Semeru (Indonésie) : fin des opérations de recherche et hausse du niveau d’alerte // End of search operations and rise of the alert level

Les autorités indonésiennes ont élevé le niveau d’alerte du mont Semeru (Indonésie) au deuxième rang (Waspada), affirmant que le volcan pourrait de nouveau entrer en éruption après celle du début du mois qui a fait une cinquantaine de morts dans des villages ensevelis sous des couches de cendres et de boue.
L’agence géologique indonésienne a déclaré que l’activité du Semeru était de nouveau en hausse et pourrait déclencher de nouvelles coulées pyroclastiques, semblables à l’éruption du 4 décembre qui a été précédée de fortes pluies de mousson qui ont fait s’effondrer un dôme de lave sur le volcan. Environ 8 millions de mètres cubes de matériaux ont obstrué la rivière Besuk Kobokan, qui se trouve sur la trajectoire des coulées pyroclastiques. En conséquence, s’il y avait une autre éruption, ces matériaux accumulés bloqueraient le chemin de l’écoulement et feraient se propager les nouvelles coulées dans les environs.
Il est conseillé aux villageois vivant sur les pentes du Semeru de rester à 13 kilomètres du cratère. Les activités touristiques et minières sont interdites le long du bassin versant de Besuk Kobokan.
Les opérations de secours et de recherche des disparus ont pris fin le 17 décembre avec 36 personnes toujours portées disparues. Plus de 100 personnes ont été blessées, dont 22 gravement brûlées. Plus de 5 200 maisons et bâtiments ont été endommagés,
Source : médias d’information indonésiens.

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Indonesian authorities have raised the alert level for Mt Semeru (Indonesia) to the second highest (Waspada), saying it could erupt again after a sudden eruption earlier this month left about 50 people people dead in villages that were buried in layers of ash and mud.

Indonesia’s geological agency said it picked up increasing activity that could trigger more pyroclastic flows, similar to the December 4th eruption, which was preceded by heavy monsoon rains that partially collapsed a lava dome on the volcano.

About 8 million cubic meters of material from the volcano’s crater clogged the Besuk Kobokan River, which is in the path of the pyroclastic flows. As a result, if there was another eruption, it would block the flow path and create new lava flows spreading to the surrounding area.

Villagers living on Semeru’s slopes are advised to stay 13 kilometers from the crater. Tourism and mining activities are not allowed along the Besuk Kobokan watershed.

The search and rescue operations ended on December 17th with 36 people still unaccounted for. More than 100 people were injured, 22 of them with serious burns. More than 5,200 houses and buildings were damaged,

Source: Indonesian news media.

Photo: C. Grandpey

Semeru: les lacunes de la prévision et de la prévention éruptives // The shortcomings of eruptive prediction and prevention

Au lendemain de l’éruption meurtrière du Semeru (39 morts et 12 disparus, et des dizaines d’autres gravement brûlés), on se rend compte une fois de plus à quel point la prévision volcanique est faible, surtout sur les volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique.
L’éruption du Semeru s’est produite sans prévenir. Elle soulève des questions et des doutes au sein de la population sur l’efficacité du système indonésien d’alerte aux catastrophes et sur les dangers de la reconstruction sur les pentes fertiles mais dangereuses d’un volcan.
Les autorités ont déclaré que des messages d’alerte avaient été envoyés aux administrateurs locaux, mais elles ont reconnu qu’ils n’avaient pas donné lieu à un ordre d’évacuation, « en partie parce que l’activité du volcan est difficile à prévoir. »
Les messages recommandant des évacuation sont normalement relayés par l’agence nationale de gestion des catastrophes, comme ce fut le cas en 2017 lorsqu’elle a ordonné à 100 000 personnes vivant près du mont Agung à Bali de quitter immédiatement la zone de danger. C’était une bonne mesure de prévention, même si aucune éruption majeure n’a eu lieu.
Curah Kobokan est l’un des villages détruits par la dernière éruption du Semeru. En javanais, ce nom signifie « bol en train de déverser », en référence à la rivière qui passe à proximité. Autrefois source de vie, la rivière est devenue source de malheur pour ce village. Lorsque le Semeru est entré en éruption, le cours d’eau a véhiculé d’épaisses coulées de boue et de cendres à haute température qui se sont déversées directement dans Curah Kobokan, transformant le village en un champ de cendres grises qui a englouti les lignes électriques, tandis que seuls les toits des maisons dépassaient de la fange.
Les villageois disent que l’air est devenu « brûlant et noir » en quelques secondes. Les gens ont crié et se sont enfuis; certains se sont réfugiés dans une maison de prière, d’autres se sont blottis dans une canalisation en béton. Sur les huit villageois interrogés, aucun n’a déclaré avoir été prévenu d’une éruption imminente. Ils ont tous ajouté que si les gens avaient été prévenus, ils seraient partis. Au lieu de cela, en quelques minutes, la coulée pyroclastique les a tués.
La dévastation causée par le Semeru peut être attribuée à un ensemble de facteurs, mais personne ne se sent responsable. Cela me rappelle la dernière grande éruption du volcan Fuego (Guatemala) et ses centaines de morts. À la suite de l’événement, l’INSIVUMEH et le CONRED se sont mutuellement attribués la responsabilité du désastre.
Le directeur de l’agence géologique indonésienne a déclaré que des messages avaient été envoyés aux autorités locales pour les avertir du risque de coulée pyroclastique et que la rivière près de Curah Kobokan était marquée en rouge sur la carte.
L’agence de gestion des catastrophes de Java Est a déclaré que les mises e garde avaient été transmises aux agences locales, mais qu’il n’y avait pas eu d’ordre spécifique d’évacuation.
Les scientifiques expliquent que la nature de l’éruption – un effondrement du dôme de lave peut-être déclenché par des facteurs externes tels que de fortes pluies – était difficile à prévoir. Un chercheur explique que les éruptions déclenchées par les effondrements de dômes de lave représentent environ 6 % de l’ensemble des éruptions volcaniques.
Un autre facteur causal de la tragédie est la réalité de la vie sur les pentes du Semeru, où au fil des décennies, les villageois se sont habituées à l’activité volcanique, y compris les émissions de gaz et de vapeur au sommet du volcan.
Alors que les autorités évaluent les dégâts (100 000 maisons ont été endommagées ou détruites), il semble y avoir une prise de conscience du danger de vivre si près du volcan. Le président indonésien a déclaré qu’au moins 2 000 maisons devraient être déplacées.
Avec 142 volcans potentiellement actifs, l’Indonésie a la plus forte densité de population vivant à proximité de l’un d’eux. 8,6 millions de gens habitent à moins de 10 km d’un volcan. Lorsque des coulées pyroclastiques se déclenchent, il n’y a pas le temps de fuir. Si de véritables mesures de prévention ne sont pas mises en place, la vraie question sera de savoir quel volcan indonésien sera le prochain tueur…
Source : d’après un article paru dans Yahoo News.

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In the wake of the deadly Semeru eruption (39 dead and 12 missing, with tens of others severely burnt) one realises once again how low volcanic prediction is, above all on the explosive volcanoes of the Pacific Ring of Fire.

The Semeru eruption occurred with no warning and it raises questions and doubts among the population about the effectiveness of Indonesia’s disaster warning system, and the dangers of rebuilding on the volcano’s fertile but precarious slopes.

Officials said some messages were sent to local administrators but acknowledged they did not result in an evacuation order, « in part because the volcano’s activity is hard to predict. »

Warnings to evacuate are normally relayed by the national disaster mitigation agency, such as in 2017 when it ordered 100,000 people living near Bali’s Mt Agung to immediately leave the danger zone It was the right prevention measure, although no major eruption occurred.

One of the villages affected by Mt Semeru’s last eruption was Curah Kobokan which, in Javanese, means « pouring bowl », a reference to the river that snakes by it. Once a source of life, the river also became the community’s downfall. When Semeru erupted, the river carried thick and hot flows of lava and ash directly into Curah Kobokan, turning the village into a field of gray ash piled as high as the powerlines, a few roofs jutting out of the newly formed disaster landscape.

Villagers say the air grew blazing hot and pitch black in seconds. People screamed and fled in panic, some taking refuge in a prayer house, others huddled in a concrete drain. Out of eight residents interviewed, not one said they received warning of an impending eruption. They added that if there had been a warning, people would have evacuated. Instead in a matter of minutes, la pyroclastic flow killed a lot of people.

The devastation wreaked by Semeru can be ascribed to a deadly confluence of factors, for which no one wants to take the blame. This reminds me of the last major eruption of Fuego volcano (Guatemala) which killed hundreds of people. Following the event, INSIVUMEH and CONRED accursed each other of the disaster.

The head of Indonesia’s geological agency says messages were sent to local officials warning of hot ash clouds and that the river near Curah Kobokan was marked red on the map.

The East Java disaster mitigation agency says the warnings were passed on to local resilience officers but there were no specific orders to evacuate.

Experts say the nature of the eruption, a collapse of the lava dome possibly triggered by external factors such as heavy rain, was also difficult to predict. A researcher explains that eruptions triggered by lava dome collapses account for about 6% of all volcanic eruptions.

Another causal factor for the tragedy is the reality of life on Semeru’s slopes, where over the decades communities have become inured to volcanic activity, including the summit letting off steam.

As disaster officials survey the devastation (100,000 homes were damaged or destroyed), there is growing talk about the danger of living so close to the mountain. The Indonesian President said that at least 2,000 homes should be moved.

With 142 volcanoes, Indonesia has the largest population living in close range to a volcano, including 8.6 million within 10km. When pyroclastic flows are triggered, there is no time to run. If no new prevention measures are taken, the real question will be to knowwhich Indonesian volcano will be the next killer…

Source: after an article published in Yahoo News.

Photos : C. Grandpey

 

Dernières nouvelles du Semeru (Indonésie) // Latest news of the Semeru eruption (Indonesia)

8 heures :Aucune nouvelle coulée pyroclastique ni lahar n’ont été observés depuis l’éruption meurtrière du Semeru le 5 décembre. Le dernier bilan fait état de 14 morts*. Les sauveteurs sont toujours à la recherche de neuf habitants du village de Curah Kobokan, mais leurs efforts ont été temporairement suspendus dimanche après-midi par crainte de nouvelles avalanches de matériaux en raison de fortes pluies. Samedi, un torrent de boue avait détruit le pont principal reliant Lumajang et Malang, ainsi qu’un pont plus petit.
Les sauveteurs doivent être très prudents car le dôme sommital du Semeru pourrait encore s’effondrer et provoquer une nouvelle coulée pyroclastique. Selon les volcanologues locaux, ce sont les fortes pluies des derniers jours qui ont contribué au déclenchement des coulées pyroclastiques et des lahars meurtriers.
Comme je l’ai écrit précédemment, plus de 1 300 villageois se sont rassemblés dans des hébergements temporaires après l’éruption, mais beaucoup d’autres n’ont pas tenu compte des mises en garde officielles et ont choisi de rester chez eux, affirmant qu’ils devaient s’occuper de leur bétail et protéger leurs biens.
Le président indonésien a chargé ses ministres, les responsables militaires et la structure en charge de la gestion des catastrophes de coordonner les secours et l’aide humanitaire. Le gouvernement s’est engagé à déplacer les villageois les plus durement touchés vers des endroits plus sûrs au cours des six prochains mois et à fournir 500 000 roupies (34,50 $) de compensation par mois à chaque famille en attendant la construction de nouvelles maisons.
Une cellule psychologique a été mise en place auprès des enfants touchés par l’éruption, tandis que des centaines de colis contenant du riz, des couvertures, des vêtements et d’autres produits de première nécessité ont été envoyés dans la région.

* Selon certaines sources le 6 décembre au matin, il y aurait 15 morts et 27 disparus. Près de 3000 maisons et 38 écoles auraient été endommagées.
Source : Médias d’information locaux et internationaux.

Comme d’habitude après de telles catastrophes, certains journaux ou magazines envoient leurs photographes-reporters dans la région pour prendre des « photos extraordinaires » de l’événement. Ce genre de curiosité morbide ou de voyeurisme ne fait pas partie de ma philosophie. Comme pour l’éruption du Cumbre Vieja, je ne publierai pas de photos des villages détruits.

Les 14 morts du Semeru s’ajoutent à la cinquantaine de randonneurs surpris par une explosion soudaine du Mt Ontake (Japon) et à la trentaine de touristes tués par une colère subite de White Island (Nouvelle Zélande), sans oublier les 400 victimes officiellement recensées lors de la dernière éruption du Fuego (Guatemala). Elle avait vu l’INSIVUMEH et la CONRED se rejeter brillamment la responsabilité du désastre…. On le sait: la prévision éruptive sur les volcans gris fait encore partie du rêve.

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17 heures : Selon les médias indonésiens, le Semeru a encore vomi de la cendre le 6 décembre, entravant la recherche de survivants. Des images aériennes montrent l’étendue du désastre causé par l’éruption du week-end. On peut voir des rues entières recouvertes de cendre et de boue qui ont également englouti de nombreuses maisons et des véhicules, y compris des camions.
Les cendres et la boue ont pollué les cours d’eau autour du Semeru, les transformant en torrents de boue gris foncé. La pluie est prévue dans la région, ce qui pourrait entraver encore davantage les opérations de secours et augmenter le risque de lahars.
La tâche des sauveteurs est devenue plus difficile car les matériaux volcaniques ont commencé à durcir. Les secouristes disent qu’il est très probable que des corps qui n’ont pas été retrouvés soient enterrés sous la couche de boue. Les autorités ont demandé aux habitants de ne pas s’approcher à moins de cinq kilomètres du cratère du Semeru car l’air est très pollué et pourrait affecter les personnes vulnérables. Les cendres du Semeru se sont répandues jusqu’à quatre kilomètres de distance après l’éruption.
Le bureau d’une entreprise d’extraction de sable dans le village de Kampung Renteng a été totalement englouti sous la cendre, avec 15 personnes dont on a plus de nouvelles. Un seul ouvrier a été secouru; il est maintenant à l’hôpital et souffre de brûlures.
Selon plusieurs agences de presse, le nombre de morts est passé à 22 et 27 personnes sont toujours portées disparues.
Le Semeru est l’un des volcans les plus dangereux d’Indonésie. La dernière éruption majeure a eu lieu en décembre 2020. Elle a obligé des milliers de personnes à fuir et détruit plusieurs villages. .
Source : The Jakarta Post.

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8:00 am : No new pyroclastic flows nor lahars have been observed sinc the deadly eruption of December 5th that killed 14 villagers at the latest toll*. Rescuers are still searching for nine residents of Curah Kobokan village but their efforts were temporary suspended on Sunday afternoon because of fears that hot ash and debris could tumble down from the crater due to heavy rains. On Saturday, a torrent of mud destroyed the main bridge connecting Lumajang and the neighboring district of Malang, as well as a smaller bridge.

Rescuers need to be very cautious as Mt SEmeru’s summit dome could still further collapse, causing another pyroclastic flow. According to local volcanologists, the heavy rains of the past days contributed to triggering the deadly pyroclastic flows and lahars.

As I put it before, more than 1,300 villagers crowded into emergency shelters after the eruption, but many others defied official warnings and chose to remain in their homes, saying they had to tend to their livestock and protect their property.

The Indonesian President has instructed his Cabinet ministers and disaster and military officials to coordinate the response. The government pledged to relocate residents from hardest-hit villages to safer places in the next six months and to provide 500,000 rupiah ($34.50) per month in compensation for each family while waiting for new houses.

A trauma healing team to work with children affected by the eruption has been dispatched, while hundreds of aid packages including rice, blankets and clothes and other basic necessities have been sent to the area.

* According to some sources on December 6th, 15 villagers died and 27 are reported missing. Nearly 3 000 houses and 38 schools were damaged.

Source: Local and international news media.

As usual after such disasters, some newspapers or magazines send their photographers to the area to take « staggering photos » of the event. This kind of morbid curiosity or voyeurism is not part of my philosophy. As for the Cumbre Vieja eruption, I will not release photos of the destroyed villages.

The 14 dead are added to the fifty or so hikers surprised by a sudden explosion of Mt Ontake (Japan) and to the thirty or so tourists killed by a sudden eruption of White Iceland (New Zealand), not to mention the 400 officially recorded victims. during the last eruption of Fuego (Guatemala). INSIVUMEH and CONRED brilliantly rejected rach other the responsibility for the disaster …. Eruptive prediction on grey volcanoes is still a dream.

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5:00 pm : According to Indonesian news media, Mount Semeru spewed more ash on December 6th, hampering the search for survivors. Aerial images show the extent of the devastation caused by the the weekend eruption. One can see entire streets filled with grey volcanic ash and mud, which had swallowed many homes and vehicles, including whole trucks.
The ash and mud have polluted the waterways around Mt. Semeru, turning them into streams of dark grey sludge. Rain is forecast for the area, which could further hinder rescue work and increase the risk of lahars.
The rescuers’ task is made more difficult as the volcanic debris have started to harden. They say it is very likely bodies that have not been found are buried under the hot mudflow. Officials have advised locals not to travel within five kilometers of Semeru’s crater, as the nearby air is highly polluted and could affect vulnerable groups. Ash from Semeru travelled up to four kilometers away after the eruption.

A sand mine company’s office in Kampung Renteng village was buried, trapping 15 people and there is no news from them. Only one operator was rescued, he is now at the hospital with burns.

According to several news agencies, the death toll has risen to 22 and 27 persons are still missing.

Mt Semeru’s is one of Indonesia’s most dangerous volcanoes. The last major eruption was in December 2020. It forced thousands to flee and wrecked villages. .
Source: The Jakarta Post.

Photo: C. Grandpey

L’éruption de La Soufrière de St Vincent en 1902 // The 1902 eruption of St Vincent’s La Soufriere

Je viens de lire dans les actualités un article intéressant sur l’éruption de La Soufrière en 1902 à St-Vincent-et-les-Grenadines. Bien que cette éruption présente des similitudes avec l’événement de 2021, il existe également des différences. Un élément important réside dans le fait qu’en 1902, il y avait un lac dans le cratère de La Soufrière. Il a contribué à transformer l’éruption en un puissant événement phréato-magmatique.

Le matin du 7 mai 1902, un groupe de marchands de poissons s’est approché de la Soufrière de Saint-Vincent. Selon un Rapport sur les éruptions de la Soufrière de St Vincent, en 1902 qui décrit leur aventure, «le sommet de la montagne était couvert de brouillard. Le premier marchand suivit le chemin jusqu’à la base du cône sommital. Les autres se sont approchés de la lèvre du cratère, jusqu’à l’atteindre réellement. Le spectacle qui s’offrit à leurs yeux aurait pu avoir raison des cœurs les plus solides.»

Malgré les mises en garde des vendeurs de poissons et les récits de ce qu’ils avaient vu – les épais nuages de vapeur, la végétation brûlée, l’odeur de soufre, les secousses permanentes – leurs témoignages ont été ignorés. «Ils ont été reçus avec incrédulité, et quand ils sont arrivés à Georgetown, ils ont été pris pour des imbéciles et des lâches.»

Les noms des vendeurs de poissons n’ont pas été notés dans le Rapport décrivant ce qui s’est passé à Saint-Vincent où une minorité blanche dominait une population qui comprenait des descendants d’autochtones et d’esclaves africains.

Avant l’éruption de 1902, les nuages empêchaient de voir le sommet de La Soufrière depuis les plantations de canne à sucre et depuis des endroits comme Georgetown dans la partie est de Saint-Vincent, de sorte que la population ne savait pas ce qui se passait sur le volcan. À l’ouest, les gens avaient compris. « Ils se préparaient à fuir en observant l’énorme colonne de vapeur et de cendre qui prenait la forme d’un champignon, avec des averses d’une matière noire et lourde, accompagnées d’éclairs et de tonnerre. »

Au plus fort de l’éruption de 1902, un «Grand Nuage Noir» a dévalé les pentes du volcan, balayant maisons et fermes, avant de se précipiter dans la mer. En même temps que la cendre brûlante, des pierres et des vapeurs sulfureuses s’abattirent sur des embarcations à bord desquelles des gens ramaient furieusement pour échapper à la catastrophe.

À l’est de Saint-Vincent, les ouvriers des plantations ont regardé avec étonnement le rideau noir qui descendait inexorablement vers eux, puis ils  se sont précipités à l’intérieur des maisons ou sont morts à l’extérieur. À Orange Hill, des dizaines de personnes se sont entassées dans une cave à rhum. On peut lire dans le Rapport: «Un homme était debout près de la porte et la tenait entrouverte pour laisser entrer tous ceux qui avaient fui les huttes du village. Ils étaient quarante dans la cave et tous ont été sauvés. Trente se trouvaient sur l’allée conduisant à la cave et ils ont tous été tués. Environ 1600 personnes sont mortes, mais ce cataclysme a été éclipsé par les éruptions bien pires de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902, sur l’île de la Martinique. Au moins 29 000 personnes ont perdu la vie. La plupart des victimes de Saint-Vincent se trouvaient dans la partie est de l’île, peut-être parce que les travailleurs dans les grandes plantations n’ont pas été en mesure de prendre d’eux-mêmes la décision de fuir.

Les explosions continues de La Soufrière ont entravé les efforts de réparation menés pendant des mois par les Britanniques. Les éruptions ont participé au déclin de l’industrie sucrière, mais d’autres produits ont pris la relève dans les deux années qui ont suivi. De nouvelles plantes comme le cacao, la muscade et le café, ont été introduites. Cela a permis des innovations agricoles.

Les nuages de cendres volcaniques, qui s’étaient déplacés jusqu’à la Barbade, à environ 180 kilomètres de distance, ont nourri le sol. L’impact de la cendre sur la végétation est dévastateur à court terme mais bénéfique à long terme.

La marine britannique a apporté son aide en 1902. Le navire américain Dixie a également apporté des secours, ainsi que des scientifiques et des correspondants de presse qui ont fait connaître l’événement. Dans un récit de l’éruption, le Boston Globe a parlé d’ « un bruit comme celui des énormes canons de la marine mondiale en action perpétuelle ».

Les éruptions de 1902 et 2021 sont peut-être à égalité en puissance et en intensité, mais il est difficile de vraiment les comparer car un lac profond occupait le cratère de La Soufrière en 1902. Le Rapport explique que lorsque le magma est entré en contact avec le lac, sa vaporisation a créé « une énorme énergie supplémentaire qui a généré des coulées pyroclastique très rapides et mortelles, dès le début de la crise éruptive. »

Daniel Defoe, l’auteur de Robinson Crusoé, est l’auteur présumé du récit d’une éruption explosive à La Soufrière en 1718, époque où les habitants autochtones contrôlaient effectivement l’île.

L’éruption de 1812 a tué des dizaines de personnes, la plupart des Noirs réduits à l’esclavage. Avant avril 2021, la dernière grande éruption a eu lieu à Pâques 1979. Elle a provoqué des évacuations en grand nombre, mais aucun décès.

Les habitants de St Vincent peuvent tirer des leçons de l’histoire éruptive de La Soufrière. Elle les aidera à se reconstruire. Contrairement à leurs ancêtres, ils sont tenus au courant de l’évolution de l’éruption et sont conseillés en permanence quant à la conduite à tenir.

Source: Yahoo News.

Dans son rapport du 18 avril 2021, l’UWI indique qu’une éruption explosive s’est produite ce même jour à La Soufrière à 16h49. Des retombées de cendres étaient attendues ans les parties sud et ouest de l’île. L’éruption n’est pas terminée. Cependant, il semble que les explosions deviennent moins puissantes, avec des intervalles plus longs entre elles.

L’éruption continue avec une activité sismique typique de la croissance et de la destruction des dômes de lave. L’essaim sismique avec des événements longue période et hybrides se poursuit sans changement notable. De petits séismes volcano-tectoniques sont encore enregistrés de temps en temps.

Les émissions de SO2 de La Soufrière, mesurées le long de la côte ouest, ont révélé une moyenne de 232 et 391 tonnes par jour les 17 et 18 avril.

La NEMO indique que 88 abris hébergeant 4042 personnes sont maintenant opérationnels, tandis que quelque 5398 autres sont hébergées dans des maisons particulières.

Au total, 1 459 familles ont été déplacées à ce jour par l’éruption.

Le niveau d’alerte pour La Soufrière reste ROUGE.

S’agissant des prévisions (elles n’ont pas été très bonnes jusqu’à présent!), le scientifique à la tête de l’UWI a déclaré le 20 avril que si le schéma sismique actuel se poursuit, une autre éruption explosive pourrait se produire dans les sept prochains jours. La sismicité laisse supposer que le volcan essaie de construire un dôme, mais il n’y arrive pas car une explosion survient qui détruit cette tentative de formation d’un dôme. Le scientifique a déclaré: «Nous prévoyons qu’à un certain moment [le volcan] entamera la construction d’un dôme ; cela peut arriver cette semaine, mais si ce n’est pas le cas, nous allons assister à une autre explosion».

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I have just read in the news an interesting article about the 1902 eruption of La Soufriere at St-Vincent-and-the-Grenadines. Although this eruption bears similarities with the 2021 event, there are also differences. An important one was that in 1902 there was a lake within the crater of La Soufriere, which turned the eruption into a powerful phreato-magmatic event.

On the morning of May 7th, 1902, a group of nervous fish sellers got very close to St Vincent’s La Soufrière. According to a Report on the eruptions of the Soufrière  in St Vincent, in 1902 describing their experience, “the top of the mountain was covered in mist, and the foremost of them followed the path up to the base of the summit cone. Some went up to quite near the rim of the crater, or possibly even to the actual edge. What they saw there was enough to dismay the stoutest hearts.″

However, the warnings of the fish sellers who experienced the volcano up close – the thick steam, the scorched vegetation, the sulphurous smell, the constant shaking – were at first dismissed. ″They were received with incredulity, and when they came to Georgetown they were scoffed at as fools and cowards.″

The names of the fish sellers are not included in the Report about what happened on St. Vincent, where a white minority dominated a population that included the descendants of Indigenous inhabitants and enslaved Africans.

Clouds and a poor line of sight to the volcano top from the sugar cane plantations and places like Georgetown on the eastern side of St. Vincent contributed to uncertainty about what was happening. “To the west, people had no doubt. They prepared to flee while watching an enormous column of vapour billow into a mushroom-shaped cloud, accompanied by showers of black, heavy material, and lightning and thunder.”

In the 1902 climax, a ″Great Black Cloud″ raced down the volcano’s slopes, swept over homes and farms and surged out to sea, raining scalding ash, stones and sulphurous fumes on boats of people rowing furiously away.

On the east of St. Vincent, plantation workers gazed in amazement as the implacable black curtain descended toward them, then rushed indoors or died in the open. At Orange Hill, dozens crammed into a rum cellar. One can read in the Report: ″One man stood by the door holding it ajar, to admit any who fled from the huts in the village. Forty were in the cellar, and all were saved. Thirty were in the passage leading into the cellar, and they were all killed.″

An estimated 1,600 people died, though that cataclysm was eclipsed by eruptions, the worst on May 8, at Mount Pelée on the island of Martinique. At least 29,000 people died there.

Most of St. Vincent’s casualties were in the east, possibly and partly because workers on large plantations were less able to make an independent decision to flee.

La Soufrière’s continuing explosions hampered British-led recovery efforts for months. The eruptions accelerated the decline of the sugar industry, but other commodities recovered within a year or two. New plants, including cacao, nutmeg and coffee, were introduced. Experimentation led to agricultural innovation.

The volcanic ash, which then and now spread as far as Barbados, about180 kilometers away, nourished the soil. The impact on vegetation is devastating in the short term but beneficial in the long term.

The British navy delivered aid in 1902. The USS Dixie also brought relief, along with scientists and newspaper correspondents. In an account of the eruption build-up, The Boston Globe reported ‘’a noise like the monster guns of the world’s navy in perpetual action. »

The 1902 and 2021 eruptions are possibly on a par in power and intensity, but it’s difficult to make a direct comparison because a deep crater lake existed at the time of the earlier one. When magma hit the lake, vaporization created “a huge additional extra energy and it generated pyroclastic density currents that were very fast-moving and deadly, early on in the eruptive sequence.”’

Daniel Defoe, author of ″Robinson Crusoe,″ is the purported writer of an account of an explosive eruption at La Soufrière in 1718, when Indigenous inhabitants effectively controlled the island. An 1812 eruption killed dozens, mostly enslaved Black people. Prior to April 2021, the last big eruption was during Easter 1979, causing mass evacuations but no deaths.

La Soufrière’s history could inform St. Vincent’s residents as they recover. In the meantime, unlike their ancestors, they are getting continual updates and guidance.

Source : Yahoo News.

In its report for April 18th, 2021, UWI indicates that an explosive eruption occurred on that same day at La Soufriere at 4:49 pm. Ashfall was expected at the south and west of the island. The eruption has not ended yet. However, it looks as if the explosions are getting less powerful, with longer intervals between them.

The volcano continues to erupt with a pattern of seismic activity typical of the growth and destruction of lava domes. The swarm of long-period and hybrid earthquakes continues in a stable way. Occasional small volcano-tectonic earthquakes are still recorded.

Measurements of SO2 at La Soufriere volcano along the west coast revealed an average  of 232 and 391 tons per day on April 17th  and 18th.

NEMO says 88 shelters with 4042 occupants are now operational, while some 5398 persons are being housed in private shelter. A total of 1,459 families have been displaced so far by the eruption.

The alert level for La Soufriere remains RED.

As far as predictions are concerned (they have not been very good so far !) the UWI lead scientist said on April 20th that if the current seismic pattern continues, another explosive eruption could occur within the next seven days. The seismic patterns suggest that the volcano is trying to grow a dome. However, it does not succeed due to an explosion that destroys that formation. The scientist said: “We expect at some point [the volcano] would grow a dome, it can happen this week, but if it does not, we are going to have another explosion”.

Représentation graphique du cratère de La Soufrière de St Vincent en 1837 par le Lieutenant J.H. Caddy (Source : Pennymead.com)

Effet dévastateur de l’éruption de la Soufrière en 1902

(Source : York Museums Trust)