Un nouveau Lusi à Sumatra (Indonésie) ? // Another Lusi at Sumatra (Indonesia) ?

En mai 2006 un torrent de boue se déversait près de la ville de Sidoarjo, dans l’est de l’île de Java. Baptisé Lusi, il a recouvert une douzaine de villages, des usines, une autoroute et une voie ferrée. Il a aussi entraîné l’évacuation de plus de 40 000 personnes, avec un bilan humain de douze morts. De nombreux scientifiques estiment que la catastrophe a été provoquée par un forage exploratoire de gaz effectué par la société Lapindo Brantas, qui appartient à l’un des hommes les plus riches du pays, Aburizal Bakrie. De son côté, la compagnie affirme qu’elle est liée à un séisme survenu deux jours plus tôt dans le centre de Java. Lapindo Brantas a cependant accepté de verser 380 millions de dollars de compensation à quelque 10 000 familles.

Sidoarjo avant et après la catastrophe du 28 mai 2006 (Source: NASA)

Aujourd’hui, les habitants d’un village du nord de Sumatra craignent d’être confrontés à une catastrophe semblable à celle de Sidoarjo. Des coulées de boue à haute température ont été observées dans le village de Roburan Dolok le 25 avril 2025. L’Agence nationale de gestion des catastrophes (BNPB) parle de 21 éruptions réparties sur cinq sites le 30 avril.

La boue à Roburan Dolok (Crédit photo: BNPB)

Selon la BNPB, la boue a détruit ou endommagé quelque 5 hectares de plantations d’hévéas. D’autres rapports locaux indiquent que les dégâts concernent une zone beaucoup plus vaste et affectent également les rizières, rendant certaines terres infertiles.
D’après les habitants, ce n’est pas la première fois que des coulées de boue affectent le village, mais leur fréquence augmente depuis 2018 et s’est intensifiée ces derniers mois.
La boue a contaminé l’approvisionnement en eau de quatre villages, tandis que les émissions de gaz ont pollué Roburan Dolok. Cependant, la BNPB a assuré aux habitants que ces émissions ne contiennent pas de sulfure d’hydrogène (H2S).
La plupart des coulées de boue se situent à seulement 10 à 15 mètres d’un site de forage exploité par la société PT Sorik Marapi Geothermal Power (SMGP). L’entreprise a nié tout lien entre ses activités et les coulées de boue du village de Roburan Dolok, affirmant qu’il s’agissait d’un phénomène naturel qui se produit dans la région depuis quatre ans. La société explique également qu’elle a foré le site en 2017, mais a interrompu ses activités faute de ressources géothermiques. On craint malgré tout que la propagation de la coulée de boue soit liée aux activités de PT SMGP qui aurait été impliquée dans plusieurs catastrophes dans la région depuis le début de ses activités en 2017. Ainsi, en février 2024, des habitants de Sibanggor Julu et Sibanggor Tonga, situés à environ 9 km du village de Roburan Dolok, sont tombés malades peu après le début de l’exploitation par SMGP d’un puits géothermique foré à environ 700 mètres de là. Au moins 123 personnes ont été hospitalisées pour suspicion d’intoxication au gaz toxique. Des incidents similaires se sont produits en 2022 et 2021 ; ils ont touché des dizaines de personnes et causé cinq décès
Il a été demandé au gouvernement indonésien d’agir immédiatement car les habitants craignent une répétition de la catastrophe dévastatrice du volcan de boue de Sidoarjo où la boue continue de s’écouler…
Source : Asia News Network.

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In May 2006 a mudflow flooded the area near the town of Sidoarjo in eastern Java. Called Lusi, it buried a dozen villages, factories, a highway and a railway. It also forced the evacuation of over 40,000 people, with a death toll of twelve. Many scientists believe that the disaster was caused by an exploratory drilling carried out by the gas company Lapindo which belongs to one of the richest men in the country, Aburizal Bakrie. For its part, the company says it is linked to an earthquake that had occurred two days before in central Java. Lapindo has however agreed to pay $ 380 million compensation to some 10,000 families.

Today, residents of a village in North Sumatra fear another Sidiarjo disaster. Hot mudflows struck the Roburan Dolok village on April 25 2025, with the National Disaster Management Agency (BNPB) confirming 21 eruptions spread across five locations on April 30.

According to the BNPB, the eruptions have destroyed or damaged about 5 hectares of rubber plantations. Meanwhile, some local reports indicate that the damage has extended to a much greater area, affecting rice crops as well, and leaving some lands infertile.

According to the locals, the village is no stranger to hot mudflows, but their frequency has been increasing since 2018, and it has intensified in the last few months.

The mud has contaminated the water supply of 4 villages, while the gas emissions have polluted Roburan Dolok. However, the BNPB assured the residents that the emissions are free from hydrogen sulfide (H2S).

Most of the mudflow eruptions are located just 10 to 15 meters from a drilling site operated by PT Sorik Marapi Geothermal Power (SMGP). The company has denied any link between their operations and the mudflow eruptions in Roburan Dolok village, claiming that the incidents are a natural phenomenon that has been occurring in the area for the past four years. The company claims they drilled the site in 2017 but halted their activities because of a lack of geothermal resources. It is suspected that the spreading mudflow is linked to the company’s operations. It is said that PT SMGP has been linked to several disasters in the region since the company began operations in 2017. In February 2024, residents of Sibanggor Julu and Sibanggor Tonga, about 9 km from Roburan Dolok Village, fell ill shortly after SMGP began operating a recently drilled geothermal well about 700 meters away. At least 123 people were hospitalized for suspected toxic gas poisoning. Similar incidents occurred in 2022 and 2021, affecting dozens of people and resulting in five fatalities.

The Indonesian government has been asked to take immediate action, warning that local residents are terrified of a repeat of the devastating Sidoarjo mud volcano which continues to erupt to this day.

Source : Asia News Network.

Vent d’inquiétude sur les Champs Phlégréens (Campanie / Italie)

À la mi-février, plus de 500 séismes ont été enregistrés en trois jours dans les Champs Phlégréens. Il n’est donc pas surprenant que la population de la région se soit rendue en grand nombre à Monteruscello pour la réunion organisée par la Protection civile et à laquelle ont participé les maires de Naples, Pouzzoles et Bacoli, mais aussi le préfet. Il y avait tellement de monde au siège de la Protection civile qu’un écran géant a dû être installé à l’extérieur pour permettre à chacun de suivre les débats.

Le ton est vite monté et l’ambiance de la réunion a été ‘à la napolitaine’ ! Les citoyens ont exprimé leur inquiétude et leur méfiance à l’égard des institutions, dont les réponses n’ont pas toujours semblé à la hauteur des événements. Il a été reproché aux autorités d’avoir fait passer l’alerte du Jaune à l’Orange alors qu’aucun changement significatif n’est apparu, et il n’y a pas non plus d’éruption imminente. Dixit un participant à la réunion : « Bien sûr, il y a eu une augmentation des secousses, certaines même fortes, mais c’est la nature même du territoire. Ceux qui ne veulent pas de secousses doivent aller vivre ailleurs, car c’est comme ça depuis des millénaires et cela continuera d’être comme ça pendant des millénaires ».
Certains citoyens ont accusé le maire de Pouzzoles de dépenser trop d’argent dans les festivals et les fêtes de rue et pas assez dans la prévention des risques sismiques. Il y a aussi ceux qui se sont plaints de la mauvaise communication des autorités ; à cet effet, Mauro Di Vito, de l’Osservatorio Vesuviano, a invité tout le monde à consulter le site iononrischio.it.

Il a été répondu à ceux qui soulignaient le manque de voies d’évacuation qu’il faudrait quelques années pour les construire.

L’évacuation de Pouzzoles et des autres localités des Champs Phlégréens, avec leurs rues étroites, ne sera pas chose facile (Photo: C. Grandpey)

Ensuite, il y a ceux qui ont demandé des nouvelles concernant les remboursements suite aux dommages à leurs maisons lors des séismes de mai 2024.

Dans la confusion générale, Mauro Di Vito a tenté d’expliquer ce qui se passe, avec le soulèvement du sol qui provoque la sismicité. Il a ajouté que la zone est surveillée 24 heures sur 24. Cependant, plusieurs citoyens qui habitent dans le secteur entre Naples et Pouzzoles, se sont plaints de l’abandon des institutions.
Un fait inquiétant ressort de la réunion. Au-delà des activités institutionnelles et de quelques communications éparses, l’impression est que trop peu est encore fait et que la population des Campi Flegrei est encore mal informée pour faire face à tout type de crise.

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S’agissant de l’activité observée sur le terrain dans les Champs Phlégréens, les autorités s’inquiètent des effets possibles sur la santé humaine des énormes quantités de dioxyde de carbone (CO2) émises quotidiennement, à raison d’environ 5 000 tonnes par jour. Une réunion s’est tenue à la préfecture de Naples, à laquelle ont participé les autorités sanitaires locales, les services de prévention, les maires de la zone phlégréenne, la Protection civile et les responsables de l’Observatoire du Vésuve, sous la coordination du préfet. La réunion a permis d’élaborer des stratégies d’intervention pour éviter les risques pour la population.

Dans les Champs Phlégréens, depuis le début de la crise bradysismique des dernières années, on a observé une augmentation de certains paramètres dans les gaz émis, notamment dans les zones d’Agnano-Pisciarelli et de la Solfatara. Au cours des sept dernières années, les émissions de dioxyde de soufre (SO2) ont été multipliées par cinq, tandis que le CO2 a atteint en moyenne 5 000 tonnes par jour.

Fumerolle de Pisciarelli (Crédit photo: INGV)

L’alerte concernant les concentrations de CO2 dans certaines zones des Champs Phlégréens a été donnée en temps réel par l’Observatoire du Vésuve après que la détection de concentrations de dioxyde de carbone bien supérieures à la moyenne dans certaines zones. La réunion en Préfecture a décidé d’adopter des mesures pour protéger la santé des habitants. Comme on le sait, le CO2 a tendance à se concentrer dans les espaces clos, particulièrement les sous-sols et en général les endroits mal ventilés. Suite à cette réunion, le commandement des pompiers effectuera des inspections immédiates dans les bâtiments publics (écoles, hôpitaux et maisons de retraite) pour évaluer la présence éventuelle de dioxyde de carbone. Les maires concernés adopteront rapidement les ordonnances qui prévoient les exigences de sécurité pour les bâtiments publics et les habitations privées de la zone concernée. La table préfectorale se réunira régulièrement pour suivre chaque évolution du dossier.

Source : presse italienne.

Une exolune volcanique en dehors du système solaire ? // A volcanic exomoon outside the solar system ?

bLes exolunes, ou lunes gravitant autour de planètes en dehors de notre système solaire, sont en général trop petites pour être vues directement, mais les astronomes pensent que des exolunes volcaniques pourraient trahir leur présence en émettant d’énormes panaches de gaz volcanique. Des scientifiques ont découvert des preuves d’une lune potentiellement volcanique en orbite autour d’une planète au-delà de notre système solaire.
Io, la lune de Jupiter, est l’objet le plus volcanique de l’univers connu. Dans une étude publiée le 30 septembre 2024 dans les Astrophysical Journal Letters, des chercheurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA expliquent qu’un objet du même type pourrait orbiter autour d’une exoplanète géante gazeuse ayant pour nom WASP-49 b. Elle est de la taille de Saturne et se trouve à 635 années-lumière de la Terre.
Un nuage de sodium détecté à proximité de WASP-49 b laisse supposer la présence d’une exolune. Alors que des études antérieures ont identifié plusieurs exolunes possibles, dont une potentiellement en orbite autour de WASP-49 b, l’existence réelle d’une exolune n’avait pas été confirmée jusqu’à présent.

Les signes d’une activité volcanique peuvent permettre de dévoiler de tels objets qui sont autrement trop petits et trop sombres pour être vus avec les télescopes modernes. De son côté, Io crache constamment des panaches de dioxyde de soufre, du sodium, du potassium et d’autres gaz qui peuvent former de vastes nuages jusqu’à 1 000 fois le rayon de Jupiter. Il est possible que les astronomes qui observent un autre système stellaire puissent détecter un nuage de gaz semblable à celui d’Io, même si la lune elle-même est trop petite pour être vue.
À l’aide du Very Large Telescope édifié au Chili, les chercheurs ont découvert que le nuage autour de WASP-49 b est situé bien au-dessus de l’atmosphère de la planète, tout comme le nuage de gaz généré par Io autour de Jupiter. De plus, la teneur élevée en sodium du nuage et ses changements soudains de taille indiquent qu’il s’agit d’un corps distinct en orbite autour de la planète. WASP-49 b et son étoile sont toutes deux composées principalement d’hydrogène et d’hélium, avec seulement des traces de sodium. Le nuage, quant à lui, semble provenir d’une source produisant environ 100 000 kilogrammes de sodium par seconde.
À deux reprises, les chercheurs de la NASA ont observé une augmentation soudaine de la taille du nuage alors qu’il n’était pas à proximité de la planète, ce qui signifie qu’il est alimenté par une autre source. Le nuage semble également se déplacer plus vite que la planète, ce qui confirme qu’il est généré par un autre corps, peut-être une exolune, se déplaçant indépendamment et plus vite que WASP-49 b. De plus, le nuage se déplace dans la direction opposée à celle qu’il devrait normalement prendre s’il faisait partie de l’atmosphère de la planète.
Un autre élément de preuve montrant que le nuage est indépendant de WASP-49 b est qu’il ne s’aligne pas sur le cycle orbital de 2,8 jours terrestres de la planète. À l’aide de modèles informatiques, les chercheurs montrent que la présence d’une exolune avec une orbite de huit heures autour de la planète pourrait expliquer les irrégularités du nuage.
Des études plus approfondies seront nécessaires pour confirmer le comportement du nuage. Selon les auteurs de l’étude, « les preuves sont très convaincantes que quelque chose d’autre que la planète et l’étoile produit ce nuage. Détecter une exolune serait tout à fait extraordinaire, et grâce à Io, nous savons qu’une exolune volcanique est possible. »
Source : NASA.

 

Vue d’artiste de l’exolune volcanique (Source : JPL / NASA)

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Exomoons, or moons around planets outside our solar system, are likely too small to see directly. But astronomers think volcanic exomoons could make themselves known by creating massive clouds of volcanic gas. Scientists have found new evidence of a potentially volcanic moon orbiting a planet beyond our solar system.

The Jupiter moon Io is the most volcanic object in the known universe. In a studypublished on September 30th, 2024 in the Astrophysical Journal Letters, researchers from NASA’s Jet Propulsion Laboratory (JPL) suggest a similar object may orbit a Saturn-size gas giant exoplanet named WASP-49 b, located 635 light-years from Earth.

A sodium cloud detected in the vicinity of WASP-49 b hints at the presence of an exomoon. While earlier studies have identified multiple exomoon candidates, including one potentially orbiting WASP-49 b, the existence of an exomoon has yet to be confirmed. Signs of volcanic activity may be the key to unveiling such objects that are otherwise too small and dim to see using modern telescopes. For example, Io, the most volcanic body in our solar system, constantly spews sulfur dioxide, sodium, potassium and other gasses that can form vast clouds around Jupiter up to 1,000 times the giant planet’s radius. It’s possible that astronomers looking at another star system could detect a gas cloud like Io’s even if the moon itself were too small to see.

In fact, using the European Southern Observatory’s Very Large Telescope in Chile, the researchers found that the cloud around WASP-49 b is located high above the planet’s atmosphere, much like the cloud of gas that Io produces around Jupiter. Additionally, the cloud’s high sodium content and sudden changes in size further indicate it is a separate body orbiting the planet. Both WASP-49 b and its star are composed mostly of hydrogen and helium, with only trace amounts of sodium. Meanwhile, the cloud appears to be coming from a source that is producing roughly 100,000 kilograms of sodium per second.

On two separate occasions, researchers also observed sudden increases in the size of the cloud when it was not next to the planet, meaning it is being refueled by another source. The cloud also appears to move faster than the planet, further suggesting it is generated by another body, possibly an exomoon, moving independently and faster than WASP-49 b.

The authors of the study think this is a really critical piece of evidence. The cloud is moving in the opposite direction that physics tells it should be going if it were part of the planet’s atmosphere.

Another piece of evidence suggesting the cloud is independent of WASP-49 b is that it does not align with the planet’s 2.8-Earth-day orbital cycle. Using computer models, the researchers show that the presence of an exomoon with an eight-hour orbit around the planet could explain the cloud’s irregularities.

Further study is needed to confirm the cloud’s behaviour. According to the study’s authors, « the evidence is very compelling that something other than the planet and star is producing this cloud. Detecting an exomoon would be quite extraordinary, and because of Io, we know that a volcanic exomoon is possible. »

Source : NASA.

Du soufre dans le ciel et dans l’air en France !

L’éruption qui a commencé en Islande le 22 août 2024 continue le long de la fracture qui s’est ouverte sur la péninsule de Reykjanes. Contrairement à ce que racontent les médias, il ne s’agit pas d’une éruption comme celle de volcans comme l’Etna ou le Stromboli, avec la lave qui s’échappe d’un cratère sommital. En Islande, la lave est souvent émise par des fractures, une situation liée à la position de l’île sur la dorsale médio-atlantique.

Au début de l’éruption, la fracture présentait une longueur d’environ 4 kilomètres, mais aujourd’hui, l’activité se limite à 3 ou 4 bouches dans sa partie septentrionale. En avançant sur le terrain, la lave déclenche des incendies de végétation, essentiellement de mousse, ce qui fait naître d’épais nuages de fumée.

S’ajoutant aux gaz (essentiellement du dioxyde de soufre – SO2) qui s’échappent de l’éruption, ces nuages sont emportés par le vent et ils sont en train de traverser la France où certaines personnes ont cru percevoir une odeur de soufre. On remarquera par ailleurs que le ciel présente un aspect bleu laiteux.

C’est l’orientation du flux au nord-ouest qui a permis aux nuages de gaz générés par l’éruption islandaise d’atteindre les îles britanniques et le nord-ouest de la France. Le phénomène devrait durer jusqu’au jeudu i29 août et ne présente pas de risque réel pour la santé. En concentrations plus importantes, il pourrait occasionner de légères gênes au niveau des voies respiratoires et des irritations des yeux. Personnellement, j’adore l’odeur du soufre ; allez savoir pourquoi….

A noter que le trafic aérien n’est absolument pas perturbé par l’éruption.

Modélisation du nuage de gaz au-dessus de la France (Source : Copernicus)