Le Piton se fait attendre ! (Ile de la Réunion)

Le Piton se fait attendre ! Près de trois semaines se sont écoulées depuis les premiers frémissements du volcan et toujours pas la moindre lave à se mettre sous la dent (façon de parler, bien sûr) ! Tous les signes pré-éruptifs sont pourtant rassemblés : sismicité (18 nouveaux séismes sous le sommet le 22 octobre, 31 le 24/10, 23 le 25/10, 16 seulement le 26/10) ; petits éboulements dans le cratère, signes que le volcan est en train de se déformer ; apparition de nouvelles fumerolles ; modifications de la composition des gaz. Et pourtant, aucune sortie de lave ! Ce comportement du volcan n’est pas nouveau. Par le passé, on a déjà assisté à une telle attente, parfois pendant plusieurs semaines. La volcanologie actuelle a ses limites et est incapable d’aller plus loin en matière de prévision. Nous sommes pourtant dans le cadre d’un volcanisme de point chaud, celui que nous contrôlons le mieux, ou plutôt le moins mal. Dans le cas du Piton de la Fournaise, ce n’est pas très grave, car les phénomènes pré-éruptifs se concentrent dans la zone sommitale et aucune zone habitée n’est donc menacée. La prévision prendrait une autre importance si le risque éruptif se situait à la limite de l’Enclos ou hors Enclos, avec des zones habituées à faire évacuer….ou pas ! 

Cette attente sur le Piton de la Fournaise me rappelle une expérience vécue en 1990 en Islande. Je me trouvais dans la région du volcan Krafla, dans le NE du pays, et les signes pré-éruptifs étaient évidents. Les sismomètres s’agitaient et on avait enregistré une forte élévation du sol, en particulier dans le secteur de l’usine géothermique. Je campais à Reykjalid et des ondes de choc faisaient parfois vibrer le sol. J’ai retardé mon départ d’une journée, dans l’espoir de voir un rideau de fontaines de lave jaillir du sol, mais rien ne se produisit. A mon retour, j’écoutai les bulletins d’information (Internet n’existait pas encore) à la radio et je parcourus la presse écrite pour savoir si l’éruption avait eu lieu. Rien ! Il m’a fallu attendre une extraordinaire rencontre avec le regretté Maurice Krafft (de passage à Limoges dans le cadre de Connaissances du Monde) pour apprendre que l’éruption avait avorté. Avec sa fougue habituelle, Maurice m’a expliqué que le magma avait trouvé un passage dans le réseau de fractures qui déchire les profondeurs du rift islandais et la lave n’était pas apparue en surface. Je n’avais donc rien raté !  Que je sache, aucune éruption avortée n’a été observée sur l’Ile de la Réunion, mais il y a un début à tout !