Pas de froid et de neige en vue…

Nous sommes au coeur de l’automne. Les jours se succèdent avec des températures supérieures à la normale. Les prévisions à long terme de Météo France (à prendre avec la prudence habituelle) s’orientent vers un maintien des conditions plutôt calmes qui prévalent depuis le début du mois de novembre, avec une domination des hautes pressions de l’Europe centrale à la Méditerranée, ce qui bloque le passage d’éventuelles perturbation par l’ouest. Météo France indique toutefois qu’il faudra surveiller un éventuel épisode méditerranéen en fin de mois, lié au positionnement d’une goutte froide sur le bassin méditerranéen. Les températures resteront donc au-dessus des normales de saison pendant les prochaines semaines, malgré quelques fluctuations.

Les quelques chutes de neige qui avaient blanchi les massifs il y a quelques semaines ne sont plus qu’un souvenir. Il fait en ce moment très beau sur les Alpes. La mythique Face de Bellevarde à Val D’Isère ne semble pas prête à accueillir les skieurs. Pour que les enneigeurs fonctionnent, il faudra d’abord que les températures baissent. La livraison de neige par hélicoptère ou par camions, fortement critiquée la saison dernière, n’était que l’illustration d’un phénomène amené à s’accentuer dans les années à venir. Pour que les skieurs viennent, il faudra aussi que le confinement soit levé. Il va falloir faire des choix risqués !

Le futur ne s’annonce guère réjouissant pour les stations, surtout celles de basse et moyenne altitude. Météo France explique qu’à l’horizon 2050, et ce, quel que soit le scénario de concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les projections indiquent une réduction de la durée d’enneigement de plusieurs semaines, et de l’épaisseur moyenne hivernale de 10 à 40 %, en moyenne montagne. Si, comme cela est fort probable, on se dirige vers un réchauffement climatique de +3 °C, la neige de culture ne suffira plus à compenser la réduction de l’enneigement naturel. Il faut donc que les stations repensent dès à présent leur modèle et y réfléchissent à deux fois avant d’investir dans des remontées mécaniques coûteuses…

Source : Météo France.

A Val d’Isère, la Face de Bellevarde attend la neige.. (image webcam le 9 novembre 2020)

Octobre 2020 4ème mois d‘octobre le plus chaud dans le monde // October 2020 4th hottest October in the world

Selon les dernières données de la NASA et de la NOAA qui reposent sur 141 années d’archives, la température globale à la surface des terres et des océans en octobre 2020 arrive en quatrième position pour un mois d’octobre avec 0,85°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle. Les dix mois d’octobre les plus chauds ont eu lieu depuis 2005. Octobre 2020 est le 44ème mois d’octobre consécutif et le 430ème mois consécutif avec des températures supérieures à la moyenne du 20ème siècle.

La température à la surface des terres et des océans dans l’hémisphère Nord en octobre 2020 a également été la quatrième de tous les temps, tandis que l’hémisphère sud a connu son neuvième mois d’octobre le plus chaud en 141 ans.

L’Europe a connu son mois d’octobre le plus chaud, avec un écart de température de + 2,17°C, ce qui dépasse le record précédent établi en 2001 de 0,06°C.

L’Amérique du Sud a connu son deuxième mois d’octobre le plus chaud depuis le début des relevés dans cette région en 1910.

Les hausses de température en octobre 2020 en Afrique, en Asie, dans les Caraïbes et à Hawaï se classent parmi les 10 plus élevées jamais enregistrés en octobre.

Dans le même temps, l’Amérique du Nord a eu des températures d’octobre proches de la moyenne.

Comme je l’ai indiqué précédemment, l’étendue moyenne de glace de mer dans l’Arctique en octobre a été la plus faible pour un mois d’octobre. Octobre 2020 a été le 20ème mois d’octobre consécutif avec une étendue de glace de mer inférieure à la moyenne dans l’Arctique. Selon le NSIDC, une étendue de glace de mer inférieure à la moyenne a été observée dans tous les secteurs de la bordure eurasienne de l’Océan Arctique et dans la Baie de Baffin.

En revanche, l’étendue de la glace de mer en Antarctique en octobre 2020 a été la plus vaste observée en octobre depuis 2015 et elle occupe la 12ème position dans les 42 années de relevés satellitaires.

Au moment où ces statistiques sont divulguées, la température globale à la surface des terres et des océans pour l’année 2020 arrive en deuxième position dans les 141 années d’archives avec 1,00°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle (14,1°C). Cette valeur n’est inférieure que de 0,03°C au record établi en 2016. L’année 2020 figurera très probablement parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées.

Source: NASA et NOAA.

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According to the latest NASA and NOAA data, the October 2020 global land and ocean surface temperature was the fourth highest for October in the 141-year record at 0.85°C above the 20th-century average. The ten warmest Octobers have occurred since 2005.

October 2020 marked the 44th consecutive October and the 430th consecutive month with temperatures above the 20th-century average.

The Northern Hemisphere land and ocean surface October 2020 temperature was also the fourth highest on record, while the Southern Hemisphere had its ninth-warmest October in the 141-year record.

Europe had its warmest October on record, with a temperature departure of +2.17°C. This surpassed the previous record set in 2001 by 0.06°C.

South America had its second-warmest October since regional records began in 1910.

Africa, Asia, and the Caribbean and Hawaiian regions’ October 2020 temperature departures ranked among the 10 highest for October on record.

Meanwhile, North America had a near-average October temperature.

The October average Arctic sea ice extent was the smallest for October. October 2020 marked the 20th consecutive October with below-average Arctic sea ice extent. According to the NSIDC, below-average sea ice extent was observed in all of the sectors of the Eurasian side of the Arctic Ocean and in the Baffin Bay.

Antarctic sea ice extent during October 2020 was the largest October Antarctic sea ice extent since 2015 and the 12th-largest October Antarctic sea ice extent in the 42-year satellite record.

At this moment of 2020, global land and ocean surface temperature is the second highest in the 141-year record at 1.00°C above the 20th-century average of 14.1°C. This value is only 0.03°C shy of tying the record set in 2016.

The year 2020 is very likely to rank among the three warmest years on record.

Source: NASA & NOAA.

Source: NOAA

Les secrets des Bossons (Alpes françaises)

Le glacier des Bossons est l’un de mes préférés dans les Alpes car il porte une lourde charge affective. C’est en août 1956, alors que je n’étais qu’un petit garçon de 8 ans que je l’ai découvert en compagnie de mes parents. A l’époque, quand on arrivait à Chamonix, l’énorme masse de glace surplombait la vallée et je me disais qu’il allait probablement s’effondrer. Il m’impressionnait vraiment, tout comme l’Arve qui bouillonnait à travers la ville. Sorti de ma campagne creusoise, je n’en menais pas large devant ces forces de la nature !

Au fil des années, je me suis rendu de nombreuses fois à Chamonix et j’ai vu le Glacier des Bossons reculer et remonter dans la montagne. Mes photos montrent que sa fonte s’est accélérée au milieu des années 1970.

Dans les années 2000, j’ai emprunté le télésiège qui permet d’accéder au  Chalet des Bossons d’où l’on a  – ou plutôt on avait – une première belle vue sur le front du glacier. Une halte au Chalet permet de se refaire une santé et de visiter une petite exposition où des panneaux racontent l’histoire du glacier. Dans une note publiée le 15 septembre 2018, j’ai évoqué les catastrophes aériennes survenues en 1950 et 1966 sur le Mont Blanc. Des décennies plus tard, le glacier fait réapparaître des objets ayant appartenu à des passagers ainsi que des morceaux de carlingue.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/09/15/les-secrets-du-glacier-des-bossons-alpes-francaises/

C’est ce que confirme un petit reportage diffusé le 10 novembre sur le site web de la radio France Info :

https://www.francetvinfo.fr/meteo/neige/rechauffement-climatique-le-glacier-des-bossons-devoile-des-lieux-inexplores_4176077.html

La séquence nous rappelle que le Glacier des Bossons recule de plus en plus sous les coups de boutoir du réchauffement climatique. Alors qu’il leur fallait autrefois quelques minutes pour atteindre la glace, les randonneurs doivent désormais effectuer deux heures de marche pour la rejoindre. Après le Chalet des Bossons, le sentier s’élève rapidement et conduit au Chalet des Pyramides. Il ne s’agit pas d’une référence à l’Egypte mais aux séracs spectaculaires qui ornent la surface du glacier. Le sentier s’élève ensuite encore davantage et permet d’atteindre un site baptisé La Jonction. En effet, il y a encore quelques années, on pouvait y admirer le mariage du Glacier des Bossons avec son voisin de Taconnaz. Aujourd’hui, le mariage est devenu divorce et la jonction n’existe plus. On a devant soi une étendue rocheuse qui porte les marques du rabotage effectué par la glace.

Le changement climatique permet aujourd’hui de voir le glacier sous un autre angle, avec des découvertes parfois inattendues. C’est ainsi que des cavernes se creusent dans sa partie frontale où se créent de nouveaux lacs.

Il faut se faire une raison : au train où vont les choses le Glacier des Bossons ne sera plus qu’un souvenir dans quelques décennies, voire quelques années, tout comme la vénérable Mer de Glace sur laquelle on a déposé un linceul blanc pour protéger la grotte que l’on atteignait très facilement quand j’avais 8 ans. Aujourd’hui, il faut emprunter une télécabine et descendre ensuite un escalier de plusieurs centaines de marches. Un bien triste spectacle…

Cette photo confirme que la Jonction entre les Bossons (à gauche) et le Taconnaz (à droite) n’existe plus :

Voici le front du glacier en septembre 2020, dominé par l’Aiguille du Midi :

On peut encore admirer de belles « pyramides » à la surface du glacier :

Cette roue du « Malabar Princess » a été récupérée le 4 août 1987 à hauteur du Chalet des Bossons. Il a fallu 36 ans pour que le glacier accepte de la rendre :

Photos : C. Grandpey

La fonte des glaciers chinois // The melting of Chinese glaciers

Le réchauffement climatique fait fondre les glaciers de la planète et la Chine ne fait pas exception. S’étendant sur plus de 18 kilomètres carrés, le glacier Laohugou n°12 est le plus grand glacier de la chaîne des Monts Qilian, dans le nord de la Chine, mais la hausse des températures le fait reculer à une vitesse record. Par exemple, depuis 2005, le glacier a reculé de plus de 150 mètres et l’avenir est sombre pour l’ensemble des 2 684 glaciers des Monts Qilian. La température moyenne a augmenté de façon vertigineuse depuis les années 1950. La neige a aussi été plus abondante, mais elle n’a pas suffi pour compenser la fonte des glaciers sous les coups de boutoir du réchauffement climatique.

Comme dans la plupart des autres endroits du monde, le glacier Laohugou a accéléré sa fonte au milieu des années 1980. À la fin des années 1990, il a commencé à reculer à un rythme encore plus rapide. Ensuite, le processus de fonte s’est poursuivi au même rythme tout au long du 21ème siècle.

Les mesures montrent que le glacier recule à raison d’une dizaine de mètres par an depuis l’an 2000. Pour le glacier, ce n’est pas une bonne nouvelle, mais la fonte du glacier présente un avantage : elle permet une bonne alimentation en eau de la région. Dans le cours d’eau à proximité du Laohugou, le débit a pratiquement doublé en 60 ans. Dans une région sèche et aride comme le nord-ouest de la Chine, l’eau est essentielle pour les agriculteurs. Mais cette abondance d’eau de fonte ne durera pas éternellement. Les glaciologues chinois pensent que les glaciers de la région pourraient disparaître d’ici 2050, entraînant avec eux une inévitable crise de l’eau.

Source: Yahoo News.

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Global warming is melting glaciers around the world and China is no exception. Spanning over 18 square kilometres, the Laohugou No.12 glacier is the largest glacier in the Qilian mountain range of northern China. But rising temperatures are causing it to shrink at a record pace. For instance, since 2005 the glacier has shrunk by more than 150 metres, and the outlook is grim for all of the 2,684 glaciers in the Qilian mountain range. Average temperatures have risen incredibly since the 1950s. Snowfall has increased too, but it has not been nearly enough to compensate for the loss to the glaciers caused by global warming.

Like in most other places of the world, the Laohugou glacier accelerated its melting in the mid 1980s. By the end of the 1990s it started shrinking at an even faster rate. Then the melting process continued a rapid rate through the 21st century.

Initial monitoring results suggest that the glacier has been shrinking at a rate of about 10 or so metres per year since the year 2000. For the glacier this is not a healthy sign because the rate that it is shrinking just keeps getting faster. At present however, glacial melt is a temporary bonus for the water supply in the region. In the stream near the Laohugou No.12, runoff is around double what it was 60 years ago. In a dry and arid region like north-western China, water is a lifeline for local farmers. But this bounty of extra melting water will not go on forever. Chinese glaciologists predict the glaciers might disappear by 2050, leading to a future water crisis.

Source: Yahoo News.

Localisation du glacier Laohugou No.12 (LHG)