Réchauffement climatique : la station de La Plagne (Savoie) déplace ses installations

L’hiver 2022-2023 sera la dernière saison de ski sur les glaciers de La Plagne (Savoie), après près de 50 ans d’exploitation. L’hiver prochain, les travaux devant permettre de supprimer tout équipement du domaine glaciaire, pour reporter les skieurs vers une zone moins sensible au réchauffement climatique, seront terminés. Une nouvelle télécabine sera construite sur une emprise moins affectée par la hausse des températures. Le chantier de 30 M€, entièrement financé par la station, supprime 9 hectares de surface de pistes de ski.

Lors de l’aménagement des glaciers de Bellecôte et de La Chiaupe dans les années 1970, l’accès avait été prévu par une télécabine et deux télésièges. Or cette zone glaciaire, comme les autres, subit aujourd’hui une fonte importante due au réchauffement climatique. En dix ans, son volume a au moins été divisé par quatre et, d’ici quelques années, ces glaciers n’en auront plus que le nom.

Au cours de l’été 2023, le secteur glaciaire sera déséquipé, avec retrait des pylônes, câbles et bâtiments de la télécabine et des deux télésièges. En parallèle, une nouvelle télécabine sera construite avec un axe différent : son point d’arrivée (à un peu plus de 3000 mètres d’altitude) sera plus à gauche, lorsqu’on regarde les glaciers, sur du rocher sain et stable, et sur une emprise déjà aménagée.

Tout ceci permettra de maintenir un niveau raisonnable de coûts, tout en permettant au public de continuer à avoir une expérience de la haute altitude. Chaque hiver, La Plagne accueille en moyenne 2,5 millions de skieurs, dont 20 à 25% montent jusqu’au sommet de la station.

Source: presse savoyarde.

On le voit : ADAPTATION est devenu le maître mot pour les stations de ski alpines, y compris celles en haute altitude pour lesquelles le ski d’été est déjà en train de devenir une activité du passé. En moyenne et basse altitude, un autre maître mot devra être DIVERSIFICATION, faute de quoi la fréquentation sera en chute libre, avec de grosses difficultés financières.

Le ski sur glacier est en passe de devenir une activité très compliquée, comme ici dans les Hautes-Alpes, sur le glacier de la Girose (Photo: C. Grandpey)

La double éruption du Mauna Loa et du Kilauea (Hawaii) // The dual eruption of Mauna Loa and Kilauea (Hawaii)

Fin novembre et début décembre 2022, les visiteurs du Parc national des volcans d’Hawaii sur la Grande Ile ont eu la chance de pouvoir assister à deux éruptions simultanées. D’un côté, ils ont pu apercevoir un lac de lave dans le cratère de l’Halema’uma’u sur le Kilauea et, et à environ 29 kilomètres de distance, ils ont pu admirer la forte lueur émise par la lueur de la lave qui avançait sur le flanc du Mauna Loa. Les deux volcans étaient déjà entrés en éruption en même temps en 1984, l’année de la dernière colère du Mauna Loa.
Cette double éruption vient de prendre fin. Le 11 décembre 2022, les scientifiques du HVO avaient déjà déclaré que l’éruption du Kilauea marquait une pause dans le cratère de l’Halema’uma’u. Le lac de lave était recouvert d’une croûte et il n’y avait plus aucune lave active sur le plancher du cratère. Dans le même temps, l’éruption du Mauna Loa diminuait régulièrement avec le front de coulée qui s’était immobilisé à environ 2,8 km de la Saddle Road.
Dans les années 1800, époque où le Kīlauea était actif en permanence, les éruptions doubles sur la Grande Île se produisaient assez souvent. Les scientifiques du HVO expliquent que « au cours des 200 dernières années d’éruptions du Mauna Loa, lorsque ce volcan entrait en éruption, le Kīlauea faisait de même la plupart du temps ».
Selon le Global Volcanism Program (GVP) de la Smithsonian Institution qui compile les informations sur l’activité volcanique dans le monde, il y a en permanence 40 à 50 volcans en éruption à un moment donné sur notre planète. La dernière mise à jour du GVP date du 28 octobre 2022 et répertorie 47 éruptions.
Il existe un certain nombre de volcans jumeaux dans le monde. Le meilleur exemple se trouve en République Démocratique du Congo où le Nyiragongo et le Nyamulagira entrent en éruption fréquemment en même temps. Le Nyiragongo est un peu comme le Kilauea car il héberge un lac de lave qui est généralement actif. Le Nyamulagira ressemble davantage au Mauna Loa, avec des émissions de coulées de lave espacées de quelques années. En distance, ces deux volcans sont encore plus proches l’un de l’autre que le Kilauea et le Mauna Loa.
En Indonésie, les volcans Ibu et Dukono entrent, eux aussi, souvent en éruption en même temps sur l’île d’Halmahera.
En ce qui concerne le Mauna Loa et le Kilauea, les deux volcans ont probablement des sources d’alimentation indépendantes dans le manteau terrestre car ils ont des laves dont la composition est légèrement différente. De plus, rien ne montre qu’il existe vraiment une influence du comportement de l’un sur l’autre. .
Le Kilauea et le Mauna Loa sont des volcans importants car ils sont bien surveillés. Comme le Piton de la Fournaise à La Réunion, ce sont des volcans « laboratoires ». Les leçons tirées de leur comportement peuvent être appliquées à d’autres volcans moins bien surveillés dans le monde.
Source : Big Island Now.

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Late in November and early in December 2022, visitors to Hawaii Volcanoes National Park on the Big Island have had the rare opportunity to view two eruptions. They could see a lava lake in Halemaʻumaʻu Crater on Kilauea; and about 29 kilometer away, the bright glow of lava travelling down the slopes of Mauna Loa. The last time the two volcanoes were erupting at the same time was in 1984. It was also the last time Mauna Loa erupted.

However, the dual eruption has ended. On December 11th, 2022, scientists said the Kilauea eruption within Halemaʻumaʻu crater had paused. The lava lake was all crusted over and no more active lava could be seen on the crater floor. In the meantime, the Mauna Loa eruption was steadily declining with the flow front stalled about 2.8 km from Saddle Road.

In the 1800s, when Kīlauea was continuously active, dual eruptions on the Big Island occurred more often. Sciebtists at HVO explain that “over the last 200 years of Mauna Loa eruptions, when Mauna Loa erupted, Kīlauea was also erupting a majority of the time.”

There are always 40 to 50 volcanoes erupting at any given time in the world, according to the Smithsonian Institution’s Global Volcanism Program which compiles the information about volcanic activity around the world. The latest update for active volcanoes is from October 28th, 2022 and lists 47 eruptions.

There are a number of pairs of volcanoes that are in close proximity around the world. The best example is in the Democratic Republic of Congo, where Nyiragongo and Nyamulagira frequently erupt at the same time. Nyiragongo is a bit like Kilauea because there is a lava lake that is usually active, while Nyamulagira is similar to Mauna Loa, with lava flow eruptions every few years. Those two volcanoes are located even closer together than Kilauea and Mauna Loa.

In Indonesia, volcanoes Ibu and Dukono are erupting in tandem on the same island in the remote Maluku island chain.

As far as Mauna Loa and Kilauea are concerned, both volcanoes probably have independent source areas in the mantle because they erupt in slightly different compositions. Moreover, there is not really a record of them impacting one another in a direct way.

Kilauea and Mauna Loa are important volcanoes because they are well monitored. Like Piton de la Fournaise on Reunion Island, they are dubbed “laboratory” volcanoes. The lessons learnt from their behaviour can be applied to other, less-well-understood volcanoes around the world.

Source: Big Island Now.

Des coulées de lave sur les flancs du Mauna Loa et un lac de lave au sommet du Kilauea, un comportement habituel de ces deux volcans (Crédit photo: USGS / HVO)

Aller à Hawaii sans éruptions? Pourquoi pas!

Deux visiteurs de mon blog viennent de me contacter pour savoir si ça vaut la peine d’aller à Hawaii au moment où l’activité éruptive est en phase terminale sur le Mauna Loa et a cessé, au moins temporairement, sur le Kilauea.

Si ces personnes voulaient aller à Hawaii dans le seul but d’assister à une éruption, il est évident qu’elles seront déçues. Supporter 20 heures d’avion pour ne pas voir la lave couler, c’est forcément très frustrant!

Toutefois, si le voyage à Hawaii est une première pour ces personnes, il faut savoir qu’il y a des tas de choses intéressantes à voir sur l’archipel. Côté température, c’est déjà le dépaysement total: zéro degré à Paris, 25° à Honolulu! Sur la Grande Ile,une visite au Parc National des Volcans d’Hawaii s’impose. Même si la lave est absente, plusieurs sites valent vraiment le détour. Entre autres, on peut mentionner la vue sur le cratère de l’Halema’uma’u, la traversée à pied du cratère du Kilauea Iki, la visite des Sulphur Banks, ou encore du Thurston Lava Tube.

Actuellement, il n’est pas possible d’accéder au sommet du Mauna Loa, mais la montée au Mauna Kea est autorisée, en sachant que l’on ne peut accéder qu’au Visiter Center avec une voiture de location, mais des agences organisent des montées au sommet. Ça vaut vraiment le coup car le panorama est somptueux au milieu des nombreux observatoires édifiés à plus de 4000 m d’altitude.

Sur la Grande Ile, on peut aussi visiter Pearl Harbor ou Waikiki à Honolulu. Pourquoi ne pas jeter un coup d’oeil aux fonds marins et aux poissons tropicaux à l’aide d’un masque, un tuba et de palmes? On pourra aussi visiter Sunset Beach, paradis des surfeurs dans le nord de la Grande Ile. Ce ne sont que quelques suggestions.

Si la durée de votre séjour (15 jours me semble le minimum) le permet, n’hésitez pas à prendre l’avion pour aller visiter Maui et escalader l’Haleakala. Maui est aussi un endroit exceptionnel pour voir les baleines pendant l’hiver. Je conseille d’acheter une excursion en bateau pour approcher les cétacés.

Un peu plus au nord-ouest, Kauai mérite également le détour avec le Canyon de Waimea, une autre merveille de la nature parcourue par plusieurs sentiers de randonnée.

En France, deux agences de voyages à dominante volcanique organisent des voyages à Hawaii. Tout est prévu à l’avance. Il suffit de se laisser guider:

80 Jours Voyages

https://80joursvoyages.com/

Aventure et Volcans

https://www.aventurevolcans.com/fr

Bon voyage!

Mauna Loa et Mauna Kea sur la Grande Ile

Caldeira de l’Haleakala à Maui

Canyon de Waimea sur l’île de Kauai

(Photos: C. Grandpey)

Prévision volcanique et sismique // Volcanic and seismic prediction

L’éruption du Mauna Loa n’a surpris personne. Tout le monde l’attendait, d’autant plus que Madame Pele ne s’était pas mise en colère depuis 1984. Cela faisait plusieurs mois que les scientifiques américains enregistraient une inflation de l’édifice volcanique. Au cours des semaines qui ont précédé la sortie de la lave, la sismicité s’était intensifiée et des réunions avaient été organisées pour expliquer la situation aux populations susceptibles d’être menacées.

Mais la prévision éruptive s’arrêtait là. La suite dépendrait des humeurs de la déesse. Les volcanologues ne savaient pas où allait sortir la lave. Elle a commencé à apparaître le 27 novembre 2022 dans la zone sommitale du Mauna Loa, avant de migrer, au grand soulagement des scientifiques, vers la zone de rift nord-est où la menace pour les zones habitées étaient très faible, alors qu’elle aurait été très forte si la lave avait décidé de sortir dans le rift sud-ouest.

L’éruption s’est déroulée sans grande surprise, avec des coulées de lave à haute température, donc très fluides, comme cela s’était déjà produit en 1984.

Sans que les scientifiques sachent pourquoi, le débit éruptif a brusquement décliné vers le 8 décembre. Aujourd’hui, aucune reprise de l’éruption ne semble à l’ordre du jour et l’histoire éruptive du Mauna Loa montre qu’un tel retour d’activité est hautement improbable.

Quand l’éruption du Mauna Loa a débuté, le Kilauea voisin avait pris de l’avance avec une éruption qui avait débuté le 29 septembre 2021. Un petit lac de lave était apparu dans le cratère de l’Halema’uma’u. Or, vers le 8 décembre 2022, alors de l’éruption du Mauna Loa montrait des signes d’épuisement, celle du Kilauea a appuyé sur la touche « pause ». La lave a cessé de s’écouler sur le plancher du cratère et le lac de lave s’est recouvert d’une croûte. S’agit-il d’une simple interruption de l’éruption ou de son arrêt définitif? Personne ne le sait.

Est-ce à dire que les deux volcans sont en relation et qu’ils sont alimentés par une chambre magmatique commune? C’est ce que pensent depuis pas mal de temps les scientifiques américains. Il sera intéressant de voir comment se comporteront les deux volcans dans les prochaines semaines.

Comme je l’ai écrit précédemment, notre aptitude à prévoir les éruptions reste faible. Certes, celle du Mauna Loa n’a pas été une surprise, mais la difficulté était de prévoir où la lave allait sortir et les volcanologues américains ne savent pas le faire.

De la même façon, leurs collègues italiens n’ont pas vu venir la dernière crise éruptive du Stromboli. L’accès à la Fossa de Vulcano reste interdit car les émissions gazeuses sont trop importantes et personne ne connaît l’avenir éruptif de ce volcan. Une coulée de lave est apparue à la base du Cratère Sud-Est de l’Etna. Simple épisode éruptif ou annonce d’un événement de plus grande ampleur? Impossible de le dire.

Pourtant, le Mauna Loa, le Kilauea, le Stromboli et l’Etna sont truffés d’instruments. Aujourd’hui, nous savons décrire le déroulement des éruptions – c’est ce que je fais sur ce blog – mais nous sommes incapable de dire où, quand et comment une éruption va se dérouler.

C’est la même chose pour les séismes. Nous connaissons la plupart des zones où ils sont susceptibles de se déclencher, mais la prévision s’arrête là. Comme pour les volcans, nous savons décrire les conséquences et expliquer les causes. C’est ce qui vient de se passer pour les séismes qui ont secoué la Sicile ces derniers jours. Leur source se trouve sur le complexe Alfeo-Etna, un immense système de failles situé à l’est de l’escarpement ibléo-maltais et qui génère des séismes depuis novembre 2021. Ces derniers n’ont pas causé de dégâts majeurs, contrairement à la secousse de M 5,6 qui a tué plus de 300 personnes le 21 novembre 2022 dans la région de Cianjur sur l’île indonésienne de Java. Elle aussi était imprévisible.

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The Mauna Loa eruption came as no surprise. Everyone was waiting for it; Madame Pele had not been angry since 1984. American scientists had been recording inflation of the volcanic edifice for several months. In the weeks before the lava erupted, seismicity had intensified and meetings had been held to explain the situation to people who might be at risk.
But eruptive prediction did not go any further. What would happen next would depend on the moods of the goddess. The volcanologists did not know where lava would be emitted. The eruption began on November 27th, 2022 in the summit area of Mauna Loa, before migrating, to the relief of scientists, to the northeast rift zone where the threat to inhabited areas was very low, while it would have been very high if lava had decided to erupt in the southwest rift.
The eruption took place without great surprise, with lava flows at high temperature, therefore very fluid, as had already happened in 1984.
Without the scientists knowing why, the eruptive output abruptly declined around December 8th. Today, no resumption of the eruption seems on the agenda and the eruptive history of Mauna Loa shows that such a return of activity is highly unlikely.
When Mauna Loa’s eruption began, neighboring Kilauea had forged ahead with an eruption that began on September 29th, 2021. A small lava lake had appeared in Halema’uma’u crater. However, around December 8th, 2022, while the eruption of Mauna Loa was showing signs of exhaustion, Kilauea pressed the « pause » button. Lava stopped flowing on the crater floor and the lava lake became crusted over. Is it a simple interruption of the eruption or its permanent cessation? No one knows.
Does this mean that the two volcanoes are related and that they are fed by a common magma chamber? This is what American scientists have been thinking for quite a lot of time. It will be interesting to see how the two volcanoes behave in the coming weeks.
As I put it previously, our ability to predict eruptions remains low. Sure, the Mauna Loa eruption was not a surprise, but the difficulty was to predict where the lava was going to erupt and American volcanologists do not know how to do it.
In the same way, their Italian colleagues did not see the last eruptive crisis of Stromboli coming. Access to the Fossa di Vulcano remains prohibited because the gaseous emissions are too high and no one knows the eruptive future of this volcano. A lava flow appeared at the base of Mt Etna’s Southeast Crater. Is it a single eruptive episode or does it announce a larger event? No one knows.
However, Mauna Loa, Kilauea, Stromboli and Etna are full of instruments. Today, we know how to describe the course of eruptions – that’s what I’m doing on this blog – but we are unable to say where, when and how an eruption will take place.
It is the same for earthquakes. We know most of the areas where they are likely to occur, but the prediction stops there. As with volcanoes, we know how to describe the consequences and explain the causes. This is what has just happened for the earthquakes that have shaken Sicily in recent days. Their source is on the Alfeo-Etna complex, a huge fault system located east of the Ibleo-Maltese escarpment and which has been generating earthquakes since November 2021. The quakes have not caused major damage, unlike the M 5.6 quake that killed more than 300 people on November 21st, 2022 in the Cianjur region on the Indonesian island of Java. It was unpredictable.

Eruption du Mauna Loa…

Eruption du Kilauea…

…et la main de Pele!