L’agonie du glacier d’Arcouzan (Pyrénées ariégeoises)

Les glaciers des Pyrénées disparaissent les uns après les autres sous l’effet du réchauffement climatique. J’ai écrit plusieurs notes expliquant cette triste évolution. Il existe pourtant un petit glacier qui essaye de faire de la résistance, même si ses jours semblent comptés. Il s’agit du glacier d’Arcouzan (ou glacier du Mont Valier), un petit glacier de cirque situé sur la face nord-est du du mont Valier, dans le Couserans, où il s’étage entre 2 320 et 2 520 m d’altitude. Seul glacier du département de l’Ariège, c’est le plus oriental des glaciers pyrénéens.Il semblerait qu’il fonde moins vite que la moyenne des autres glaciers des Pyrénées. Sa situation lui permet de mieux résister car il récupère toute la neige qui tombe sur la face nord du Valier et qui vient ensuite se déposer sur la partie haute du glacier en se compactant.

Depuis 2011, tous les deux ans, les équipes du Parc naturel des Pyrénées Ariégeoises organisent une campagne de mesures en présence de géomètres, pour la plupart bénévoles. Le bilan sera prochainement publié mais le constat est sans appel : le pronostic vital du glacier d’Arcouzan est engagé et le réchauffement climatique accélère sa perte.

Au cours de la campagne de mesures, on a constaté que le glacier est très crevassé et coupé. À cause du réchauffement climatique, il est moins alimenté par la neige et la hausse des températures estivales n’arrange rien. Depuis le début de la campagnes de mesures, il y a eu des années où sa surface et son épaisseur ont augmenté, mais entre 2018 et 2021, il a perdu 6 mètres d’épaisseur. On ne connaît pas encore les résultats des mesures entre 2021 et 2023 mais cela est à peu près du même ordre, avec peut-être même une accélération de la fonte.

Il est difficile de prévoir une date précise de sa disparition totale. 20 ans, 30 ans, 10 ans ? On ne sait pas. Une chose est sure, il est voué à disparaître, comme tous les autres glaciers des Pyrénées.

En disparaissant, le glacier d’Arcouzan emportera avec lui l’identité de tout un territoire.

Source: France 3 Régions.

Photos : Melaine Le Roy, Parc naturel Pyrénées Ariégeoises

Islande : bilan de l’éruption de Litli-Hrútur // Iceland : assessment of the Litli-Hrútur eruption

Les scientifiques du département des Sciences de la terre à l’Université d’Islande viennent de donner des informations sur l’éruption de 2023 dans ce pays.

Le champ de lave présente une longueur totale de 3,7 km. Il couvre une superficie de 1,5 kilomètres carrés, avec un volume de lave émise de 15,5 millions de mètres cubes. Pour effectuer cette évaluation, les scientifiques se sont appuyés sur des images prises par le satellite Pleiades environ 15 jours après la fin de l’éruption.
Les mesures prises le 31 juillet 2023 révèlent que la lave au cours des derniers jours de l’éruption avait un débit très faible d’environ 0,7 mètre cube par seconde entre le 31 juillet et la fin de l’éruption le 5 août.

L’épaisseur moyenne du champ de lave est estimée à une dizaine de mètres. L’épaisseur la plus importante à l’extérieur du cratère se situe au nord-est de Litli-Hrútur, entre 28 et 30 mètres, mais la lave atteint également 24 mètres d’épaisseur au cœur de la vallée qu’elle a remplie à l’est de Kistufell et dans le secteur nord-est de la Meradalir.
L’éruption de Litla-Hrút a duré 26 jours. En termes de taille et de comportement, elle a été très semblable à l’éruption d’août 2022. Le début de l’éruption de 2023 a été un peu plus puissant qu’en 2022, mais elle a progressivement diminué jusqu’à son arrêt complet le 5 août après midi.

Si l’on compare l’éruption de 2023 aux précédentes, on remarque que la lave de 2021 avait un volume dix fois plus important et une épaisseur moyenne trois fois plus élevée, soit 30 mètres. La lave s’est écoulée principalement dans des vallées fermées qu’elle a largement remplies : les vallées de Geldingadalur, Nátthagi et Meradalir.
La quantité de lave émise lors de l’éruption de 2023 est d’environ un tiers supérieure à celle de l’éruption de 2022, mais toutes deux sont globalement considérées considérés comme très faibles.
Le volume total de lave émis lors des éruptions des trois dernières années est estimé entre 175 et 180 millions de mètres cubes.

En ce qui concerne la composition de la lave, aucun changement significatif n’a été observé dans sa composition depuis le début de l’éruption du Litli-Hrútur le 10 juillet 2023.
La lave de l’éruption de 2023 est très similaire à celle qui a envahi la Meradalir en 2022, mais elle est différente de celle qui s’est écoulée dans la Geldingadalir au cours des premiers mois de 2021.
La lave émise au début de la première éruption, en mars 2021, était différente de celle émise depuis. La lave de la dernière éruption est différente de toutes les autres laves analysées sur la péninsule de Reykjanes. Elle ressemble beaucoup à la lave trouvée à proximité d’Askja et de Veiðivötn.
Selon les scientifiques islandais, « la diminution d’une lave homogène, comme ce fut le cas à Litli-Hrútur cet été, peut s’expliquer par la vidange d’un réservoir magmatique isolé qui ne s’est pas rechargé avec le magma du manteau. […] L’évolution des éruptions de 2022 et 2023 a été très différente de l’éruption de 2021 pendant laquelle le magma s’écoulait directement du manteau vers la surface ; la production de magma augmentait à mesure que l’éruption progressait. »
Source  : Université d’Islande, Iceland Monitor.

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Earth scientists at the University of Iceland have just given more information about the 2023 eruption in this country.

The lava field has a total length of 3.7 km. It covers an area of 1.5 square kilometres and a volume of 15.5 million cubic metres. The scientists are basing this assessment on images taken from the Pleiades satellite about 15 days after the eruption.

Measurements taken on July 31st, 2023 reveal that the lava flow during the last days of the eruption was very low, about 0.7 cubic metres per second from that date until the eruption’s end on August 5th.

The average thickness of the lava is estimated to be ten metres. The highest thickness outside the crater is northeast of Litli-Hrútur, 28-30 metres, but the lava is also 24 metres thick in the heart of thevalley which filled east of Kistufell and in the northeast-corner of Meradalir.

The eruption at Litla-Hrút lasted 26 days. In terms of size and behaviour, it was very similar to the eruption in August 2022. The beginning of the 2023 eruption was rather more powerful than in 2022, but it gradually decreased until it completely disappeared after noon on August 5th..

If we compare the 2023 eruption with previous ones, we notice that the lava from 2021 was ten-fold larger in volume and had an average thickness three times more, at 30 metres. It mostly flowed into closed valleys and went far to fill them: Geldingadalur, Nátthagi and Meradalir valley.”

Magma levels in the 2023 eruption are about one-third higher than in the previous eruption, but both are considered very small.

The total volume of lava from the last three years’ eruptions is estimated to be 175-180 million cubic metres.

As far as the composition of the magma is concerned, no significant changes have been observed in the composition of the lava since the eruption at Litli-Hrútur began on July 10th, 2023.

The lava from the 2023 eruption is very similar to the one that erupted in Meradalir in 2022, but is different from the one that occurred in Geldingadalir in the first months of 2021.

The magma at the beginning of the first eruption in March 2021 was different from the magma that has been dominating since then. The latest magma is different from all other lavas that have been studied on the Reykjanes peninsula, and in fact it is most similar to the lava found in the vicinity of Askja and Veiðivötn.

According to the Icelandic scientists, « the decreased flow of homogeneous magma, as was the case at Litli-Hrútur this summer, can be explained by the emptying of a single isolated magma reservoir that does not recharge with magma from the mantle. The development of the eruptions in 2022 and 2023 was very different from the 2021 eruption, when magma flowed directly from the mantle to the surface and magma production increased as the eruption progressed.”

Source : University of Iceland, Iceland Monitor.

Eruption dans la Geldingadalur le 2 avril 2021 (Image webcam)

Eruption le 14 août 2022 (Image webcam)

Image webcam de l’éruption de 2023

 

 

 

Hausse d’activité du Stromboli (Sicile) // Increase in activity at Stromboli (Sicily)

Depuis 21h30 (heure locale) le 8 octobre 2023, les images de la webcam du Stromboli (Sicile) montrent un débordement de lave alimenté par l’intense activité de spattering de la zone cratèrique Nord. La coulée, pour le moment, reste confinée à la partie supérieure de la Sciara del Fuoco (voir image caméra thermique ci-dessous) , mais elle est bien alimentée. A partir de 21h15, on a observé une hausse du tremor qui a atteint une valeur élevée.

Source : INGV.

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Since 9:30 p.m. (local time) on October 8th, 2023, images from the Stromboli webcam (Sicily) show a lava overflow supplied by an intense spattering activity in the northern crater area. The flow, for the moment, remains confined to the upper part of the Sciara del Fuoco (see thermal camera image below), but it is well fed. From 9:15 p.m., an increase in the tremor has been observed, reaching high values.
Source: INGV.

Les effets du réchauffement climatique sur l’alimentation en eau potable dans les zones côtières // The effects of global warming on the drinking water supply in coastal areas

Aujourd’hui en France, malgré la très forte hausse des températures, les gens ne semblent pas trop s’inquiéter des conséquences du réchauffement climatique. Comme je l’ai dit plusieurs fois, tant que l’eau coule du robinet, tout va bien.
À la Nouvelle-Orléans, l’eau qui coule du robinet pourrait bientôt avoir un goût étrange et être impropre à la consommation.
Pour la deuxième année consécutive, le niveau du Mississippi est extrêmement bas. Cela est dû à la sécheresse en cours. Le niveau actuel du fleuve est comparable à celui d’octobre 2022 lorsque des barges se sont retrouvées coincées sur des bancs de sable et avec des conséquences sur les exportations agricoles américaines.
De tels événements se répètent : l’été 2023 a été marqué par 40 jours d’arrêt de la circulation fluviale, ce qui signifie que les bateaux qui naviguent le long du Mississippi et transportent environ 60 % des exportations céréalières du pays ont été confrontés à des retards importants.
La baisse du niveau de l’eau, ainsi que le débit le plus bas depuis 1988, menacent l’alimentation en eau potable des populations du sud de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans et dans ses environs. En effet, le faible débit du Mississippi peut entraîner des remontées d’eau salée du golfe du Mexique dans celle du fleuve, avec la pollution de la source d’eau potable de milliers de personnes.
Le débit du Mississippi pourrait atteindre 3 700 mètres cubes par seconde cette année, selon le Corps des ingénieurs de l’armée américaine (USACE). Normalement, ce chiffre devrait être de 8 500 mètres cubes par seconde pour empêcher l’eau de l’océan de remonter le cours du fleuve.
Les autorités ont construit deux digues en béton au cours des deux dernières années pour aider le niveau de l’eau à s’élever. L’USACE a construit la deuxième en juillet 2023 quand on s’est rendu compte que l’eau salée remontait le cours du fleuve. Les digues devraient laisser 10 à 15 jours aux localités en amont pour prendre les mesures de précaution nécessaires. Le gouverneur de la Louisiane a sollicité une aide d’urgence fédérale auprès du président Biden. Il a souligné que 20 % de l’État pourrait être touché par l’intrusion d’eau salée et les scientifiques pensent que la crise pourrait durer jusqu’en janvier 2024. Un district de Louisiane a déjà acheté 200 000 bouteilles d’eau par anticipation.
Plus en amont, dans l’Etat du Missouri, l’USACE travaille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 avec deux dragues pour déplacer les sédiments du fleuve dans le but d’élever le niveau de l’eau.
En fin de compte, ce qu’il faudrait avant tout, c’est qu’il pleuve beaucoup pour que le Mississippi atteigne à nouveau son niveau et son débit moyens. Les autorités croisent les doigts et espèrent que les prochains mois mettront fin à la sécheresse actuelle.
Adapté d’un article de Business Insider publié dans Yahoo News.

Barges sur me Mississippi au nord de la Nouvelle-Orléans (Photo: C. Grandpey)

Je ne voudrais pas affoler mes chers compatriotes, mais la remontée et l’infiltration de l’eau de mer sont déjà observées dans une région comme la Camargue où la Méditerranée a gagné près de 200 mètres sur les terres par endroit, en sachant que 70 % du territoire se situe déjà à moins d’une mètre d’altitude. Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, des digues construites en bords de plages dans les années 1980 sont aujourd’hui submergées à 100 ou 150 mètres au large.

Avec la fonte rapide des glaciers alpins, le débit du Rhône et d’affluents comme la Durance est amené à baisser dans les prochaines années, ce qui favorisera la remontée de l’eau de mer vers l’intérieur des terres. Comme à la Nouvelle-Orléans, le problème de l’alimentation en eau potable de certaines localités risque de se poser dans les prochaines décennies.

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Today in France, despite the current heat wave and never-seen-before high temperatures, peole don’t seem to worry much about the consequences of global warming. As I put it several times, as long as water is flowing from the tap, everything goes well.

In New Orleans,the water flowing from the tap might soon have a strange taste and be improper to drinking.

For the second year in a row, the Mississippi River water level is at an extreme low. This is due to an ongoing drought event. The river’s current levels are comparable to those of October 2022 when barges got stuck on sandbars and US agricultural exports suffered.

Such events are repeating themselves: The summer 2023 brought 40 days of river closures, meaning the boats that travel along the Mississippi river carrying roughly 60% of the country’s grain exports faced significant delays.

The receding water level, together with the lowest flow rate since 1988, is threatening the drinking water for southern Louisiana residents in and around New Orleans. Indeed, the low flow rate could allow saltwater from the Gulf of Mexico to push into the river and pollute the source of drinking water for thousands.

Mississippi River water flows may reach as low as 3,700 cubic meters per second this year, according to the US Army Corps of Engineers (USACE). That number should be at 8,500 cubic meters per second to keep ocean water out.

Officials built two sills (underwater concrete barriers) in the last two years to help raise the water levels. The USACE built the second sill in July 2023 after it became apparent saltwater was moving upriver. The sills are expected to provide an additional 10 to 15 days for communities upriver to continue their preparation efforts. The Louisiana Governor has requested a federal emergency declaration from President Biden, writing that 20% of the state could be impacted by the saltwater intrusion and experts predict the crisis could last until January 2024. A district has already purchased 200,000 bottles of water in anticipation.

Further upriver in Missouri, the USACE is working 24/7 with two dredgers to move sediment from the river bank and into the channel with the goal of raising water levels.

Ultimately, a lot of rain is what the Mississippi River will need to reach its average water level and flow rate again. Officials are crossing their fingers, hoping the next months will put an end to the current drought..

Adapted from an article of Business Insider published in Yahoo News.

I wouldn’t like to panic my fellow citizens, but the infiltration of sea water is already observed in a region like the Camargue where the Mediterranean has gained nearly 200 meters on land in places, with 70% of the territory located at less than a meter above sea level. In Saintes-Maries-de-la-Mer, dikes built along the beaches in the 1980s are now submerged 100 or 150 meters offshore.

With the rapid melting of Alpine glaciers, the flow of the Rhône and tributaries such as the Durance is expected to decrease in the coming years, which will favour the rise of sea water towards the interior. As in New Orleans, the supply of drinking water to certain localities is likely to become a problem in the coming decades.