La fonte de l’Arctique s’accélère // Arctic is melting faster and faster

drapeau francaisCette note ne concerne pas les volcans mais aborde un sujet auquel je suis très sensible. En effet, j’ai vu à quelle vitesse les glaciers fondent à travers le monde et je pense qu’il est grand temps que nos gouvernants prennent des mesures draconiennes pour enrayer la catastrophe qui nous menace. Si on ne fait rien, je suis certain que mes enfants et petits-enfants devront faire face à un avenir sombre avec une longue liste de désastres naturels.

Peter Wadhams, professeur de mathématiques appliquées et de physique théorique à l’Université de Cambridge (Angleterre) prédit un Océan Arctique « libre de glace » en l’an 2020. C’est environ deux décennies plus tôt que le prévoyaient divers modèles de réchauffement climatique. C’est une bonne nouvelle pour les Etats-Unis et la Russie qui pourront ouvrir de nouvelles voies commerciales et n’hésiteront pas à exploiter les ressources naturelles – en particulier le pétrole et le gaz naturel – qui se cachent sous la glace de l’Arctique.

Ce spécialiste de physique des mers septentrionales a étudié des données sur ​​l’étendue de la glace qui recouvre l’Arctique, mais aussi sur l’épaisseur de cette glace. Ce dernier paramètre est fourni par les sous-marins qui vont effectuer des mesures sous-glaciaires chaque année depuis 1979. Elles montrent que le volume de glace est en baisse constante et rien ne semble pouvoir l’empêcher de se réduire à zéro.
« Libre de glace » ne signifie pas forcément que l’Arctique va ressembler la Mer Baltique en été. L’expression s’appuie sur la quantité de glace qui apparaît dans un certain nombre de cases quand on observe l’Arctique depuis l’espace. Un Arctique « libre de glace », tel qu’il est défini par les scientifiques, resterait recouvert de plaques de glace en train de flotter pendant l’été, mais cette glace morcelée permettrait à des navires de se frayer un chemin à travers elle.

Un autre problème lié à la fonte des glaces dans l’Arctique est l’émission de méthane (CH4) suite à la fonte du pergélisol (également appelé permafrost) qui va fortement accélérer le réchauffement climatique. Le méthane est un gaz à effet de serre qui est environ 30 fois plus efficace pour retenir la chaleur sur Terre que le dioxyde de carbone dans l’atmosphère, CO2 en provenance des maisons, des véhicules automobiles et des entreprises du monde industriel moderne.
Il y a d’énormes quantités de méthane emprisonnées dans le sol gelé ou sous les mers de l’Arctique, mais la situation est en train d’évoluer dangereusement car le pergélisol est également en train de fondre en mer. Au cours du dégel, le méthane envoie des bulles à la surface. Les scientifiques russes indiquent que des volumes considérables de CH4 se sont probablement déjà échappés dans l’atmosphère. A l’Université de l’Alaska à Fairbanks, un professeur a montré samedi dernier au cours d’un forum des photos d’un étudiant en train d’enflammer un gros panache de gaz sortant de la glace. On a estimé qu’il pourrait y avoir 500 fois plus de méthane piégé sous l’Arctique qu’actuellement dans l’atmosphère.

Il serait grand temps que les hommes politiques de notre planète décident si les intérêts économiques doivent être plus importants que ceux liés à l’environnement et s’il faut continuer à faire la politique de l’autruche au lieu de prendre en compte les vrais problèmes!
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisThis is not about volcanoes but about a topic to which I’m very sensitive. Indeed, I have seen how fast glaciers are melting around the world and I think it is high time our governments take drastic measures to stop the disaster. If nothing is done, I’m sure my children and grandchildren will have to face a dark future with a long list of natural catastrophes.

One of the leading authorities on the physics of northern seas is predicting an “ice-free” Arctic Ocean by the year 2020. That’s about two decades sooner than predicted by various models for climatic warming. This is good news for the U.S. and Russia that will be able to develop new commercial routes and will not hesitate to exploit the natural resources – especially oil and natural gas – that are currently hidden beneath Arctic ice.

Peter Wadhams, professor of applied mathematics and theoretical physics at the University of Cambridge in England has studied data not only on the extent of ice covering the Arctic, but on the thickness of that ice. The latter comes from submarines that have been beneath the ice collecting measurements every year since 1979. This data shows the ice volume is steadily decreasing and there doesn’t seem to be anything to stop it from going down to zero.
« Ice-free » does not exactly mean the Arctic is going to look like the Baltic Sea in summer. It is based on the amount of ice found in a number of grids when looking at the Arctic from space. An « ice-free » Arctic, as defined by scientists, would remain full of floating ice in the summer, but this ice would be broken up enough that a ship could push its way through it.

Another problem linked with the melting of the ice in the Arctic is the release of methane gas from thawing permafrost that will greatly accelerate global warming. Methane is a greenhouse gas said to be about 30 times more efficient in trapping heat on Earth than the carbon dioxide pouring into the atmosphere from the homes, motor vehicles and businesses of the modern industrial world.
There is a lot of methane locked in the frozen ground or beneath the seas in the Arctic, but that is changing. Offshore permafrost is thawing. As it thaws, methane bubbles to the surface. Russian scientists report that significant volumes appear to have already escaped into the atmosphere. A University of Alaska Fairbanks professor at one forum Saturday showed photos of a student lighting off a big plume of the gas bubbling out of the ice. It has been estimated there might be 500 times as much methane trapped beneath the Arctic as there is currently in the atmosphere.

Politicians on Earth need to decide whether economic interests should be given a priority to environmental ones and if they should keep burying their heads in the sand instead of looking at the real problems!

Source: Alaska Dispatch News.

Groenland-blog

Débâcle au Groenland  (Photo:  C. Grandpey)

Trous sibériens et réchauffement climatique

Voici deux informations intéressantes et qui demandent à être confrontées. D’un côté, certains font remarquer – alors que nous sommes seulement à la fin du mois de juillet !- que l’été 2014 aux Etats-Unis est l’un des plus froids de l’histoire, avec une moyenne des températures qui a du mal à atteindre 90 degrés Fahrenheit (32 degrés Celsius). Semblable fraîcheur avait été enregistrée en 1992, peu de temps après l’éruption du Pinatubo aux Philippines. En remontant dans le temps, un seul été dans les années 1880 peut rivaliser avec les températures de 1992 et 2014. Bien sûr, les négationnistes du réchauffement climatique vont s’empresser d’ajouter que l’hiver 2013-2014 dans le nord-est des Etats-Unis a été l’un des plus rigoureux de l’histoire, en oubliant de mentionner qu’en Alaska les températures n’ont jamais été aussi élevées !

En face de ces propos, on apprend qu’un second trou géant vient d’être découvert dans le sol sibérien, à une cinquantaine de kilomètres du premier, découvert à la mi-juillet 2014. Il est légèrement plus petit que le précédent qui avait une trentaine de mètres de diamètre et 50 à 70 mètres de profondeur.

Les scientifiques russes pensent que la cause de l’ouverture de ces deux orifices à la surface du sol sibérien est le réchauffement climatique qui accélère de manière alarmante la fonte du permafrost, ce qui a pour effet de relâcher brutalement du gaz,  à la manière de l’ouverture d’un bouchon de champagne.

Ces découvertes appellent une double remarque :

1) Ces trous sont des indicateurs visibles du réchauffement climatique, car ils se trouvent au niveau du permafrost (ou pergélisol), une zone constamment gelée qui rétrécit comme peau de chagrin à l’heure actuelle. J’ai eu l’occasion d’attirer à plusieurs reprises l’attention sur ce phénomène à propos de l’Alaska où certaines forêts s’écroulent (elles ont été baptisées « drunken forests », les forêts ivres) car les racines ne sont plus retenues par le sol gelé. Les routes subissent elles aussi de plein fouet les effets de la fonte du permafrost ; il suffit de traverser l’Alaska ou le Yukon pour s’en apercevoir.

2) Le gaz libéré dans l’atmosphère lors de la formation de ces trous est du méthane (CH4). Au même titre que le dioxyde de carbone (CO2), le CH4 est un gaz à effet de serre. Toutefois, son potentiel de réchauffement global est 21 fois supérieur au CO2. Selon les scientifiques russes, « on entre dans un cercle vicieux: de plus en plus de méthane est dégagé dans l’atmosphère, ce qui augmente les températures, donc le pergélisol se réduit et de nouvelles poches de méthane éclatent. » J’avais attiré l’attention sur ce phénomène gazeux dans une note publiée le 20 mai 2014.

Une étude publiée en 2012 avait déjà montré que les rejets de carbone issus du permafrost seront plus rapides que ceux prévus par les modèles présentés à l’époque. Selon les dernières estimations, les quelque 18,8 millions de km2 de sols gelés dans le Grand Nord retiennent environ 1.700 milliards de tonnes de carbone organique, soit deux fois la quantité présente dans l’atmosphère aujourd’hui.

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Crédit photo: Service de presse du gouverneur YaNAO / Marya Zulinova

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« Forêt ivre » en Alaska  (Photo:  C.  Grandpey)

Le dégel du permafrost: un danger pour la planète!

Bien que ce ne soit pas lié au monde des volcans, j’aimerais m’attarder à nouveau sur le réchauffement climatique et ses effets sur notre environnement.

Il y a quelques jours, l’Anchorage Daily News, quotidien très populaire en Alaska, a publié un article consacré à la fonte du permafrost (ou pergélisol), phénomène auquel sont très sensibles les contrées nordiques. Lorsque l’on voyage en Alaska ou dans le Yukon, on s’aperçoit très vite des conséquences de sa fonte sur les infrastructures routières, avec de longues balafres qui rendent parfois la conduite délicate (voir ma note du 16 septembre 2011). Il y a deux ans, Nicolas Vanier (Le Dernier Trappeur) me confiait qu’il avait vu des forêts « s’effondrer » en Sibérie car le sol gelé n’était plus là pour les maintenir à la verticale.

L’article de l’Anchorage Daily News attire l’attention des lecteurs sur un autre aspect de la fonte du pergélisol : les émanations gazeuses. En effet, les chercheurs ont commencé récemment à mesurer les émissions de méthane (CH4) et de gaz carbonique (CO2) provoquées par la fonte du permafrost et ils se sont aperçus que les quantités – non encore prises en compte lors des réunions internationales sur le réchauffement climatique – étaient bien supérieures à ce qui avait été estimé jusqu’alors.

Le permafrost – sol qui reste gelé pendant au moins deux années d’affilée – recèle de vaste quantités de matière végétale en décomposition. Au moment du dégel, cette matière libère du CO2 et, encore plus inquiétant, du CH4. Le réchauffement global de la planète provoque un effet cyclique : au cours du réchauffement de la Terre, les températures plus élevées sont une menace pour le permafrost qui va fondre et libérer ces mêmes gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement de la Terre.

Il est donc urgent que la communauté internationale prenne en compte l’impact du permafrost et les émissions de CO2 et CH4 lors des réunions sur le changement climatique. Les chercheurs américains ont démontré que le permafrost présent à la surface de la Terre contient 1700 gigatonnes de carbone sous forme de matière organique gelée (une gigatonne est équivalent à un milliard – 109 tonnes). Cela représente deux fois la quantité de carbone actuellement présente dans l’atmosphère ! On réalise donc l’impact que les gaz libérés lors du dégel du  permafrost pourraient avoir dans les années à venir en cas d’accélération du phénomène.

Le rapport des chercheurs recommande par ailleurs aux nations où le permafrost est très répandu (Etats Unis, Canada, Chine et Russie) de créer des réseaux de surveillance et de mettre au point des plans afin d’atténuer les dégâts occasionnés par le dégel du pergélisol, en particulier dans les régions les plus exposées. En Alaska par exemple, des entreprises, des routes ainsi que des infrastructures gazières et pétrolières ont été construites sur des zones où le sol était gelé en permanence, donc très stable. Si ce sol vient à dégeler, ces structures peuvent s’effondrer. Actuellement, les responsables des routes du Yukon essayent de mettre au point des techniques qui permettraient de limiter les dégâts causés par le dégel du permafrost.

Drunken-forest

Exemple de « forêt ivre » (« drunken forest ») où les arbres ne sont plus maintenus en place par le permafrost

[Crédit photo:  NOAA)