Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : Si la lave entre dans l’océan…

La lave continue sa progression après avoir envahi la RN2 sur environ 260 mètres de largeur et elle se rapproche de l’océan. On estime que le Piton de la Fournaise a émis entre 13 et 15 millions de mètres cubes de lave depuis le début de l’éruption le 13 février 2026.

Le front de coulée se trouvait à environ 300 mètres de la côte le 14 mars au matin. Tout le monde (sauf ceux qui doivent emprunter la route!) espère qu’elle atteindra son but. Toutefois, il ne faudra pas oublier que le mariage de la lave et de l’eau peut être douloureux, avec des risques pour la santé des personnes qui se trouveraient à proximité.

Comme l’explique un article paru sur le site Réunion la 1ère, « si la coulée atteint l’océan, la scène sera spectaculaire mais surtout chimique. L’eau et la lave entrent alors dans une réaction brutale qui transforme les gaz volcaniques. » Ces derniers peuvent être très agressifs pour la santé, avec notamment de l’acide chlorhydrique (HCl). S’y ajoutent de l’acide sulfurique (H2SO4) et de l’acide fluorhydrique (HF). L’ensemble de ces gaz forme un cocktail irritant pour les poumons et la peau. Dans l’air, le dioxyde de soufre (SO2) peut aussi se combiner avec l’humidité pour former des pluies acides susceptibles d’endommager les végétaux.

Si la qualité de l’air venait à se dégrader fortement avec les nuages de gaz émis suite au contact de la lave et de l’océan, le plan ORSEC peut entrer en action. Il permet de mobiliser et coordonner l’ensemble des acteurs de la sécurité civile sous l’autorité du préfet. Son rôle est d’organiser rapidement les secours et protéger la population lorsqu’un événement majeur survient.

Dans le cas d’une éruption, plusieurs scénarios sont étudiés. Si la coulée de lave se jette dans l’océan ou si les concentrations de polluants grimpent nettement, le dispositif peut être déclenché. Il revient à l’Agence régionale de santé (ARS) d’analyser les données pour déterminer s’il existe un impact sanitaire. L’Agence définit la zone potentiellement exposée. Sur cette base, les autorités peuvent décider de restreindre l’accès à certains secteurs ou de fermer des zones.

Par anticipation, les autorités ont pris des mesures concernant les activités nautiques et la pêche. La navigation, le stationnement, le mouillage de tout navire et la pratique des activités nautiques, aquatiques ou sportives sont interdits dans un rayon de 1 mille nautique (1,8 km) autour du point d’arrivée potentiel de la lave.

Mais nous n’en sommes pas là. Il faut d’abord attendre que la lave atteigne l’océan, ce qu’elle a fait dans la grande majorité des cas par le passé.

J’ai personnellement eu l’occasion – la chance , devrais-je dire – d’assister au mariage de la lave et de l’océan à Hawaï, depuis la terre, mais aussi depuis la mer. Je confirme les recommandations de prudence décrites plus haut. Il faut en particulier de méfier des sautes de vent qui peuvent transporter les gaz toxiques là où on ne les attend pas. Je suppose que le site où la lave entrera dans la mer sera interdit d’accès. Si des personnes parvenaient toutefois à l’atteindre, je leur recommande d’emporter un bon masque anti-gaz, au cas où.

Par ailleurs, il faut se méfier des explosions phréatiques qui peuvent se produire lorsqu’une accélération du débit de la lave se produit. Ce peut être particulièrement violent, avec de dangereuses projections.

À la Réunion l’entrée de la lave dans l’océan s’est produite pour la dernière fois en 2007 dans le secteur du Grand Brûlé / Tremblet. L’événement avait surpris les scientifiques car le réchauffement brutal et très localisé de l’eau de mer avait permis de découvrir la biodiversité profonde autour de La Réunion. Des centaines de poissons, dont beaucoup viennent des grandes profondeurs, ont été retrouvés morts à la surface, Certaines espèces avaient rarement, voire jamais, été observées localement…

J’ai eu l’occasion d’observer l’océan à plusieurs reprises dans le secteur du Tremblet et chaque fois la mer était très agitée.

 Je me demande aujourd’hui s’il serait possible et prudent d’organiser des excursions en bateau pour voir l’arrivée de la lave depuis la mer, un spectacle extraordinaire auquel j’ai pu assister à deux reprises à Hawaî…

Photos : C. Grandpey

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : la lave a traversé la RN2 !

Vendredi 13 mars 2026 – 7 heures (heure métropole; 10 heures, heure locale)

Comme le 11 mars 2026, la pause dans la progression de la coulée en provenance des Grandes Pentes a été de courte durée et la lave a atteint la RN 2 ce 13 mars vers 6 heures du matin (heure locale), entre Saint-Philippe et Sainte-Rose, après avoir repris sa progression vers 23h40 dans la nuit. Comme je l’indiquais précédemment, cela fait 20 ans qu’un tel événement ne s’était pas produit pendant une éruption du volcan.

Vers 8h, le premier bras de coulée a fini par franchir entièrement la route, une traversée très rapide puisque, selon la presse locale, elle a duré une quinzaine de secondes seulement. Un second bras de coulée a coupé la RN2, une demi-heure plus tard. Ce front est actuellement 60 mètres en aval de la route, à 670m de l’océan. Le Préfet précise que la coulée présente une quinzaine de mètres de largeur et 1,50 m de hauteur.

Crédit photo: Ophélie Maraval / Réunion la 1ère

Arrivé sur place, le Préfet s’est assuré que toutes les normes de sécurité étaient en place. Il a autorisé un petit nombre de chanceux à s’approcher rapidement de la coulée, puis a fait reculer les barrières de protection. En effet, un troisième bras de coulée descendant les Grandes Pentes pouvait prendre au piège les personnes présentes. Le Préfet a tout de même veillé à ce que les barrières soient installées à des endroits d’où les gens pourraient quand même apercevoir la lave. Pour accéder aux barrières d’exclusion, il est impératif de rester sur la RN2. Toute sortie de la route, que ce soit côté montagne ou côté mer, afin de se rapprocher de la lave, est strictement interdite. 

Pour rappel, pour éviter les risques de collision avec d’autres aéronefs, l’utilisation de drones dans l’Enclos et jusqu’à 1000 mètres en mer est strictement interdite. Tout drone non autorisé fera l’objet d’une verbalisation.

Crédit photo: OVPF

Des scientifiques de l’OVPF ont réalisé des prélèvements de lave, même si c’est à la source de l’éruption que la lave et les gaz sont les plus révélateurs de leur composition.

Sur le plan volcanologique, les instruments de surveillance indiquent que l’inflation de l’édifice volcanique se poursuit, signe d’une alimentation toujours active du système magmatique. La sismicité reste faible.

Comme je l’écrivais dans ma note précédente à propos de l’éruption, reste à savoir maintenant ce qui va se passer. La lave atteindra-t-elle l’océan qui n’est distant que de 800 ou 900 mètres de l’endroit où la route a été coupée. En extrapolant et en supposant que la coulée progresse à raison d’une vingtaine de mètres par heure, elle pourrait atteindre le trait de côte d’ici environ 48 heures, autrement dit dans la matinée du 15 mars. Toutefois, comme le fait remarquer Philippe Kowalski de l’OVPF, une telle prévision est hasardeuse car de nombreux facteurs peuvent intervenir et modifier le temps de parcours théorique. la progression de la lave est très irrégulière. Les variations de relief et la végétation rencontrée sur son passage peuvent ralentir ou canaliser l’écoulement de la lave. Il n’est pas rare d’observer des phases où le front de coulée se fige temporairement avant de reprendre sa propagation, comme cela s’est produit le 11 mars dernier. L’OVPF précise ce matin que le front de coulée est actuellement estimé à environ 700 m de l’océan, et que d »autres bras de coulées vont probablement franchir la route dans la journée.

Source: OVPF

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Vendredi 13 mars 2026 – 12 heures (heure métropole; 15 heures, heure locale)

On peut lire sur le site Réunion la 1ère que ce vendredi 13 mars 2026 à 13 heures (heure locale) trois bras de coulée avaient traversé la RN2 entre Saint-Philippe et Sainte-Rose. Le premier a surgi de la végétation peu après 6 heures et a traversé la route rapidement, en une vingtaine de secondes. Un second bras de coulée l’a imité peu après, plus près des barrières de sécurité, et a pu être aperçu du public. Enfin, le troisième bras de coulée, le plus au nord, a franchi la route du côté Sainte-Rose. Le bras de lave du milieu, le premier à avoir traversé la route ce matin, se trouvait à environ 550m de la mer à 12h30. Ce sont donc 3 bras de coulées qui ont traversé la RN2 sur une largeur de 260 m environ, selon l’OVPF.

À noter que la commune de Saint Philippe a mis en place un système de navettes gratuites circulant entre le parking du champ de foire de Basse-Vallée et le Grand Brûlé, entre 17h et minuit. Il est demandé aux visiteurs se rendant sur la RN2 d’emprunter ces navettes, afin de réduire un peu le trafic sur place. Une société de remorquage a été sollicitée pour mettre fin au stationnement anarchique de certains véhicules.

Vue du troisième bras de coulée (Crédit photo : Loïs Mussard / Réunion la 1ère)

Voici quelques images réalisées la nuit dernière dans la végétation du Grand Brûlé, avant la traversée de la route, par mon ami Christian Holveck :

Photos: C. Holveck

Éruption du Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : Et maintenant ?

Si certains attendent avec impatience que la lave traverse la RN2, pour d’autres, la situation n’est guère réjouissante. La circulation a été interdite par la Préfecture entre Sainte Rose et Saint Philippe Cela signifie que les habitants de ces deux localités voient leurs déplacements chamboulés. Ils auront parfois à faire le tour de l’île pour atteindre leur destination ! Ainsi, ceux qui habitent à Saint-Philippe et travaillent dans l’Est se retrouvent dès aujourd’hui désemparés. Comme l’explique un article sur le site Réunion la 1ère, il existe deux solutions : aller jusqu’à la Plaine-des-Cafres et emprunter la route des Plaines, ou passer par le littoral et Saint-Denis. Peu importe laquelle, ces deux solutions rallongent le trajet de façon conséquente. On a l’exemple d’une professeure de SVT à Piton Sainte-Rose, mais qui habite Saint-Joseph. La fermeture de la route l’inquiète grandement, alors que la rentrée scolaire est prévue le 16 mars. Il y a la solution du covoiturage, mais qui n’est pas l’idéal non plus. La professeure envisage davantage de se faire héberger sur son lieu de travail le temps de l’interruption de la route par la coulée de lave. Ou bien elle essaiera d’btenir une emploi du temps avec des heures groupées, ce qui éviterait les aller-retour quotidiens.

Le même problème se pose dans l’autre sens, pour les gens qui habitent Saint Rose et voudraient se rendre dans le Sud. Les habitants qui travaillent sur Saint-Joseph vont être obligés de faire le grand tour. Comme je l’ai indiqué précédemment, la lave avait déjà coupé la RN2 en 2007.

Je me pose une autre question : La lave atteindra-t-elle la littoral qui n’est distant que de 800 ou 900 mètres de l’endroit où la route sera coupée. En extrapolant et en supposant que la coulée progresse à raison d’une vingtaine de mètres par heure, elle pourrait atteindre le trait de côte d’ici environ 48 heures, autrement dit dans la soirée du 14 mars. Toutefois, comme le fait remarquer Philippe Kowalski de l’OVPF, une telle prévision est hasardeuse car de nombreux facteurs peuvent intervenir et modifier le temps de parcours théorique.

Crédit photo: OVPF

Attention ! L’utilisation des drones est interdite, hormis quelques dérogations. Pour des raisons de sécurité et pour éviter le risque de collision entre drones et aéronefs, hélicoptères par exemple, une zone interdite temporaire de survols de drones est mise en place sur l’ensemble de l’Enclos jusqu’à 1000 mètres en mer. La restriction est applicable du jeudi 12 mars à 16h00 au lundi 16 mars à 16h00.

L’IFREMER explore les abysses // IFREMER explores the abyss

Les deux premiers prototypes de flotteurs-profileurs Argo Deep-6000, développés par l’Ifremer, ont effectué avec succès leurs premières plongées en autonomie en haute mer, au nord des Antilles. Depuis le 11 janvier 2026, chacun des deux profileurs a effectué cinq cycles complets jusqu’à 6 000 mètres de profondeur, transmettant pour la première fois des données inédites sur les abysses. La France devient ainsi le troisième pays au monde, après les États-Unis et la Chine, à concevoir des profileurs Argo capables d’explorer ces profondeurs extrêmes. D’ici à 2028, 30 de ces profileurs grands fonds rejoindront la flotte internationale de 4000 profileurs pour couvrir plus de 98% du volume de l’Océan mondial.

L’Ifremer précise sur son site que ces nouveaux profileurs Argo Deep-6000 permettront de mesurer en temps réel la salinité, la température, l’oxygène et la pression des grands fonds, afin de mieux connaître l’impact du réchauffement climatique jusqu’à 6000 mètres de profondeur. Les chercheurs pourront également obtenir des informations sur la circulation océanique profonde qui contribue au stockage dans l’océan profond des signaux climatiques comme la chaleur ou le carbone, et affiner les modèles de prévisions océaniques.

Argo est un exemple de coopération internationale remarquable, avec plus de 60 pays qui y contribuent.

Comme je l’explique souvent sur ce blog, nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que les profondeurs de nos propres océans. Ce sont pourtant dans les abysses que se trouvent les zones de subduction, facteur déclencheur des séismes les plus puissants et les plus destructeurs. L’Ifremer confirme que l’Océan abyssal est encore largement méconnu et très peu échantillonné.

Pourtant, environ 10% du réchauffement total de l’Océan est situé en dessous de 2000 mètres de profondeur, et les rares données dont nous disposons indiquent un fort signal de réchauffement sous 4000 mètres dans l’Océan Austral qui commence à se propager vers le nord dans les Océans Pacifique, Atlantique et Indien. Passer le cap des grands fonds est donc essentiel pour la communauté scientifique qui va rapidement bénéficier d’un jeu de données complet permettant de suivre à la fois l’évolution temporelle de ce réchauffement et sa propagation spatiale dans les eaux les plus profondes. Les données recueillies permettront également de mieux connaître la contribution des zones abyssales à l’augmentation du niveau de la mer.

L’Ifremer explique sur son site web que le développement des profileurs Argo Deep-6000 a nécessité de lever des verrous techniques liés à la très importante pression exercée par la colonne d’eau dans les grandes profondeurs.

Ces profileurs sont capables de plonger et remonter en autonomie sur des cycles de dix jours, comme leurs homologues qui plongent entre 2000 et 4000 mètres. Afin de résister aux conditions des abysses, un matériau composite a été préféré au titane. Chaque flotteur pèse 40 kilogrammes contre 20 kilogrammes pour les flotteurs classiques, pour résister aux conditions extrêmes auxquelles il sera exposé.

Source : Ifremer.

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The first two prototypes of the Argo Deep-6000 profiler floats, developed by Ifremer, have successfully completed their first autonomous dives in the open ocean, north of the Antilles. Since January 11, 2026, each of the two profilers has completed five full cycles to a depth of 6,000 meters, transmitting unprecedented data on the abyssal zone for the first time. France thus becomes the third country in the world, after the United States and China, to develop Argo profilers capable of exploring these extreme depths. By 2028, 30 of these deep-sea profilers will join the international fleet of 4,000 profilers to cover more than 98% of the world’s ocean volume.

Ifremer explains on its website that these new Argo Deep-6000 profilers will allow for real-time measurement of salinity, temperature, oxygen, and pressure in the deep sea, in order to better understand the impact of global warming down to depths of 6,000 meters. Researchers will also be able to obtain information on deep ocean circulation, which contributes to the storage of climate signals such as heat and carbon in the deep ocean, and refine ocean forecasting models.

Argo is an example of remarkable international cooperation, with more than 60 countries contributing to the project.

As I often explain on this blog, we know more about the surface of Mars than the depths of our own oceans. Yet, it is in the abyssal zone that subduction zones are found, the trigger for the most powerful and destructive earthquakes. Ifremer confirms that the abyssal ocean remains largely unknown and very poorly sampled.

However, approximately 10% of total ocean warming occurs below 2,000 meters, and the limited data available indicates a strong warming signal below 4,000 meters in the Southern Ocean, which is beginning to propagate northward into the Pacific, Atlantic, and Indian Oceans. Therefore, reaching the deep sea is essential for the scientific community, which will soon benefit from a comprehensive dataset enabling it to track both the temporal evolution of this warming and its spatial propagation in the deepest waters. The data collected will also provide a better understanding of the contribution of abyssal zones to sea-level rise.

Ifremer explains on its website that the development of the Argo Deep-6000 profilers required overcoming technical challenges related to the very high pressure exerted by the water column in the deep sea.

These profilers are capable of autonomous dives and ascents on ten-day cycles, like their counterparts that dive between 2,000 and 4,000 meters. To withstand the conditions of the deep sea, a composite material was chosen over titanium. Each float weighs 40 kilograms, compared to 20 kilograms for conventional floats, to withstand the extreme conditions to which it will be exposed.

Source: Ifremer.