Hausse de la sismicité sur le Mont Spurr (Alaska) // Increase in seismicity at Mount Spurr (Alaska)

L’Alaska Volcano Observatory (AVO) indique que l’activité sismique reste élevée sur le mont Spurr (Alaska) avec une vingtaine d’événements par semaine et plus de 900 secousses détectées jusqu’à présent en 2024. Cette hausse de la sismicité est observée depuis avril de cette année. L’événement le plus significatif avait une magnitude de M 2,3 le 6 octobre 2024.
Les essaims sont enregistrés dans deux zones : l’une à une profondeur allant jusqu’à 10 km sous le volcan, et l’autre à 20-35 km au sud-est de la bouche éruptive dans le cratère sommital.
La déformation du sol enregistrée par le Global Navigation Satellite System (GNSS) près des flancs du volcan a commencé en mars et est à mettre en parallèle avec l’inflation continue du volcan. L’AVO a mesuré 4 cm de mouvement horizontal depuis mars.
L’Observatoire précise que l’augmentation actuelle de l’activité sismique présente des similitudes avec les épisodes déjà observés sur le mont Spurr, notamment d’août 1991 à juin 1992 ; ils ont précédé les éruptions de 1992, et de 2004 à 2006, lorsque la hausse de l’activité sismique a accompagné une élévation de la température au sommet, avec la fonte d’une partie importante de la calotte glaciaire. Les modélisations montrent que la pressurisation due à l’afflux de magma ou de fluides, ou à l’exsolution de gaz, se produit actuellement à une profondeur de 3 à 5 km et à environ 3 à 4 km à l’ouest du mont Spurr.
Un petit lac s’est formé à l’intérieur du cratère sommital du mont Spurr au début de l’été 2024 ; il est apparu pour la première fois entre le 15 mai et le 15 juin. Lors d’un survol de la zone le 23 juin, le lac avait à peu près la taille d’un terrain de football. Il a légèrement grossi au cours de l’été en raison d’effondrements mineurs et de la fonte de la glace à l’intérieur du cratère. Le lac est partiellement recouvert de glace et montre une belle couleur bleu-vert. Des fumerolles sont visibles le long de la rive nord-est du lac et de la paroi du cratère, ainsi que dans une cavité creusée dans la glace sur la lèvre nord-est du cratère. Aucune coulée de boue d’origine volcanique n’a été observée sur le volcan.
Le niveau d’alerte volcanique est actuellement Normal et la couleur de l’alerte aérienne est Verte.

Source : AVO, Smithsonian Institution.

Crédit photo: Wikipedia

 °°°°°°°°°°

Le mont Spurr est un volcan actif situé près de l’extrémité nord-est de l’arc volcanique des Aléoutiennes, qui comprend également les monts Iliamna et Redoubt un peu plus au sud de la chaîne. La dernière phase éruptive du mont Spurr s’est produite dans la zone sommitale du 27 juin au 17 septembre 1992, avec un indice d’explosivité volcanique (VEI) estimé à 4.
La dernière éruption sommitale connue du mont Spurr remonte à plus de 5 000 ans. Le volcan est situé à environ 130 km à l’ouest d’Anchorage. Son sommet comporte un grand dôme de lave qui trône au centre d’un amphithéâtre d’environ 5 km de large, ouvert au sud. Il a été façonné par une avalanche de débris de la fin du Pléistocène ou du début de l’Holocène et des coulées pyroclastiques qui ont détruit une structure volcanique plus ancienne. La zone active la plus récente, Crater Peak, s’est formée à l’extrémité sud de cet amphithéâtre. Les éruptions de Crater Peak en 1953 et 1992 ont provoqué des retombées de cendres jusqu’à Anchorage.
Si de nouvelles éruptions se produisaient, les risques comprendraient des nuages ​​et des retombées de cendres, des coulées pyroclastiques et des lahars qui pourraient parcourir des ravines sur tous les flancs du volcan.
Source : AVO, Smithsonian Institution.

Source: AVO

Vue d’une partie de l’arc aléoutien avec le Mt Redoubt (Phorto: C. Grandpey)

—————————————————–

The Alaska Volcano Observatory (AVO) indicates that seismic activity at Mount Spurr (Alaska) remains elevated at a rate of 20 or so events per week, with over 900 earthquakes detected so far in 2024. The increase has been observed since April this year. The largest quake had a magnitude M2.3 on October 6th, 2024.

The swarms are located in two areas: one at a depth of up to 10 km beneath the volcano, and the other 20 – 35 km southeast of the crater peak vent.

Ground deformation measured by Global Navigation Satellite System (GNSS) near the flanks of the volcano began in March and has been consistent with the ongoing inflation of the volcano. AVO has measured 4 cm of horizontal movement since March.

The Observatory specifies that the current increase in seismic activity has similarities to past episodes at Mount Spurr, including August 1991 to June 1992, which preceded the 1992 eruptions, and 2004 to 2006, when increased seismic activity accompanied temperature increase at the summit that melted a substantial portion of the ice cap. Preliminary modeling suggests that pressurization due to magma or fluid inflow, or gas exsolution, is occurring at a depth of 3 – 5 km and about 3 – 4 km west of Mount Spurr.

A small lake formed over the summit crater of Mount Spurr early in the summer 2024, first appearing between May 15th and June 15th. During an overflight of the area on June 23rd, the lake was roughly the size of a football field. It grew slightly over the summer due to minor collapses and melting of glacial ice inside the crater. According to the latest updates, the lake is partially covered by ice and remains blue-green. Active steaming from summit-area fumaroles is visible along and above the northeastern lake shore and crater wall, as well as from a pit in the ice on the northeast crater rim. No volcanic mudflows have been observed on the volcano.

The current Volcano Alert Level is Normal and the Aviation Color Code is Green.

°°°°°°°°°°

Mount Spurr is an active volcano located near the northeastern end of the Aleutian volcanic arc which also Includes mounts Iliamna and Redoubt a bit more to the south of the mountain range. The last eruptive phase of Mount Spurr occurred at the Crater Peak from June 27 to September 17, 1992, with a Volcanic Explosivity Index estimated at 4.

The last known eruption from the summit of Mount Spurr was more than 5 000 years ago. The volcano is located about 130 km west of Anchorage. Its summit features a large lava dome situated at the center of an amphitheater approximately 5 km wide, open to the south. It was shaped by a late-Pleistocene or early Holocene debris avalanche and pyroclastic flows that destroyed an older volcanic structure. The youngest vent, Crater Peak, formed at the southern end of this amphitheater. Eruptions from Crater Peak in 1953 and 1992 sent ashfall as far as Anchorage.

Should future eruptions occur, the hazards would include ash clouds and ashfall, pyroclastic flows, and lahars that could inundate drainages all sides of the volcano.

Source : AVO, Smithsonian Institution.

Combat mortel d’ours dans le Katmai (Alaska) // Deadly fight of bears in Katmai (Alaska)

La Fat Bear Week (Semaine de l’Ours Gras) est une compétition qui se déroule chaque année à l’automne dans le Parc national du Katmai en Alaska. Elle demande au public de voter en ligne afin de déterminer lequel des ours bruns qui résident dans le Parc, et qui mangent autant de saumons que possible à cette période de l’année pour se préparer à l’hibernation, mérite le titre de « Fat Bear » de l’année.
Cette année, la Fat Bear Week a dû être décalée à la suite d’une bagarre entre deux grizzlis et qui s’est soldée par la mort d’un des protagonistes. Selon les rangers, l’affrontement a eu lieu entre un ours mâle, appelé 469, et une femelle plus âgée, appelée 402, et a entraîné la mort de cette dernière. La scène a été filmée en direct par l’une des webcams du Parc:

https://www.youtube.com/watch?v=b5FDOlp3eWk&t=131s

Les ours se chamaillaient dans le lac Naknek près de la rivière Brooks lorsque la querelle a dégénéré. L’ours 469 a finalement vaincu l’ourse 402, qui a fini noyée. L’ourse 402 n’avait jamais remporté la Fat Bear Week mais était connue pour avoir  donné naissance à huit portées d’oursons au cours de sa vie dans le Katmai National Park.

J’ai visité le Katmai National Park il y a quelques années. Outre les ours, le but de mon voyage était de me rendre dans la Vallée des 10 000 fumées, résultat de l’éruption cataclysmale du Novarupa en 1912.

Les ours sont les premiers animaux que les visiteurs aperçoivent lorsque l’hydravion se pose sur le lac Naknek, près de la rivière Brooks. La vue des ours en train de se gaver de saumons qu’ils attrapent depuis le haut de la cascade est un véritable spectacle. Bien que les ours semblent inoffensifs lorsqu’ils sont dans la rivière, il ne faut pas oublier que ce sont des animaux sauvages et que vous pouvez être confronté à l’un d’eux en vous promenant sur le site. Dès votre arrivée à Brooks, les rangers vous indiquent ce qu’il faut faire – et ne pas faire – si vous rencontrez un ours pendant votre séjour.

Si vous voulez en savoir plus sur les différentes sortes d’ours dans le monde, il vous suffit de lire le livre « Dans les Pas de l’Ours » (Ed. Sequoïa) que j’ai écrit avec Jacques Drouin il y a quelques années.

Photos: C. Grandpey

—————————————————————

Fat Bear Week is an annual competition, which takes place at Katmai National Park in Alaska. It asks the public to vote in order to determine which of the park’s resident brown bears, who are eating as much salmon as possible this time of year to prepare hibernation, deserves Fat Bear Week’s top title.

This year, the Fat Bear Week had to be delayed following a fatal fight between two Alaskan grizzlies. According to the Park’s rangers, a clash between a male bear, referred to as 469 and an older female bear, referred to as 402, led to one of the bears dying. The incident was caught on one of the park’s livestreams :

https://www.youtube.com/watch?v=b5FDOlp3eWk&t=131s

The bears were biting and thrashing at each other in Naknek Lake close to the Brooks River when Bear 469 ultimately overtook 402, who sank and got drowned into the water. Bear 402 had never won Fat Bear Week but was known for having given birth to eight litters of cubs during her life at Katmai National Park.

I visited Katmai National Park a few years ago. Beside the bears, the aim of my trip was to visit the Valley of the 10,000 Smokes, the result of Novarupa’s major eruption in 1912.

Bears are the first animals visitors ee when the float plane lands on Naknek Lake, close to Brooks River. The sight of the bears feeding on salmon and catching the fish from the top of the waterfall is a real show. Although the bears look inoffensive while they are in the river, one should not forget they are wild animals and you may be confronted with one of them while walking around the site. As soos as you arrive at Brooks, the rangers tell you what to do if you happen to encounter a bear during your stay.

If you want to know more about the different sorts of bears in the world, just read the book « Dans les Pas de l’Ours » (Ed. Sequoïa) I wrote with Jacques Drouin a few years ago.

Réchauffement climatique : délocalisation d’un village en Alaska // Global warming : relocation of a village in Alaska

À cause du réchauffement climatique qui provoque la fonte des glaces dans l’Arctique, notamment en Alaska, les côtes ne sont plus protégées contre les vagues lors des tempêtes. En hiver, au lieu d’être arrêtées par l’habituel rempart de glace, elles viennent s’écraser sur le rivage, accélérant ainsi l’érosion et devenant une menace pour les villages côtiers.
C’est ce qui est arrivé à Newtok, un village côtier d’Alaska dont les habitants n’ont d’autre solution que de partir et de recommencer à zéro sur un nouveau site. L’érosion et le dégel du pergélisol ont presque détruit le village en grignotant une vingtaine de mètres de terre chaque année. Les 71 derniers habitants ont fait leurs bagages et vont les charger sur des bateaux pour se rendre à Mertarvik, sur le sol volcanique beaucoup plus stable de l’île Nelson dans le détroit de Béring. Ils rejoindront 230 habitants qui ont déménagé en 2019. Newtok devient l’un des premiers villages autochtones d’Alaska à effectuer une relocalisation à grande échelle en raison du réchauffement climatique.
Les dirigeants du village de Newtok ont ​​commencé à chercher un nouveau site d’implantation il y a plus de vingt ans. Ils ont finalement échangé des terres avec le gouvernement fédéral et obtenu l’autorisation de s’installer sur l’île Nelson, à une quinzaine de kilomètres de là.
Cependant, le déménagement a été lent et a fait de Newtok un village divisé. En effet, après l’installation de la plus grande partie des habitants à Mertarvik, l’épicerie et l’école sont restées à Newtok, laissant certains enseignants et élèves séparés de leurs familles pendant l’année scolaire.
Les dernières tempêtes ont causé de nouveaux dégâts au village et il faut que les habitants qui y vivent encore partent sans tarder. L’érosion fait pencher les poteaux électriques de manière inquiétante, et une tempête pourrait couper définitivement l’électricité. Pour l’instant, le plus urgent est de mettre sur pied avant l’hiver les 18 maisons temporaires arrivées sur une barge à Mertarvik.
Comme tout l’Arctique, l’Alaska se réchauffe deux à trois fois plus vite que le reste du monde. Certains villages de la province de North Slope, le principal champ pétrolier de l’Alaska, ont connu les températures les plus chaudes jamais enregistrées en août. Certaines personnes ont même enfilé des maillots de bain pour aller se baigner sur les plages de l’océan Arctique.
C’est la même histoire dans tout l’Arctique où la dégradation du pergélisol endommage les routes, les voies ferrées, les canalisations et les bâtiments où vivent 4 millions de personnes dans la région. Dans l’Arctique russe, les populations autochtones sont déplacées vers les villes au lieu de voir leurs villages relocalisés comme cela se fait en Alaska. Dans toute la Scandinavie, les éleveurs de rennes constatent que le territoire se modifie constamment, avec l’apparition de plus en plus fréquente de nouvelles zones humides.
Environ 85 % de la superficie de l’Alaska repose sur du pergélisol. Lorsque celui-ci dégèle ou que des eaux côtières plus chaudes viennent le frapper, son dégel provoque une érosion supplémentaire. C’est ce qui s’est produit à Newtok en s’ajoutant à la disparition de la glace de mer.
Selon un rapport du Alaska Native Health Tribal Consortium, 114 communautés autochtones d’Alaska sont confrontées à des dégâts plus ou moins importants aux infrastructures dus à l’érosion, aux inondations ou au dégel du pergélisol. Six d’entre elles ont été jugées menacées de façon imminente dans un rapport gouvernemental il y a plus de deux décennies.
Après cinq ans de séparation et de vies séparées, les habitants de Newtok et Mertarvik ne feront plus qu’un. L’école de Newtok a fermée et les cours ont commencé en août pour la première fois dans un local temporaire à Mertarvik. Un nouveau bâtiment scolaire devrait être prêt en 2026. L’épicerie de Newtok a récemment déménagé à Mertarvik, et il existe des projets pour une deuxième épicerie et une église.
Le nouveau site du village présente d’énormes avantages, notamment au niveau sanitaire. Les nouvelles maisons de Mertarvik n’ont plus la moisissure noire qui envahissait certaines maisons de Newtok. On parle de renommer un jour la ville relocalisée Newtok. Quel que soit le nom, le déménagement offre l’assurance que la culture et les traditions de l’ancien lieu perdureront. Un groupe de bélugas passe chaque automne au large de Mertarvik et devrait bientôt arriver; cette chasse aidera les habitants à remplir leurs congélateurs pour l’hiver à venir.
Source : Associated Press via Yahoo Actualités.

 

Source ; city-data.com

—————————————————–

Because of global warming that causes the melting of sea ice in the Arctic, especially in Alaska, the coasts are no longer protected angainst the waves during the storms. In winter, instead of being stopped by the ice, they come crashing on the seashore, accelarating erosion and becoming a threat to coastal villages.

This is what happened to Newtok, an Alaskan coastal village whose residents have no other solution than going away and starting over on a new site. Erosion and melting permafrost have just about destroyed the village, eating about 21 meters of land every year. The last 71 residents have packed their belongings and will load them onto boats to move to Mertarvik, on the stable volcanic underpinnings of Nelson Island in the Bering Strait. They will rejoin 230 residents who began moving away in 2019. Newtok will become one of the first Alaska Native villages to complete a large-scale relocation because of global warming.

Newtok village leaders began searching for a new townsite more than twenty years ago, ultimately swapping land with the federal government for a place about 15 kilometers away on Nelson Island.

However, the move has been slow, leaving Newtok a split village. Even after most residents shifted to Mertarvik, the grocery store and school remained in Newtok, leaving some teachers and students separated from their families for the school year.

Recent storms have caused more damage to the village and the remaining residents need to leave rapidly. Erosion has tilted power poles precariously, and a single good storm might knock out power for good. For now, the rush is on to get 18 temporary homes that arrived in Mertarvik on a barge set up before winter sets in.

Like all the Arctic, Alaska is warming two to three times faster than the global average. Some villages of North Slope, Alaska’s major oil field, had their warmest temperatures on record in August, prompting some people living there to don swimsuits and head to Arctic Ocean beaches.

It’s the same story across the Arctic, with permafrost degradation damaging roads, railroad tracks, pipes and buildings for 4 million people living in the region. In the Russian Arctic, Indigenous people are being moved to cities instead of having their eroding villages relocated and across Scandinavia, reindeer herders are finding the land constantly shifting and new bodies of water appearing.

About 85% of Alaska’s land area lies atop permafrost. When it thaws or when warmer coastal water hits it, its melting causes further erosion. This is what happened at Newtok together with the melting of the sea ice.

There are 114 Alaska Native communities that face some degree of infrastructure damage from erosion, flooding or permafrost thawing, according to a report from the Alaska Native Health Tribal Consortium. Six of them were deemed imminently threatened in a governmeny report more than two decades ago.

After five years of separation and split lives, the residents of Newtok and Mertarvik will be one again. The school in Newtok closed and classes started in August for the first time in a temporary location in Mertarvik. A new school building should be ready in 2026. The Newtok grocery recently moved to Mertarvik, and there are plans for a second grocery and a church.

The new village site has huge benefits, including better health. The new homes in Mertarvik are free of black mold that crept into some Newtok homes. There’s talk of someday renaming the relocated town Newtok. Whatever the name, the relocation offers assurance that culture and traditions from the old place will continue. A pod of belugas that comes by every fall should arrive soon, and that hunt will help residents fill their freezers for the winter ahead.

Source : Associated Press via Yahoo News.

Le tourisme glaciaire est-il souhaitable ? // Is glacier tourism a good thing ?

Aujourd’hui, avec le réchauffement climatique, les glaciers fondent à une vitesse incroyable. Beaucoup d’entre eux risquent de disparaître complètement dans les années à venir. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de touristes ont envie de voir les glaciers avant leur mort annoncée. Le problème est que les randonnées glaciaires sont souvent dangereuses et certaines peuvent se révéler mortelles. Certes, le nombre de décès est relativement faible, mais chaque tragédie raconte l’histoire d’un paysage en train de changer et de devenir plus dangereux.
Le tourisme glaciaire a connu un boom ces dernières années. La glace attire les gens pour plusieurs raisons : certaines personnes rêvent de s’approcher d’un phénomène naturel ; pour d’autres, c’est l’attrait de l’aventure qui domine. Une autre motivation est de plus en plus présente : c’est le désir de voir les glaciers avant qu’ils ne disparaissent. C’est le « tourisme de la dernière chance » et c’est un marché en pleine croissance.
Les glaciers sont devenus l’emblème des destinations de la dernière chance. Ces rivières de glace ont façonné les paysages de notre planète, mais beaucoup d’entre elles reculent et s’amincissent, piégées dans une spirale infernale provoquée par les humains qui continuent de brûler des combustibles fossiles et de réchauffer la planète. Dans le plus optimiste des scénarios, la moitié des glaciers du monde pourraient avoir disparu d’ici 2100.
En fondant, les glaciers semblent devenir plus accessibles. Le problème, c’est qu’ils deviennent également plus dangereux car ils sont de plus en plus instables. Davantage de roches et de sédiments s’en échappent et les crevasses se creusent plus rapidement.
Comme je l’ai expliqué dans une note, fin août de cette année, un touriste américain est décédé lors de l’effondrement d’une grotte de glace sur le Breiðamerkurjökull en Islande. Cet événement a ému le pays qui dépend fortement du tourisme. Les agences ont suspendu les visites estivales des grottes de glace et les autorités envisagent de mettre en place de nouvelles réglementations de sécurité. Malgré tout, même avec les meilleures intentions, il y aura probablement davantage d’accidents et de décès car tout devient moins prévisible en montagne, avec de plus en plus de blocs qui se détachent des pentes. En effet, avec le réchauffement climatique, le permafrost qui assure la stabilité des rochers à haute altitude dégèle et la montagne s’effondre. En juillet 2022, environ 64 000 tonnes d’eau, de roches et de glace se sont détachées du glacier de la Marmolada, dans le nord de l’Italie. L’avalanche de glace qui a suivi a tué 11 personnes qui se trouvaient sur un sentier très fréquenté. Un printemps et un été inhabituellement chauds avaient entraîné une importante fonte du glacier. Cela a provoqué le remplissage d’une grande crevasse invisible à l’intérieur, ce qui a augmenté la pression sur la glace jusqu’à son effondrement.
Les techniques permettant de comprendre les risques glaciaires et de mettre en œuvre des systèmes d’alerte précoce s’améliorent, mais il est difficile d’identifier les sites susceptibles de devenir dangereux. Les guides doivent s’adapter en permanence à un paysage qui change à une vitesse incroyable. Il y a quelques décennies, le ski d’été sur les glaciers était très répandu. Aujourd’hui, presque toutes les destinations de ski sur glacier ferment en été et les skieurs professionnels français doivent prendre l’avion pour aller pratiquer leur sport en Amérique du Sud. Bonjour l’empreinte carbone !
Les glaciers posent des problèmes de sécurité aux touristes, mais l’inverse est également vrai. Les avions utilisés par beaucoup de touristes pour atteindre ces destinations glacées représentent une énorme source de pollution, et donc de réchauffement de la planète. Selon une étude, chaque tonne de pollution au carbone fait fondre environ 2,75 m2 de glace arctique, ce qui signifie qu’un vol aller-retour entre New York et Anchorage (Alaska), par exemple, entraîne une perte d’environ 76,50 m2 de glace arctique. Les gens ne se rendent généralement pas compte qu’eux-mêmes contribuent à la disparition des paysages qu’ils sont venus admirer.
Pour d’autres personnes dont je fais partie, il est utile de montrer à leur entourage ce qui est en train de disparaître. Nous voulons convaincre les autres que le réchauffement climatique n’est pas le canular que le Président Trump a un jour prétendu. C’est ce que j’essaie de faire lors de mes conférences. En montrant au public des photos de ce qui se passe dans l’Arctique, dans les Alpes et ailleurs dans le monde, j’espère convaincre mon auditoire de la nécessité de faire quelque chose. (Je sais, je contribue à aggraver l’empreinte carbone…) J’aimerais que nos gouvernants (qui, eux aussi, aggravent l’empreinte carbone!) prennent enfin des mesures pour arrêter, ou au moins freiner, le drame qui est en train de se dérouler aux pôles et dans les montagnes.
Source : CNN News via Yahoo news.

NB: Mes prochaines conférences « Glaciers en péril » auront lieu le 4 novembre 2024 à Cognac (Charente) et le 19 novembre 2024 à Cahors (Lot). plus d’informations dans les prochaines semaines.

L’effondrement de la Marmolada (Crédit photo: presse italienne)

Les crevasses se creusent plus rapidement (Photo: C. Grandpey)

————————————————-

 Today with global warming, glaciers are melting at an incredible speed. Many of them are likely to completely disappear in the coming years. This is the reason vhy tourists are rushing to see glaciers before they disappear. The problem is that trekking on or close to glaciers is often dangerous and trips may turn deadly. The numbers of fatalities may be relatively small, but each tragedy tells a story about a shifting and more dangerous landscape.

Glacier tourism has boomed in recent years. The ice attracts people for many reasons: to fulfill the dream of getting up close to a natural phenomenon, or simply for adventure. There is another motivation increasingly present : the desire to see the glaciers before they disappear. It is called “last-chance tourism” and it is a growing market.

Glaciers are becoming the poster child for last-chance destinations. These rivers of ice have molded the world’s landscapes but many are now shrinking, trapped in a death spiral as humans continue to burn fossil fuels and heat the planet. Even under best-case scenarios for climate action, up to half the world’s glaciers may be gone by 2100.

As they melt, glaciers become more accessible. The problem is, they are also getting more dangerous because they are increasingly unstable, more rock and sediment tumbles from them and crevasses grow faster.

As I explained in a previous post, by the end of August, an American tourist died when an ice cave collapsed at the Breiðamerkurjökull glacier in Iceland. It shook the country, which relies heavily on tourism. Companies halted summer ice cave tours and authorities are considering new safety regulations. But even with the best intentions, there are likely to be more accidents and fatalities because everything is getting less predictable on the mountains, with more and more loose blocks falling on the slopes. With global warming, the rock permafrost which ensures the stability of the rocks at high altitudes, is thawing and the mountain is crumbling. In July 2022, about 64,000 metric tons of water, rock and ice broke off from the Marmolada Glacier in northern Italy. The subsequent ice avalanche killed 11 people hiking a popular trail. An unusually hot spring and summer had led to massive melting high up on the glacier. That caused a large, hidden crevasse to fill with water, increasing pressure on the ice until it collapsed.

The technology to understand glacial hazards and implement early warning systems is improving, but it is a challenge to recognize which sites might become dangerous. For glacier guides, it is a constant battle to adapt to a landscape changing at lightning speed. A few decades ago, summer skiing on glaciers was widespread. Nowadays, almost all glacier ski destinations close in summer and French professionnal skiers have to fly to South America to practise their sport..

As well the safety issues glaciers pose tourists, tourists are also a huge risk to the glaciers themselves. The airplanes used by many to reach these icy destinations are an enormous source of planet-heating pollution. Each metric ton of carbon pollution melts around 30 square feet of Arctic ice, according to one study, meaning a round trip flight between New York and Anchorage in Alaska, for example, results in a loss of about 70 square feet of Arctic ice. People usually don’t realise that they themselves are the reason why we have these disappearing attractions.

For others, however, and I am one of tem, there is a real value in showing people what is being lost. We want to convince other people that global warming is not the hoax President Trump pretended. This is what I try to do during my conferences. While showing the public photos of what is happening in the Arctic, in the Alps and elsewhere in the world, I hope a few persons in the audience will realise something should be done, especially by our governments, to stop the drama that is unfolding at the poles and in the mountains.

Source : CNN News via Yahoo news.