Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

3 novembre 2024 :

Une éruption majeure a eu lieu au niveau du cratère Laki-laki du Lewotobi* (Île de Florès / Indonésie) le 3 novembre 2024, avec une colonne de cendres qui est montée jusqu’à 12,2 km au-dessus du niveau de la mer. Selon une première dépêche de l’AFP, au moins 10 personnes avaient été tuées dans des villages autour du volcan.10,295 personnes ont été impactées par l’événement et 5 villages ont été évacués. Des toits se sont effondrés sous le poids des matériaux vomis par le volcan.
Selon le CVGHM, un premier épisode éruptif a eu lieu à 16h57 UTC (23h57 heure locale) et a duré environ 24 minutes. Une deuxième éruption a commencé à 18h27 UTC (01h27 heure locale, le 4 novembre) avec une durée d’environ 3 minutes.
La couleur de l’alerte aérienne a été élevée au Rouge (Awas). Elle était passée au niveau 3 (Siaga) le 13 juin.
Des informations non officielles faisaient état de dégâts causés par des lapilli qui auraient brisé les vitres des voitures et d’un incendie de maison déclenché par une projection de lave.

5 novembre 2024 :

Le bilan a été révisé à la baisse, passant de 10 à 9 morts. Au final, 63 personnes ont été blessées et environ 2 384 habitations ainsi qu’au moins 25 écoles ont été endommagées. Les autorités ont mis en place une zone d’exclusion de 7 km. Le gouvernement a décrété l’état d’urgence pour 58 jours, ce qui permettra de venir en aide aux personnes victimes de l’éruption. L’aéroport de Maumere a été momentanément fermé, ce qui a affecté le trafic aérien.

7 novembre 2024 :

Une nouvelle série de puissantes explosions a commencé dans le cratère Laki-laki à 05h49 (heure locale) le 7 novembre 2024 après une pause de quelques heures seulement. Un volumineux nuage de cendres a enveloppé la région, réduisant considérablement la visibilité, tandis que des coulées pyroclastiques dévalaient les pentes du volcan. Selon le VAAC de Darwin, le nuage de cendres s’est élevé jusqu’à 16,7 km d’altitude. La couleur de l’alerte aérienne reste Rouge et le niveau d’alerte volcanique est maintenu à 4, le maximum.

Source : The Watchers, CVGHM, médias indonésiens.

* Le Lewotobi comporte deux cimes : le Laki-laki (actuellement le plus actif, à droite sur la photo ci-dessous) avec 1 584 mètres d’altitude, et le Perempuan avec 1 703 mètres d’altitude. Ces deux noms signifient respectivement « le mari » et « la femme ».

Source: Wikipedia

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Toujours en Indonésie, le CVGHM indique que des émissions de vapeur et de gaz émises par le cratère du volcan Iya (arc volcanique de la Sonde) s’élevaient jusqu’à 350 m au-dessus du cratère avant de s’étirer dans plusieurs directions entre le 30 octobre et le 5 novembre 2024. À 18 heures le 5 novembre, le niveau d’alerte a été relevé de 2 à 3 (sur une échelle de 1 à 4) en raison d’une hausse de l’activité sismique. Le public est prié de rester à 3 km de la zone active du cratère dans toutes les directions et à 5 km au sud.

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L’activité éruptive se poursuit sur le Marapi (île de Sumatra). Le volcan est entré en éruption à 05h44 le 6 novembre 2024, avec des retombées de cendres sur de vastes zones. L’éruption a été précédée d’une intense activité sismique. À 15h00 ce même jour, le niveau d’alerte a été relevé de 2 à 3 (sur une échelle de 1 à 4). Les retombées de cendres ont perturbé la vie quotidienne des habitants ; de nombreuses personnes portaint des masques de protection. Le public est invité à rester à au moins 4,5 km du cratère sommital.
Source : CVGHM.

Activité éruptive du Marapi le 6 novembre 2024 (Crédit photo : X / FPMKI)

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L’eau du lac de cratère du Ruapehu (Nouvelle-Zélande) connaît une légère tendance au réchauffement, avec une température qui est passée de 8 °C à 10 – 11 °C. Cette hausse fait suite à plusieurs mois de refroidissement qui ont commencé en février 2024.
Malgré la légère augmentation de la température du lac, le tremor volcanique reste à des valeurs faibles et aucune activité sismique significative n’a été enregistrée.
Bien que les émissions de SO2 aient diminué entre février et octobre 2024, elles n’ont pas complètement cessé, ce qui indique que le conduit éruptif est resté partiellement ouvert pendant cette période de refroidissement.
Les scientifiques néo-zélandais s’attendant à une tendance au réchauffement progressif du lac, avec une possible hausse de la température d’environ 1 °C par jour dans les mois à venir, dans le cadre d’un cycle de réchauffement-refroidissement typique du Ruapehu.
Le niveau d’alerte volcanique reste à 1. La couleur de l’alerte aérienne reste Verte.
Source : GeoNet.

Lac de cratère du Ruapehu (Photo: C. Grandpey)

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L’INGV indique que le 2 novembre 2024 à 14h20 les images fournies par les caméras de surveillance du Stromboli (Sicile) ont montré une séquence explosive d’une énergie plus élevée que la normale. Un premier événement a été observé dans la zone cratèrique nord, suivi immédiatement par un autre dans la même zone, puis à 14h21 UTC un événement dans la zone cratèrique centre-sud. Le premier événement a provoqué le glissement de matériaux à haute température dans la ravine creusée lors de l’activité de juillet 2024 dans la partie supérieure de la Sciara del Fuoco.
Après la dernière explosion, la lave a débordé de la zone du cratèrique nord. Le front actif est resté dans la partie supérieure de la Sciara del Fuoco.
D’un point de vue sismique, une succession de transitoires liés à l’activité explosive a été enregistrée
avec des pics lors des événements explosifs. Cette événement s’est accompagné d’une soudaine
hausse d’amplitude du tremor qui est redescendue à un niveau normal une fois la séquence explosive terminée.

Une suite d’événements similaires a été observée le 6 novembre 2024.

Source : INGV.

 

Une situation relativement normale s’est rétablie sur le Stromboli après l’activité explosive du 2 novembre et avant celle du 6 novembre ((image webcam thermique INGV)

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Le volcan sous-marin Kamaʻehuakanaloa (autrefois connu sous le nom de Lōʻihi), au large du sud-est de l’île d’Hawaï, connaît une hausse d’activité sismique depuis18h00 (heure locale) le 1er novembre 2024. Bien que la sismicité ait légèrement diminué quelques heures plus tard, elle reste au-dessus de la normale. On a enregistré plusieurs dizaines de secousses, avec 32 événements supérieurs à M 2,0 et 2 événements supérieurs à M 4,0. Le plus important de l’essaim avait une magnitude de M 4,3 à une profondeur de 5,8 km sous le niveau de la mer et 4,8 km sous le sommet du volcan.
Le HVO indique que cette hausse de la sismicité sur le Kamaʻehuakanaloa ne devrait pas avoir d’impact sur les autres volcans ou sur les infrastructures de l’île d’Hawaï. La source de la sismicité pourrait être liée à des mouvements de magma sous le volcan sous-marin. Les précédents essaims liés à des éruptions du volcan se sont caractérisés par des milliers de séismes sur une période de quelques jours à quelques semaines. Une activité éruptive de ce volcan n’aurait aucun impact sur les habitants de l’île d’Hawaï.
Source : HVO.

Source: HVO

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On n’entend plus parler du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) depuis plusieurs mois. La dernière éruption remonte au mois de juillet 2023 ; elle avait duré plus d’un mois. Depuis cette date, rien à se mettre sous la dent. 2024 est une année bien plus calme.

Cette inactivité est confirmée par le dernier bulletin mensuel de l’OVPF pour le mois d’octobre 2024. On peut lire que « depuis avril 2024, la réalimentation du volcan et la pressurisation du réservoir superficiel ont cessé. En conséquence, la sismicité est restée faible. Les émissions de SO2 sont restées faibles elles aussi. Après une reprise en février 2024, l’inflation de l’édifice volcanique s’est arrêtée début avril de cette même année. On observe actuellement une légère déflation sur le long terme. »

Il se pourrait donc que l’on assiste à une année sans éruption. Si l’on consulte l’historique du volcan, on constate que cela fait une dizaine d’années que le volcan ne s’était pas endormi aussi longtemps. Pendant plus de trois ans, entre le décembre 2010 et juin 2014, il n’y avait pas eu d’éruption. En remontant encore plus loin dans le temps, le volcan ne s’était pas réveillé pendant six ans, entre 1992 et 1998.

Les « fous du volcan » – que je salue ici – doivent commencer à sérieusement s’impatienter !

Photo: C. Grandpey

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Le 1er novembre 2024, le Département de météorologie et de risques géologiques du Vanuatu (VMGD) a indisué que l’activité fumerollienne continuait sur l’île d’Ambrym (Vanuatu) au niveau des cratères Benbow et Marum. C’est ce que révélaient sur les images satellites qui indiquaient également des anomalies thermiques modérées. Une incandescence a été observée dans la nuit du 31 octobre. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 0 à 5) et le public est prié de rester en dehors de la zone de danger permanent autour des cratères Benbow et Marum, et de ne pas s’approcher à moins de 500 m des fractures ouvertes par l’éruption de décembre 2018.

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Au Kamchatka, la couleur de l’alerte aérienne reste Orange pour l’Ebeko, le Karymsky et le Sheveluch. Elle est maiontneue au Jaune pour le Bezymianny.

Dernière minute : Un puissant épisode explosif a eu lieu sur le Sheveluch le 7 novembre 2024 à 9h20 (UTC). La couleur de l’alerte aérienne a été élevée au Rouge.

Source : KVERT.

Image de l’éruption du 7 novembre (Crédit photo: KVERT)

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news about volcanic activity in the world:

November 3rd, 2024 :

A major eruption took place at Lewotobi‘s Laki-laki Crater* (Flores Island / Indonesia) on November 3rd, 2024, with an ash column rising up to 12.2 km above sea level. According to an AFP report, a least 10 people were people were killed in nearby villages. 10,295 people were affected by the eruption and 5 villages were evacuated. Roofs collapsed under the weight of the materials spewed by the volcano.

According to CVGHM, a first eruptive episode took place at 16:57 UTC (23:57 local time) and lasted about 24 minutes. A second eruption started at 18:27 UTC (01:27 locan time, November 4th) with a duration of about 3 minutes.

The Aviation Color Code was raised to Red (Awas). It had been raised to Level 3 (Siaga) o June 13th.

Unofficial reports indicate damage from lapilli shattering car windows and a house fire ignited after being struck by a lava bomb.

November 5th, 2024 :

Following the eruption of Lewotobi (Flores Island / Indonesia) – see my previous posts – the death toll was revised from the previously reported 10 to 9. A total of 63 people were injured, and approximately 2 384 homes, along with at least 25 schools, were damaged. Authorities raised the alert to the highest level and set a 7-km exclusion zone. The government has declared a 58-day state of emergency, enabling extended aid. The eruption temporarily closed Maumere Airport, affecting air trafic.

November 7th, 2024 :

A new series of powerful explosions started at Laki-laki at 05:49 (local time) on November 7th, 2024 after a pause of just a few hours.

A massive ash cloud enveloped the region, significantly reducing visibility, while pyroclastic flows rapidly descended down the slopes of the volcano. According to Darwin VAAC, the ash cloud rose up to16.7 km a.s.l.

The Aviation Color Code remains at Red and the Volcano Alert Level at 4, the maximum.

Source : The Watchers, CVGHM, Indonesian news media.

* Lewotobi has two peaks : Lewotobi Laki-laki (Male Lewotobi) currently the more active, and Lewotobi Perempuan (Female Lewotobi).

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Still in Indonesia, CVGHM indicates that deily steam and gas emissions at Iya (Sunda Volcanic Arc) rose as high as 350 m above the cater rim and drifted in several directions during 30 October-5 November 2024. At 1800 on 5 November the alert level was raised from 2 to 3 (on a scale of 1-4) due to increased seismic activity. The public is asked to stay 3 km away from the active crater area in all directions and 5 km away to the south.

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Eruptive activity continues at Marapi (on Sumatra). The volcano erupted againat 05:44 on 6 November 2024, producing ashfall over large areas, The eruption was preceded by increased seismic activity. At 15:00 that same day the alert level was raised from 2 to 3 (on a scale of 1-4). The ashfall has disrupted daily life, with many people using protective masks. The public was asked to stay 4.5 km from the summit crater.

Source : CVGHM.

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Water in Mt Ruapehu‘s crater lake (New Zealand) is experiencing a mild heating trend, with temperatures rising from 8 °C to 10 – 11 °C. They follow several months of cooling that began in February 2024.

Despite the minor increase in lake temperature, the volcanic tremor remains at low values, and no significant seismic activity has been recorded.

Although SO2 emissions declined between February and October 2024, they did not completely cease, indicating that the vent remained partially open during this cooling period.

New Zealand scientists anticipate a gradual heating trend, predicting a potential increase of about 1 °C per day in the coming months as part of a typical heating-cooling cycle observed at Ruapehu.

The Volcanic Alert Level remains at 1. The Aviation Color Code remains Green.

Source : GeoNet.

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INGV indicates that on November 2nd, 2024 at 2.20 pm the images from the surveillance cameras of Stromboli (Sicily) showed an explosive sequence with a higher energy than usual. A first event was observed in the northern crater area, followed immediately by another in the same area, then at 2.21pm another explosion in the centre-south crater area. The first event also caused a landslide of high temperature materials in the ravine dug by the activity of July 2024 in the upper part of the Sciara del Fuoco.
After the last explosion, lava overflowed from the northern crater area. The flow front remained in the upper part of the Sciara del Fuoco. The lava effusion has now stopped.
From a seismic point, a succession of transients linked to the explosive activity was recorded
with peaks during the explosive events.The event was also accompanied by a sudden increase of the tremor whose amplitude dropped to a normal level after the end of the explosive sequence.

A similar sequence of events was observed on November 6th, 2024.

Source : INGV.

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Kamaʻehuakanaloa volcano (formerly Lōʻihi Seamount), offshore to the southeast of the Island of Hawaiʻi, entered a period of heightened seismic unrest around 6:00 p.m. (local time) on November 1st, 2024. Although seismicity declined slightly a few hours later, it remained above background levels. There have been several tens of earthquakes, with 32 events greater than M 2.0 and 2 events greater than M 4.0. The largest earthquake had a magnitude M 4.3 at a depth of 5.8 km below sea level and 4.8 km below the volcano’s summit.

HVO says that the elevated seismicity at Kamaʻehuakanaloa is not expected to impact other volcanoes or any infrastructure on the Island of Hawaii. The source of the earthquakes may be related to the movement of magma beneath the seamount. Prior swarms related to probable eruptions at the volcano have consisted of thousands of earthquakes over days to weeks. Eruptive activity at this volcano would have no impact on residents of the Island of Hawaii.

Source : HVO.

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There has been no news of Piton de la Fournaise (Reunion Island) for several months. The last eruption was in July 2023; it lasted more than a month. 2024 is a quiet year.
This inactivity is confirmed by the latest monthly bulletin of the OVPF for October 2024. We can read that « since April 2024, the refilling and the pressurization of the shallow reservoir have ceased. As a result, seismicity has remained low. SO2 emissions have also remained low. After a recovery in February 2024, the inflation of the volcanic edifice stopped at the beginning of April of that same year. A slight deflation is currently observed over the long term. »
Therefore, we may be witnessing a year without an eruption. If we look at the history of the volcano, we see that it has been about ten years since the volcano had been dormant for so long. For more than three years, between December 2010 and June 2014, there had been no eruption. Going back even further in time, the volcano had not woken up for six years, between 1992 and 1998.
The « volcano freaks » – whom I salute here – are probably getting very impatient!

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On 1 November 2024, the Vanuatu Meteorology and Geo-Hazards Department (VMGD) reported ongoing fumarolic activity at Ambrym (Vanuatu) from both Benbow and Marum craters based on satellite images that also indicated moderate thermal anomalies. Incandescence was observed during the night of 31 October. The Alert Level remains at 2 (on a scale of 0-5) and the public is asked to stay outside the Permanent Danger Zone around Benbow and Marum craters, and to stay 500 m away from the ground cracks created by the December 2018 eruption.

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In Kamchatka, the aviation color code remains at Orange for Ebeko, Karymsky and Sheveluch. It is kept at Yellow for Bezymianny.

Latest : A strong explosive eruption took place at Sheveluch on November 7th, 2024 at 9:20 (UTC), prompting KVERT to raise the Aviation Color Code to Red.

Source : KVERT.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Les inclinomètres du Kilauea (Hawaï) // Tiltmeters at Kilauea Volcano (Hawaii)

Au cours de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », j’explique que le regretté Maurice Krafft comparait un volcan sur le point d’entrer en éruption à une personne malade ou blessée. Une telle personne a de la fièvre et des frissons et généralement mauvaise haleine. La plaie enfle également. Il en va de même avec un volcan sur le point d’entrer en éruption : la température des gaz augmente ; on enregistre une hausse de la sismicité ; la composition des gaz change et un gonflement de l’édifice est détecté par les instruments.
Ce dernier paramètre est développé par l’Observatoire Volcanologique d’Hawaï (HVO) dans un nouvel épisode de la série « Volcano Watch ».
Au cours du siècle dernier, les avancées technologiques ont considérablement amélioré la surveillance volcanique. Une innovation clé a été l’introduction d’inclinomètres (aussi appelés tiltmètres) de forage, des appareils capables de mesurer d’infimes variations d’inclinaison de la surface du volcan.
Les inclinomètres de forage sont utilisés par les scientifiques du HVO depuis le début des années 1970 et sont devenus un élément essentiel de la surveillance volcanique. Un instrument plus ancien appelé « inclinomètre à tube d’eau » était utilisé dans les années 1950.
Aujourd’hui, le réseau d’inclinomètres moderne sur l’île d’Hawaï fait partie d’un ensemble plus vaste d’outils de surveillance incluant des stations sismiques, des récepteurs GPS, des capteurs de gaz et des images fournies par les webcams et les satellites. Tous ces outils permettent aux scientifiques de surveiller les changements de comportement des volcans susceptibles de provoquer des éruptions.
Les inclinomètres sont des instruments sensibles conçus pour détecter de très légères variations de déformation du sol. Ils sont installés autour des volcans pour surveiller l’évolution de la surface de la Terre causée par le déplacement du magma sous terre. Ces mouvements précèdent souvent les éruptions car le magma exerce une pression sur la roche environnante, tout en provoquant un gonflement ou un léger déplacement de la surface.
Les inclinomètres actuels fonctionnent avec une grande précision. Ils peuvent détecter des variations de seulement cinq nanoradians, soit moins d’un millionième de degré. Ce niveau de précision rend les inclinomètres indispensables pour suivre les changements subtils de l’activité volcanique et fournir des alertes précoces aux scientifiques.
Une vingtaine d’inclinomètres de forage sont installés stratégiquement sur le Kilauea et le Mauna Loa, à des endroits clés des sommets et des caldeiras de ces volcans. Ces zones sont importantes car elles sont les plus susceptibles de subir une déformation importante du sol pendant les périodes d’activité volcanique et avant le début d’une éruption.
Ces inclinomètres fonctionnent en continu et génèrent un point de données toutes les 60 secondes. Ainsi, ils peuvent transmettre ces données en temps quasi réel au HVO. Elles sont essentielles pour la détection précoce de l’activité volcanique. Par exemple, au cours de son ascension vers la surface, le magma peut provoquer une inclinaison significative du sol qui est enregistrée par les inclinomètres. En analysant plusieurs ensembles de données, les scientifiques peuvent déterminer la zone où le magma se déplace et si une éruption est imminente.
Les inclinomètres de forage nécessitent un entretien de routine, notamment le changement des batteries et la mise à niveau de la télémétrie radio utilisée pour envoyer les données au HVO.

Maintenance d’un inclinomètre de forage au sommet du Kilauea (Crédit photo : HVO)

Chaque inclinomètre a également une plage d’inclinaison limitée sur laquelle il peut enregistrer la déformation avec précision. Les inclinomètres analogiques du HVO doivent être mis à niveau manuellement si la déformation dépasse 300 microradians. L’inclinomètre aura alors besoin d’un peu de temps pour « se stabiliser » avant que les données puissent être de nouveau utilisées quantitativement. À côté des appareils analogiques, des inclinomètres numériques peuvent être mis à niveau à distance sans interruption de la qualité des données.
Les inclinomètres sont particulièrement utiles pour suivre les changements au fur et à mesure que le sommet du Kilauea gonfle et se dégonfle (phases d’inflation et de déflation). Le réseau d’inclinomètres du Kilauea a aussi fourni des informations précieuses sur la migration du magma entre le sommet et la Middle East Rift Zone au cours des nombreuses intrusions qui ont conduit à la dernière éruption dans et près du Nāpau Crater du 15 au 20 septembre 2024.
Le Mauna Loa fait également l’objet d’une surveillance étroite par le réseau d’inclinomètres du HVO. Bien que moins actif que le Kilauea au cours des dernières décennies, le Mauna Loa est toujours susceptible de donner naissance à des éruptions dangereuses. Au cours des mois qui ont précédé et des heures qui ont suivi le début de l’éruption de 2022, les inclinomètres ont joué un rôle essentiel car ils ont permis aux scientifiques de suivre l’activité et la déformation de plus en plus importante du sommet.
Les inclinomètres sont donc un élément essentiel du réseau de surveillance volcanique à Hawaï. En détectant des changements subtils dans l’inclinaison du sol, ils fournissent des signaux d’alerte précoce et permettent aux scientifiques de mieux comprendre le comportement des volcans d’Hawaï.
Source : USGS / HVO.

 

Données d’inflation du Kilauea obtenues grâce aux inclinomètres installés dans la zone sommitale du volcan (Source : HVO).

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I explain in my conference « Volcanoes and volcanic hazards » that the late Maurice Krafft used to compare a volcano about to erupt with a sick or wounded person. Such a person has a fever and chills and usually bad breath. The wound also swells. It is the same with a volcano about to erupt : gas temperature rises ; seismicity increases ; gas composition changes and an inflation of the edifice is detected by the instruments.

This last parameter is developed by the Hawaiian Volcano Observatoty (HVO) in a new « Volcano Watch » episode.

Over the past century, technological advancements have vastly improved volcano monitoring. One key innovation was the introduction of modern borehole tiltmeters, devices that measure very small changes in the inclination of the volcano’s surface.

Borehole tiltmeters have been used by the HVO scientists since the early 1970s and have since become an essential part of the volcano monitoring program. An older style of instrument called a “water tube tiltmeter” goes back even further to the 1950s.

Today the modern tiltmeter network on the Island of Hawaii forms part of a larger array of monitoring tools, including seismic stations, GPS receivers, gas sensors, and webcam/satellite imagery. Together, these tools help scientists keep a close eye on the changing behaviors at volcanoes that may lead to eruptions.

A tiltmeter is a sensitive instrument designed to detect very slight changes in deformation of the ground. They are installed around volcanoes to monitor changes in the Earth’s surface caused by magma moving underground. These movements often precede eruptions, as pressure from magma pushes against the surrounding rock, causing the surface to bulge or shift slightly.

Today’s tiltmeters work with high precision. They can detect changes as small as five nanoradians, or less than one millionth of a degree. This level of precision makes tiltmeters invaluable for tracking subtle changes in volcanic activity and providing early warnings to scientists.

More than a dozen borehole tiltmeters are strategically installed on Kilauea and Mauna Loa at key locations across the volcano summits and calderas. These areas are of particular interest because they are most likely to experience significant ground deformation during periods of volcanic unrest and before an eruption onset.
These tiltmeters operate continuously and produce one data point every 60 seconds, transmitting data in near real-time to HVO. This data is critical for early detection of volcanic activity. For example, when magma begins to rise toward the surface, it can cause noticeable tilting of the ground, which is recorded by the tiltmeters. By analyzing multiple monitoring datasets, scientists can determine where magma is moving and whether an eruption may be imminent.

Borehole tiltmeters need routine maintenance including changing batteries and upgrading the radio telemetry used to send the data back to HVO. Each tiltmeter also has a limited range of tilt over which it can accurately record deformation. For example, HVO analog tiltmeters need to be manually leveled in their boreholes if deformation exceeds 300 microradians. Then, the tiltmeter will need time to “settle” from the physical disturbance before the data can be used quantitively. Other digital tiltmeters can be leveled remotely with no interruption in data quality.

Tiltmeters have been particularly useful in tracking changes as Kilauea’s summit inflates and deflates. Kilauea’s tiltmeter network provided valuable information about magma moving from the summit to the Middle East Rift Zone during the several intrusions leading up to the most recent eruption in and near Nāpau Crater from September 15th to 20th, 2024.

Mauna Loa has also been under close surveillance by HVO’s tiltmeter network. Although less active than Kilauea in recent decades, Mauna Loa is still capable of producing hazardous eruptions. In the months leading up to and in the hours during the initial onset of the 2022 Mauna Loa eruption, tiltmeters played a critical role in helping scientists track unrest and heightened summit deformation.

Tiltmeters are a crucial component of the volcanic monitoring network in Hawaii. By detecting subtle changes in ground inclination, they provide early warning signals of volcanic unrest and help scientists to better understand the behavior of Hawaii’s dynamic volcanoes.

Source : USGS / HVO.

Meilleure compréhension du stockage et de la migration du magma dans l’East Rift Zone du Kilauea // Better understanding of magma storage and migration in Kilauea’s East Rift Zone.

L’éruption sur la Middle East Rift Zone du Kilauea qui a débuté le 15 septembre 2024 près du Nāpau Crater s’est terminée le 20 septembre. Un nouvel épisode de la série « Volcano Watch » du HVO est consacré à la compréhension du stockage et de la migration du magma dans l’East Rift Zone du Kilauea.
L’article nous rappelle que lorsque les signaux sismiques se déplacent dans le sol, ils sont influencés par la structure interne d’un volcan, notamment la présence de magma et/ou de zones de faille. Ces structures peuvent accélérer ou ralentir la propagation des ondes sismiques enregistrées par les sismomètres. Les sismologues peuvent utiliser ces données pour créer des images de l’emplacement du magma et suivre son parcours sous la surface.
Le HVO dispose d’environ 80 sismomètres permanents sur l’île d’Hawaï. L’utilisation des données fournies par ces sismomètres permanents permet d’obtenir une image globale mais peu précise des zones de stockage du magma.
En revanche, si les sismomètres à la surfaces ont plus nombreux, ils peuvent capter davantage d’ondes sismiques traversant les régions de stockage de magma, ce qui donnera une image plus précise du sous-sol.
Fin juin 2024, des sismologues de l’ETH (Eidgenössische Technische Hochschule) de Zurich et de l’Observatoire Volcanologique d’Hawaï (HVO) ont déployé 115 petits sismomètres portables dans l’East Rift Zone du Kilauea. Ce travail a donc été effectué un peu avant le début de la dernière activité éruptive.

Carte montrant les sismos portables temporaires déployés dans l’East Rift Zone du Kilauea (triangles rouges). Les séismes enregistrés dans cette zone entre le 1er juillet et le 22 septembre sont représentés par des points noirs. La caldeira sommitale du Kīlauea, est délimitée en magenta. La ligne bleue tracée entre deux sismos portables indique la zone où les changements de vitesse ont été calculés. La zone grisée correspond approximativement à l’East Rift Zone. (Source : HVO)

Les données enregistrées sur ces sismos portables seront utilisées pour obtenir une image de l’emplacement et du volume de magma dans l’East Rift Zone à un niveau de détail qui n’était pas possible auparavant. Le modèle ainsi obtenu aidera les scientifiques à mieux comprendre les risques volcaniques dans cette région.
Compte tenu du calendrier de leur installation, les sismos portables ont enregistré des événements associés aux intrusions magmatiques dans le rift est en juillet et août, ainsi qu’à l’éruption dans la Middle East Rift Zone du 15 au 20 septembre.
Grâce à leur densité sur le terrain, ces petits sismomètres continuent d’enregistrer les événements sismiques en octobre. Les sismologues de l’ETH Zürich et du HVO collaborent actuellement pour analyser les premières données déjà collectées de fin juin à fin août. Pour effectuer ce travail, les scientifiques utilisent l’interférométrie sismique par corrélation du bruit ambiant. Cet instrument tire parti des signaux sismiques continus créés par l’interaction entre les houles océaniques et la croûte océanique. Il a ainsi pu identifier ce qui s’est passé sous la surface avant l’éruption du mois de septembre

En se déplaçant à travers un volcan, le magma ouvre et ferme des systèmes de fractures, ce qui provoque des changements dans la vitesse à laquelle se déplacent les signaux de bruit océanique à travers le sol. Les scientifiques peuvent contrôler ces signaux de bruit océanique pour détecter des signes d’accumulation de magma sous la surface. Le bruit océanique qui se déplaçait à travers le sol sous l’Upper East Rift Zone du Kilauea entre début juillet et fin août 2024 a montré des changements au moment où le magma a commencé à pénétrer dans cette zone. Le changement le plus spectaculaire a été une diminution rapide de la vitesse qui a commencé le 21 juillet, indiquant l’ouverture de fractures en raison d’une intrusion magmatique dans cette région. Au même moment, des essaims sismiques se produisaient en raison des contraintes créées par l’intrusion magmatique dans le sous-sol.

Le graphique du haut montre l’évolution de la vitesse des ondes sismiques et le nombre d’événements de juillet à la mi-août sur le Kilauea. Le graphique du bas montre le nombre de séismes au cours de la même période. La ligne magenta en pointillés indique l’ouverture de fissures et de fractures au début de l’intrusion magmatique dans l’East Rift Zone. La diminution continue de la vitesse sismique observée à droite de la ligne magenta reflète l’intrusion magmatique dans la région.(Source : HVO)

Cet exemple montre comment l’interférométrie sismique par corrélation du bruit ambiant, ainsi que d’autres ensembles de données de surveillance des volcans, peuvent être utilisés pour comprendre les changements qui se produisent sous la surface. L’exemple ci-dessus concerne les changements de vitesse enregistrés par un petit nombre de sismos portables. Une analyse future sera effectuée à partir de l’ensemble du réseau de 115 instruments. Elle permettra de mieux discerner la zone où le magma a migré à travers l’East Rift Zone dans la période qui a précédé l’éruption de septembre 2024.
Source : USGS / HVO.

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The Middle East Rift Zone eruption that began September 15th, 2024 near Nāpau Crater ended on September 20th. A new episode of HVO’s series « Volcano Watch » is dedicated to the understanding of magma storage and migration in Kilauea’s East Rift Zone.

The article reminds us that as signals created by earthquakes move through the ground, they are influenced by the structure of a volcano, including the presence of magma and/or fault zones. These structures can cause the seismic waves to travel faster or slower, which is recorded on seismometers. Seismologists can use that data to create images of where magma is located and track its underground path.

The HVO has about 80 permanent seismometers on the Island of Hawaii. Using only data from these permanent seismometers provides a fuzzy picture of underlying magma storage structures.

However, if the number of seismometers at the surface is increased, more of the seismic waves traveling through regions of magma storage will be recorded, yielding more accurater picture of the subsurface.

In late June 2024, seismologists from ETH (Eidgenössische Technische Hochschule) Zürich and the Hawaiian Volcano Observatory deployed 115 seismic nodes – tiny, portable seismometers – across Kīlauea’s East Rift Zone. It was before the latest significant unrest began.

Data recorded on these nodes will be used to image the location and volume of magma within the East Rift Zone at a level of detail not previously possible, and the resulting model will help scientists better understand the volcanic hazards in this region.

Given the timeline of their deployment, the nodes recorded earthquakes associated with intrusions of magma into the East Rift in July and August, as well as the September 15-20 Middle East Rift Zone eruption.

These densely spaced seismic instruments will continue to record through October. ETH Zürich and HVO seismologists are now working together to analyze data from the nodes already collected from late June through late August. To perform this work, the scientists are using an analysis tool called ambient noise interferometry, which takes advantage of continuous seismic signals created through the interaction between ocean swells and the ocean crust, to identify what was happening below the surface leading to the September eruption.

Magma moving through a volcano opens and closes fracture systems causing changes in the speed at which ocean noise signals travel through the ground. Scientists can monitor these ocean noise signals for signs that magma is accumulating beneath the surface. Ocean noise traveling through the ground below the Upper East Rift Zone of Kilauea between early July and late August 2024 showed changes as magma began to enter this area. The most dramatic change that was observed was a rapid velocity decrease that began on July 21st, indicating the opening of fractures because of magmatic intrusions in this region. At the same time, swarms of earthquakes were occurring because of stresses created from intrusion of magma into the subsurface.

This example shows how ambient noise interferometry, along with other volcano monitoring datasets, can be used to understand the changes occurring beneath the surface of a volcano. While this example focuses on changes in velocity at a single pair of nodes, future analysis will be carried out for the entire 115 instrument array. This analysis will contribute to the understanding of where magma migrated across the East Rift Zone in the time leading to the September 2024 eruption.

Source : USGS / HVO.

Plus d’éruption sur le Kilauea (Hawaï) // No more eruption at Kilauea (Hawaii)

Je vous avais prévenus : ce n’était pas une bonne idée d’acheter un billet d’avion pour aller voir la dernière éruption du Kilauea. L’accès au site était interdit et l’éruption ne semblait pas devoir durer longtemps.
Comme on pouvait s’y attendre, le HVO indique dans sa mise à jour du 22 septembre que l’éruption a cessé depuis le 20 septembre au matin. De légères lueurs persistent la nuit le long dela fissure éruptive et de petits points d’incandescence sont encore visibles sur les coulées de lave. Le dégazage de la fissure continue. Bien que l’éruption se soit arrêtée, le niveau d’alerte volcanique et la couleur de l’alerte aérienne restent respectivement à WATCH (Vigilance) et ORANGE.

Dernière minute : Dans sa mise à jour du 23 septembre, le HVO indique que « l’éruption dans la Middle East Rift Zone du Kīlauea qui a débuté le 15 septembre est terminée et il est peu probable qu’elle reprenne. Le niveau d’alerte volcanique a été abaissé de WATCH à ADVISORY (surveillance conseillée) et la couleur de l’alerte aérienne est passée d’ORANGE à JAUNE.
Source : HVO.

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I warned you : it was not a good idea to buy a plane ticket in order to go and see the last eruption. Access to the site was prohibited and the eruption did not seem likely to last long.

Indeed, HVO indicates in its 22 September update that the eruption has remained paused since September 20th in the morning.  Minor glow continues at night from the fissure and small red spots can still be seenon the lava flows.  Degassing from the fissure continues. Although the eruption has stopped, the Volcano Alert Level and Aviation Color Code remain at WATCH and ORANGE, respectively.

Latest : In its update of September 23rd, HVO indicates that « the Middle East Rift Zone eruption of Kīlauea that began on September 15th has ended and is unlikely to restart. The Volcano Alert Level has been lowered from WATCH to ADVISORY and the Aviation Color Code from ORANGE to YELLOW.

Source : HVO.