Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Le volcan interdit ?

C’est toujours la même rengaine : Dès qu’une éruption se déclenche sur le Piton de la Fournaise, le premier réflexe de la Préfecture est de fermer l’Enclos Fouqué au public et les gendarmes se précipitent pour cadenasser la porte au Pas de Bellecombe-Jacob.

La dernière éruption du mois de juillet n’a pas failli à cette tradition. Le problème, c’est que l’éruption était presque à portée de main du Pas de Bellecombe. Ce qui devait arriver est arrivé : des centaines de personnes ont bravé l’interdiction et son allées voir la lave de plus près !

C’est un secret de polichinelle : Chaque fois qu’une éruption démarre sur le Piton, il y a une bande de « fous furieux » (c’est ainsi qu’ils se sont baptisés) qui escalade le rempart de l’Enclos et va photographier fontaines et coulées de lave. Très honnêtement, si j’habitais sur l’Ile de la Réunion, je ferais partie de ce gang de volcanophiles ! Ce sont des gens qui connaissent parfaitement le terrain et qui n’ont jamais créé de souci aux autorités.

Le problème avec l’éruption du mois de juillet, c’est que ce n’est pas une poignée de connaisseurs, mais des centaines de personnes plus ou moins initiées à la volcanologie qui sont descendues dans l’Enclos pour admirer l’éruption de plus près. Certains n’ont d’ailleurs pas hésité à déployer la tente pour profiter au maximum du spectacle, parfois avec des enfants. Cela me rappelle des scènes que j’ai observées sur l’Etna à l’époque où j’épaulais les guides. J’ai vu des gens en tongs sur les coulées encore chaudes et même un couple avec un nouveau-né dans les bras déambuler le long des coulées actives au milieu des nuages de gaz toxiques à près de 3000 mètres d’altitude ! On se rend compte que la prise de conscience des risques a très vite ses limites chez des personnes qui ne connaissent pas le milieu volcanique.

Comme le fait remarquer l’auteur d’un article dans le Journal de l’Ile (JIR), la situation de ces derniers jours repose la question de l’accès à l’Enclos en phase éruptive et montre les limites de l’interdiction pour tous. On veut empêcher les gens de descendre et au final, c’est le contraire qui se produit.

Je pose la question : Pourquoi diable la Préfecture rejette-t-elle en permanence l’idée d’organiser des sorties guidées en période éruptive ? Il y a des guides sur l’Etna et sur le Stromboli et tout se passe bien !

Dans une note rédigée le 24 février 2017, je relayais un article paru dans le JIR et j’écrivais qu’une cinquantaine d’accompagnateurs en montagne allaient entamer une formation dans le but de conduire des groupes dans l’Enclos pendant les éruptions. Le dispositif était susceptible d’être opérationnel dès le mois d’avril 2017. Entre tout interdire et tout ouvrir, le Préfet de l’époque avait adopté une solution intermédiaire en annonçant début 2016 le lancement d’une formation pour les accompagnateurs en montagne afin de conduire le public au plus près de l’éruption tout en respectant les mesures de sécurité. Avec le nouveau système d’accompagnement, 80 personnes au maximum seraient autorisées à descendre simultanément dans l’Enclos à raison de 7 personnes par groupe. Le nombre de participants dans chaque groupe serait volontairement restreint pour permettre une évacuation rapide en cas d’urgence. L’accompagnement serait payant.

Malheureusement, les préfets se suivent et ne se ressemblent pas et le dossier a été mis au placard,  pour longtemps semble-t-il. Un ami réunionnais qui était partie prenante dans cette initiative était très pessimiste quand nous avons abordé le sujet au mois de juin. L’accès à l’Enclos ne semble pas faire partie des priorités des autorités… Affaire à suivre, mais je ne suis guère optimiste !

Note inspirée d’un article paru le 31 juillet 2019 dans l’excellent Journal de l’Ile de la Réunion.

Photos: C. Grandpey

Kilauea (Hawaii) : Dans le sillage de l’éruption de 2018…// Kilauea (Hawaii): In the wake of the 2018 eruption…

Aujourd’hui, pour la première fois depuis plus de trois décennies, le Kilauea n’est pas en éruption. Au sommet du volcan, l’activité sismique est faible et la majeure partie du Parc National fonctionne normalement. La lave ne coule plus et la pollution atmosphérique causée par le volcan – le célèbre vog – est à son niveau le plus bas depuis le début des années 1980.
Cependant, comme je l’écrivais dans une note précédente, le danger n’a pas totalement disparu de certaines zones à proximité des fissures éruptives de 2018. Bien que la lave ne coule plus, de la chaleur résiduelle et de petites quantités de gaz continuent de s’échapper des fissures au fur et à mesure que la roche encore très chaude en profondeur continue de se refroidir. Lorsque de nouvelles fissures s’ouvrent suite au refroidissement du magma, l’eau de pluie s’infiltre dans les zones de chaleur résiduelle et génère des panaches de vapeur ainsi que de petites quantités de gaz. À l’heure actuelle, les zones situées immédiatement à proximité et à l’ouest de la Highway 130 sont particulièrement affectées par cette chaleur et cette vapeur résiduelles. Ces zones de température élevée peuvent migrer tandis que se poursuivent le refroidissement et le mouvement des eaux souterraines.
Dans les zones où se forme la vapeur, à proximité et en amont des fissures désormais inactives, on enregistre des niveaux légèrement élevés de sulfure d’hydrogène (H2S) et de dioxyde de carbone (CO2). Ces gaz sont le plus souvent libérés par le magma en cours de refroidissement, mais ils sont aussi produits par la décomposition de matières organiques ou, dans le cas du CO2, par la végétation qui se consume lentement.
Ainsi, une partie du H2S et du CO2 est probablement générée par les températures plus élevées qui affectent les plantes dans la Lower East Rift Zone. Il est important de noter que les concentrations actuelles de H2S sont inférieures au seuil minimum de détection des instruments qui est de 0,5 partie par million (ppm). On peut généralement percevoir l’odeur d’œuf pourri du H2S à des concentrations beaucoup plus faibles, allant de 0,0005 à 0,3 ppm.
Sur la base du seuil olfactif, le niveau de nuisance du H2S à Hawaii a été fixé à 0,025 ppm. Les symptômes négatifs de l’exposition au H2S ne surviennent que lorsque les concentrations sont bien supérieures à ce niveau. Selon les services de santé, une exposition prolongée à 2-5 ppm de H2S peut provoquer des maux de tête, une irritation des yeux, des nausées ou des problèmes respiratoires chez certaines personnes asthmatiques. C’est plusieurs fois les concentrations actuellement mesurées près des sources de H2S dans la LERZ.
Les concentrations de dioxyde de carbone dans certaines zones de panaches de vapeur dans la LERZ sont supérieures à la concentration atmosphérique de base qui est de 412 ppm. L’air dans une salle de réunion avec beaucoup de monde peut souvent dépasser 1 000 ppm de CO2. En revanche, les concentrations maximales de CO2 mesurées dans la LERZ sont bien inférieures à ce niveau. Les services de santé ont établi une limite d’exposition au CO2 de 5 000 ppm en moyenne pour une journée de travail de 8 heures.
En se basant sur l’historique d’éruptions précédentes, les températures élevées et les panaches de vapeur devraient persister dans la LERZ pendant de nombreuses années. L’éruption de 1955 dans cette zone continue à générer des phénomènes externes depuis plus de 60 ans. Certaines sources de vapeur sont utilisées comme saunas naturels. Au début des années 1990, une température de 51°C avait été enregistrée dans une ancienne bouche éruptive de 1955, mais aucun gaz volcanique chargé de soufre tel que le H2S n’avait été détecté.
Les éruptions dans la LERZ en 1955 et 2018 montrent certains points communs, mais il est impossible de déterminer exactement où et pendant combien de temps la chaleur persistera et les émissions de vapeur se poursuivront. Quoi qu’il en soit, l’activité de surface liée à l’intrusion magmatique de 2018 va commencer son long et lent déclin.
Source: USGS / HVO.

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Today, for the first time in over three decades, Kilauea is not erupting. At the summit of the volcano, earthquake activity is low, and most of the National Park is open for business. No lava is flowing anywhere on Kilauea, and volcanic air pollution on the island is the lowest it has been since the early 1980s.

However, as I put it in a previous post, there are lingering dangers in some areas near the 2018 eruptive fissures. Although lava is no longer erupting, residual heat and small amounts of gas continue to escape from ground cracks and vents as subsurface molten rock continues to cool. As small new cracks open in response to magma cooling, groundwater infiltrates areas of remaining heat, releasing steam and small amounts of gases. Currently, areas adjacent to and west of Highway 130 are particularly impacted by this residual heat and steam. These areas of elevated temperature may migrate, as cooling and groundwater movement continue.

In steaming areas near and uprift of the now inactive fissures, slightly elevated levels of hydrogen sulfide (H2S) and carbon dioxide (CO2) gases have been detected. While these gases may be released from cooling magma, they are also generated by decaying organic matter, or, in the case of CO2, from burning or smoldering vegetation.

Thus, some portion of the H2S and CO2 is likely generated from the increased temperatures affecting plants in the area. Importantly, current H2S concentrations are below the minimum detection level of volcanic gas monitoring instruments, which is 0.5 parts per million (ppm). People can usually smell the rotten egg odour of H2S at much lower concentrations, ranging from 0.0005 to 0.3 ppm.

Based on the odour threshold, Hawaii has set a nuisance level for H2S at 0.025 ppm. However, negative symptoms of H2S exposure do not occur until concentrations are well above this level. According to the health services, prolonged exposure to 2-5 ppm H2S may cause headaches, eye irritation, nausea or breathing problems in some asthmatics. This is many times the concentrations currently measured near the LERZ thermal features.

Carbon dioxide concentrations in some LERZ steaming areas are elevated above the background atmospheric concentration of 412 ppm. While the air in a crowded meeting room can frequently exceed 1,000 ppm CO2, maximum concentrations measured in the LERZ are well below this level. Health services have established an exposure limit for CO2 of 5,000 ppm averaged over an 8-hour work day.

Based on the history of previous eruptions, elevated temperatures and steam are likely to persist in the area for many years. The 1955 LERZ eruption produced thermal features that have been active for over 60 years, some of which are used as natural saunas. Even in the early 1990s, a temperature of 51°C was measured in a 1955 vent, but no volcanic sulfur gases such as H2S were detected.

The 1955 and 2018 LERZ eruptions share some similarities, but exactly where and how long heating and steaming will continue for any area is impossible to determine. Eventually, however, lingering surface activity related to the 2018 intrusion will begin its long, slow decline.

Source : USGS / HVO.

Les bouches de vapeur [steam vents] font partie des attractions touristiques du Kilauea (Photos: C. Grandpey)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Superbes photos de l’éruption

La dernière éruption du Piton de la Fournaise fut brève, mais les chanceux qui ont eu le temps de se rendre sur le site ont pu faire de très belles photos.

Un grand merci à mes amis réunionnais !

(Photo: Fabrice Juignier)

Photos: Christian Holveck [http://www.christianholveck.com/]

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Fin de l’éruption ! // End of the eruption !

Comme cela était prévisible, l’éruption du Piton de la Fournaise n’a pas fait long feu. Débutée le 29 juillet vers midi (heure locale), elle s’est arrêtée le 30 juillet à 04h30 (heure locale), après une baisse progressive du tremor volcanique (voir ci-dessous)

L’OVPF indique qu’ « aucune hypothèse n’est écartée pour l’instant quant à l’évolution de la situation à venir (arrêt définitif, reprise de l’activité sur le même site, reprise de l’activité plus en aval) compte tenu de la faible durée de l’éruption et des faibles volumes émis en surface. »

La brièveté de cette éruption n’est guère surprenante. Comme je l’ai indiqué précédemment, l’inflation de l’édifice volcanique a été lente ; la sismicité indicatrice de l’ascension du magma a été longue ; la pression de l’émission de lave au cours de la phase initiale de l’éruption était relativement faible. Tous ces facteurs ne pouvaient déboucher que sur une éruption de faible durée. On se retrouve donc dans la même situation qu’au mois de juin. Il est effectivement possible qu’un nouvel épisode d’activité se déclenche d’ici quelques semaines, mais dans le contexte actuel une éruption majeure ne semble guère envisageable.

Il est dommage que le Piton mette fin au spectacle si rapidement car, pour une fois, les autorités préfectorales avaient demandé à la Commune du Tampon de mettre en place un dispositif pour faciliter l’accès au volcan et contribuer à fluidifier la circulation.

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Predictably, the eruption of Piton de la Fournaise did not last long. Started on July 29th around noon (local time), it stopped on July 30th at 4:30 (local time), after a gradual decline of the volcanic tremor (see below)
OVPF states that « no hypothesis is currently discounted as to the evolution of the future situation (definitive end, resumption of activity on the same site, resumption of activity further downslope) given the short duration of the eruption and the low volume of lava emitted on the surface. »
The brevity of this eruption is hardly surprising. As I indicated earlier, the inflation of the volcanic edifice has been slow; seismicity indicative of magma ascent  has been long; the pressure of lava emission during the initial phase of the eruption was relatively low. All these factors could only lead to a short-lived eruption. We are therefore in the same situation as in June. A new episode of activity may indeed start within a few weeks, but in the current context a major eruption is highly unlikely.
It is unfortunate that the Piton put an end to the show so quickly because, for once, the prefectural authorities had asked the Township of Le Tampon to take measures to facilitate access to the volcano and help streamline the road traffic.

Source: OVPF

Réchauffement climatique : Le Cervin tue deux alpinistes // Global warming : Matterhorn kills two climbers

Comme je l’indique régulièrement à propos de la fonte des glaciers alpins, le permafrost de roche – qui assure la stabilité des parois – subit les effets du réchauffement climatique, se fragilise et devient donc un danger pour les alpinistes. C’est ainsi que le pilier Bonatti s’est effondré en 2005 et l’Arête des Cosmiques a subi le même sort le 22 août 2018, sans faire de victimes, heureusement.

Le bilan a été beaucoup plus lourd le 22 juillet 2019 sur le Cervin (Suisse). Deux alpinistes – un guide de montagne et son client – sont décédés à la suite de la chute d’un rocher. Au moment du drame, les deux hommes évoluaient, encordés, à environ 4300 mètres d’altitude, dans le secteur «Keuzsatz». Le pilier rocheux équipé de cordes fixes et d’ancrages sur lequel ils étaient s’est effondré. Les deux alpinistes n’avaient aucune chance de s’en sortir vivants. L’expédition de secours a été interrompue en raison des risques liés aux pierres qui se détachaient. Comme je l’indiquais précédemment, les parois sont devenues plus friables car il n’y a plus de glace pour servir de liant entre les blocs.

Ce n’est donc pas, comme souvent, la surpopulation et l’inexpérience des alpinistes qui sont à l’origine d’un accident sur le Cervin. C’est la montagne elle-même qui a cédé sous les pas de ceux qui l’arpentaient. Aux yeux des guides locaux, ce constat est terriblement inquiétant. Les chutes de pierres et les écroulements sont des dangers moins prévisibles que les avalanches. Quelques jours après la catastrophe, le passage a été sécurisé et à nouveau équipé de cordes fixes, mais les guides appréhendent tout de même les prochaines ascensions. Comme l’a déclaré l’un d’eux : «Ça peut tomber ailleurs. Peut-être qu’il faudra éviter ces altitudes à l’avenir et viser des sommets moins prisés. Mais ils attirent moins les clients.»

Source : Presse helvétique

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As I regularly point out about the melting of alpine glaciers, rock permafrost – which ensures the stability of the walls – undergoes the effects of global warming, becomes fragile and then a danger to mountaineers. Thus the Bonatti Pillar collapsed in 2005 and the Cosmic Ridge suffered the same fate on August 22nd, 2018, fortunately without casualties.
The toll was much heavier on July 22nd, 2019 on the Matterhorn (Switzerland). Two mountaineers – a mountain guide and his client – died as a result of the fall of a rock. At the time of the tragedy, the two men were climbing, roped, at about 4300 metres a.s.l., in the « Keuzsatz » area. The rock pillar equipped with fixed ropes and anchors on which they were collapsed. The two mountaineers had no chance of escaping alive. The relief expedition was interrupted because of the risks associated with the stones coming off. As I put it before, the walls have become more friable because there is no more ice to serve as a binder between the blocks.
The cause of the accident on the Matterhorn was not, as often, the overpopulation and the inexperience of climbers. It was the mountain itself that gave way in the footsteps of those who walked it. In the eyes of the local guides, this observation is terribly disturbing. Falling rocks and collapses are less predictable hazards than avalanches. A few days after the disaster, the passage was secured and again equipped with fixed ropes, but the guides still apprehend the next climbs. As one of them said, « It can happen elsewhere. Maybe it will be necessary to avoid these altitudes in the future and climb less popular peaks. But they attract less customers.  »
Source: Swiss news media.

Les glaciers fondent à perte de vue à proximité du Cervin et la montagne devient de plus en plus dangereuse.

(Photos: C. Grandpey)

Des vagues de chaleur …et des belles paroles ! // Heatwaves…and fine words !

Comme prévu (voir ma note du 28 juillet 2019), la canicule historique qui vient de balayer l’Europe s’est installée sur les pays nordiques. Des alertes ont été diffusées en Norvège, en Suède et en Finlande. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévoit que le transfert de chaleur de l’Europe  vers le Groenland aura pour effet une augmentation des températures et une accélération de la fonte des glaces.

Dans le nord de la Norvège, la ville de Laksfors a enregistré une température de 35,6° C, le 27 juillet, égalant ainsi le record national établi à Nesbyen en 1970. L’Institut météorologique norvégien a également déclaré avoir constaté des « nuits tropicales » en différents endroits du sud de la Norvège. Cela signifie que les températures ne sont pas descendues sous 20°C pendant la nuit.

En Suède, la petite ville de Markusvinsa, au nord du pays, a atteint le 26 juillet un record de 34,8°C, la température la plus haute constatée dans ce pays cette année et la plus élevée dans le Grand Nord depuis 1945.

La police finlandaise a quant à elle exhorté en début de semaine dernière  les automobilistes à faire attention aux élans, de plus en plus nombreux à traverser les routes pour trouver de l’eau pour se désaltérer, en raison de la chaleur.

Dans le sillage de ces canicules à répétition, plusieurs scientifiques indiquent que les prochains mois s’annoncent déterminants pour convaincre les Etats à s’engager réellement dans la lutte contre le changement climatique. Selon eux, la succession de vagues de chaleur intense et d’inondations qui frappent l’Europe et d’autres continents cet été ne sont sans doute qu’une préfiguration de ce que sera le monde de demain si les hommes persistent à ne pas relever le défi du changement climatique. Ces évènements dramatiques devraient agir comme une piqûre de rappel alors que les négociations sur les moyens de mettre en œuvre les engagements pris en 2015 lors de l’Accord de Paris entrent dans une phase décisive.

Alors que les études scientifiques montrent les unes après les autres une accélération bien plus rapide que prévu des conséquences du dérèglement climatique, comme la fonte des glaces et la hausse du niveau des mers, même les objectifs convenus lors de la COP21 semblent insuffisants pour contenir la hausse de la température mondiale à 1,5°C au-dessus du niveau de l’époque pré-industrielle. En octobre dernier, le GIEC a prévenu que les émissions de CO2 devraient commencer à baisser dès 2020 pour qu’il y ait une chance d’atteindre cet objectif. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a souligné qu’il serait « suicidaire » de ne rien faire. En s’exprimant ainsi, le diplomate portugais espère provoquer un sursaut en vue de la prochaine conférence mondiale sur le climat (COP25) en novembre au Chili.

L’enjeu majeur reste de convertir les engagements pris par les Etats pendant la COP 21 en actes concrets. Jusqu’à présent, aucune des grandes économies n’a véritablement entamé sa mutation. Pour un climatologue américain, cela implique que les gouvernements accordent à la transition énergétique la même priorité que la mobilisation de l’industrie pendant la Seconde Guerre mondiale. L’affaire semble bien mal engagée quand on sait que le président Donald Trump est déterminé à désengager les Etats-Unis de l’Accord de Paris. A cela s’ajoute l’incapacité de l’Union européenne à s’entendre sur l’objectif de neutralité carbone en 2050.

Au train où vont les choses, il semble plus que probable que le changement climatique précipitera la fin de la civilisation capitaliste mondiale alimentée par les énergies fossiles.

Source : France Info et médias américains.

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As expected (see my note of July 28th, 2019), the historic heat wave that has struck Europe has settled on the Nordic countries. Alerts have been released in Norway, Sweden and Finland. The World Meteorological Organization (WMO) predicts that heat transfer from Europe to Greenland will increase temperatures and accelerate ice melt.
In northern Norway, the city of Laksfors recorded a temperature of 35.6°C on  July 27th, matching the national record set in Nesbyen in 1970. The Norwegian Meteorological Institute also reported « tropical nights »in different parts of southern Norway. This means that temperatures did not drop below 20°C overnight.
In Sweden, the small town of Markusvinsa, in the north of the country, reached a record of 34.8°C on July 26th, the highest temperature recorded in the country this year and the highest in the Far North since 1945.
The Finnish police meanwhile urged early last week motorists to pay attention to moose, more and more of them cross the roads to find water to quench their thirst, because of the heat.

In the wake of these repeated heat waves, several scientists say that the next few months will be decisive in convincing states to really engage in the fight against climate change. According to them, the succession of intense heat waves and floods that hit Europe and other continents this summer foreshadow what tomorrow’s world will be like if men persist in not meeting the challenge of climate change. These dramatic events should act as a booster, as negotiations on how to implement the commitments made in 2015 under the Paris Agreement are entering a decisive phase.
While scientific studies show, one after the other, a much faster than expected acceleration of the consequences of climate change, such as melting ice and rising sea levels, even the objectives agreed at COP21 seem insufficient to contain the global temperature rise to 1.5°C above the level of the pre-industrial era. Last October, the IPCC warned that CO2 emissions should start to drop by 2020 to have a chance to achieve this goal. UN Secretary-General Antonio Guterres said it would be « suicidal » to do nothing. With these strong words, the Portuguese diplomat hopes to trigger reactions at the next world climate conference (COP25) in November in Chile.
The major challenge remains to convert the commitments made by States during COP 21 into concrete actions. So far, none of the major economies has really begun to change. According to an American climatologist, this implies that governments give the energy transition the same priority as the mobilization of industry during the Second World War. The case seems to be in bad shape when we know that President Donald Trump is determined to disengage the United States from the Paris Agreement. Added to this is the inability of the European Union to agree on the objective of carbon neutrality in 2050.
As things go, it seems more than likely that climate change will precipitate the end of the world capitalist civilization fueled by fossil fuels.
Source: France Info and US news media.

Photo: C. Grandpey

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Nouvelle éruption // New eruption

 7 heures (heure métropole): L’OVPF indique que depuis 05h13 (heure locale) le lundi 29 juillet 2019 une crise sismique est enregistrée sur les instruments de l’Observatoire. Cette crise sismique est accompagnée de déformation rapide de l’édifice. Ceci indique que le magma est en train de quitter le réservoir et se propage vers la surface. Une éruption est probable à brève échéance. Le Piton de la Fournaise est en Alerte 1. L’accès à l’Enclos est fermé.

Source : OVPF.

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12 heures:  (heure métropole) L’éruption n’aurait-elle pas débuté? La webcam du Piton Basaltes montre un panache suspect. Silence radio pour le moment du côté de l’OVPF.

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12h30 (heure métropole): Confirmation du début de l’éruption par l’OVPF: Ouverture d’au moins 3 fissures au niveau de la Chapelle de Rosemont

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15 heures (heure métropole): L’éruption se poursuit dans l’Enclos, mais elle paraît assez poussive. L’OVPF a indiqué que 3 fissures se sont ouvertes dans le secteur de la Chapelle de Rosemont, mais un contact sur le terrain m’a précisé que l’une d’elles a déjà cessé d’être active. Il ne semble pas y avoir beaucoup de pression. D’ailleurs, on n’a pas observé de fontaines de lave pendant la phase initiale de l’éruption. D’autre part, la crise sismique annonciatrice de l’événement a été particulièrement longue, ce qui montre que l’ascension du magma a été lente et laborieuse. Il ne serait pas surprenant que l’éruption cesse rapidement, comme la précédente sur le versant Est du volcan.

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18 heures (heure métropole).:  Dans son dernier bulletin émis à 18 heures (heure locale -16 heures heure métropole), l’OVPF indique que l’éruption débutée le 29 juillet 2019 aux alentours de 12h00 (heure locale) se poursuit. L’intensité du tremor éruptif a baissé d’un facteur 2 depuis le début de l’événement.

Voici quelques précisions supplémentaires sur la localisation de l’éruption. Les 3 fissures se sont ouvertes sur le flanc nord du volcan, à 600 m du Formica Léo, sur une longueur totale d’environ 450 mètres, sur les vestiges de la coulée de juillet 2018.

Les premières observations de l’OVPF montraient à 17heures (heure locale) une activité sur les trois fissures avec des fontaines de lave de l’ordre de 20-30 mètres de haut maximum et des coulées de lave de type aa s’étendant sur une faible longueur (500 mètres environ) compte tenu de la topographie des lieux relativement plate.

Les débits de surface étaient de l’ordre de 21,6 m3/s en début d’éruption.

Source : OVPF.

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7:00 (Paris time): OVPF indicates that since 05h13 (local time) on Monday, July 29th, 2019 a seismic crisis is recorded on the instruments of the Observatory. This seismic crisis is accompanied by rapid deformation of the edifice. This indicates that magma is leaving the reservoir and is asczndung to the surface. An eruption is likely in the near future. The Piton de la Fournaise is in Alert 1. Access to the Enclos is closed.
Source: OVPF.

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12:00: It looks as if the eruption has started. The webcam at Piton Basaltes shows a very suspicious plume.

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12:30: Confirmation of the start of the eruption by the Observatory. At least 3 fissures have opened in the Chapelle de Rosemont area.

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15:00: The eruption continues in the Enclos, but it seems rather slow. OVPF has indicated that fissures opened in the arptionea of Rosemont Chapel, but a friend of mine on the eruption site told me that one of them has already ceased to be active. There does not seem to be much pressure. Moreover, lava fountains were not observed during the initial phase of the eruption. On the other hand, the seismic crisis announcing the event was particularly long, which shows that the magma ascent has been slow and laborious. It would not be surprising that the eruption should cease quickly, as the previous one on the east side of the volcano.

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18:00 (Paris time): : In its latest bulletin released at 18:00 (local time – 16:00 Paris time), OVPF indicates that the eruption that started on 29 July 2019 around 12:00 (local time) continues. The intensity of the eruptive tremor has decreased by a factor of 2 since the beginning of the event.
Here are some more details on the location of the eruption. The 3 fissures opened on the northern flank of the volcano, 600 metres from Formica Léo, over a total length of about 450 metres, on the remains of the July 2018 flow.
The first observations by OVPF showed at 17:00 (local time) an activity on the three fissures with lava fountains about 20-30 meters high and aa lava flows extending over a short length (about 500 metres) due to the relatively flat topography of the area.
The surface lava output was about 21.6 cubic metres per second at the beginning of eruption.
Source: OVPF.

Vue des trois fissures éruptives (Crédit photo: OVPF)

Vue de l’une des fractures éruptives (Photo: Fabrice Juignier)

Premières images de l’éruption (Crédit photo: OVPF)

Le volcan vu depuis le Pas de Bellecombe-Jacob. Au premier plan, on peut voir le Formica Leo.

Le portail de l’Enclos Fouqué est fermé pour cause d’éruption imminente

Photos: C. Grandpey