Le volcan et les caribous (Yukon / Canada)

Des chercheurs canadiens qui étudiaient des os de caribous découverts dans de la glace en train de fondre dans le Yukon ont démontré l’impact écologique d’une violente éruption volcanique qui a recouvert de cendre une grande partie du NO du Canada il y a mille ans.

L’éruption du Mont Churchill en Alaska – au cœur du massif du St Elias, juste à l’ouest de la frontière entre l’Alaska et le Canada – a recouvert d’une couche de 30 centimètres de cendre une partie de la Colombie Britannique, des Territoires du Nord-Ouest ainsi que de l’Alberta.

Les scientifiques canadiens ont prouvé que cette éruption avait entraîné des modifications profondes dans la population de caribous du Yukon, et leur étude devrait encourager les efforts pour empêcher que disparaisse cette espèce menacée aujourd’hui, en particulier les caribous que l’on rencontre presque exclusivement dans les régions boisées du Canada.

L’événement cataclysmal qui s’est produit il y a un millénaire semble avoir eu un impact sur la répartition des populations de caribous qui vivaient dans la région à cette époque. Les modifications environnementales provoquées par l’éruption – auxquelles est peut-être venue s’ajouter une période de réchauffement climatique – ont entraîné le remplacement de la population de caribous qui se trouvait dans la zone de retombées de cendre par des troupeaux arrivés après l’éruption et qui sont toujours présents dans la région aujourd’hui.

Cette découverte a été faite quand les chercheurs ont constaté que les os âgés de plus de mille ans trouvés dans la région de Whitehorse ne correspondaient pas à ceux des caribous qui vivaient à proximité.

Les conclusions de cette étude sont  les premières à faire apparaître un lien possible entre des modifications dans la vie animale locale et une éruption volcanique. La confrontation entre les ADN des espèces actuelles et celles ayant vécu il y a plusieurs millénaires devrait permettre aux responsables des réserves naturelles de mettre au point des stratégies de protection des caribous en insistant sur la diversité génétique. Selon les scientifiques, « il est important de comprendre les relations entre les troupeaux, mais il est aussi nécessaire de comprendre comment des troupeaux réagissent aux modifications de leur environnement ».

Par ailleurs, l’éruption du Mont Churchill a marqué une importante transition dans la culture de chasse des hommes préhistoriques du Nord-Ouest qui ont délaissé les petites lances et adopté les arcs et les flèches.

Source : Synthèse de plusieurs articles parus dans la presse états-unienne et canadienne.

Caribous-en-Alaska.jpg
Caribous en Alaska (Photo: C. Grandpey)

Une « super éruption » peut-elle provoquer une ère glaciaire ?

Dans un article publié en mai 2009 dans le Journal of Geophysical Research, des scientifiques américains se demandent si une éruption volcanique majeure, semblable à celle du volcan Toba 72 000 ans avant notre ère, est susceptible de donner naissance à une ère glaciaire, comme le prétendent certains. On sait que de grosses éruptions se sont produites dans les temps historiques, comme celles du Tambora en 1815, du Krakatau en 1883 ou encore du Pinatubo en 1991. Toutefois, aucune d’entre elles n’a modifié le climat de la Terre sur une  période méritant l’appellation d’« ère glaciaire ».

Le gaz le plus redouté lorsqu’une éruption se produit est le dioxyde de soufre qui, une fois dans la stratosphère, réagit avec la vapeur d’eau pour former des gouttelettes d’acide sulfurique. C’est ce SO2 qui, rendant l’atmosphère plus réfléchissante, entraîne la baisse des températures sur terre. Toutefois, cette brume volcanique provoquée par le SO2 n’est pas éternelle, comme on a pu s’en rendre compte lors de l’éruption du Pinatubo en 1991 dont les effets sur l’atmosphère n’ont été détectés que pendant quelques années au plus.

Pour apprécier les effets du SO2 lors d’une « super éruption », les scientifiques américains ont effectué une simulation et introduit 300 fois, puis 900 fois la quantité de SO2 émise par le Pinatubo dans leurs modélisations. Grâce à un module montrant le comportement dynamique de la végétation, ils ont observé les effets de la disparition de la végétation sur les températures globales, suite au refroidissement volcanique. Les conséquences ne furent pas aussi impressionnantes qu’on pourrait le penser. Certes, les précipitations étaient en baisse, mais la chute des températures n’excédait pas 10 degrés, avec un retour à la normale au bout d’une décennie. En couplant leur modélisation climatique à une modélisation interactive de la chimie atmosphérique, ils ont toutefois découvert que les produits associés aux réactions du SO2 dans l’atmosphère ont une plus longue durée de vie et peuvent entraîner un refroidissement allant jusqu’à 18 degrés ; malgré tout, ils ne sont pas susceptibles de produire un changement climatique aussi important qu’une ère glaciaire. Ce refroidissement se trouverait compensé par la présence de vapeur d’eau et d’ozone dans la stratosphère et de méthane dans la troposphère, des éléments qui contribuent à l’effet de serre.

Il a été reproché à ces chercheurs de ne pas prendre en compte des facteurs tels que la réaction des océans devant la réduction des températures ou encore celle des glaciers.

La conclusion du document est que, même si une « super éruption » ne provoque pas une nouvelle ère glaciaire, son impact sera dévastateur pour l’homme et les écosystèmes de la planète. Ces simulations rejoignent la théorie selon laquelle l’éruption du Toba a probablement réduit momentanément la population sur Terre.