Catastrophe écologique au Kamchatka (suite) // Environmental disaster in Kamchatka (continued)

Comme je l’ai écrit précédemment (voir ma note du 10 octobre), une pollution à grande échelle affecte la côte de la péninsule du Kamtchatka (Russie). De nombreuses questions restent en suspens sur la cause possible de ce désastre écologique. Jusqu’à présent, les plongeurs pensaient qu’il s’agissait de la fuite de produits pétroliers et de phénol à partir de navires en transit dans le golfe d’Avacha, ou d’une manœuvre militaire qui aurait pu polluer une rivière qui se jette dans l’océan.

Afin de trouver une solution et de mettre fin aux théories contradictoires, le gouverneur du Kamtchatka a invité des experts américains, japonais et chinois à participer aux investigations. Les scientifiques russes, quant à eux, sont persuadés que ce sont des algues toxiques, et non une pollution, qui ont anéanti la vie marine au large des côtes de la péninsule.
Quelle que soit la cause, la région du Kamtchatka est confrontée à une situation environnementale catastrophique avec la mort d’un grand nombre d’animaux marins..
Le groupe d’experts examinera les résultats et hypothèses des analyses qui ont déjà été effectuées. Comme indiqué plus haut, des scientifiques russes pensent que c’est un phénomène appelé Marée Rouge, dû à l’activation rapide d’algues toxiques, qui a tué la vie marine. Il va donc falloir mettre sur pied des expéditions pour découvrir ce qui a conduit à l’activation des algues.
L’expression Marée Rouge désigne un phénomène causé par la prolifération d’algues qui libèrent de fortes toxines qui décolorent l’eau et appauvrissent sa teneur en oxygène. Selon les dernières mesures, jusqu’à 95% des animaux marins ont été tués dans le golfe d’Avacha. On se souvient que la communauté locale de surfeurs – les premiers à signaler la situation alarmante – se  plaignaient de maux de gorge, de maux de tête et de problèmes oculaires.
Le problème n’est pas dû à l’activité volcanique et sismique car les volcans actuellement en éruption se trouvent à 300 ou 400 kilomètres de la zone de la catastrophe.
Les services de surveillance environnementale de la Russie ont signalé un excès de phosphates, de fer,de phénols et d’ammonium,dans des proportions atteignant respectivement 10,8 fois, 7,2 fois, 6,9 ​​fois et 6,2 fois la normale. La surveillance satellitaire a révélé qu’au moins un navire avait déversé des matières polluantes dans la mer. Une procédure pénale a été ouverte pour pollution du milieu marin.
Jusqu’à présent, l’hypothèse selon laquelle des déchets militaires en provenance d’un site construit à l’époque soviétique sur le volcan Kozelsky serait la cause de la pollution a été écartée. En revanche, l’effet nocif des substances enfouies dans la baie de Prilivnaya ne peut être exclu.
Les résultats d’une expédition de plongeurs au sud de la péninsule du Kamtchatka qui a débuté le 11 octobre devraient être publiés prochainement.

Voici une vidéo montrant l’ampleur de la pollution :

https://youtu.be/YYTeGxo3Y5A

Source: The Siberian Times.

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As I put it before (see my post of October 10th) a wide-scale pollution has affected the coast of the Kamchatka Peninsula in Russia. Many questions were asked about the possible cause of the pollution. Up to now, it was attributed to the leakage of oil products and phenol from ships passing through the Avacha Gulf, or to a military manoeuvre that might have polluted a river that flows into the ocean.

In order to find a solution and put an end to the conflicting theories, the Governor of Kamchatka has invited US, Japanese and Chinese experts to loin the investigation. Russian scientists insist it was toxic algae not pollution that killed marine life off the peninsula’s coast.

With the pollution, the Kamchatka region faces a challenging environmental situation which involves the mass death of marine animals in Avacha Bay of the Pacific Ocean.

The research group will work remotely and examine the available analyses results and hypotheses. A group of Russian scientists said that according to their research it was the so-called Red Tide – the rapid activation of toxic algae – that killed marine life. One of the next tasks will be to organise expeditions to find out what led to the activation of the algae.

A Red Tide is a generic term for a phenomenon caused by blooming algae releasing strong toxins which discolour the water and deplete oxygen in the water. Up to 95% of marine animals were killed at the Avacha Gulf according to the earlier probes, with the local community of surfers who were the first ones to flag the alarming situation complaining about throat aches, headaches and temporary worsening eyesight.

The version of the harmful effects of volcanic and seismological activity has been ruled out, since the volcanoes that are now erupting are located at a distance of 300-400 kilometres from the water area.

Russia’s environment watchdog has reported excess of phosphates in the coastal waters by 10.8 times, iron by 7.2 times, phenols by 6.9 times and ammonium by 6.2 times. At least one ship has been found to be dumping polluted waste into the water according to satellite monitoring. Russian Investigative Committee opened a criminal case into pollution of the marine environment.

So far the version of the military waste site built in Soviet times by the Kozelsky volcano causing the pollution was ruled out. The harmful effect of the substances that are buried at the Prilivnaya Bay cannot be excluded.

Results of the divers expedition to the south of the Kamchatka peninsula that set off on 11 October should be released soon.

Here is a video showing the extent of the pollution:

https://youtu.be/YYTeGxo3Y5A

Source: The Siberian Times.

Source : Wikipedia

La dernière zone de glace // The Last Ice Area

Le réchauffement climatique réduit de plus en plus la taille et la durée de la glace de mer pendant l’été dans l’Arctique. Les projections scientifiques montrent que c’est au nord du Canada et du Groenland qu’elle résistera le plus longtemps. C’est là que se trouve  « la dernière zone de glace ». Dans les années à venir, elle sera vitale pour les populations dont la vie en dépend. En cliquant sur le lien ci-dessous, vous verrez une vidéo qui montre comment la glace de l’Arctique se déplace et change au fil du temps. Une grande partie de la glace la plus ancienne a déjà disparu et ce qui reste – la « dernière zone de glace » – se trouve le long des côtes septentrionales du Canada et du Groenland.
https://youtu.be/8auMIfF50Ng

Le dernier documentaire diffusé par le National Geographic, intitulé The Last Ice, montre à quel point les communautés Inuit du Canada et du Groenland sont touchées par la fonte de la glace de mer dans l’Arctique.
Le village de Pikialasorsuaq est entouré de la «dernière zone de glace», celle qui devrait subsister lorsque toutes les autres auront disparu pendant l’été. La protection de cette zone est essentielle pour les populations qui en dépendent et pour la faune dont la vie, ou plutôt la survie, est tributaire de la glace de mer.
Comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Les Inuit sont le visage humain du réchauffement climatique. Le drame, c’est que les activités qui génèrent la pollution avec les gaz à effet de serre ne se trouvent pas dans l’Arctique, mais plus au sud, là même où nous vivons, mais les Inuit en subissent les conséquences. Cela démontre à quel point tout est connecté et que si l’on trafique la Nature ou le Climat dans une partie du monde, les conséquences sont universelles.
L’Arctique est également menacé par les ressources naturelles qui se cachent sous la glace, avec les gisements de pétrole et de gaz. La fonte de l’Arctique signifie aussi l’ouverture de voies maritimes plus rapides et l’arrivée du tourisme.

La réalisation du documentaire The Last Ice a débuté en 2015. Au départ, ce devait être un documentaire plus scientifique montrant la faune traditionnelle et la glace de mer, mais l’équipe de tournage s’est rapidement rendue compte que le sujet était beaucoup plus vaste, avec beaucoup d’histoires humaines à raconter.
Le documentaire montre diverses menaces qui pèsent sur la survie des habitants de ces régions, la vie des animaux, le maintien des traditions culturelles, et même l’interdépendance relativement inconnue des habitants du Groenland et du Canada.
Les familles qui vivent dans ces régions depuis plusieurs générations et qui ont assimilé les pratiques traditionnelles transmises par ‘les détenteurs du savoir’ doivent non seulement s’adapter au changement climatique, mais aussi, apprendre à déménager vers une autre région. Ne serait-ce qu’au Nunavut, sept Inuit sur dix sont en situation d’insécurité alimentaire en raison du coût élevé de la vie. En effet, la nourriture doit être expédiée par avion vers ces régions.
La COVID-19 secoue le monde au moment de la sortie de ce documentaire. La pandémie montre que nous avons plus pris à la planète que ce qu’elle est capable de nous fournir. Le film rappelle que nous ne pouvons pas continuer à exploiter ses ressources comme nous l’avons fait jusqu’à présent ; nous n’avons pas besoin du pétrole de l’Arctique, nous devons éliminer progressivement les combustibles fossiles et les remplacer par des énergies renouvelables si nous voulons éviter des catastrophes.

La diffusion du documentaire The Last Ice est prévue en octobre sur le site du National Geographic WILD. Voici la bande-annonce:
https://www.youtube.com/watch?v=qpZdevJEA7I

Source : National Geographic.

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As climate change reduces the size and duration of summer Arctic sea ice, scientific projections show it will last the longest above Canada and Greenland. This is the Last Ice Area. In the coming years, it will be essential as an enduring home for ice-dependent life. This video shows how the Arctic’s oldest ice is moving and changing over time. Much of the oldest ice has already disappeared, and that which remains is found along the northern shores of Canada and Greenland – the Last Ice Area.

https://youtu.be/8auMIfF50Ng

National Geographic’s latest documentary, The Last Ice, tells the harrowing story of how Inuit communities in Canada and Greenland are being impacted by the melting sea ice in the Arctic.

The village of Pikialasorsuaq is surrounded by “last ice area, » which is expected to remain when all other areas with significant summer ice will be gone. Protecting this area is essential for the surrounding communities and the sea ice dependant wildlife.

As I put it several times before, the Arctic is warming twice as fast as the rest of the world. The Inuit are really the human face of global warming, and all the activities that produce all the carbon pollution are not in the Arctic region, they are mostly in a world where we are or farther south, but the Inuit are suffering the consequences. This is one more example of how everything is connected, how everybody is connected and that if you tamper with nature, or the climate, on one part of the world, the consequences are going to be global.

The Arctic is also being threatened by industrial opportunities from oil and gas deposits, the desire for faster shipping routes and tourism through these melting areas of ice. Creating The Last Ice documentary began in 2015. It was initially set to be a more scientific “traditional wildlife and sea-ice” documentary but the team quickly realized that the story was much bigger, with so many interconnected human stories to tell.

The documentary shows a variety of threats to how people in these areas survive, including the lives of animals, maintaining and carrying forward cultural traditions, and even the relatively unknown interconnectedness of the people in Greenland and Canada.

Families who have lived in those regions for many generations and learning traditional practices from the knowledge keepers are having to not only adapt to a changing climate but also, essentially, having to relocate to a whole other area that impacts that knowledge transfer and ability to safely live in your homeland. In Nunavut alone, seven out of 10 Inuit are food insecure due to the high cost of living, because food needs to be shipped to the area by plane.

As COVID-19 sweeps across the globe, coinciding with the release of this documentary, the pandemic shows that “we have taken too much out that the planet is providing for us. The film is a reminder that we cannot continue exploiting the resources of the planet, like we have until now, we do not need oil from the Arctic, we need to phase out fossil fuels and replace them with renewable energies if we are to prevent future disasters.

The Last Ice is expected to broadcast on National Geographic WILD this October. Here is the trailer:

https://www.youtube.com/watch?v=qpZdevJEA7I

Source: National Geographic.

L’étendue de la glace de mer se réduit comme peau de chagrin. Voici la surface qu’elle occupait en septembre 2016. Elle a diminué encore davantage depuis cette date (Source : WWF)

L’Arctique et le réchauffement climatique (suite) // The Arctic and global warming (continued)

Un article publié dans le Juneau Empire, journal local de l’Alaska, résume parfaitement les bouleversements qui affecteront l’Arctique au cours des prochaines années en raison du réchauffement climatique. Selon la NOAA, la hausse des températures et la diminution de la couverture de neige et de glace dans l’Arctique mettent dès à présent en danger l’habitat, la pêche et les cultures locales. La disparition de la glace affecte les gens et leurs mode de vie.
La Mer de Béring,  entre l’Alaska et la Russie, est l’une des deux zones de pêche les plus productives au monde. Le problème, c’est que cette région se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Les deux dernier hivers ont vu la plus faible surface occupée par la glace de mer en Mer de Béring. En conséquence, les habitats des poissons dont dépendent la pêche industrielle et les groupes autochtones se sont déplacés vers le nord. L’industrie de la pêche repose sur l’hypothèse que le poisson se trouve à un certain endroit à un certain moment, mais cela ne sera plus vrai avec le changement rapide des conditions dans l’Arctique.
Les communautés autochtones sont  inquiètes elles aussi. Elles attendent avec impatience le retour de la glace de mer à chaque automne. C’est cette glace qui donne accès aux phoques, baleines, morses, poissons, crabes et autres espèces marines qui constituent leurs moyens de subsistance. Ces communautés observaient autrefois la glace dans le nord de la Mer de Béring pendant huit mois par an, mais maintenant elles ne la voient que pendant trois ou quatre mois.
La fonte de la calotte glaciaire du Groenland s’est accélérée. Elle est désormais sept fois plus rapide que dans les années 1990. Le manque de glace entraîne des perturbations alimentaires pour de nombreuses espèces de l’Arctique. Les ours polaires traquent leurs proies, y compris les phoques, sur la glace. Les goélands se nourrissent des restes des festins des ours, ainsi que de petits poissons et autres créatures. Avec le réchauffement climatique, les oiseaux migrent vers l’Arctique et ne trouvent plus la nourriture dont ils ont besoin. Ils errent l’estomac vide sur les plages. Les communautés autochtones expliquent avoir vu des oiseaux de mer morts sur les plages en nombre plus élevé que jamais auparavant.
La population reproductrice de goélands de l’Arctique canadien a diminué de 70% depuis les années 1980. Cela est probablement dû à réduction de la glace de mer et à la contamination de la chaîne alimentaire. Le goéland de l’Arctique est comme le canari de la mine de charbon*. Il est un excellent indicateur de son environnement. Comme l’a dit un scientifique: «C’est à nous et à personne d’autre de comprendre pourquoi ces changements se produisent et ce que nous pouvons faire pour remédier.»
Source: Juneau Empire.

* Allusion aux canaris en cage que les mineurs amenaient à fond de mine au 19ème siècle. Les gaz toxiques comme le monoxyde de carbone qui s’accumulent dans les mines tuaient les canaris avant les mineurs, leur donnant l’alerte et leur permettant d’évacuer.

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An article published in the local Alaskan newspaper Juneau Empire, sums up perfectly the deep changes that will affect the Arctic in the coming years because of the impact of global warming. According to NOAA, rising temperatures and shrinking snow and ice cover in the Arctic are endangering habitats, fisheries and local cultures. The loss of ice is affecting people right now and changing their lives.

The Bering Sea, which lies between Alaska and Russia, is one of the world’s two most productive fisheries. But the Arctic region is warming more than twice as fast as the rest of the planet. The past two years saw record low levels of sea ice – frozen sea water – floating on the Bering Sea during winter. As a consequence, the habitats of fish on which commercial fisheries and indigenous groups depend have shifted northward. Fishing industries are built around the assumption that fish will be in a certain place at a certain time, but this will ne longer be true in response to a rapidly changing Arctic.

Indigeneous communities are worried too. They look for the return of the sea ice every fall season. The ice provides access to seals, whales, walrus, fish, crabs and other marine life for our subsistence harvests. These communities once saw the ice in the northern Bering Sea during eight months of the year, but now they only see it for three or four months.

The melting of Greenland’s ice sheet has accelerated. It is now seven times faster than in the 1990s. Less ice means feeding disruptions for many Arctic species. Polar bears stalk their prey, including seals, on ice. Ivory gulls scavenge on ice for scraps of those hunts, as well as for small fish and other creatures. With global warming, birds are migrating to the Arctic and not finding the food they need. They are showing up with empty stomachs on the beaches. The indigenous communities are reporting seeing seabirds dead on beaches in numbers they haven’t seen before.

Arctic Canada’s breeding population of ivory gulls has declined 70% since the 1980s. This is likely due to loss of sea ice as well contamination in the food chain. The ivory gull in the Arctic is like the canary in the coal mine. As one scientist said: “It is really incumbent on us to understand why these changes are happening, and what can be done.”

Source: Juneau Empire.

Glace de mer dans l’Arctique (Photo: C. Grandpey)

Conséquences prévisibles du réchauffement climatique dans les Pyrénées

L’Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique (OPCC) alerte une nouvelle fois sur les conséquences de la hausse des températures sur le massif. On peut lire dans le dernier rapport de l’Observatoire que l’épaisseur de neige dans les Pyrénées pourrait diminuer de moitié et les températures maximales moyennes augmenter de 1,4 à 3,3°C d’ici à 2050.

Dans des notes publiées le 17 et le 29 septembre 2018, j’ai personnellement attiré l’attention sur la hausse des températures dans les Pyrénées. Ainsi, cela faisait 91 jours le 15 septembre 2018 qu’il n’y avait pas eu de gel au Pic du Midi de Bigorre, à 2877 mètres d’altitude. La dernière journée de gelée – avec – 1,6°C – datait du 14 juin. Depuis que les mesures de températures sont enregistrées sur le site, c’est un record. Il faut remonter à 1822 pour retrouver pareille situation

Selon le rapport de l’OPCC, « la Terre n’a jamais connu de changements climatiques aussi rapides que ceux d’aujourd’hui. » Les variations de températures actuelles sont comparables à celles connues durant les périodes de transitions glacières et l’Holocène, soit les 11 700 dernières années. Depuis 1949, les températures moyennes annuelles ont augmenté de 0,2°C par décennie, soit une augmentation totale de 1,2 degré sur l’ensemble du massif pyrénéen.

Selon plusieurs scénarios de projection réalisés dans le cadre du projet de recherche transfrontalier ClimPy – entre la France, l’Espagne et Andorre – les températures maximales pourraient augmenter de 1 à 2,7°C à l’horizon 2030 et de 1,4 à 3,3°C à l’horizon 2050.

En fin de siècle, l’augmentation oscillerait entre 4,3 et 7,1°C pour le pire scénario, et entre 1,9 et 4,2°C dans le meilleur des cas.

Le rapport souligne aussi la baisse des volumes annuels de précipitations, de l’ordre de 2,5 % par décennie. Cette baisse s’accompagnerait d’une baisse significative de l’épaisseur moyenne de neige. Ainsi, dans les Pyrénées centrales à une altitude de 1800 mètres, l’épaisseur moyenne de neige pourrait diminuer de moitié d’ici 2050 et la période de permanence de la neige au sol se raccourcirait de plus d’un mois.

Ces multiples changements sans précédent auront une influence sur les espèces de montagne les plus sensibles. On observe déjà des modifications de l’état physiologique et de l’abondance de certains oiseaux, en même temps que des diminutions considérables de population chez les amphibiens, groupe de vertébrés parmi les plus vulnérables.

A l’échelle globale, le rapport de l’OPCC estime que les espèces européennes se sont déplacées de 11 mètres en moyenne par décennie vers les altitudes supérieures à cause du réchauffement climatique. D’autres effets négatifs sont à prévoir, comme la diminution du débit des cours d’eau qui, à terme, peut affecter la capacité des centrales hydrauliques à produire de l’énergie. Il ne faudrait pas oublier non plus l’augmentation des risques naturels (inondations violentes, glissements de terrain, avalanches) ainsi que la réduction de l’attrait touristique hivernal de certaines stations de ski situées dans les Pyrénées.

Ces derniers points pourraient cependant être contrebalancés par quelques évolutions positives, comme l’augmentation de la capacité de production d’énergie photovoltaïque (+ 10 % au milieu du siècle) et un prolongement de la saison touristique estivale dans les Pyrénées.

Source : Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique.

Vue du massif pyrénéen depuis le Pic du Midi (Photo: C. Grandpey)

2017: Centenaire du Parc National du Denali (Alaska) // 100th anniversary of Denali National Park (Alaska)

L’année 2016 a marqué le 100ème anniversaire de la création du service des parcs nationaux aux États-Unis, avec des millions de visiteurs venus participer à des festivités. En cette année 2017, l’Alaska célèbre un autre anniversaire, celui du Denali National Park and Preserve qui a eu 100 ans au mois de février. Moins connu parce que plus loin que Yellowstone, par exemple, le Parc National du Denali est l’une de mes destinations préférées aux États-Unis, bien que les montagnes qui s’y trouvent ne soient pas des volcans.
Le Denali – « celui qui est haut », en langue athapascane – porte ce nom depuis 2015, suite à la décision du Président Obama d’abandonner l’ancienne appellation McKinley. Il avait fasciné en 1908 le conservationniste Charles Sheldon qui avait décidé de plaider la cause de ce «Yellowstone de l’Alaska». D’une superficies de 23 310 kilomètres carrés et reconnu pour sa splendeur sauvage quand le président Woodrow Wilson l’a élevé au rang de Park National en 1917, le territoire du Mont McKinley avait déjà attiré des milliers de personnes désireuses de pénétrer dans un lieu protégé, loin de l’influence humaine. Il symbolisait la faune, les montagnes, et la nature sauvage, contrairement à certains autres parcs populaires situés dans des parties plus accessibles des États-Unis.
Il est vrai que le Parc National du Denali est l’un des endroits les plus accessibles avec son entrée principale le long de la Parks Highway. On trouve tout autour de nombreux terrains de camping et des possibilités d’hébergement. 599 822 personnes ont visité le Parc du Denali en 2016 (j’étais parmi elles!), soit environ 10 000 de plus que l’année précédente et une forte augmentation par rapport aux 388 433 en 2012.
Le Parc est réputé pour sa faune, et les visiteurs espèrent voir le plus grand nombre possible d’espèces animales avant de repartir. Comme en Afrique, la plupart viennent voir les «Big Five» : élan, mouton de Dall, loup, caribou et grizzly. La plupart des animaux sauvages qui vivent dans le parc disposent de 23 000 km2 et ne sont pas dérangés par les humains.
J’ai visité le Parc National du Denali à deux reprises et chaque fois, j’ai éprouvé un grand plaisir à voyager au sein de la toundra, avec des rencontres avec un grizzly ou un élan, et les 6190 mètres du Denali en toile de fond. Les deux visites étaient en septembre, lorsque la toundra vire au rouge et les bouleaux deviennent des îles jaunes dans l’immensité du Parc. J’ai encore à l’esprit les vues sur le Denali et de ses glaciers quelques minutes avant l’atterrissage à l’aéroport d’Anchorage. Il est difficile de comparer le Parc du Denali à celui de Yellowstone. Bien que tous deux soient facilement accessibles, ils sont totalement différents, essentiellement parce qu’il n’y a pas de sources chaudes et de geysers dans le Parc National du Denali. En outre, bien qu’ils soient tous les deux situés dans des zones montagneuses, les paysages sont très différents. La meilleure façon de comparer ces deux parcs nationaux est … de leur rendre visite!

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Last year marked the 100th anniversary of the National Park Service in the United States, with millions of visitors attending festivities to celebrate. But this year is Alaska’s opportunity for a centennial milestone. Denali National Park and Preserve turned 100 in February 2017. Less known and a farther destination than Yellowstone, Denali is one of my favourite destinations in the U.S., although the mountains are not volcanoes.

Encompassing more than 9,000 square miles of alpine tundra, taiga forest, and mountains including North America’s highest peak, Denali has attracted attention since conservationist Charles Sheldon first raised field glasses to his eyes in 1908 and decided to advocate for this « Yellowstone of Alaska. » Defined almost immediately by its wildness when designated by President Woodrow Wilson in 1917, what was then called Mount McKinley National Park attracted thousands of people wanting to experience a place shielded from much human influence. Denali meant wildlife, mountains, and wilderness, unlike popular parks in more accessible parts of the United States.

Denali is one of the most accessible places for Alaska families with an easy-to-reach entrance along the Parks Highway and plenty of campgrounds and lodging options for overnight stays. 2016 brought 599,822 visitors (I was among them!), about 10,000 more than the previous year and a big increase from the 388,433 in 2012.

Denali National Park and Preserve is famous for its wildlife, and visitors want to see as many species as possible before leaving. Like in Africa, the bulk of Denali’s visitors come to see the ‘Big Five:’ moose, Dall sheep, wolves, caribou, and grizzly bear. Most of the wild animals that live in the Park have 6 million acres to roam and explore undisturbed by humans.

I visited Denali National Park and Preserve twice and each time, I felt a great pleasure while travelling across the tundra, with some unexpected encounters with a grizzly or a moose and Denali peak in the background. Both visits were in September when the tundra gets red and the birch trees are yellow islands in the immensity of the Park. I can also remember the views on the mountains and its glaciers a few minutes before landing in Anchorage Ted Stevens Airport. It is difficult to compare Denali with Yellowstone. Although they are both easily accessible, they are quite different, essentially because there are no hot springs and geysers in Denali National Park. Besides, although they are both located in mountainous areas, the landscapes are very different. The best way to compare these two national parks is…to pay them a visit!

Photos: C. Grandpey

 

Vers un refroidissement de l’Arctique ? Pas si sûr ! // Toward some cooling of the Arctic ? Not so sure!

drapeau-francaisSelon les météorologues américains, les conditions chaudes inhabituelles qui persistent dans les eaux au large de l’Alaska et de la côte ouest des Etats-Unis semblent aujourd’hui en train de s’affaiblir. Selon les prévisions saisonnières, les eaux du Golfe d’Alaska devraient être à peine plus chaudes que la normale l’été prochain. Toutefois, les températures élevées qui sont apparues à la fin de l’année 2013 et ont semblé si exceptionnelles deviendront probablement la norme dans les prochaines décennies. Les chercheurs affirment que si les émissions de carbone continuent sur leur trajectoire actuelle, les températures moyennes d’avril à juin dans le Golfe d’Alaska au cours de la seconde moitié du 21ème siècle devraient dépasser de 3,2 degrés Celsius celles de la seconde moitié du 20ème siècle.
Dans la Mer de Béring, où la glace de mer devrait disparaître même en hiver, les températures moyennes de la surface de la mer en été devraient être de 4 degrés Celsius supérieures à celles de la seconde moitié du 20ème siècle.
Il y a des fortes chances pour que les eaux inhabituellement chaudes du Pacifique Nord aient eu pour conséquence une série de maladies et de morts animales ainsi qu’une importante prolifération d’algues et autres bizarreries marines au cours des dernières années. Par exemple, des dizaines de baleines ont été retrouvées mortes en 2015 et 2016 dans le Golfe d’Alaska. Des dizaines de milliers de cadavres de guillemots ont été découverts depuis le printemps dernier sur les plages du Golfe d’Alaska. Une hécatombe sans précédent de macareux huppés a eu lieu l’automne dernier le long des côtes de l’île Saint-Paul dans la Mer de Béring. On a retrouvé des loutres de mer malades ou mortes dans la baie de Kachemak en 2015, probablement à cause de toxines produites par des algues.
L’eau chaude qui semble être la cause de ces problèmes ne se trouve pas seulement dans la couche supérieure de la mer. Elle atteint environ 80 mètres de profondeur au large de l’Alaska et 200 mètres dans certains endroits
Selon les météorologues, le réchauffement du climat au cours des trois dernières années est probablement un aperçu de ce qui nous attend dans les prochaines décennies. Comme l’a dit un chercheur: «Le récent réchauffement annonce ce que seront probablement les conditions dans les années 2040 et 2050. »
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisAccording to U.S. meteorologists, the unusual warm conditions that have persisted in the waters off Alaska and the West Coast now appear to be diminishing. Seasonal forecasts are calling for only a slightly warmer-than-normal Gulf of Alaska for next summer. The higher temperatures that emerged at the end of 2013 and seemed so remarkable are likely become the norm in future decades. Researchers say that if carbon emissions continue on their current path, average April-to-June sea-surface temperatures in the second half of this century are expected to be 3.2 degrees Celsius higher in the Gulf of Alaska than they were in the second half of the 20th century.

In the Bering Sea, where sea ice is expected to disappear even in winter, average sea-surface temperatures in summer are expected to be 4 degrees Celsius higher than they were in the second half of the 20th century.

The unusually warm waters in the North Pacific are believed to be linked to a series of animal illnesses and deaths, big algal blooms and marine oddities over the past few years. For instance, dozens of whales were found dead in 2015 and 2016 in the Gulf of Alaska. Tens of thousands of dead common murres have been found since last spring on Gulf of Alaska beaches. An unprecedented die-off of tufted puffins was discovered this past fall along the coasts of St. Paul Island in the Bering Sea. Sea otters in Kachemak Bay were found sick or dead in 2015 from what appeared to be algal-produced toxins.

The warm water believed to be linked to these problems was not just at the top layer of the sea. It reached about 80 metres in depth off Alaska and 200 metres in some spots

According to meteorologists, the long-term warming is likely to make the climate event of the past three years a preview of what is to come in future decades. Said one researcher: « This recent  warm-up is kind of going to be more typical of what conditions are going to be in the 2040s and 2050s. »

Source: Alaska Dispatch News.

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loutres-blog

Victimes du réchauffement climatique: La glace et les loutres de mer.

(Photos: C. Grandpey)

Islande: Le Lac Mývatn en danger // Iceland: Lake Mývatn in danger

drapeau-francaisComme je l’ai indiqué à plusieurs reprises sur ce blog, l’Islande subit de plein fouet les assauts du tourisme de masse avec les conséquences que l’on imagine pour la nature très fragile de ce pays. J’ai signalé les agissements de certains qui n’hésitent pas à faire rouler leur 4X4 sur des zones protégées où la végétation mettra des décennies pour se régénérer, sans parler du comportement imbécile d’autres touristes à Gullfoss ou au Jokulsarlon.

C’est maintenant au tour de la flore et de la faune du célèbre Lac Mývatn et des rivières de la région, la Laxá par exemple, d’être affectées par un mal mystérieux. La situation est très préoccupante et le gouvernement va devoir prendre des mesures d’urgence. Selon une association de pêche locale, la flore et la faune du lac sont menacées d’eutrophisation (accumulation de nutriments entraînant une croissance dense de la vie végétale et la mort de la vie animale en raison du manque d’oxygène). Dans les rivières, la population de truites est proche de l’extinction, les populations d’épinoches sont à des niveaux historiquement bas, et le niveau de floraison bactérienne dans le lac est bien en dessus de la limite préconisée par l’Organisation Mondiale de la Santé pour les lacs de loisirs. Les boules de cladophora (NDLR : également appelées boules anti-nitrates par les aquariophiles) qui tapissaient autrefois le fond du lac ont maintenant disparu de Mývatn. La région du Lac Mývatn figure sur la liste rouge  de l’Agence de l’Environnement islandaise pour la quatrième année consécutive.
Le mystère entoure la cause de la détérioration de la flore et de la faune locales, mais les pêcheurs sont persuadés que le principal responsable est l’augmentation considérable du nombre de visiteurs et le stress que leur présence occasionne sur la Nature.
Source: Iceland Review.

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drapeau-anglaisAs I have written several times in this blog, Iceland is suffering the brunt of mass tourism with the consequences we can imagine for the very fragile nature of the country. I have reported the actions of some tourists who drove their 4-wheel vehicles on protected areas where the vegetation will take decades to regenerate, not to mention the idiotic behaviour of other tourists at Gullfoss and Jokulsarlon.
It is now the flora and fauna of the famous Lake Myvatn and the rivers of the region, the Laxá for example, to be affected by a mysterious illness. The situation is very worrying and the government needs to take emergency measures. According to a local fishing association, wildlife in the area is under threat from eutrophication (a build-up of nutrients causing a dense growth of plant life and death of animal life due to lack of oxygen). River trout have been close to extinction, populations of stickleback are at historical lows, and levels of bacterial bloom in the lake are well above World Health Organisation safety limits for recreational lakes. The distinctive cladophora moss balls, which once covered the lake floor have now disappeared from Mývatn. The Mývatn area is now on the Environment Agency of Iceland’s ‘red list’ for the fourth year in a row.

Mystery surrounds the cause of the deterioration in local flora and fauna, but fishermen point out that the only change in the area in recent years is the huge increase in visitors with the accompanying pressure placed on nature.

Source: Iceland Review.

Myvatn 01

Le lac Mývatn et le village de Reykjalid.

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Arlequins plongeurs sur la rivière Laxá.

(Photos: C. Grandpey)