Réchauffement climatique et fonte des glaciers : la frilosité des climatologues

Plus ça va et moins je comprends la lenteur des climatologues à admettre l’impact du réchauffement climatique, en particulier sur les glaciers. C’est à croire que ces gens passent leur temps dans les laboratoires sans aller sur le terrain. Je sais que les finances des institutions scientifiques ne sont pas brillantes, mais tout de même !

Il y a quelques jours, le directeur de l’Institut des sciences du climat disait sur France Info, à propos des températures caniculaires : « On est certain que c’est dû au changement climatique », donnant l’impression que la découverte entre les deux phénomènes est récente, alors que le doute n’est pas permis depuis plusieurs années.

De la même façon, sur la chaîne LCI, un climatologue, membre de l’Académie des Sciences, a déclaré ces derniers jours à propos de la fonte des glaciers : « On est en train de perdre la bataille. » J’ai très envie d’ajouter : la bataille est perdue depuis longtemps. J’ai pu le constater au cours de plusieurs équipées dans les hautes latitudes et dans le massif alpin

L’énorme bloc de 500.000 m³ qui menace en ce moment de se détacher du glacier de Planpincieux dans le Val d’Aoste n’est qu’un chapitre de plus dans la longue saga de la fonte des glaciers alpins. La cause se trouve, bien sûr, dans les variations de températures, toujours plus élevées chaque été dans le massif.

Selon ce climatologue, le doute n’est plus permis : « Le réchauffement porte bien son nom et là, il conduit à des fontes de glaciers un peu partout sur la planète ». Il s’appuie notamment sur l’exemple marquant de la Mer de glace qui recule de 8 à 10 mètres par an, soit 120 mètres en un siècle. On peut affirmer sans trop se tromper que la Mer de Glace est moribonde, voire morte (voir photos ci-dessous).

La température moyenne observée près du Massif du Mont Blanc a augmenté de 4° C entre les années 1950 et les années 2000. Comme je l’ai faite remarquer à plusieurs reprises, une accélération de la fonte des glaciers alpins a lieu depuis le milieu des années 1970, comme le montrent mes clichés du glacier des Bossons

Selon l’article paru sur le site de la chaîne LCI, les glaciologues ont désormais acté le fait que « des glaciers d’altitude puissent fondre, un phénomène qu’on risque de voir de manière beaucoup plus fréquente à l’avenir ». Le mot « désormais » me fait sourire car il suppose que ces scientifiques avaient des doutes sur la relation entre fonte des glaciers et réchauffement climatique ! Moi pas.

L’article met l’accent sur un fait extrêmement important à mes yeux. Les glaciers agissent comme des réserves d’eau douce qui, grâce à la fonte naturelle durant l’été, assurent une alimentation régulière des ruisseaux et rivières. J’insiste dans mes conférences sur les conséquences alarmantes de la fonte des glaciers andins sur des pays comme le Pérou en Amérique du Sud. De la même façon, la situation ne va pas tarder à être préoccupante en France. L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse estime que les glaciers alpins délivrent 15,5 milliards de mètres cubes d’eau douce par an pour la seule région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, une des plus sèches de France. A la vitesse où s’opère la fonte des glaciers alpins, la situation va forcément devenir très préoccupante pour les prochaines générations.

Au cours de l’interview, le climatologue rappelle le risque induit par la fonte du permafrost de roche, ce ciment qui assure la stabilité de nos montagnes à haute altitude. Sans oublier le risque de poches d’eau qui se forment en altitude et peuvent causer d’importants dégâts, voire tuer des personnes, en s’éventrant brutalement, comme ce fut le cas pour le glacier de Tête Rousse, au-dessus de Saint-Gervais (Haute-Savoie).

Je partage depuis plus longtemps que cet éminent climatologue le pessimisme sur l’avenir de la lutte contre le changement climatique. Selon lui, « on est en train de perdre la bataille car on va moins vite dans nos mesures que la planète elle-même ».  Comme il le dit fort justement, mais avec un retard que je regrette, « les gaz à effet de serre se stockent dans l’atmosphère et ce stockage est relativement irréversible. Il n’y a pas de marche arrière facile. » Certaines projections scientifiques prévoient, dans le pire des scénarios, une augmentation moyenne des températures de 6 à 7°C en 2100. Si cette prévision se confirme, la partie est, d’ores et déjà, bel et bien perdue.

Source : LCI.

La Mer de Glace en 1956

   

En 1982

En 2017!

Photos : G. & C. Grandpey

Un avenir chaud ! // A hot future !

Les modèles du Met Office pour les 5 prochaines années ne laissent pas le moindre doute : il va faire chaud, avec de probables nouveaux records ! Prises individuellement, les années allant de 2020 à 2024 devraient évoluer dans une fourchette comprise entre +1,06°C et +1,62°C au-dessus de la période préindustrielle (moyenne des températures entre 1850 et 1900).

2016 a été jusqu’à présent l’année la plus chaude jamais observée, mais les dernières prévisions basées sur les modèles informatiques du Met Office suggèrent qu’un nouveau record annuel est probable dans les cinq prochaines années. 2015 a été la première année où la température moyenne globale a dépassé 1,0°C au-dessus de la période préindustrielle. Lors de l’année record de 2016, l’anomalie a atteint +1,16°C.

Entre 2020 et 2024, il y a le risque non négligeable, de voir une année excéder +1,5°C, c’est-à-dire l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris. Cela suppose, entre autres, des conditions telles qu’ un événement El Niño majeur, un contexte de réchauffement des températures dans le Pacifique et pas de grosse éruption volcanique.

Sur les cinq dernières années (2015-2019) les observations d’agences comme la NASA et la NOAA montrent une anomalie moyenne de +1,09°C, ce qui constitue la période de cinq ans la plus chaude jamais enregistrée.

Pour l’année 2020, le Met Office prévoit que la température moyenne mondiale se situera entre +0,99°C et +1,23°C, avec une estimation centrale de 1,11°C au-dessus de la période préindustrielle (1850–1900). Malgré l’absence d’El Niño, l’année qui débute devrait être encore une année très chaude, proche du niveau de 2019.

La plupart des régions du globe devraient connaître une élévation des températures dans les années à venir et les modèles de prévision du Met Office suggèrent un réchauffement accru au-dessus des terres, en particulier les parties nord de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord. Les conditions actuelles relativement fraîches dans l’Atlantique Nord devraient se réchauffer, ce qui pourrait amplifier la hausse du thermomètre en Europe. Les modèles semblent en revanche indiquer des conditions plus froides dans l’océan Austral.

En résumé, les prévisions anticipent un réchauffement planétaire continu, largement imputable à la persistance de niveaux élevés de gaz à effet de serre. Contrairement aux rapports du GIEC qui visent davantage le long terme, les projections décennales du Met Office sont basées sur l’état réel du climat au moment où elles sont établies. Les calculs n’incluent pas les événements imprévisibles, tels qu’une grande éruption volcanique, qui provoquerait un refroidissement temporaire.

Source : global-climat.

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The Met Office models for the next 5 years leave no doubt: it will be hot, with likely new records! Taken individually, the years from 2020 to 2024 should evolve in a range between +1.06°C and +1.62° C above the pre-industrial period (average temperatures between 1850 and 1900).
2016 has so far been the hottest year on record, but the latest predictions based on Met Office computer models suggest a new annual record is likely in the next five years. 2015 was the first year in which the global average temperature exceeded +1.0°C above the pre-industrial period. In the record year of 2016, the anomaly reached +1.16°C.
Between 2020 and 2024, there is a significant risk of seeing a year exceed +1.5°C, that is to say the most ambitious objective of the Paris Agreement. This assumes, among other things, conditions such as a major El Niño event, a context of warming temperatures in the Pacific and no large volcanic eruption.
Over the past five years (2015-2019), observations from agencies like NASA and NOAA show an average anomaly of +1.09°C, which is the hottest five-year period on record.
For 2020, the Met Office predicts that the average global temperature will be between +0.99°C and +1.23°C, with a central estimate of +1.11°C above the pre-industrial period (1850-1900). Despite El Niño’s absence, the beginning of the year should be another very hot one, close to the level of 2019.
Most parts of the world are expected to experience higher temperatures in the coming years, and Met Office forecasting models suggest increased warming over land, particularly the northern parts of Europe, Asia and from North America. The current relatively cool conditions in the North Atlantic are expected to warm, which could amplify the temperature rise in Europe. The models, on the other hand, seem to indicate colder conditions in the Southern Ocean.
In short, the forecast anticipates continued global warming, largely due to the persistence of high levels of greenhouse gases. Unlike the IPCC’s more long-term reports, the Met Office’s ten-year projections are based on the actual state of the climate at the time they are made. The calculations do not include unforeseeable events, such as a large volcanic eruption, which would cause temporary cooling.
Source: global-climat.

Vue globale des anomalies de température mondiale par rapport à 1850-1900, avec les prévisions du Met Office pour 2020 et pour la période 2020-2024 (Source : global-climat)

Projections climatiques // Climate predictions

On peut lire sur le site « global-climat » un article qui explique que des outils existent pour mesurer concrètement le réchauffement local du climat et faire des projections pour les prochaines décennies.

Ce n’est un secret pour personne. Sous l’effet des gaz à effet de serre et, peut-être d’un cycle climatique de réchauffement, notre planète va continuer à connaître une hausse de température au cours des prochaines décennies. Des outils permettent aujourd’hui de dire en fonction des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre qu’en général les villes de l’hémisphère nord verront leur climat afficher les caractéristiques de villes situées bien plus au sud. Dans l’hémisphère sud, la climatologie adoptera réciproquement des caractéristiques que l’on retrouve aujourd’hui plus au nord.

Une étude publiée en 2018 permet d’appréhender le changement climatique de 90 villes européennes de 1951 à 2100 avec le scénario A1B du GIEC qui conduit à une hausse globale de 3°C en 2100. La méthode développée dans cette étude prend en compte cinq variables climatiques : la température moyenne et les précipitations moyennes mensuelles ; la température minimale mensuelle pour les mois d’hiver et la température maximale mensuelle pour les mois d’été ; les précipitations totales annuelles.

Ces variables ont été calculées mensuellement (ou annuellement dans le cas de la variable annuelle des précipitations totales) et moyennées sur cinq périodes de 30 ans, à savoir P1 (1951-1980), P2 (1981-2010), P3 (2011-2040), P4 (2041-2070) et P5 (2071-2100). Parmi les 90 villes étudiées, 70 villes ont des analogues climatiques fiables pour chacune des quatre périodes futures de 30 ans.

Parmi les déplacements climatiques les plus spectaculaires, le climat de Berlin sera situé en 2071-2100 (P5) à 1 584 km vers le sud (sud de l’Espagne) par rapport à son climat en 1951-1980 (P1). Les résultats montrent que la vitesse du changement climatique des villes européennes n’est pas constante de 1951 à 2100, mais qu’elle accélère de manière significative tout au long du 21ème siècle.

Le climat des villes européennes se déplacera vers le sud à une vitesse moyenne de 7,9 km par an de 1951-1980 à 2071-2100 (P1-P5), selon le scénario A1B. Cela signifie qu’en moins d’une génération humaine (c’est-à-dire 25 ans), le climat des villes européennes changera de 200 km en moyenne vers le sud. Ce changement climatique rapide aura sans aucun doute des conséquences négatives sur les 416 millions d’habitants des 90 villes faisant l’objet de l’enquête.

En été, la ville championne du réchauffement sera Sofia, en Bulgarie. Pour Paris, le réchauffement est un peu moins important mais reste très impressionnant, notamment en été avec +6,5°C en 2100, digne de ce que l’on trouve actuellement à Fez, au Maroc. Comme en Bulgarie, la tendance est clairement à la hausse depuis les années 80. La projection pour 2100 avec le scénario RCP8.5 annonce +5,2°C en moyenne annuelle à Paris :

L’étude concernant les Etats-Unis montre également, comme celle sur l’Europe, que le climat de la plupart des zones urbaines nord-américaines changera considérablement et ressemblera davantage aux climats contemporains des localités situées à 850 km et principalement au sud. Avec un scénario de fortes émissions de CO2, le citadin moyen aux Etats-Unis devra parcourir près de 1 000 km pour se rendre dans un climat semblable à celui qu’il est susceptible de rencontrer dans sa ville aujourd’hui.

Les données montrent que, d’ici 2050, les Australiens ne profiteront plus de l’hiver tel qu’ils le connaissent aujourd’hui et connaîtront une nouvelle saison baptisée « Nouvel été ». Le nouvel été représente une période de l’année où, dans de nombreuses localités, les températures dépasseront régulièrement les 40 ° C sur une période prolongée.

Source : global-climat.

Si ces prévisions se confirment, elles obligeront certains secteurs à s’adapter, en particulier les zones de montagne où la saison de sports d’hiver se réduira comme peau de chagrin. L’agriculture devra s’adapter elle aussi car les besoins en eau se feront de plus en plus grands. La population de certaines régions devra probablement subir des restrictions pour sa consommation. Je ne serai plus là pour assister à cette évolution climatique sévère, mais je suis persuadé que l’Homme saura s’adapter, même si cela ne se fera pas sans mal.

A l’échelle de la planète, beaucoup de glaciers disparaîtront ; la banquise continuera de fondre, ouvrant la voie à de nouvelles routes de navigation, avec les risques que cela suppose pour l’environnement. L’économie subira, elle aussi, de profondes transformations, en particulier l’agriculture qui devra s’adapter, voire se déplacer en fonction des nouvelles conditions climatiques.

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One can read on the « global-climat  » website, an article explaining that tools exist to concretely measure the local warming of the climate and to make projections for the next decades.
It’s no secret to anyone. Under the effect of greenhouse gases and, perhaps, a warming climate cycle, our planet will continue to experience a rise in temperature over the coming decades. Tools now make it possible to say in terms of greenhouse gas emission scenarios that, in general, the future climate of cities in the northern hemisphere will display the characteristics of cities far further south. In the southern hemisphere, climatology will adopt reciprocally features that are found today further north.
A study published in 2018 makes it possible to apprehend the climatic change of 90 European cities from 1951 to 2100 with the IPCC A1B scenario which leads to an overall increase of 3°C in 2100. The method developed in this study takes five variables into account: average temperature and average monthly precipitation; minimum monthly temperature for the winter months and maximum monthly temperature for the summer months; total annual precipitation.
These variables were calculated monthly (or annually in the case of the annual total precipitation variable) and averaged over five 30-year periods, namely P1 (1951-1980), P2 (1981-2010), P3 (2011-2040) ), P4 (2041-2070) and P5 (2071-2100). Of the 90 cities surveyed, 70 cities have reliable climate analogues for each of the four future 30-year periods.
Among the most spectacular movements, the climate of Berlin will be located in 2071-2100 (P5) 1,584 km to the south (south of Spain) compared to its climate in 1951-1980 (P1). The results show that the speed of climate change in European cities is not constant from 1951 to 2100, but accelerates significantly throughout the 21st century.
The climate of European cities will move southwards at an average speed of 7.9 km per year from 1951-1980 to 2071-2100 (P1-P5), according to the A1B scenario. This means that in less than a human generation (i.e. 25 years), the climate of European cities will move an average of 200 km to the south. This rapid climate change will undoubtedly have negative consequences for the 416 million inhabitants of the 90 cities surveyed.
In summer, the champion city of warming will be Sofia, Bulgaria. For Paris, the warming is a little less significant but remains very impressive, especially in summer with + 6.5°C in 2100, with temperatures currently found in Fez, Morocco. As in Bulgaria, the trend has been clearly on the rise since the 80s. The projection for 2100 with the scenario RCP8.5 predicts  + 5.2°C average annual in Paris:
The US study also shows, like the one on Europe, that the climate of most North American urban areas will change considerably and will be more like the contemporary climates of places 850 km to the south. With a scenario of high CO2 emissions, the average city-dweller in the United States will have to travel nearly 1,000 km to reach a climate similar to the one he is likely to encounter in his city today.
The data shows that by 2050, Australians will no longer enjoy the winter as they know it today and will experience a new season called « New Summer ». The new summer is a time of year when, in many places, temperatures will regularly exceed 40°C over a prolonged period.
Source: global-climat.

If these predictions are confirmed, they will force some sectors to adapt, especially mountain areas where the winter sports season will be reduced to a trickle. Agriculture will have to adapt too, because water needs will be higher and higher. The population of some areas will probably have to face water restrictions for consumption. I will no longer be here to witness this severe climate change, but I am convinced that Man will adapt, even if it will not be without difficulty.
At the planet level, many glaciers will disappear; the ice sheet will continue to melt, paving the way for new shipping routes, with obvious risks to the environment. The economy will also undergo profound transformations, in particular agriculture which will have to adapt, or even move, according to the new climate conditions.

Evolution prévue de la température à Paris (Source : Carbon Brief)

Hawaii: Ça va durer encore longtemps ? // Hawaii: Will it still last long ?

« Ça va durer encore longtemps? » « Combien de temps va-t-elle durer? » Alors que l’éruption semble marquer le pas et est peut-être en passe de se terminer, c’est la question que posent aujourd’hui la plupart des Hawaïens.
Malheureusement, personne n’est en mesure de donner une réponse fiable. Cependant, les scientifiques du HVO tentent d’imaginer les scénarios les plus probables en fonction des caractéristiques de l’éruption actuelle et en la comparant à des éruptions du passé.
L’éruption dans la Lower East Rift Zone (LERZ) a débuté le 3 mai 2018. Au cours des semaines qui ont suivi, 24 bouches se sont ouvertes, mais seule la Fracture n° 8, qui s’est ouverte le 5 mai et s’est réactivée le 27 mai, est toujours active aujourd’hui. Le 4 juin, la coulée de lave issue de la Fracture n° 8 a atteint Kapoho Bay où un delta continue de croître au fur et à mesure que la lave pénètre dans l’océan.
Si on connaissait la quantité de lave émise par l’éruption,  on pourrait répondre à la question concernant la durée, mais il est difficile de mesurer le volume de lave émis par la Fracture n° 8. Les scientifiques de l’USGS ont utilisé plusieurs techniques au cours des dernières semaines et sont arrivés à la conclusion que la Fracture n° 8 émet entre 50 et 150 mètres cubes par seconde, ce qui donne un volume total de 0,5 kilomètre cube à ce jour. Une tendance à la baisse du volume de lave émis pourrait laisser supposer que l’éruption touche à sa fin. Malheureusement, les géologues du HVO n’ont détecté, aucune évolution dans ce sens. Le volume émis semblait plus ou moins constant avec quelques variations et une baisse d’intensité ces derniers jours.
Avant la sortie de la lave dans la LERZ, les scientifiques ont procédé à une surveillance géophysique de la sismicité et de la déformation du sol qui ont accompagné l’intrusion magmatique sous les Leilani Estates. Si les géologues observaient une diminution de volume dans cette intrusion, alors que la lave continue à sortir de la Fracture n° 8, ils pourraient estimer le laps de temps au bout duquel l’intrusion serait terminée. Malheureusement, les instruments de surveillance n’ont détecté aucun changement dans l’intrusion depuis sa mise en place. Ceci laisse supposer que la lave émise par l’éruption de la Fracture n° 8 est rapidement remplacée par un nouveau magma.
Une autre solution pour essayer de prévoir la durée de l’éruption consiste à se tourner vers les éruptions du passé. L’USGS a comparé l’éruption de 2018 à quatre autres événements qui se sont déroulés dans la LERZ.
– L’éruption de 1840, qui a duré 26 jours, a eu un débit éruptif moyen semblable à celui d’aujourd’hui.
– En 1924, des séismes et des affaissements importants dans la région de Kapoho montrent que le magma a pénétré dans la LERZ, mais aucune éruption n’a eu lieu.
– Une éruption dans la LERZ en 1955 montre quelques points communs avec les trois premières semaines de l’éruption actuelle. Au cours de l’événement de 1955 qui a duré 195 jours, plus de 20 fractures se sont ouvertes sans ordre précis. En mai 2018, 24 fractures se sont également ouvertes sans ordre précis. Cependant, le débit éruptif moyen en 1955 était beaucoup plus faible qu’en 2018.
– La plus récente éruption dans la LERZ s’est produite à Kapoho en 1960. Elle a duré environ 5 semaines et le débit éruptif était inférieur de moitié à celui de l’éruption actuelle.
Le 31 juillet 2018, l’éruption de 2018 avait dépassé en durée celle de 1955 et dépassé en débit de lave émis tous les événements du passé sauf l’éruption de 1840.

La LERZ du Kilauea a connu plus de 100 éruptions au cours des 2 500 dernières années. Comme on ne peut pas déterminer avec précision les durées ou les débits éruptifs de ces événements passés, on essaye de le faire approximativement en mesurant le volume émis sur la zone couverte par la lave.
L’Heiheiahulu, une bouche éruptive en forme de bouclier, semblable au Kupaianaha (actif entre 1986 et 1992), est probablement entrée en éruption au début du 18ème siècle. Elle est située à environ 10 km en amont de la Fracture n° 8 et sa lave couvre environ 45 kilomètres carrés. Sa ressemblance avec le Kupaianaha et le Mauna Ulu laisse supposer que l’éruption de l’Heiheiahulu a duré plusieurs années.
La lave du Pu’u Kaliu, situé à 1,6 km de la Fracture n° 8, a recouvert environ 12 kilomètres carrés pour un volume estimé à 0,2 kilomètre cube. Les coulées de lave du Pu’u Kaliu, qui ont probablement été émises en 1790 à partir des fractures de part et d’autre de la LERZ, sont semblables celles de 1840.
Enfin, il ne faudrait pas oublier le Pu’uO’o dont l’éruption a duré 35 ans (1983-2018), avec un volume de 3,3 kilomètres cubes, et le Mauna Ulu, qui a émis 0,2 kilomètre cube de lave en 5 ans (1969-1974).
Combien de temps durera l’éruption de 2018 dans la LERZ ? Si l’on se réfère aux éruptions du passé et aux résultats de la surveillance géophysique actuelle, elle pourrait continuer pendant plusieurs mois, voire quelques années.
Source: USGS / HVO.

NB: Il sera intéressant de voir dans quelques jours si cette dernière prévision est bonne….

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“Will it still last long?” “How long will it last?” While the eruption is declining and might be coming to an end, this is the question most Hawaiians are asking today.

Unfortunately,  no one knows for sure. However, HVO scientists are trying to guess the most likely possibilities based on characteristics of the current eruption and comparisons with past eruptions.

The Lower East Rift Zone (LERZ) eruption started on May 3rd, 2018. Over the next few weeks, a total of 24 vents briefly erupted, but only the 8th fissure, which initially opened on May 5th and reactivated on May 27th, is still erupting today. On June 4th, the Fissure 8 lava flow reached Kapoho Bay, where a lava delta continues to grow as lava enters the ocean.

Knowing how much lava is erupting could help answer the duration question, but it has been difficult to measure the Fissure 8 eruption rate. USGS scientists have used several techniques in recent weeks to obtain a rough estimate of 50 to 150 cubic metres per second, for a total erupted volume to date of 0.5 cubic kilometres. A decreasing trend in this rate would suggest that the eruption might be coming to an end. Unfortunately, HVO geologists have not detected any trends. The eruption rate seems more or less constant with some decrease in the past days.

Preceding the LERZ eruption, geophysical monitoring of earthquakes and ground deformation tracked the subsurface intrusion of magma under Leilani Estates. If geologists could detect decreases in the volume of that intrusion as Fissure 8 lava continues to erupt from it, they could estimate the length of time after which the intrusion would be depleted. But monitoring has detected no changes in the intrusion since its emplacement. This suggests that magma withdrawn by the Fissure 8 eruption is being quickly replaced.

Another solution is to turn to past eruptions for clues to possible duration. USGS has compared Kilauea’s 2018 eruption to four past LERZ events.

– The 1840 eruption, which lasted 26 days, had an average eruption rate similar to today’s rate.

– In 1924, earthquakes and major subsidence in the Kapoho area suggested that magma had intruded the LERZ, but no eruption occurred.

– A LERZ eruption in 1955 shared some similarities with the first three weeks of the current eruption. During the 88-day-long 1955 event, more than 20 fissures erupted in no clear order. In May 2018, 24 fissures erupted, also in no clear order. However, the average 1955 eruption rate was significantly lower than the present rate.

– The most recent LERZ eruption occurred in Kapoho in 1960. It lasted about 5 weeks, and its eruption rate was less than half that of today’s eruption.

As of July 31st, 2018, the 2018 eruption has surpassed the 1955 eruption in duration and exceeded all but the 1840 event in eruption rate.

Kilauea’s Lower East Rift Zone has erupted more than 100 times in the past 2,500 years. As one cannot determine the durations or eruption rates for those past events, one must use a proxy for those quantities, such as area covered by lava and total volume erupted.

Heiheiahulu, a shield-shaped vent similar to Kupaianaha (active 1986–1992), may have erupted in the early 18th century. It is located about 10 km uprift of Fissure 8, and its lavas cover about 45 square kilometres. The similarity of its structure to that of Kupaianaha and Mauna Ulu suggest that Heiheiahulu erupted for several years.

Lava from Pu’u Kaliu, located 1.6 km uprift of Fissure 8, covered about 12 square kilometres with an estimated volume of 0.2 cubic kilometres. Pu’u Kaliu lava flows, thought to have erupted in 1790 from fissures on either edge of the LERZ, are similar to the 1840 flow.

Finally, one should also consider Pu’uO’o whose eruption lasted 35 years (1983–2018), erupting a volume of 3.3 cubic kilometres, and Mauna Ulu, which erupted 0.2 cubic kilometres of lava over 5 years (1969–1974).

So, how long will the 2018 LERZ last? Based on past eruptions and current geophysical monitoring, it could continue for many months to a few years. Time will tell.

Source: USGS / HVO.

L’activité de la Fracture n° 8 montre des temps forts et des temps faibles (comme ici sue la photo), mais elle reste globalement soutenue. [Crédit photo : USGS / HVO]