the sun.

This is the first time the jet stream has been seen clearly, with the help of the European Space Agency’s Swarm mission, which features a trio of satellites that simultaneously measure and decipher magnetic signals coming from Earth.

For years, scientists monitored the Earth’s core by measuring the planet’s magnetic field. From that, research scientists knew that iron in the outer core was moving faster in the northern hemisphere, in particular under Alaska and Siberia.

The latest data from the Swarm satellites has revealed the changes in speed are being caused by a jet stream moving west at more than 40 kilometres per year – hundreds of thousands of times faster than the speed of Earth’s moving tectonic plates. Interestingly, the stream has picked up speed significantly over the last two decades. Since 2000 alone, the river has tripled in speed.

It is hoped that the discovery will lead to further understanding of the Earth’s inner structure and shed some light on exactly what generates the planet’s magnetic field. Indeed, if we can understand how the field is generated, we understand how it changes over time and whether and when it will weaken and reverse.

Source : American scientific press.

core

Vue de la structure interne de la Terre (Source : Wikipedia)

Contrôle des émissions de SO2 depuis l’espace // Monitoring of SO2 emissions from space

drapeau-francaisUn article intitulé « Les satellites découvrent de nouvelles sources de dioxyde de soufre » et  publié le 7 juin 2016 par l’Observatoire de la Terre (Earth Observatory) de la NASA fait un inventaire des émissions de SO2 qui étaient inconnues ou mal connues jusqu’à présent.
En utilisant une nouvelle méthode basée sur les observations satellitaires, les scientifiques ont localisé 75 sources naturelles de SO2, ainsi que 39 autres sources importantes, d’origine humaine et non déclarées. On sait depuis longtemps que lorsqu’il est libéré dans l’atmosphère, le dioxyde de soufre se transforme en acide sulfurique (H2SO4), avec de fines particules qui ont des effets néfastes sur la santé et sur l’environnement.
Afin d’élaborer des inventaires complets et précis, les industries, les organismes gouvernementaux et les scientifiques peuvent désormais utiliser les satellites pour repérer les sources de SO2 non répertoriées. En analysant les données pour la période entre 2005 et 2014, les chercheurs ont découvert 39 sources d’émissions de SO2 non signalées précédemment. Parmi elles, on trouve des centrales thermiques brûlant du charbon, des fonderies et des structures pétrolières et gazières, notamment au Moyen-Orient, au Mexique et dans certaines régions de la Russie. En outre, les scientifiques se sont aperçus que les mesures satellitaires des émissions provenant de certaines sources connues étaient deux à trois fois supérieures à ce qui avait été indiqué précédemment en se référant à des estimations effectuées au sol. Au total, les sources non déclarées et sous-déclarées représentent environ 12 pour cent de toutes les émissions anthropiques de dioxyde de soufre, ce qui est considérable.
L’équipe scientifique a également détecté et localisé 75 sources naturelles de SO2, dont beaucoup se trouvent dans des zones volcaniques sans phénomènes éruptifs, mais qui laissent lentement échapper le dioxyde de soufre. Beaucoup de ces sources volcaniques sont dans des endroits éloignés et non surveillés régulièrement. Ces nouvelles données satellitaires sont donc les premières à fournir des informations annuelles régulières sur les émissions volcaniques passives.
La quantification précise des émissions de SO2 a été rendue possible grâce à deux innovations dans l’interprétation des données satellitaires. La première innovation est une amélioration dans le traitement informatique qui transforme les observations satellitaires brutes fournies par l’Ozone Monitoring Instrument (OMI) – instrument de surveillance de l’ozone – en estimations précises des concentrations de SO2, y compris par les installations pétrolières et les centrales électriques de taille moyenne. La seconde innovation est un nouveau programme informatique qui permet de détecter plus précisément le dioxyde de soufre une fois qu’il s’est dispersé et qu’il a été dilué par les vents. Les chercheurs ont combiné ces données avec des modélisations de la force et de la direction du vent pour suivre les polluants jusqu’à leur source.

Source: NASA.

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drapeau-anglaisAn article entitled « Satellite Finds Unreported Sources of Sulfur Dioxide  » published on June 7th, 2016 by NASA’s Earth Observatory makes an inventory of SO2 emissions that were unknown or poorly known until now.

Using a new satellite-based method, scientists have located 75 natural and 39 unreported and major manmade sources of SO2 emissions. When released into the atmosphere, SO2 forms sulphuric acid (H2SO4) and fine particles that have significant adverse effects on human health and the environment.

To develop comprehensive and accurate inventories, industries, government agencies, and scientists can now use satellites to help them pinpoint some of the previously missing sources of SO2. In the analysis of data from 2005 to 2014, researchers found 39 previously unreported emission sources. Among them were clusters of coal-burning power plants, smelters, and oil and gas operations, most notably in the Middle East, but also in Mexico and parts of Russia. Moreover, the satellite measurements of emissions from some known sources were two to three times higher than what was previously reported; referring to ground-based estimates. Altogether, the unreported and underreported sources account for about 12 percent of all manmade emissions of sulphur dioxide, which is considerable.

The research team also located 75 natural sources of SO2, many of them on non-erupting volcanoes that slowly leak the gas. Many of these volcanic sources are in remote locations and not routinely monitored, so this satellite-based data set is the first to provide regular annual information on passive volcanic emissions.

The accurate quantification of SO2 emissions was made possible thanks to two innovations in working with the satellite data. The first innovation was an improvement in the computer processing that transforms raw satellite observations from the Ozone Monitoring Instrument (OMI) into precise estimates of SO2 concentrations, including those emitted by oil-related facilities and medium-sized power plants. The second innovation was a new computer program to more precisely detect sulphur dioxide after it had been dispersed and diluted by winds. The researchers combined those data with model estimates of wind strength and direction to trace pollutants back to their sources.

Source: NASA

SO2

Cette carte montre les émissions de SO2 telles qu’elles ont été détectées au Moyen-Orient entre 2007 et 20019 par l’OMI, mis au point par les Néerlandais et les Finlandais, depuis le satellite Aura de la NASA. (Source : NASA)