Accroissement de l’activité volcanique?

Le dernier commentaire posté sur mon blog rejoint une question qui m’est souvent posée lors de mes interventions en public. Beaucoup de personnes ont l’impression que l’activité volcanique est en train de s’intensifier sur Terre. L’éruption islandaise y est pour beaucoup, sans parler des sautes d’humeur d’autres volcans à travers la planète, tel le Sinabung qui est le dernier en date à avoir affolé les populations.

En fait, il ne s’agit que d’une impression car l’activité volcanique est relativement stable dans le monde. D’après Lee Siebert – directeur du très sérieux Smithsonian Global Volcanism Program (GVP) – si l’on fait le compte des éruptions recensées au cours des 200 dernières années, on remarque effectivement une certaine augmentation de leur nombre, mais cet accroissement est avant tout dû à la diffusion des informations qui a évolué de manière spectaculaire. En particulier, l’arrivée d’Internet a considérablement modifié la donne. Aujourd’hui, dès qu’un volcan se manifeste, même dans les contrées les plus reculées de la Terre, tout le monde est informé dans les heures qui suivent. Il y a seulement quelques années, personne n’aurait jamais rien su des colères des volcans du Kamchatka qui se trouvent dans une région quasi déserte et ouverte depuis très peu de temps aux visiteurs étrangers. De nos jours, c’est cette avalanche d’informations – à laquelle je participe à mon modeste niveau – qui donne l’impression d’une augmentation de l’activité volcanique dans le monde.  

De plus, le GVP fait remarquer que les statistiques concernant le nombre d’éruptions ont connu des irrégularités à travers le temps, avec des creux au moment des deux guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945, époques où les éruptions volcaniques ont bien sûr revêtu une importance secondaire et où les informations circulaient difficilement. En revanche, la population s’est davantage intéressée aux volcans dans les années qui ont suivi les éruptions cataclysmales du Krakatau (1883) et de la Montagne Pelée (1902). Sensibilisés par ces événements importants, les gens ont accordé plus d’intérêt à des éruptions mineures.  

S’agissant de l’activité volcanique, il faut avoir une approche globale et ne pas s’appuyer sur des statistiques couvrant quelques décennies seulement. Il faut considérer notre planète à l’échelle géologique qui couvre des millions, voire des milliards d’années. Tout le monde sait que la dernière éruption auvergnate est celle du lac Pavin qui s’est produite il y a 5000 ou 7000 ans, espace de temps très long à l’échelle humaine, mais infime à l’échelle géologique.

Aucun « super volcan » comme celui de Yellowstone n’a connu d’éruption dans les temps historiques mais on sait qu’un réveil est toujours possible, ce qui n’est pas souhaitable car la vie sur Terre serait probablement bouleversée. Les éruptions du Mont St Helens en 1980 ou du Pinatubo en 1991 paraîtraient ridicules si de tels monstres devaient reprendre goût à la vie !

Pour terminer, il faut savoir que nos connaissances en matière de volcanisme sont encore très limitées. Par exemple, nous ne savons presque rien de l’activité volcanique sous-marine. La théorie de la tectonique des plaques élaborée par Alfred Wegener ne date que du début du 20ème siècle et n’a été acceptée par le monde scientifique que plusieurs décennies plus tard. Il faudra encore beaucoup de temps pour que l’Homme comprenne comment fonctionne sa propre planète !

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Le lac Pavin, le plus jeune des volcans d’Auvergne
(Photo: C. Grandpey)