L’éruption du Mont Spurr (Alaska) en 1953 // The 1953 Mt Spurr eruption in Alaska

La Smithsonian Institution explique que le Mont Spurr est un stratovolcan de l’arc des Aléoutiennes en Alaska. Il tire son nom du géologue et explorateur Josiah Edward Spurr qui a conduit une expédition dans la région en 1898.
Le niveau d’alerte du Mt Spurr est actuellement Vert. Il a été porté à la couleur Jaune le 26 juillet 2004 en raison d’une hausse de la sismicité. L’AVO avait également détecté la présence d’un cratère d’effondrement occupé par un lac entouré par la glace et la neige qui recouvraient le sommet. Ce lac s’était peut-être formé suite à une augmentation du flux de chaleur à travers le dôme de lave sommital.
Le 3 mai 2005, une coulée de débris a été observée sur les images de la webcam et une grande partie du lac s’était vidée.
Les deux éruptions historiques du Mont Spurr en 1953 et 1992 ont déposé de la cendre sur la ville d’Anchorage. Le journal local, l’Anchorage Daily News a récemment publié un article sur l’événement de 1953, avec le «Jeudi des Cendres».
Le matin du 9 juillet 1953, la nuit a soudain envahi Anchorage lorsque la cendre est tombée du ciel. Un match de baseball a dû être annulé et reporté. La cause du phénomène était le Mont Surr qui était entré en éruption sans prévenir vers 5 heures du matin ce jour-là, en propulsant des tonnes de particules de cendres à des milliers de mètres de hauteur. Des témoins ont déclaré que la colonne de cendres avait atteint une hauteur d’environ 15 km et ressemblait à un champignon atomique. Des éclairs parcouraient cette colonne et les flancs de la montagne donnaient l’impression de vibrer.
Jusqu’ç ce jour de juillet 1953, on considérait que le Mt Spurr était un volcan en sommeil, bien qu’il y ait eu des signes d’activité. Ainsi, au cours du printemps, des pilotes indépendants avaient observé de la vapeur en train de s’échapper du sommet pour la première fois de mémoire d’homme. Bien que visible depuis Anchorage par temps clair, le volcan était une curiosité pour la plupart des habitants.
Les premières retombées de cendres à Anchorage ont commencé vers 10 heures du matin et ont poussé les propriétaires d’avions à les déplacer rapidement vers des sites en dehors de la zone touchée. À la base militaire d’Elmendorf, tous les pilotes et le personnel au sol ont fait une course contre la montre. Tous les aéronefs opérationnels ont été mis à l’abri dans l’intérieur de l’Etat, essentiellement à Fairbanks. Lorsque la visibilité est devenue nulle, les aéroports de la ville ont cessé leurs activités.
Vers 11 heures du matin, les capteurs des lampadaires ont mis en route l’éclairage public, mais les autorités les ont rapidement éteints, par crainte d’endommager les deux centrales électriques qui alimentent la ville et provoquer une panne d’électricité.

À 13 heures, l’obscurité était totale, rompue uniquement par les lumières des bâtiments et les phares des voitures.
Selon les estimations, jusqu’à 10 000 tonnes de cendres volcaniques sont tombées sur Anchorage. Une couche de cendre enveloppait la ville où les arbres pliaient sous son poids. La presse locale a baptisé cette journée Ash Thursday – « Jeudi des Cendres » – et «Spurrs Day».
Pendant le déluge de cendres, les personnes qui possédaient des parapluies et des imperméables les ont utilisés. Certains habitants portaient des masques pour se protéger contre la poussière. La plupart du temps, les habitants se sont mis à l’abri jusqu’au moment où le ciel commence à s’éclaircir.
Certaines personnes âgées ont comparé l’événement à l’éruption du Novarupta-Katmai en 1912. Ils se sont souvenus de trois jours de complète obscurité, d’eau contaminée et de cadavres d’oiseaux au sol. Cependant, l’éruption du Mt Spurr était breaucoup moins inquiétante que celle du Novarupta

L’éruption du mont Spurr en 1953 n’a tué personne. À Anchorage, une seule personne a été blessée lorsque les cendres et l’obscurité ont envahi la ville. Il s’agit d’une femme qui a voulu traverser une rue dans l’obscurité et a été renversée par un camion.
La vie à Anchorage est rapidement revenue à la normale. Le temps était à nouveau clair et ensoleillé le lendemain, et le match de baseball annulé a pu être joué normalement. Le jour suivant, les avions ont pu à nouveau décoller et atterrir dans l’aéroport international. Par la suite, le vent soulevait encore la cendre, ce qui gênait la visibilité pour les petits avions, mais c’était un problème relativement mineur et sporadique.
Anchorage avait des vendeurs de journaux dans les rues à cette époque, et l’éruption a généré les meilleures ventes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale! Les vols touristiques à destination du Mont Spurr ont brièvement connu du succès, avec un nombre record de décollages et d’atterrissages.
Un photographe local a filmé le moment où Anchorage s’est retrouvée dans l’obscurité, ainsi que le nouveau cratère du Mont Spurr, pour Pathè News. La séquence été diffusée dans les cinémas Empress et Fourth Avenue du centre-ville. Ce petit film d’une minute est disponible sur YouTube.
https://www.youtube.com/watch?v=1JIeLwXuUpQ

Huit jours a près l’éruption, la pluie a nettoyé la ville en emportant une grande partie de la cendre. Toute la poussière n’est pas tombée uniquement en Alaska. Moins d’une semaine plus tard, des pilotesqui passaient au-dessus des Grands Lacs ont repéré des nuages ​​de cendres du Mont Spurr qui avaient dérivé vers l’est, atteignant le Canada et l’Océan Atlantique. Fin juillet et début août, des nuages ​​de poussière volcanique étaient visibles sur l’Europe, comme un cadeau envoyé par l’Alaska…
Source: Anchorage Daily News.

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The Smithsonian Institution explains that Mount Spurr is a stratovolcano in the Aleutian Arc of Alaska, named after geologist and explorer Josiah Edward Spurr who led an expedition to the area in 1898.

The alert level for Mt Spurr is currently Green. It was raised to Yellow on July 26th, 2004 due to an increase in seismicity. There was also the presence of a collapse pit, filled with water forming a new crater lake in the ice and snow that covered the summit. This lake may have been caused by an increase in heat flow through the summit lava dome.

On May 3rd, 2005, a debris flow was observed in webcam images andmuch of the lake had drained away.

Mount Spurr’s two historical eruptions in 1953 and 1992, deposited ash on the city of Anchorage. The local newspaper Anchorage Daily News has recently published an article about the 1953 event and “Ash Thursday”.

It was the morning of July 9th, 1953, everything got suddenly pitch black when ash fell from the sky. A baseball game had to be cancelled and rescheduled. The culprit was Mount Surr which had unexpectedly started erupting at about 5 a.m. that day, ejecting tons of ash particules thousands of metres into the air. Witnesses said the ash column reached a height of about 15 km and looked like an atomic bomb’s mushroom cloud. Lightning flashed within that column, and the sides of the mountain visibly shook.

Mount Spurr was previously listed as dormant, though there had been warning signs. That spring, civilian pilots observed steam venting from the peak for the first time in living memory. Though visible from Anchorage on clear days, the volcano was just a curiosity to most residents.

The first dustings in Anchorage began around 10 a.m. and caused civilian pilots to rapidly relocate their planes to sites outside the affected area. At Elmendorf’s military base, all pilots and ground personnel raced against time. All operational aircraft were dispersed into the Interior, most to Fairbanks. When visibility dropped to zero, the city’s airports ceased operations.

Around 11 a.m., the sensors on the streetlights triggered tham on, but officials soon switched them off, fearing damage to the city’s two power plants and a resulting electricity shortage. By 1 p.m., there was complete darkness, broken only by building and car lights.

According to estimates, as much as 10,000 tons of volcanic ash fell on Anchorage. A layer of ash draped the city, with shrubs and smaller trees bending under the weight.  Local newspapers had their fun renaming the day as “Ash Thursday” and “Spurrs-Day”.

During the ashy deluge, those with umbrellas and raincoats used them. Some residents donned masks to filter out the dust. Otherwise, most residents sought shelter and stayed there until the sky began to lighten.

Some elder residents compared the event with the 1912 Novarupta-Katmai eruption and remembered three days of pure darkness, poisoned water, and birds that fell dead to the ground. However, compared to Novarupta, the Mount Spurr eruption was nothing to worry about.

No one died from the 1953 Mount Spurr eruption. In Anchorage, the ash and darkness contributed to just one injury. A woman who had stepped into a street in the darkness was struck by a passing truck.

Life in Anchorage quickly returned to normal. The next day was clear and sunny and the cancelled baseball game could be played normally.The following day, planes were again able to fly in and out of the International Airport. In the following days, the wind sometimes kicked up the ash again, hampering visibility for small planes, but that was a relatively minor and sporadic issue.

Anchorage had newspaper street salesmen at this time, and the eruption edition was the best seller since the end of World War II ! Sightseeing flights to Mount Spurr became briefly popular, with a a record month of takeoffs and landings.

A local photographer captured footage of the blackout and cleanup in Anchorage, as well as Mount Spurr’s new crater, for Pathè News, which aired at the downtown Empress and Fourth Avenue theaters. This minute-long newsreel is available on YouTube.

https://www.youtube.com/watch?v=1JIeLwXuUpQ

Eight days later, it finally rained, washing away some of the dirt. Not all the dust fell in Alaska. Within a week, pilots over the Great Lakes spotted clouds of ash from Mount Spurr, which carried eastward across Canada and the Atlantic Ocean. In late July and early August, dust clouds from Mount Spurr were visible over Europe, a kind of gift sent by Alaska…

Source: Anchorage Daily News.

Images extraites du film (Source : You Tube)

Le Mont Spurr aujourd’hui (Crédit photo : Wikipedia)

Le Mont McKinley est-il un volcan ? Non ! // Could Mt McKinley be a volcano ? No !

drapeau francaisLe Mont McKinley, aussi appelé Denali en langue locale athabascane, dresse ses 6194 mètres au dessus du niveau de la mer. C’est la plus haute montagne d’Amérique du Nord. Il se trouve à environ 100 km au-dessus de la région où la plaque Pacifique s’enfonce sous la plaque nord-américaine, au même titre que les volcans Iliamna, Redoubt et Augustine. Si on trace une ligne à partir des îles Aléoutiennes vers les édifices volcaniques de l’Intérieur de l’Alaska, cette courbe passe au-dessus du sommet du McKinley.
Comme les autres sommets de la Chaîne de l’Alaska (Alaska Range), le Denali ne montre aucun signe d’éruptions passées, mais les sismologues ont récemment enregistré une sismicité profonde qui  leur a semblé digne d’intérêt.

Il y a environ un an, une station sismique installée à l’intérieur du Parc National du Denali a enregistré une séquence sismique avec un maximum de M 1,7, à une trentaine de kilomètres de profondeur. Elle a duré plus longtemps que les secousses habituellement enregistrées dans la région. L’événement ressemblait à ceux observés au niveau des volcans situés juste au-dessus de la zone de subduction.
Le Mont Spurr, de l’autre côté de Cook Inlet par rapport à Anchorage, est entré en éruption en 1992. Il est actif avec des séismes semblables à ceux enregistrés sous le Denali. Le volcan se trouve à l’extrémité sud de ce que les scientifiques appellent le Denali Gap, une partie de la Chaîne de l’Alaska longue de 430 km, qui – en théorie –  pourrait être parsemée  de volcans, mais ne semble pas en héberger.
À l’extrémité nord du Denali Gap, près de la bourgade de Healy (NDLR : avec un excellent Bed & Breakfast !), on peut voir deux étendues d’eau sombre. Les volcanologues expliquent que ce sont des maars qui ont été formés par des explosions il y a environ 3000 ans. Ces maars ont la même signature chimique que les volcans des Aléoutiennes.
La question se pose : Le Denali va-t-il entrer en éruption? La réponse est : Non! Si le Denali était un volcan, on observerait des roches volcaniques ainsi que des sources chaudes à sa surface, ce qui n’est pas le cas. Dans les zones volcaniques, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir une montée de magma pour enregistrer des séismes. Ceux observés sur le Denali il y a un an ont probablement été déclenchés par le mouvement de fluides actifs lors de leur passage à travers des masses de roche. Ils ont vraisemblablement été causés par l’eau en provenance de la plaque Pacifique lors de son enfoncement sous la plaque nord-américaine sur laquelle se trouvent le Denali et la plus grande partie de l’Alaska. Au cours du processus, des fluides en provenance de cette plaque tectonique ont pu migrer à travers l’écorce terrestre.

Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisMount McKinley, also called Denali in local Athabascan dialect, rises 6,194 metres above sea level. It is North America’s highest mountain. It sits about 100 kilometres above where the Pacific Plate slips beneath the North American Plate, as do the Iliamna, Redoubt and Augustine volcanoes. If you draw a line from the Aleutians to volcanic features in Interior Alaska, the curve goes over Denali’s summit.

Like its neighbours in the Alaska Range, the big mountain shows no signs of having erupted, but seismologists recently noticed deep seismicity that was intriguing enough to explore.

About one year ago, a seismic station in Denali National Park recorded an M 1.7 earthquake about 30 km deep that shook longer than most other events. It looked like the ones recorded under volcanoes right above the subduction area.

Mount Spurr, across Cook Inlet from Anchorage, erupted explosively in 1992. It is active with earthquakes like the ones recorded beneath Denali. Mount Spurr is on the southern end of what scientists call the Denali Gap, a 430-km part of the Alaska Range that could be pimpled with volcanoes but does not seem to be.

On the north end of the Denali Gap are two ponds filled with dark water near Healy and an excellent B&B!). Volcanologists recognize these as maars that were created by explosions about 3,000 years ago. These maars have the same chemical signature as the Aleutian volcanoes.

So, is Denali about to erupt? No! If Denali were a volcano, the mountain would show volcanic rocks on the surface as well as hot springs. As for the volcano-like earthquakes recorded one year ago, they don’t require the movement of magma, just active fluids passing through masses of rock. They were probably caused by water coming from the Pacific Plate diving beneath the North American Plate under Denali and most of Alaska. Fluids from the slab can migrate through the Earth’s crust.

Source: Alaska Dispatch News.

Denali-1

Denali-2

Photos:  C.  Grandpey

Mont Spurr (Alaska / Etats Unis)

mont spurr,volcans,volcanoesL’événement est resté discret dans la presse, mais le 18 août marquait le 20ème anniversaire de l’éruption du Mont Spurr en 1992. Cette éruption revêt une importance particulière car elle marque le début de recherches scientifiques visant à utiliser les satellites pour détecter les cendres volcaniques.

Le Mont Spurr a connu trois séquences éruptives au cours de l’été 1992, mais c’est celle de la fin août qui a été la plus spectaculaire, avec une pluie de cendre sur la ville d’Anchorage. L’aéroport international a dû fermer pour éviter que des avions traversent le panache éruptif, avec le risque de blocage des moteurs que cela représente.

En fin d’après-midi, Game McGimsey, volcanologue à l’AVO, décida de louer un avion pour aller photographier le panache éruptif qui atteignait une hauteur de 14 km. Il pensait que ses photos permettraient d’en savoir plus sur l’éruption qui, selon lui, était « phénoménale ».

Tout aussi phénoménales furent les avancées réalisées par la science suite à l’éruption du Mont Spurr en 1992. Un autre volcanologue de l’AVO – Dave Schneider – avait lu un rapport d’un collègue australien qui se demandait dans quelle mesure les photos satellites pourraient être utilisées pour repérer les nuages de cendre qui se déplacent à haute altitude et représentent une menace pour les avions. Il avait encore en tête ce qui s’était passé 3 années auparavant en Alaska quand un Boeing 747 avait malencontreusement traversé le panache éruptif du Mont Redoubt. Les quatre moteurs de l’appareil s’étaient bloqués sous l’effet de  la cendre et l’aéronef avait « décroché » de plusieurs milliers de mètres avant que le pilote réussisse à redémarrer les moteurs et à atterrir sans dommage à Anchorage.

Schneider a travaillé à partir du mois d’août 1992 avec plusieurs autres scientifiques pour voir si les satellites pouvaient faire la différence entre les nuages de vapeur d’eau et les ceux générés par les panaches volcaniques. Les chercheurs se sont rendus compte qu’en jouant avec la sensibilité aux températures des images infrarouges des satellites, on pouvait effectivement repérer et prévoir la trajectoire des nuages de cendre. Cette première approche allait jeter les bases de recherches plus poussées dans ce domaine et permettre à des avions d’éviter les zones à risques.

Source: NBC NEWS

 

mont spurr,volcans,volcanoes The newspapers rarely mentioned it but August 18th marked the 20th anniversary of the eruption of Mount Spurr in 1992. The eruption also marked the starting point of scientific work to use satellites in order to track volcanic ash clouds.

Mount Spurr erupted 3 times that summer but it was the late August eruption that showered Anchorage with substantial amounts of ash. Anchorage International Airport was forced to shut-down for 20 hours, in order to eliminate the risk that jets might be forced to fly through engine-clogging clouds of volcanic ash.

On that late afternoon, Alaska Volcano Observatory Volcanologist Game McGimsey decided to hire a plane to photograph the eruption so that scientists might learn as much as possible from it. Mount Spurr was putting an eruption column up to 14 km. In his words, “it was just phenomenal. »

Also phenomenal were some of the science returns from that day. A.V.O Geophysicist Dave Schneider had read a paper from an Australian scientist theorizing how satellite photos might be used to track dangerous ash clouds carried at high altitude by the winds. The need to do so was considered urgent for aviation safety. The reason was that just 3 years before, a Boeing 747 dropped several thousand metres when it had inadvertently flown through the ash cloud of Mount Redoubt; all four of its engines were stopped by the ash. The pilot managed to re-fire the engines, and land safely in Anchorage.

Schneider worked with other scientists to see whether satellites could differentiate water vapour clouds from volcanic ash clouds. By playing with the temperature-sensitivity of infrared images from orbiting satellites, the researchers found that ash clouds could, indeed, be tracked and forecast.

The work begun in Anchorage that summer by the A.V.O and other scientists laid the foundation for techniques for more advanced research so that jetliners could be steered away from dangerous ash clouds.

Source: NBC NEWS.

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Eruption du mont Spurr le 18 août 1992

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La cendre à Anchorage le 19 août 1992

(Avec l’aimable autorisation de Game McGimsey – AVO)